Tiers lieux : des laboratoires pour travailler autrement

08/06/2012 par Suzanne GALY.
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Dans le tiers lieu L’Arrêt Minute (http://arretminute.fr), à Pomerol en Gironde

Une dynamique se fait jour en Aquitaine autour d’espaces alternatifs propices au développement de nouveaux modes de travail : espaces partagés et télétravail. Tentative de définition de ces tiers lieux qui émergent en ville, à la campagne et en zone péri-urbaine.

Il en émerge aux quatre coins de l’Aquitaine, à Bordeaux , Targon, Saint Savin, dans le Médoc ou sur le Bassin d’Arcachon (33), à Morcenx (40), à Agen (47), ou encore à Bidart en Pays Basque (64).

Leurs créateurs les définissent comme des "espaces de coworking", "espaces de travail partagé" ou "collaboratif", mais peu d’entre eux savent vraiment en délimiter précisément les contours : statut, missions et objectifs. Deux certitudes : l’accès à internet y est une clé de voûte, tout comme la dimension communautaire.
Une appellation, également, s’impose sous l’intitulé de "Tiers Lieux".

Bar Camp sur les Tiers Lieux, le 1er juin 2012, au Conseil régional d'Aquitaine - credit AEC

Sous l’égide du consortium du même nom , une dynamique se fait jour dans notre région visant à appuyer le développement de ces espaces d’un nouveau genre, propices à l’invention de nouvelles formes de travail.

Elle est soutenue par la Région ( Délégation au numérique ) qui y voit une réponse aux nécessités de réduction des flux pendulaires et à la préservation de la dynamique économique en milieu rural.

Ce mouvement a donné lieu, le 1er juin dernier, à Bordeaux, à une journée de réflexion sous forme d’ateliers participatifs.

"Ni le domicile, ni l'entreprise"

Espace de coworking, télécentre (pour le télé-travail), cybercafé, hôtel d’entreprises, pépinière, incubateur (telle l’Auberge numérique d'AEC), Espace public numérique…

Il existe une diversité de lieux connectés au web offrant au public, professionnel ou non, la possibilité de développer un projet ou une idée, parfois se former et même, à l’occasion, faire des rencontres.

Dans ce paysage déjà bien garni, quelle est la spécificité du tiers lieu ?

« Ce doit être un espace de partage d’expériences et de compétences, qui mélange les âges », tente la fondatrice de Com La Lune , espace de coworking situé dans le centre ville de Bordeaux. « C’est un espace de travail réunissant des ressources matérielles et immatérielles, qui n’est ni le domicile, ni l’entreprise », renchérit Lucile Aigron, animatrice du consortium Tiers Lieux et initiatrice de L’Arrêt Minute , à Pomerol en Gironde

Au sein des tiers lieux, on inventerait ainsi de nouvelles manières de travailler, en solo mais de préférence à plusieurs, dans la convivialité et la mutualisation des moyens et des connaissances. Une sorte de laboratoire, en somme, ouvert aux créativités et opportunités…

Au sein de l'Arrêt Minute de Pomerol en GirondeDeuxième piste de réflexion faisant consensus : ces espaces fédèrent une communauté de gens partageant intérêts et besoins (ils émanent idéalement d’une dynamique d’acteurs du terrain et non d’une volonté politique ou institutionnelle).

Il s’agit donc_ ce n’est pas le moindre des défis_ d’apprendre à gérer les situations de concurrence professionnelle entre les occupants...

Les valeurs, les aspirations de la communauté se reflètent dans le lieu et son organisation. Un programme d’animations (conférences, débats, ateliers, etc.) y est proposé. Le tout est en perpétuelle évolution et fondé sur un principe de flexibilité.

Au-delà de la dimension d’équipement, ou d’infrastructure, qu’évoque la notion d’ "espace" ou de "lieu", le concept s’inscrit résolument dans une démarche d’innovation sociale.

Des lieux multi-services, pour des modèles économiques durables

« C’est plus un modèle de vie qu’un modèle de travail », confirme Stéphanie Pueyo, consultante en projets touristico-culturels et usagère de L’Arrêt Minute de Pomerol. Ce dernier, créé il y a quelques mois en milieu rural, bénéficie à une poignée de professionnels indépendants qui louent du temps d’occupation de l’espace. Ils organisent des "Co-lunchs", des rencontres professionnelles et ont même fait de leur bureau éphémère un point de dépôt de paniers bio.

Cette multiplication des services proposés par les tiers lieux apparaît comme une réponse logique à la difficulté de fonder des modèles économiques durables.

Pourquoi ne pas adosser au tiers lieu des fonctions de bureau de poste ou point relais pour des colis, d’épicerie d’appoint ou de crèche ?
« Pour rendre ces lieux pérennes, l’enjeu est de définir une stratégie d’animation en fonction des besoins du territoire, lesquels changent sans cesse » insiste Gérald Elbaze, de l’ association girondine Médias-Cité .

« Il faudra aussi démontrer aux élus locaux les cercles vertueux économiques de ces lieux en développant des indicateurs d’analyse : les coûts évités et les chaînes de valeurs créées, qu’elles soient financières ou sociales », ajoute-t-il.

« Quelle sera la place de la collectivité dans ces tiers lieux ? », interroge Hervé Cluzeau, vice-président de la communauté de communes de Saint-Savin , en Haute-Gironde. « Selon moi, notre rôle se situe plutôt au niveau de l’aide à l’amorçage de ces espaces. Ensuite, pour démarcher les grandes entreprises qui doivent devenir des utilisatrices privilégiées des tiers lieux, l’effort doit être partagé entre l’acteur public et la sphère économique. »

Rappelons que seulement 12% des salariés français pratiquent aujourd'hui le télétravail.

L’élu local parle d’expérience, qui appuie fermement le lancement d’un tiers lieu dans son territoire rural afin, notamment, d’inciter au maintien des habitants et à l’installation durable de nouveaux arrivants.

 

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