Bienvenue sur
le portail d’Aquitaine Europe Communication Découvrez AEC, l’agence des initiatives numériques
Marcel Desvergne, président d’AEC, cosigne un ouvrage d’entretiens avec Florence Durand-Tornare, fondatrice de l’ association Villes Internet : De l’ardoise à la tablette numérique – Ou comment décider au présent. Il y expose ses réflexions sur l’évolution DES numériques (dixit) et lance des pistes de choix possibles pour les citoyens et les élus qui les représentent. Les deux co-auteurs présenteront leur ouvrage commun mercredi 30 mars, à 18h, à Bordeaux
Dans cet ouvrage, vous décrivez le numérique comme « une démarche pas encore dominée », dont il nous faut « comprendre l’identité et les valeurs ». Quelles sont ces valeurs ?
On parle souvent du numérique en tant que technique, réseaux ou système informatique. D’autres débats posent des questions morales : est-ce bien ou est-ce mal ? Selon moi, nous devons aussi prendre en compte des valeurs qui structurent l’ensemble du monde numérique. Les trois valeurs principales de ce monde sont l’ordre, le partage et la liberté.
Le premier, « l’ordre », fonde l’internet. Dès l’origine, parce mis au point par le Pentagone, le système sert à comprendre des événements et à y apporter des réponses. Il ordonne et structure. On le voit encore aujourd’hui : lorsque les réseaux sont coupés, on réinvente la circulation des idées comme celles des monnaies. En Lybie ou en Chine, internet sert autant à véhiculer des ordres qu’à contester le pouvoir. En même temps, en Californie, et dès sa naissance, internet est conçu avec l’esprit de liberté propre aux mouvements libertaires des campus ainsi qu’avec la conviction du partage entre scientifiques.
Ces fondamentaux sont, plus de quarante ans après, toujours présents et ces valeurs sont indissociables l’une de l’autre. Elles fondent l’idéologie du numérique auquel chacun doit s’intéresser.
Vous affirmez en effet que « le politique » est « incontournable ». Quel serait selon vous le socle de cette politique pour LES mondes numériques ?
Le socle existe déjà, c’est l’alliance de l’entreprise et de la recherche qui a créé et développe le marché planétaire. C’est lui qui crée de nouveaux besoins, de nouvelles émotions, dont les dernières applications comme le tactile et le sans contact font fureur. C’est lui qui lance des innovations et des produits dont une poignée, seulement, restera dans le commerce. Ce monde là apporte des réponses différenciées à tous et à chacun : étudiants, chômeurs, personnes âgées, enfants, parents, etc. Face à cela, comment gouverner ? La sphère publique doit-elle fermer, interdire, censurer ? Ou plutôt participer en apportant des réponses aux différentes fractures numériques ?
Vous soulignez une montée en puissance de l’individu dans cette société des numériques, et donc une perte d’influence du « collectif ». Quelle est dans ce contexte la place de l’acteur public ?
On le voit, des « petits » gouvernements territoriaux, petits à l’échelle mondiale, prennent acte de l’évolution du monde et participent pleinement à la mise en place de réseaux internet, comme c’est le cas en Gironde avec Gironde Numérique ou des outils dans les salles de classe. Il y a 50 ans, une autre cassure était en cours, celle du rural face à l’urbain obligé de s’intégrer dans un autre modèle culturel. L’acteur public avait apporté une réponse à ces évolutions à travers les animateurs socioculturels. Qu’ont-ils fait ? Autour de l’école, de la collectivité, des lieux de vie, ils travaillaient à l’intelligence de tous, en évitant de laisser des gens sur le bord de la route de la « modernité ». Aujourd’hui, les schémas sont les mêmes. On appellerait ces animateurs des « médiateurs socio-numériques ». La médiation et les espaces qui la favorisent constituent une réponse. On le voit avec la Semaine Digitale qui s’achève à Bordeaux. De même, ces communes qui ouvrent des portails internet de services pour les citoyens ont compris comment dialoguer avec les habitants. La Région fait de même en œuvrant en faveur du télétravail ou en se positionnant par rapport au très haut débit, bataille incontournable de la société de la connaissance.
Mais la sphère d’influence de l’acteur public paraît se restreindre. La notion même de service public n’est plus le monopole de la collectivité qui doit de plus en plus travailler en collaboration avec l’acteur privé. Faut-il le regretter ?
Il faut surtout arrêter les discours simplistes ! Le rouleau compresseur mondial du numérique ne se situe plus au niveau de la technique mais des contenus, des cultures et de son accompagnement social. Il y a peu de moments et d’espaces pour analyser ces nouvelles stratégies et celles à adopter, aux divers échelons territoriaux. Chacun étant chef chez lui, comment agir ensemble afin d’offrir du sens à l’individu ?
Vous citez, au terme de l’ouvrage, trois scénarios d’avenir proposés par Alain Bravo dans un récent exercice de prospective. Le premier expose une situation de statu quo par rapport au monde numérique actuel ; le second privilégie une hyper-toile omnipotente et l’hypothèse d’un blocage sociétal ; le troisième est plus idyllique et dessine un monde harmonieux au sein duquel convergent les intérêts de tous les acteurs de la société. Quel est celui, non pas que vous souhaitez, mais qui vous paraît le plus crédible ?
Si les décideurs s’accaparent ces questions sur le numérique, le troisième scénario verra le jour. Mais le plus crédible est sans doute le scénario du blocage car je pressens que vont perdurer, à l’avenir, des tensions sur l’économique et les questions de vie privée.
« De l’ardoise à la tablette numérique – Ou comment décider au présent »
Entretiens croisés entre Florence Durand-Tornare et Marcel Desvergne.
Une publication Villes Internet disponible en téléchargement gratuit sur le site www.villes-internet.net
Mots clefsINNOVADAY, à la fois Forum national d'investissement et rendez-vous professionnel de l’innovation...
...
Conférence animée par Cap Sciences . Le numérique fait désormais partie intégran...