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Comment se déploient les technologies et services numériques dans le monde agricole aquitain ? Dans le cadre du programme de recherche RAUDIN mené au sein de l’Université de Bordeaux, une équipe dresse pour la première fois un état des lieux. Premiers résultats commentés par Aurélie Laborde, du laboratoire MICA.
Les technologies de l’information et de la communication (TIC) se sont fortement déployées dans les exploitations agricoles. Mais elles n’avaient pas encore fait l’objet de recherches approfondies en sciences de l’information. C’est chose faite en Aquitaine grâce au programme RAUDIN , engagé depuis 2008 au sein de l’Université de Bordeaux.
Coordonnée par Aurélie Laborde, du laboratoire MICA, une équipe de chercheurs de l’
Observatoire Agriculture et TIC
mène une série d’études sur la place que prennent les technologies numériques dans les mutations des métiers et des pratiques des agriculteurs aquitains.
« Nos enquêtes montrent que les agriculteurs aquitains sont plutôt bien équipés. Mais, contrairement aux discours très enthousiastes des vendeurs de solutions informatiques pour le monde agricole et de certains experts, peu d’exploitants ont recours aux logiciels « métiers », plus sophistiqués. Ces outils spécifiques restent majoritairement l’apanage des grandes exploitations dites « modernes », celles qui produisent sur un mode intensif. Le premier enseignement de nos enquêtes est donc qu’usages et équipement varient selon la taille de l’exploitation en nombre de salariés, selon certaines caractéristiques sociodémographiques de l’exploitant comme la présence d’enfants au foyer, l’âge, le niveau d’étude, mais également en fonction des contraintes relatives aux modes de production et de distribution choisis. L’appartenance à une organisation professionnelle tend aussi à accroître le niveau d’équipement. »

« La perception de l’utilité des outils numériques par l’agriculteur est très généralement corrélée à ses contraintes administratives : déclarations réglementaires auprès de Etat et de l’Europe ; relations avec la grande distribution (traçabilité, gestion du stock, etc.) ou marchés à l’export. Les exploitations familiales ne vivent pas les mêmes contraintes que les grandes entreprises qui adoptent des méthodes de production intensive. Les exploitants, en fonction de leur représentation du métier d’agriculteur et de leurs contraintes économiques, s’approprient certaines de ces technologies et les « modèlent », les « bricolent », pour qu’elles s’ajustent autant que possible à leurs besoins et attentes. Cette appropriation diffère selon les secteurs agricoles et les types de production. Notre enquête qualitative livre cependant quelques éclairages : les agriculteurs citent le plus souvent comme principaux avantages des TIC le gain de temps, l’autonomie, la visibilité, une meilleure communication et l’archivage des données. La réduction des erreurs est citée dans le cadre de l’utilisation d’applications de contrôle et traçabilité. En revanche, les arguments des vendeurs de solutions logicielles sont, eux, très peu cités : anticipation, prospective, économies réalisées. »
« Ces quelques résultats intriguent et laissent penser que le taux de réfractaires aux nouvelles technologies est très fort dans un monde agricole effrayé par le changement. C’est faux ! Les agriculteurs ont sans cesse fait la démonstration de leur adaptabilité et de leur réactivité face aux mutations. Evoquer la courbe des âges pour justifier le fort taux d’abstentionnistes numériques est, à mon sens, exagéré. Par exemple, on retrouve plus de refus d’utilisation des outils de gestion comptable chez les céréaliers que chez les éleveurs et viticulteurs, au-delà des critères d’âge des exploitants ou de taille de l’exploitation ; les applications de gestion de production sont délaissées par ceux qui n’appartiennent pas à une organisation de producteurs, et chez les agriculteurs qui travaillent seuls.
Les exploitants manquent d’informations et de formations généralistes qui soient centrées sur leurs besoins concrets et non sur des équipements qu’ils « devraient » adopter. Leurs choix sont guidés par l’offre et les vendeurs de solution. En Aquitaine, on trouve très peu d’actions de conseil, de sensibilisation, d’information, ou de formation qui soient dissociées d’un intérêt commercial autour d’un produit. Cela soulève une question majeure : les TIC permettent-elles aux agriculteurs de se démarquer de la « tutelle du conseil » ou accentue-t-elle leur dépendance aux experts ? J’espère qu’une partie de nos recherches contribuera à montrer qu’une appropriation adéquate des TIC n’est pas forcément une appropriation maximale, et qu’elle dépend largement du niveau d’information dont les utilisateurs disposent. »
Retrouvez également ces résultats sur le site du SIAD , Système d’information et d’aide à la décision pour le développement du numérique en Aquitaine et dans le Diagnostic 2011 de l'Aquitaine numérique qui sera dévoilé par AEC le 7 novembre prochain à Bordeaux.
Le programme RAUDIN , qui réunit 23 chercheurs issus des sciences humaines et sociales de l’Université de Bordeaux, étudie et analyse les usages des dispositifs numériques dans la région Aquitaine afin de participer à leur développement. Ce programme est soutenu par la Région et le Feder. Il s’articule autour de 5 thématiques :
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