"Face au net, aucun positionnement ne peut être durable." Alain Minc

29/08/2011 par Suzanne GALY.
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Alain Minc - photo DR

Alain Minc est l’un des invités de la Conférence 2011 de la Civilisation Numérique organisée par AEC le 14 septembre, à Cenon, sur le thème "Le Politique et Les Numériques". Il y parlera défis économiques... et nous accorde, en préambule, un entretien exclusif !

La perspective d’un positionnement durable du Politique face au marché vous paraît-elle réaliste dans un contexte d’économie « numérisée » qui a bouleversé en peu d’années la création de valeur et la définition des modèles d’affaires ?

A.M : Le débat de l’intervention du Politique face au marché est éternel, mais quand il s’agit du numérique et de la net économie, un univers mouvant et instable, il est plus difficile encore de sentir des lignes de force comme nous pouvons les percevoir dans l’économie classique. Jusqu’à une époque récente, les grands points d’équilibre se construisaient sur une base technologique stabilisée. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Le risque est donc d’utiliser des instruments d’intervention obsolètes et inopérants. Face au net, aucun positionnement ne peut être durable car tout est instable, à commencer par les modèles économiques. Cependant, le numérique ne se conçoit pas en dehors du marché, et marché et règles de droit vont de pair dans une société civilisée. Nous n’avons actuellement ni les instruments de droit, ni les outils pour intervenir, il faut donc les inventer.

Comment ?

Portrait d'Alain Minc - crédit DRA.M : Il me semble que toute règle rigide et stabilisée conduirait inévitablement à l’impasse, ce qui est un constat compliqué pour le Politique car sa nature même est de produire des règles intangibles. Il va malgré tout falloir faire coexister deux systèmes de valeurs : celui de la net économie, et celui de la société dans son ensemble. Par exemple, on ne peut pas accepter le téléchargement illégal et dans le même temps combattre le vol à l’étalage. La défense du droit d’auteur illustre parfaitement la complexité de la situation actuelle : les divergences de cultures juridiques sont fortes d’un bout à l’autre du globe et il est vain de réguler au niveau national. L’action du Politique ne peut être efficace qu’à l’international. Il est urgent de créer des forums internationaux pour que les décideurs ouvrent des perspectives de régulation mondiale de l’internet. Le problème soulevé par le monopole de Google pose également des défis complexes. Mais je ne suis pas inquiet, on inventera des outils. Nous ne sommes qu’aux prémices des réflexions sur ces sujets.

Dans votre préface de l’ouvrage collectif « Dictionnaire politique d’internet et du numérique » , vous plaidez en faveur de « l’intelligence collective » comme seule capable de donner un sens positif aux évolutions numériques qui percutent la société. Quelle place pour le Politique dans ce mécanisme d’intelligence collective ?

A.M : L’intelligence collective c’est, selon moi, la capacité de la société à prendre de la distance pour réfléchir à cet univers qu’est le numérique. Mais je trouve la réflexion collective globalement très faible sur ces enjeux, et le Politique ne peut aller plus vite que la société elle-même.

Conférence "Le Politique et Les Numériques", le 14 septembre, au Rocher de Palmer, à Cenon (33).
Programme complet et inscriptions


Mots clefs
Aquitaine - Culture et création - Economie numérique - France - Gouvernance et territoires
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