"La ville numérique est un flux d’informations à organiser" [Entretien]

04/11/2011 par Suzanne GALY.
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Logo Metronum, événement consacré aux services et aux usages numériques dans la ville, programmé les 8 et 9 décembre à Bordeaux

Alors que se prépare Metro’num , événement consacré aux services et aux usages numériques dans la ville, programmé les 8 et 9 décembre à Bordeaux, AEC a rencontré un spécialiste de ces questions : Serge Soudoplatoff. Entretien.

Serge Soudoplatoff est créateur d’entreprises numériques, responsable de politique2.0 à Fondapol (Fondation pour l’innovation politique), consultant en entreprises sur les usages du web, blogueur et expert associé aux Labs Hadopi . Il est membre du comité de pilotage de Metro’num, la rencontre des services numériques urbains et territoriaux programmée les 8 et 9 décembre prochains , au Hangar 14, à Bordeaux.

De passage en Aquitaine mi-octobre, Serge Soudoplatoff nous a livré son regard sur la ville du futur, interconnectée.

 

Portrait de Serge Soudoplatoff, en octobre 2011 à Bordeaux - crédit AECLa ville numérique est-elle déjà une réalité ?

« Il existe une forme de numérisation de la ville, avec des projets très concrets qui émergent ça et là dans le monde, mais la ville n’est pas encore devenue numérique. Les flux d’informations qui concernent la ville ne font pas encore l’objet d’un système cohérent corrélé aux flux réels urbains. »

Comment traduisez-vous ce concept de ville numérique ?

« À mon sens, la ville numérique est avant tout un flux d’informations très variées qu’il s’agit de rendre disponibles, cohérentes et orientées vers une finalité : rendre service à l’usager et lui faciliter la vie. La ville numérique - je dirais plutôt ville numérisée - ce sont des flux d’informations qui concernent les transports, les réseaux d’énergie, les communautés, etc. Elle doit avoir pour priorité le pratico-pratique et l’efficacité au quotidien. »

“La ville optimisée grâce au numérique”, thème de l’événement Metro’num programmé en décembre à Bordeaux, est présentée comme une révolution. N’est-ce pas avant tout un slogan porté par de grands industriels, tel IBM avec sa campagne Smarter cities ?

« Les industriels s’emparent de ce thème, parmi d’autres, en se demandant ce qu’ils peuvent apporter sur un plan technologique. C’est normal et logique : l’industrie est là pour fabriquer et vendre. En revanche, celui qui devrait adopter un positionnement sur ce sujet, c’est bien le politique ! Mais les hommes politiques n’ont pas tous intégré l’importance des enjeux de la ville numérique et, s’ils les ont compris, ils doivent encore faire face à la diversité des compétences présentes sur leur territoire. Le politique devrait considérer la ville avec pragmatisme, sans idéologie. Son rôle est, à mon avis, de favoriser les flux.

En ce sens, l’open data est un premier pas vers la ville numérique (NDLR : l’open data est la mise à libre disposition des données détenues par les organismes publics). Les différentes administrations possédant des données informatiques ne peuvent plus se permettre de rester hors jeu. Elles doivent se lancer dans le mouvement de libération de ces données afin que les communautés s’en emparent. L’open data crée de l’innovation et, en la matière, l’imagination des gens peut être incroyable ! Je m’intéresse beaucoup à l’idée de Tim O’Reilly que le gouvernement ou la collectivité peut être une plateforme d’innovation ouverte , par l’utilisation des médias sociaux, par la mise en oeuvre de services numériques ou d’API gouvernementales à destination des développeurs (NDLR : L’API est l’interface de programmation permettant l’interaction de plusieurs programmes informatiques). Ce mouvement porte en lui un pragmatisme : “Avant de faire de la politique, on fait en sorte que la ville fonctionne bien”. »

La ville numérique questionne l’équilibre des pouvoirs entre les acteurs clés que sont le politique, l’entreprise et la société civile. Vous décriez « trop de pouvoir à l’administration » et en appelez à la « négociation » entre ces acteurs…

« Je crois en effet aux méthodes collaboratives, à la coopération. Les modèles d’affrontement entre public et privé me débectent et sont contre productifs. La ville, ou l’agglomération, sont un bon échelon pour mettre en oeuvre de la coopération public-privé. Des exemples positifs existent mais les acteurs sont-ils vraiment disposés à travailler en mode coopératif plutôt qu’en mode compétitif ? Pour le moment, j’en doute car on fonctionne encore trop à l’idéologie. Demain, ce ne sont plus les idéologues qui gèreront les villes mais des entrepreneurs émergeant de collectifs qui fonctionneront au consensus. Regardez l’internet : il est dirigé par voie de consensus au sein d’instances internationales. Il n’y a pas de chef. C’est la neutralité du web. La ville numérique doit être neutre. »

Qui sera donc le stratège et le chef d’orchestre de la ville numérique ?

« Le maire, bien sûr, tel un entrepreneur visionnaire ! Son rôle est de créer une place de marchés avec des règles à respecter. Il doit favoriser les flux financiers, de transport, d’informations. La gestion de ces flux vient ensuite naturellement, dans une forme d’auto-organisation intelligente favorisée par les outils du web : les forums, les wikis, les systèmes d’information géographique, la modélisation 3D, les mondes virtuels, les applications mobiles et les API. Il faut percevoir la ville numérique comme un jeu de Lego à assembler, en co-création avec tous ceux qui l’habitent.»

Mots clefs
Aquitaine - données - entreprises - Gouvernance et territoires - innovation - prospective
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