« Rendre accessible l’open data à tous les publics » [entretien avec Simon Chignard]

16/10/2012 par Suzanne GALY.
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Portrait Simon Chignard - photo DR

Simon Chignard, vice-président de la Cantine de Rennes , concepteur et animateur d’ateliers grand public autour de l’ouverture des données des collectivités (open data), est l'invité de la Communauté urbaine de Bordeaux et de sa Coopérative Métropoliltaine , ce mercredi 17 octobre. Il y parlera implication du citoyen et production de nouveaux services. En préambule de cette rencontre, et dans le cadre d'un rapport d'étape sur l'open data en Aquitaine , AEC a interrogé celui qui veut « rendre accessible l’open data à tous les publics »

Vous animez depuis plusieurs mois, à Rennes et ailleurs en France, des ateliers grand public d’utilisation des données ouvertes par des collectivités. Les habitants s’intéressent-ils vraiment à l’open data ?

Le grand public ne s’intéresse pas à l’open data si on le lui présente sous cet angle, très institutionnel, et avec ce jargon anglo-saxon. A Rennes, comme ailleurs, la collectivité a initialement délivré un message qui s’adressait avant tout aux développeurs informatiques, amateurs ou professionnels. Les concours d’applications mobiles (Rennes Métropole en accès libre, Rendez-vous la ville plus facile à Nantes, ...) ont encore renforcé cette approche, qu’il faut aujourd’hui élargir.

On peut faire bien d’autres choses à partir des données ouvertes ! Les promesses de transparence et de renforcement de la vie démocratique n’ont été, elles aussi, que l’affaire d’un petit nombre d’initiés faute d’une appropriation par un public plus large. Donc, pour intéresser le grand public mais aussi les journalistes et le monde associatif il faut avant toute chose changer la manière dont on lui présente l’ouverture des données publiques. Mon idée, avec l’aide d’autres personnes en France, est de concevoir des outils d’animation novateurs permettant de rendre accessible l’open data à tous.

Portrait Simon Chignard - photo DRComment cette animation s’opère-t-elle ?

Le premier cap à franchir est le terme même de « data ». Il faut développer une culture de la donnée en se posant des questions de bases essentielles : qu’est-ce qu’une donnée ? Qu’est-ce qu’une information ? Qu’est-ce qu’une donnée publique et ouverte ? Quelles données sont pertinentes ?

Pour y répondre, nous avons d’abord cherché à révéler puis interroger les données déjà présentes dans la ville, de manière très concrète, sur le modèle des cartoparties : nous avons organisé une chasse aux données de mobilité en recensant sous forme de carte, dans un périmètre défini, toutes les informations urbaines relatives à la mobilité : stations de taxi, borne de stationnement de vélos publics, arrêt de bus, etc.

Cet exercice permet de confronter très directement les données du terrain collectées au cours de l’atelier avec celles ouvertes par la ville. A partir de là, on peut construire un dialogue avec le pourvoyeur des données. Cependant, pour le public, il y a tout de même un aspect déceptif sur ce premier format d’atelier : on ne dit pas à quoi la donnée peut servir concrètement.

La deuxième étape a consisté à doublonner une lecture critique des données avec une pratique concrète de réutilisation. Avec Loïc Haÿ, de La Fonderie – agence numérique d’île de France, nous avons mis en oeuvre un atelier autour du fichier des prénoms donnés aux petits parisiens, rennais et nantais. Après avoir appris à lire les données, les participants les ont manipulées au travers d’outils de visualisation. Ils ont ainsi appris à écrire avec de la donnée.

Enfin, sur une troisième série d’ateliers à Rennes, j’ai ajouté deux nouvelles dimensions : une approche thématique_ à partir d’un jeu de données variées relatives à un jardin public de la ville_ et un public mixte puisque j’avais invité des agents de la ville de Rennes à y participer. C’est très porteur et il faut développer ce mélange des publics. Les agents sont présents au même titre que les habitants mais ils peuvent prendre la parole pour expliquer comment la donnée a été produite et pourquoi. Ils recueillent les avis des utilisateurs… ce qui je pense les intéresse beaucoup !

L’animation de l’open data est trop souvent ciblée vers des publics spécifiques avec une distinction nette entre ceux qui ouvrent les données et ceux qui les réutilisent.

Par qui cette démarche d’animation doit-elle être pilotée selon vous ?

Il n’y a pas vraiment de réponse toute faite à cette question car des exemples très différents existent actuellement en France. Je n’ai toutefois pas encore vu de collectivité qui ait créé un poste dédié à l’open data. Aujourd’hui on fait de l’open data «en plus de toutes les autres missions».
Etre un opérateur extérieur à la collectivité est une force mais le problème peut provenir du désengagement de l’acteur public du processus de réutilisation des données, et en particulier de la relation avec les réutilisateurs.

Le service en charge de l’open data occupe une place compliquée car il doit à la fois gérer les contraintes internes_ le rythme d’ouverture de l’information_ et les pressions externes qui militent en faveur de plus de «libération». S’il ne gère pas les deux en parallèle, l’ouverture des données de sa collectivité ne peut pas fonctionner. Cependant, être à la fois pourvoyeur de données et animateur de la réutilisation peut poser des problèmes d’organisation, de positionnement et de conflits d’intérêts. De plus, les collectivités ne disposent pas forcément des ressources humaines et des compétences pour gérer l’animation.

Mon expérience me montre que l’animateur peut aussi être un prestataire extérieur, mais très étroitement associé à la collectivité. Cela s’inscrit totalement dans l’esprit d’ « innovation ouverte » qu’induit l’open data.

Quels sont les facteurs clés de succès d’une démarche d’animation grand public ? Quels sont les indicateurs pour en évaluer la réussite ?

Je n’ai pas d’indicateurs de mesure de réussite de mes démarches. En faut-il ? Le nombre de participants aux ateliers ne me paraît pas être le seul indicateur pertinent, ce qui compte c’est l’effet de masse par la propagation des idées, des savoirs et des pratiques dans la ville.

Concernant les facteurs de succès, j’évoquerais d’abord la richesse des données ouvertes : l’intérêt d’une donnée provient avant tout de la possibilité de la recroiser avec une autre donnée. Ensuite, il faudrait que chaque initiative publique (un grand projet d’urbanisme par exemple) soit l’occasion pour la collectivité de parler de la data et de publier de nouvelles ressources. Enfin, il faut faire de l’animation au sein même de la collectivité afin que la pertinence du mouvement prenne tout son sens pour les agents qui oeuvrent à l’ouverture des données.

Avec le grand public, il faut parler des sujets qui touchent au quotidien. Pour cela l’entrée thématique est particulièrement pertinente. On se rend compte que l’habitant n’a pas qu’une vision utilitaire de l’information publique ; elle peut avoir une portée consultative ou informative. A ce titre, l’animation grand public autour de l’open data peut aussi être utilisée par la collectivité comme un outil de sondage de la population sur ses usages de la ville, ou à tout le moins de mise en relation entre citoyens et producteurs des services publics.

Simon Chignard est l’auteur de l’ouvrage « Open data, comprendre l’ouverture des données publiques » (éditions Fyp, avril 2012)

Découvrir le blog de Simon Chignard sur l'ouverture des données publiques

 

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Mots clefs
Aquitaine - collectivités - données - fractures - Gouvernance et territoires - innovation - Usages
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