Une expérience de data journalisme est lancée à Bordeaux

23/01/2012 par Suzanne GALY.
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Une expérimentation de data journalisme, ou journalisme de données, vient d’être lancée au sein de l’ Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine . L’opération, conçue et coordonnée par l’IJBA et AEC, doit durer trois mois. Elle est baptisée « Data Journalisme Lab ».

L’idée, créer un laboratoire de recherche et développement autour d’une forme très innovante de traitement et de diffusion de l’information : la data-visualisation, ou visualisation de données.

Le journalisme de données, discipline ambitieuse et très innovante, requiert une bonne dose de rigueur, un peu de temps devant soi mais, surtout, de multiples compétences.

Le « Data Journalisme Lab » que viennent de lancer l’ IJBA et AEC à Bordeaux, associe aux côtés des 36 étudiants journalistes en Master 1, dans une dynamique de travail collaboratif, 4 étudiants graphistes et 6 étudiants développeurs. Ils sont accompagnés par des professionnels de l’informatique et du graphisme, et entourés d’experts : cartographe, statisticien, démographe.

L’expérimentation fait l’objet d’un Work in progress : http://datajournalismelab.fr .

Elle associe plusieurs partenaires locaux : les écoles ECV et Epitech , la société de services informatiques Groupe-SII , un graphiste web indépendant (Pascal Bonnefon) et le Groupe Sud Ouest . Les productions réalisées seront dévoilées début avril.

Du data journalisme à la data visualisation

Le data journalisme ou journalisme de données, c’est l’exploitation de données numériques disponibles et donc réutilisables sous des formats plus ou moins structurés. Il s’agit, en amont ou en aval d’un reportage, d’utiliser des bases de données comme source d’informations pour les analyser, en extraire l’essentiel et représenter cette information en images.

La psychologie des couleurs by http://paintersoflouisville.comLe data journaliste donne ainsi à lire des histoires via des formes de visualisation adaptées aux potentialités du web (les fameuses "data visualisations") : les visualisations sont interactives et permettent plusieurs niveaux d’entrées dans l’information. Cette interactivité et cette "granularité" (profondeur de champ) offertes par la data visualisation la distinguent de l’infographie, produit visuel déjà bien implanté dans le secteur de l’information. La data visualisation diffère aussi de l’infographie en ce sens où sa mise en œuvre est le fait même des journalistes, au contraire de l’infographie qui reste encore, dans les rédactions de presse, l’affaire exclusive des créatifs (souvent freelance, d’ailleurs).

Ces nouvelles sources d’informations que constituent les bases de données, cette nouvelle manière de la chercher représentent pour les journalistes un nouveau terrain d’investigation.

Caroline Goulard, de la jeune société parisienne de production de data visualisations Dataveyes , explique ainsi le travail du data journaliste : “La définition commence avec le terme de data. Pour le journaliste traditionnel, la brique de base est l’article. Le journaliste travaille sur la narration. Avec les données, on n’est plus dans la narration verbale, mais dans une narration construite autour d’éléments grammaticaux qui appartiennent au lexique visuel. Le journaliste de données s’adresse à l’intelligence visuelle.”

Deux exemples :

 

Vous avez dit… data ?

Web, smartphones, informatique « dans les nuages », compteurs intelligents, paiement bancaire… Chaque jour, le citoyen-utilisateur des technologies numériques produit, parfois sans le savoir, un déluge de données (le "data déluge" ou "infobésité") se rapportant à son identité, à ses choix de vie et de consommation. Ce sont des informations relatives, par exemple, à ses trajets en transport en commun, à ses consommations d’énergies ou ses communications téléphoniques.

infobesite© Blend Images - FotoliaEgalement grandes productrices de données, les entreprises et les collectivités conservent depuis longtemps cette "matière grise" dans des bases de données stockées sur des serveurs informatiques. Ces bases, alimentées chaque jour en informations fraîches, racontent une histoire de l’organisation, de ses métiers et processus de travail, de son impact sur l’environnement, de son environnement lui-même (clients, partenaires ou usagers). Une collectivité locale, par exemple, possède ainsi une somme d’informations détaillées relatives à ses habitants, à ses équipements, à ses ressources internes, etc.

Tous les domaines d’activités sont concernés ; la palette de thèmes et de sujets à explorer dans ce "data déluge" apparaît ainsi sans limite.

Ces données numériques, une fois passées au filtre des critères de la CNIL de protection des données personnelles, constituent une véritable mine d’or si on sait en exploiter le potentiel. Mieux comprises et mieux utilisées, elles peuvent délivrer des informations à forte valeur ajoutée utiles aux entreprises et collectivités (intelligence économique et territoriale ; innovation de services), aux citoyens (transparence démocratique et action civique), aux journalistes et aux chercheurs (sources d’information).

C’est tout l’enjeu du Data Journalisme Lab : travailler sur des faits (les données), les comparer entre eux et les mettre en scène dans des formes visuelles susceptibles d’éclairer les lecteurs internautes et d’interpeller les instances du pouvoir.

Le journalisme de données et la data-visualisation ne sont « ni une révolution ni une innovation », écrit le journaliste Alain Joannès dans son ouvrage Data journalism – Bases de données et visualisation de l’information. « C’est juste une manière de chercher, de trouver et de montrer de l’information avec les outils et pour les audiences de notre époque ». Comprenez : conçue pour le web, à destination d’un lectorat internaute peu enclin à consacrer du temps à l’information écrite.

Pratiqué au sein du Guardian , du New York Times et en Europe par Owni , le data journalisme est peu développé en France mais fait l’objet d’une attention grandissante de la part des entreprises de presse. Son essor est concomitant à l’ouverture des données publiques et leur mise en ligne, qui suit la tendance de fond amorcée par la circulation des données sur les réseaux.

Open data et data journalisme.

Le mouvement mondial de libération des données publiques, ou Open data, prouve que les administrations ont bien compris le potentiel d’une réutilisation des données qu’elles possèdent.

Le mouvement s’accélère en France depuis deux ans. Paris, Nantes, Rennes, Le Grand Toulouse, Montpellier, la Saône et Loire, et, pour parler des acteurs aquitains, la Région, la Gironde ou encore la Communauté urbaine de Bordeaux ont ouvert sur internet, courant 2010-2011, des catalogues de données téléchargeables.

On y trouve des informations de type géographique (les voies cyclables, les rues, les tracés administratifs, etc.) et alphanumérique (les horaires des bus, des indicateurs de qualité de l’eau potable, la liste des communes du département, etc.). Notons que la Communauté urbaine a entraîné dans son sillage son délégataire la Lyonnaise des Eaux, qui a également libéré quelques jeux de données.

Les sujets explorés par les étudiants au sein du Data Journalisme Lab seront issus de ces catalogues « Open Data » aquitains, français (L'Etat vient de lancer son propre portail), mais aussi d’autres catalogues présents sur le web (observatoires, instituts scientifiques, plateformes de type Infoschimp, Data Publica, Nosdonnées.fr, Socrata, data world Bank, CIA Factbook, Eurostat, Insee, OCDE, etc.).
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Au fil des semaines, un processus de production sera mis en œuvre, jalonné de nombreuses étapes : chercher, trier les données, les comprendre et les analyser, confronter des jeux de données complémentaires, interroger les politiques publiques, enquêter en amont et en aval des données utilisées, les modéliser, les agréger, tester des outils de data visualisation, développer de nouvelles fonctionnalités pour enrichir l'outil le cas échéant, travailler en collaboration avec des graphistes-webdesigner pour mettre en forme le résultat, concevoir des animations pour rendre interactive la data visualisation.

Ce processus est au cœur du projet Data Journalisme Lab. Au-delà des résultats qui seront dévoilés en avril prochain, c’est bien la recherche d’un Modus Operandi qui motive et justifie l’expérimentation. Le Work in progress du site datajournalismelab.fr est là pour le rappeler.

Mais déjà, de premières hypothèses sont validées. Les marques d’engagement et témoignages d’enthousiasme émanant des divers partenaires nous le montrent, le lab leur ouvre des horizons porteurs de sens : acquisition de nouvelles compétences techniques et graphiques, nouvelle culture de travail axée sur le collaboratif, prise de conscience des enjeux de société induits par le data déluge…

Ce n’est pas rien.

 

A NOTER

Sous forme d'ateliers de travail opérationnels, l 'OpenDataLAB créé par AEC au sein de l'Auberge numérique propose de réunir des chercheurs, des collectivités, des startups et des entreprises pour réfléchir ensemble au développement de services innovants basés sur la réutilisation des données publiques libérées.

Il s'agit de tester des concepts, valider des modèles économiques et juridiques, développer des maquettes et des prototypes, ou d'expérimenter des services et analyser des usages. C'est l'objet des ateliers baptisés OpenData Bar, animés en partenariat avec la CUB. Quelques applications de services ont déjà vu le jour.
L’OpenDataLAB de l'Auberge numérique est soutenu par : SFR, Crédit Agricole, Lyonnaise des Eaux, La CUB, Région Aquitaine, Préfecture de Région Aquitaine, Fonds Feder.

Dans le cadre de l’OpenData Lab, un autre dispositif verra le jour en mars prochain : les OpenData School, créés en partenariat avec des universités bordelaises, pour inciter l'innovation à partir des données publiques.
- OpenDatathlon avec l’IUT SRC (12 au 16 mars),
- week end Coding Party avec Epitech, EPSI, INGESUP (du 24 au 26 mars).

 

 

Pour en savoir plus sur le data journalisme, voir aussi les vidéos suivantes :

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Aquitaine - collectivités - données - e-démocratie - entreprises - innovation - Médias - presse - Usages - web 2.0
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