Chronique Décryptage - Le happy slapping


Eric Culnaërt décrypte l'actualité numérique sur France Bleu Gironde, chaque mercredi, à 7h20 et 9h10.


Aujourd'hui, le happy slaping, une pratique très contestable...





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    • Bonjour. Aujourd’hui, nous allons parler de la façon dont le numérique transforme notre société, pour le meilleur et pour le pire, et de la difficulté d’encadrer ces évolutions par la loi.
      Vous le savez, nos téléphones mobiles sont devenus de petits bijoux de technologie : aujourd’hui, bon nombre d’entre nous se promènent avec dans leur poche un appareil capable de faire des petits films dans une qualité acceptable, au moins pour une diffusion via internet. Lors des attentats de Londres, en 2005, les premières et parfois les seules images de la tragédie vécue par les victimes prisonnières du métro ont été filmées de cette façon. Désormais tout un chacun dispose donc des moyens techniques pour devenir reporter d’un jour, et filmer l’événement dont il est le témoin accidentel, en plein feu de l’action et bien souvent avant l’arrivée des journalistes. On parle même de journalisme citoyen : la démocratisation des moyens de produire de l’information et de la diffuser ensuite, via internet, ferait naître parallèlement à la presse un cinquième pouvoir, pour reprendre le titre d’une manifestation qui se tiendra à Paris ce samedi 24 mars.
      Je vous parlais des attentats de Londres : c’est aussi en Angleterre, en 2005, qu’on a vu apparaître les premiers cas de happy slapping. Cette pratique qui consistait à gifler un passant au hasard tout en filmant la scène avec son téléphone mobile, a très vite donné lieu à des agressions de plus en plus violentes, au point de devenir un phénomène de société. Un phénomène qui n’est pas longtemps resté circonscrit au pays d’Orange Mécanique. En février 2006, deux jeunes de 19 ans ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Bordeaux à six et huit mois de prison avec sursis pour des gifles portées sur des mineurs dans le tramway et filmées en direct. En janvier dernier, quatre jeunes, dont trois mineurs de 16 ans et 17 ans, ont agressé un collégien de 14 ans en plein centre de Blanquefort et ont filmé la scène avec un téléphone mobile.
      Le Parlement vient précisément d’adopter, dans le cadre de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, une disposition qui entend lutter contre cette mode détestable du happy slapping , en l’étendant à toutes les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne (torture, violences sur mineur, viol, agression sexuelle, etc.). La personne qui filme ces infractions sera désormais réputée complice des auteurs sans qu’il soit nécessaire de prouver le lien de complicité, et sera donc éligible aux mêmes peines. Mais le texte adopté va plus loin encore : la personne qui diffuse ces enregistrements, que ce soit sur le réseau de l’école ou sur YouTube ou DailyMotion, ces plateformes de vidéo en ligne dont je vous parlais lors d’une précédente chronique, encourt désormais des peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75000 euros d’amende, soit dans certains cas des peines supérieures aux auteurs des faits eux-mêmes.
      Le texte crée donc une infraction nouvelle, avec cette seule exception qu’elle ne s’applique pas lorsque l'enregistrement ou la diffusion résulte de l'exercice normal d'une profession ayant pour objet d'informer le public – en clair, le journaliste est protégé, mais pas le simple quidam témoin d’un événement qui sort son téléphone mobile et se met à filmer, sauf si c’est dans le seul but que l’enregistrement serve de preuve en justice. Alors, si l’envie vous prend de jouer les journalistes citoyens, faites attention à ce que vous filmez… et à la semaine prochaine.

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