
Le deuxième
Débat Numérique a eu lieu mardi soir dernier, à l'Ijba, autour du thème
"La technologie dans le corps : homme augmenté, cyborg, progrès médicaux, où va l'espèce humaine ?".Autour de Laurent-Pierre Gilliard (AEC), animateur des échanges, deux invités de choix :

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Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’intelligence artificielle et de sciences cognitives à l’université Pierre et Marie Curie (Paris)
(à droite sur la photo).
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Paul Benkimoun, médecin et journaliste à la rubrique Santé du
Monde (à gauche sur la photo).Organisé par l'
Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine et AEC, en partenariat avec les journaux
Le Monde et
Sud Ouest, ce Débat Numérique avait pour ambition de dépasser l'imaginaire collectif pour aborder une réalité très actuelle celle de
l'invasion du corps par la technologie. Invasion ? Le mot est peut-être exagéré même si les
progrès de la science, les recherches en cours dans des laboratoires du monde entier et certains mouvements de pensées, tel le
transhumanisme, projettent déjà l'avènement d'un
humain transformé, amélioré, "augmenté". Faut-il en avoir peur ?
Face aux perspectives offertes à l'humanité, le public présent au Débat Numérique, attentif et réactif, a davantage fait preuve de curiosité et de mesure que d'alarmisme.

Vous retrouverez bientôt sur ce blog des extraits vidéo du Débat Numérique.
En attendant, voici quelques éléments de compréhension du sujet. Enjeux et limites.
Introduction (par Raphael Burgos, étudiant en journalisme) :
Mot-clé de l’imaginaire contemporain, le
concept de Cyborg est né dans les années 60 dans l’esprit des chercheurs américains de la NASA qui voulaient accélérer le processus de colonisation de notre système solaire. Ce concept très sérieux envisageait des expériences diverses de modifications du corps par la technologie mécanique (
bras surnuméraire, exosquelette, combinaison ne faisant qu’un avec son occupant), les drogues et l’informatique. Le cyborg, c’est donc
l’humain "amplifié", au corps technologiquement modifié,
l’homme-machine infatigable, inépuisable, performant et conquérant.
A présent le Cyborg apparaît comme
une réalité envisageable. Le cyborg de demain naît dès aujourd’hui dans nos laboratoires.
Grâce aux développements de
l’ingénierie génétique, des biotechnologies, de l’informatique, l’être humain repousse les frontières du corps physique au-delà de son enveloppe anatomique. Dans le domaine de la santé, les progrès en matières de
prothèses, d’implants électroniques sont phénoménaux. Voir, entendre, sentir, s’exprimer, bouger sont redevenus possibles pour des patients atteints de Parkinson, de surdité, de paraplégies, ou victimes d’accidents vasculaires cérébraux. Il s’agit alors d’augmentations réparatrices d’ordre physique mais
certains envisagent déjà l’amélioration de nos capacités mentales et dépasser la norme imposée par la nature.
Le cyborg incarne tour à tour autant le rêve de toute-puissance et d’éternité que l’angoisse de la disparition de toute humanité. Il nous informe des relations que nous entretenons avec les mythes philosophiques, scientifiques, économiques et anthropologiques de notre présent. Il nous oblige à examiner la relation complexe qu’établissent nos pratiques sociales et culturelles qui mettent en crise la séparation établie entre biologique et mécanique, entre animé et inanimé, entre visibilité et invisibilité, entre humanité et machinité.
Trois questions à Jean-Gabriel Ganascia, invité du Débat Numérique :
AEC : Le corps investi par la technologie : cette perspective est-elle forcément inévitable ? J-G.G : Elle l’envahie déjà depuis longtemps : stimulateurs cardiaques, prothèses dentaires, orthopédiques, implants auditifs, silicone… La question centrale est surtout « jusqu’où ira-t-on ? » mais là, rien n’est encore défini. La recherche n’en est qu’à ses balbutiements et on ne sait pas vers où le progrès médical et technique nous entraînera. L’augmentation de l’intelligence par la technologie n’est pas neuve, non plus. L’écriture, déjà, puis l’imprimerie, avaient permis d’améliorer les capacités intellectuelles des Hommes. Aujourd’hui, la technologie nous permet de stocker des quantités énormes de données sur des supports de plus en plus légers. Cela ne signifie pas que nous aurons la maîtrise de ces informations. Ces évolutions peuvent être un bien si on sait les utiliser au mieux.
AEC : Feront-elles évoluer l’espèce humaine ?J-G.G : Elle a toujours évolué mais ces évolutions sont aujourd’hui accélérées par la rapidité des progrès technologiques. L’apparition des outils de calcul nous a fait perdre des capacités de calcul mental et l’écriture a eu le même effet sur la mémoire. A titre personnel, je ne suis pas effrayé, même s’il faut prendre ces questions au sérieux et réfléchir à leurs dangers. Les transhumanistes, par exemple, défendent selon moi une vision excessive de l’homme augmenté par l’intrusion de la technique dans son corps. Nous devons conserver une certaine idée de l’humanité, être attentif, sur le plan éthique, à ce que la technique révèle de l’Homme.
AEC : Et selon vous, que révèle-t-elle ?J-G.G : Elle révèle le corps comme une frontière qui effraye. Mais le monde dans lequel nous vivons transforme notre intelligence. La frontière entre l’intérieur et l’extérieur est floue, car la technique intégrée au corps est toujours contrôlée de l’extérieur. Les opposer n’est pas forcément pertinent. C’est vrai que des changements considérables se préparent, avec des conséquences psychiques importantes pour l’être humain, mais on en est encore loin. Le temps est aujourd’hui à la réflexion éthique.
Le support d'animation du deuxième Débat Numérique :Libellés : debat numerique, homme augmente, tendances