06 juin 2005

A demain, mon vilain...

Editeurs de contenus pornographiques et opérateurs de télé-phonie mobile se préparent à surfer sur les services haut débit pour adultes... en essayant de ne pas faire trop de vagues.
Le Minitel en son temps nous avait déjà fait le coup, qui en un rien de temps était devenu rose, et la réputation d’Internet comme pourvoyeur de contenus réservés aux adultes n’est plus à faire. Le prochain terrain de jeu des éditeurs spécialisés est déjà dans votre poche : il s’agit de votre téléphone mobile. D’ores et déjà, fonds d’écrans « hots » et sonneries multimédias suggestives se disputent la bande passante ; en Europe et en Amérique latine, les contenus érotiques représentent près du quart de tout le trafic, avec un marché 2005 estimé à 1 milliard de dollars et promis à quintupler d’ici 2010. Car l’arrivée des services haut débit vient démultiplier les possibilités. C’est ainsi que par exemple Ann Summers, la première chaîne de vente de gadgets sexuels outre-Manche, vient de lancer un site Internet wap permettant l’achat en ligne, avec un système de couponing (tickets de réduction) via mobile incitant les visiteurs en ligne à se rendre dans les boutiques « en dur ». Aux Etats-Unis comme ailleurs, les perspectives de business apparaissent clairement aux éditeurs de « services » pour adultes (jeux, films, dialogues dits coquins, etc.), mais à ce jour les opérateurs hésitent à transporter ces contenus, par peur de la réaction des ligues de vertu et du couperet législatif. Aussi le secteur est-il en train de plancher sur un système de filtrage des contenus mobiles permettant d’en interdire (au moins formellement) l’accès aux mineurs. Le mouvement est de toute façon lancé, et s’attaque à tous les supports multimédias de masse, comme l’illustre par exemple la mise en ligne par Playboy d’un logiciel dédié au iPod Photo d’Apple et destiné à projeter des diaporamas coquins animés et sonorisés. Sans doute l’a-t-on bien compris au Texas, « premier Etat [américain] à fournir de l’Internet sans fil gratuit sur ses aires de repos » selon le slogan de ses dirigeants : une loi vient d’y être votée pour interdire l’accès à la pornographie en ligne sur les hotspots wifi publics, avec risque de peines en correctionnelle. Les sites litigieux répertoriés ont été bloqués, remplacés par une page annonçant « La nudité est un péché. Lisez la Bible. Bonne journée. ».