Retour au village... mondial
Armé d’un photophone et d’une connexion Internet, tout un chacun peut jouer les reporters du quotidien, voire les justiciers. Assiste-t-on à l’émergence d’un regard social mondial ?
Les technologies font-elles évoluer notre rapport à l’autre, ou se contentent-elles de donner de nouvelles formes à l’expression de notre être social ? En tout cas, l’explosion de l’image sur les nouveaux réseaux provoque toutes sortes d’effets de bord révélateurs d’un certain flottement dans la perception de la sphère privée. Le fameux quart d’heure de gloire promis à tous par Andy Warhol prend aujourd’hui toute sa mesure avec la puissance de diffusion de l’Internet et la démocratisation de toute la chaîne vidéonumérique, à commencer par la généralisation des photophones. L’épisode Star Wars Kid l’avait bien montré, qui avait fait une star mondiale d’un gamin qui s’était filmé lui-même en train de mimer maladroitement un combat au sabre laser : un de ses camarades d’école avait mis la vidéo sur Internet, donnant lieu à une avalanche de reprises et de parodies, avec tout ce que cette célébrité pouvait avoir d’oppressant pour un adolescent qui ne l’avait pas désirée et qui l’a vécue comme une humiliation... mondiale. Que dire alors lorsque cette humiliation est délibérée, et que l’exposition au regard social a valeur de punition ? Une jeune femme coréenne vient de faire cette amère expérience : ayant refusé de nettoyer les excréments déposés par son chien dans une rame de métro, elle a été prise à parti par les voyageurs ; l’un d’entre eux s’est empressé de la photographier et de diffuser la scène sur Internet, initiant une chasse à l’homme à l’échelle du pays qui a fini par aboutir à ce que quelqu’un la reconnaisse et que son identité soit dévoilée et associée à l’incident. Ce qui revient à transposer aux rapports sociaux une pratique déjà bien ancrée dans les comportements des consommateurs, qui veut par exemple qu’on mette en ligne sur son blog la photo de la grenouille qu'on a trouvée dans sa salade au restaurant. Et cela n’a rien de bien neuf non plus, il s’agit d’un bâtard technologique entre le lynchage et le pilori (aboli en France en 1848). On peut aussi parler de « société de la transparence », comme on le fait pour mettre en valeur le principe vertueux d’exposition à ses pairs qui sous-tend la publication sur les blogs. De là à y voir un progrès...
Les technologies font-elles évoluer notre rapport à l’autre, ou se contentent-elles de donner de nouvelles formes à l’expression de notre être social ? En tout cas, l’explosion de l’image sur les nouveaux réseaux provoque toutes sortes d’effets de bord révélateurs d’un certain flottement dans la perception de la sphère privée. Le fameux quart d’heure de gloire promis à tous par Andy Warhol prend aujourd’hui toute sa mesure avec la puissance de diffusion de l’Internet et la démocratisation de toute la chaîne vidéonumérique, à commencer par la généralisation des photophones. L’épisode Star Wars Kid l’avait bien montré, qui avait fait une star mondiale d’un gamin qui s’était filmé lui-même en train de mimer maladroitement un combat au sabre laser : un de ses camarades d’école avait mis la vidéo sur Internet, donnant lieu à une avalanche de reprises et de parodies, avec tout ce que cette célébrité pouvait avoir d’oppressant pour un adolescent qui ne l’avait pas désirée et qui l’a vécue comme une humiliation... mondiale. Que dire alors lorsque cette humiliation est délibérée, et que l’exposition au regard social a valeur de punition ? Une jeune femme coréenne vient de faire cette amère expérience : ayant refusé de nettoyer les excréments déposés par son chien dans une rame de métro, elle a été prise à parti par les voyageurs ; l’un d’entre eux s’est empressé de la photographier et de diffuser la scène sur Internet, initiant une chasse à l’homme à l’échelle du pays qui a fini par aboutir à ce que quelqu’un la reconnaisse et que son identité soit dévoilée et associée à l’incident. Ce qui revient à transposer aux rapports sociaux une pratique déjà bien ancrée dans les comportements des consommateurs, qui veut par exemple qu’on mette en ligne sur son blog la photo de la grenouille qu'on a trouvée dans sa salade au restaurant. Et cela n’a rien de bien neuf non plus, il s’agit d’un bâtard technologique entre le lynchage et le pilori (aboli en France en 1848). On peut aussi parler de « société de la transparence », comme on le fait pour mettre en valeur le principe vertueux d’exposition à ses pairs qui sous-tend la publication sur les blogs. De là à y voir un progrès...


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