06 juillet 2005

Passer n’est pas jouer

L’industrie du jeu vidéo, quoique en crise en France, s’impose à l’échelle mondiale comme l’acteur central de toute la production de contenus ludiques de plus en plus fédérateurs..
C’est officiel depuis le mois dernier, et même la presse généraliste en a fait ses gros titres : le marché français du jeu vidéo a dépassé celui du cinéma. Libération des 25 et 26 juin consacre un long article à «l’âme numérique du foyer» et pointe la convergence des diverses industries du loisir, cinéma y compris, autour des consoles de dernière génération. Cette prédiction, certains la faisaient déjà en 2003 et ils ont été démentis ; mais désormais le haut débit est acquis dans les zones urbaines et, avec plus d’un milliard et demi d’euros, le marché du logiciel ludique dépasserait même en France celui du CD audio. En Corée, un jeu en ligne comme Kart Rider réunit près de 12 millions de joueurs (25% de la population), hommes et femmes indifféremment, et permet même à des joueurs professionnels de connaître le même parcours (sponsors, fans) que les sportifs de haut niveau.

1 Coréen sur 4 a déjà joué à Kart Rider

Source illustration : The Korea Times

05 juillet 2005

Respecter le prescripteur des doses

La méfiance envers les institutions n’épargne pas les médecins, désormais concurrencés dans l’information des malades par des sites Internet souvent financés par les laboratoires.
Les politiques déplorent l’instauration d’une méfiance généralisée pour les institutions, les journalistes se sentent déstabilisés par l’éclosion des blogs et du journalisme citoyen (notre Dossier de veille «En direct du globe: les blogs» pointe cette crise de l’intermédiation). Et votre médecin traitant nouvellement adopté est sans doute signataire de la charte «Non merci...» 2005 qui s’inquiète des liens de communication directe entre malades et acteurs économiques de la santé aux intérêts suspects. La généralisation d’Internet et des sites d’information médicale alimente cette inquiétude. Selon une étude Pew Internet & American Life Project, 66% des internautes possédant seulement deux ou trois années d’expérience sur le Net ont fait des recherches en santé, et cette proportion grimpe à 86% chez les utilisateurs avec six ans ou plus d’expérience.

04 juillet 2005

Couillon de payant

En matière de commerce, le profilage du consommateur en vue de lui rendre un meilleur service ouvre la voie à toutes sortes d’applications très pratiques...
Une étude des plus instructives et judicieusement intitulée « Open to Exploitation » relève que deux tiers des Américains croient, à tort, qu’il est illégal de facturer un même produit à des prix différents selon l’acheteur (hors discrimination raciale ou sexuelle patente, vente à perte, entente déloyale, etc.). Combien sommes-nous en France à penser de même, également à tort ? La pratique s’en répand sur Internet, où il est possible de profiler l’internaute (provenance, historique des visites, etc.), et donc de traiter différemment un client potentiellement intéressant et un mauvais coucheur potentiel. Et comme on n’arrête pas le progrès, PathTracker, logiciel développé par l’Université de Pennsylvanie, permet d’établir, à l’aide de caddies équipés de puces RFID, la carte des déplacements des clients dans un magasin de manière à y optimiser le placement de produits.
Chez Casa Pizza, on trouve tout ça très savoureux, sur le mode humoristique: "Commander une pizza en 2015".

Sans fil ombilical

Le mobile introduit entre parents et enfants une nouvelle proximité distante dont on mesure encore mal les conséquences sur le développement psychique des adolescents.
Aux Etats-Unis, près de la moitié des enfants de 7 ans et plus disposent de leur propre téléphone mobile; plus de la moitié entre 11 et 17 ans selon le Yankee Group. Un chiffre qui pourrait bien ne pas reposer sur la seule appétence des enfants et adolescents à échanger entre eux, mais tout autant sur le besoin des adultes à recréer par téléphone un lien de parentalité. Steven Mintz, professeur d’histoire à l’Université de Houston, vient de publier un livre où il se penche sur cette génération de «parents-hélicoptères» en vol stationnaire au-dessus de leurs enfants, et qui les couvent à distance d’autant plus... qu’ils sont absents. Dans cette relation, le mobile devient selon le magazine Psychology Today une sorte d’«éternel cordon ombilical», avec des appels réciproques à raison de trois fois par jour en moyenne pour 20% des enfants les plus souvent cités au tableau d’honneur de l’école. Cet «hyper-investissement lointain» des parents est d’ailleurs à ce point passé dans les mœurs que trois écoles, près d’Atlanta, ont intégré dans le système électronique de gestion de la cantine un service d’alerte via Internet permettant aux parents de suivre à distance les choix alimentaires de leur progéniture. On s’étonnera ensuite que sur une classe de 220 étudiants, trois seulement soient capables de se passer de leur portable trois jours de rang...

Lire autour: "New grads face a world of difference", Charlotte.com.

01 juillet 2005

Gado, Waldo, Aïbo

«Les Japonais vont inonder le monde de robots comme ils l’ont fait avec leurs motos, leurs voitures, leurs appareils photos...» - Jean-Paul Basquiat, énarque, in «Automates intelligents».
Gado le Japonais est agent de sécurité : il patrouille autour de l’usine et prend l’initiative d’éteindre les incendies depuis qu’il est devenu pompier. Waldo le Californien, lui, se lasse de distribuer des pilules aux malades, pique une crise et casse tout dans les couloirs de l’hôpital à la fin d’une de ses rondes. Sister Mary travaille elle aussi à l’hôpital, en Angleterre, mais sa tâche est plus gratifiante puisqu'elle passe entre les lits pour permettre au docteur d’examiner les patients. Peut-être apprendra-t-elle un jour à faire comme telle autre, encore anonyme, qui procèdera bientôt à un examen mammaire avec palpation. Pabodaro est moins sérieuse, encore qu’assez compassée : elle a mis sa robe de bal pour enseigner la danse. VieVé, lui, a mis sa coquille et joue au foot. Et tous ces braves gens sont des robots. uPostMate, cousin coréen de Gado, en est un aussi, mais s’il est brave c’est avec bravoure : n’écoutant que son courage, il arrête les délinquants et les emprisonne dans une sorte de filet à saucisson géant. Brave new world...

uPostMate capture les délinquants dans ses filets

Source illustration : Digital Chosun Ilbo

Chantons en samples

A trop s’arc-bouter sur des règles depuis longtemps rendues caduques par les usages numériques, la machine de la propriété intellectuelle court le risque de s’enrayer.
Décidément, l'âge numérique est un casse-tête pour la propriété intellectuelle (reprise d’un titre de ZDNet du... 22 juin 2001). Sans doute la mise au point d’un modèle économique viable pour les biens numériques exige-t-elle du courage et de l’imagination ; on ne saurait prétendre, en l’état actuel du rapport soumis à l'Assemblée nationale à propos de la transposition de la directive européenne sur le droit d’auteur et les droits voisins dans la société de l’information, que le législateur brille par l’une ou l’autre. Dans sa formulation actuelle, le projet de loi rend notamment illégale la lecture d’un support d’œuvre multimédia protégée sur un équipement non standard, comme par exemple un PC sous Linux. De son côté, la Cour suprême américaine vient de rendre son arrêt dans l'affaire "Grokster et Morpheus", condamnant à mort de fait les deux réseaux d’échanges peer-to-peer poursuivis par la Metro-Goldwin-Meyer pour infraction au droit d’auteur. Cette crispation a des répercussions curieuses : chez LucasArt, quand on développe un jeu en ligne (Star Wars Galaxies), on permet au joueur d’y jouer de la musique devant l’auditoire des autres joueurs, mais seulement en mixant des bribes musicales pré-enregistrées et livrées par l’éditeur. La raison n’en est pas technique, ni même d’éviter que les univers résidents deviennent d’insupportables cacophonies une fois laissés à la créativité de leurs habitants. L’éditeur craint tout simplement qu’un joueur reprenne une mélodie de Madonna et que cela constitue une forme nouvelle d’infraction au droit d’auteur, à défaut d’une nouvelle forme d’art collaboratif. Et si vous voulez faire imprimer vos photos numériques par un laboratoire, tâchez de ne pas trop bien les réussir, car un nombre grandissant vous le refusera de peur qu'il s'agisse d'oeuvres copyrightées.