Réseaux et tuyaux
Les infrastructures vitales des pays reposent de plus en plus sur des systèmes informatiques interconnectés.
La toute nouvelle législation américaine sur l’énergie mentionne l’obligation pour les compagnies de mettre en place des systèmes de prévention des attaques informatiques. C’est qu’à une époque où les réseaux électriques, mais aussi de distribution d’eau ou encore les usines chimiques – la quasi-totalité des infrastructures dites «critiques», en fait – sont de plus en plus contrôlés via des systèmes informatiques connectés, les virus, vers et autres hackers représentent un danger bien réel de perturbation des flux vitaux d’un pays, voire de biais pour une attaque terroriste. Or les attaques informatiques de toutes sortes sont légion, quotidiennement, et les entreprises répugnent à communiquer à ce propos, ce qui inquiète le FBI et complique la tâche des organismes de veille en cybersécurité chargés de recenser les menaces et les vulnérabilités pour leur trouver une parade et proposer des mises à jour. C’est le rôle aux Etats-Unis d’InfraGard, programme regroupant 11 000 acteurs privés et publics sous l’égide du FBI. Le département Homeland Security chargé de la sécurité intérieure après le 11 septembre a également mis en place une base de données pour centraliser les risques informatiques. En Allemagne, on vient de créer à cet effet le Centre de réaction aux crises des technologies de l’informations. Et en France ?
Au journalisme, citoyens!
Au moment où le Parlement européen s’interroge sur les rapports entre blogs et médias, la question du journalisme citoyen ne cesse d’aller de rebond en rebond à chaque événement un peu marquant. Dernier exemple en date : la FEMA (l’agence fédérale américaine de gestion de crises) avait instamment demandé aux journalistes présents sur les lieux dévastés par le passage de l’ouragan Katrina de ne pas photographier les corps des victimes. Une interdiction que les blogueurs, sollicités par ailleurs par les grands médias pour aider à couvrir l’événement, sont bien décidés à ne pas respecter – ni d’ailleurs la plupart des personnels médicaux, de sécurité, etc. présents sur place et équipés de photophones. Surtout à l’heure où Scoopt, la première agence photo réservée exclusivement aux journalistes citoyens, c'est-à-dire aux non-professionnels, vient d’annoncer sa première vente, au Bristol Evening Post, «pour une somme à deux chiffres». Et les agences de ce type, destinées à commercialiser les clichés des particuliers, sont en train de se multiplier : outre Scoopt, on connaît déjà SpyMedia et CellJournalist.
L'amour qui fait "dring!"
De plus en plus, faire des rencontres passe aussi par les nouvelles technologies.
Selon l’institut Nielsen//Netratings, Internet est désormais au Royaume-Uni le troisième moyen le plus populaire de faire des rencontres, avec un tiers des répondants prêts à y recourir. Le seul marché américain des rencontres en ligne devrait dépasser les 500 millions de dollars en 2005, assure Jupiter Research, avec une tendance à la segmentation qui est le signe, sur un secteur aussi jeune, d’une maturité foudroyante : sites de rencontres spécialisés pour personnes de grande taille, pour végétariens, avec vérification des antécédents judiciaires, etc. La tendance dépasse l’Internet : selon le rapport Intel sur les modes de vie à l’ère du numérique, près d’une personne sur cinq reconnaît se sentir plus sûre d’elle dans le grand jeu de la séduction grâce au recours au mail et au texto. Et c’est d’ailleurs sans doute là le phénomène émergent le plus notable : dans nombre de pays où le jeu amoureux est sévèrement encadré, comme dans les Emirats Arabes Unis, ou encore en Inde et plus généralement dans tout le Moyen-Orient, le mobile et notamment la technologie Bluetooth, qui permet d’envoyer des SMS dans un rayon de dix mètres sans connaître le numéro du téléphone qu’on essaye d’atteindre (et ce, gratuitement puisque sans passer par le réseau des opérateurs) offrent à la jeunesse en mal d’émancipation un biais pour faire des rencontres en dépit des interdits. Au point d’inspirer à un chanteur indien à la mode un tube comme « SMS is the way to do it ».
Privés de copie privée
Des fabricants de matériels numériques de plus en plus nombreux intègrent dans leur produits des dispositifs techniques de gestion des droits.
Le moment approche, de l’adoption du projet de loi relatif aux droits d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information, prévue en décembre, et certains, dont la SPEDIPAM chargée de gérer les droits des auteurs, s’inquiètent de la part belle faite aux dispositifs techniques de DRM (digital rights management, ou « gestion des droits numériques ») et de l’atteinte possible à l’exception de copie privée. Aux Etats-Unis, où les six principales majors que sont Walt Disney, Sony, Paramount, Warner Bros, Universal et 20th Century Fox viennent de s’unir à hauteur de 30 millions de dollars sur deux ans pour créer MovieLabs, dont le seul objet est de développer des dispositifs anticopie, les exemples se multiplient, de matériels dont les fonctions sont limitées par des dispositifs de DRM de plus en plus contraignants. Le plus marquant en est sans doute Tivo, cet enregistreur numérique sur disque dur qui a succédé au magnétoscope dans bon nombre de foyers : désormais, certains programmes ne pourront plus être conservés (sinon pour une durée limitée), ni transférés sur un autre support – ce qui contredit une décision de la Cour suprême (affaire Betamax, 1984) confirmant le droit de copie privée mais correspond à nombre de mouvements similaires de l’industrie soucieuse de ne pas contrarier les majors. Dernière annonce en date, et non des moindres : le prochain système d’exploitation de Microsoft, Windows Vista, ne permettra aucun accès direct aux flux vidéo haute résolution, lesquels seront par ailleurs cryptés jusqu’au périphérique d’affichage. Les développeurs d’applications n’auront donc eux-mêmes accès au contenu vidéo, pour affichage ou traitement, que via le système de DRM intégré. Une barrière qui ne devrait pas arrêter DVD Jon, le fameux hacker norvégien qui, après la protection DVD, vient de craquer celle du Media Player de... Microsoft.
Tout savoir sur le bout des doigts
Avec un nombre d’utilisateurs du téléphone mobile qui vient de franchir la barre symbolique des 2 milliards et un nombre grandissant de pays où le taux de pénétration atteint ou dépasse désormais les 100% (du fait de la possession de deux appareils, l’un personnel l’autre professionnel), rien de surprenant à ce que les offres de services se multiplient, notamment via SMS, qui demeure la passerelle la plus universellement répandue et la plus économique. Nombre de ces services consistent en fait dans l’accès via mobile à des bases de données, notamment relatives à divers produits de grande consommation : au-delà des mentions légales obligatoires, elles offrent au consommateur une information plus complète quant à tel ou tel produit, une information qui va jusqu’au conseil. C’est ainsi qu’en Finlande, grâce à un programme breveté qui scanne les codes-barres (via l’appareil photo des photophones), des consommateurs ont reçu diverses informations nutritionnelles concernant les produits alimentaires qu’ils envisageaient d’acheter – des informations précieuses dans le cadre d’une intolérance au lactose, pour certains d’entre eux, ou pour se conformer aux exigences d’un régime Weight-watcher pour les autres. En Malaisie, on vient de diffuser un standard international de code barre destiné à permettre d’identifier les produits halal, dont la consommation est permise aux musulmans : il suffit d’envoyer par SMS le numéro de code barre correspondant au produit, associé au mot clé «HALAL», pour accéder à la base de données du Département du développement musulman. De telles initiatives sont amenées à se multiplier très rapidement, et à propager jusque dans nos poches la révolution qu’Internet a déjà provoquée via les nouvelles habitudes de consommation acquises en ligne. Ainsi un éditeur de services australien, BuyMate, propose-t-il d’envoyer par SMS le code ISBN (identifiant unique international) de n’importe quel livre trouvé en librairie pour recevoir en échange les prix proposés sur les principaux sites de vente en ligne, qu’il s’agisse d’autres librairies avec façade en ligne ou même d’Amazon. Et à mesure que les téléphones mobiles deviendront capables d’afficher et de lire toujours plus d’informations (on pense notamment aux puces sans contact de type Felica qui équipent de plus en plus d’appareils au Japon), la facilité d’utilisation et le succès de ces services ne feront que croître.
Tapis rouge pour le jeu en ligne
Les sites de paris via Internet bousculent les règles du jeu fiscales établies par les Etats. Dernier exemple français en date, ZEturf : jusque là site de référence en matière d’informations hippiques, il vient d’être racheté par des investisseurs européens, lesquels l’ont relocalisé à Malte où une licence de jeu lui a été accordée. Il propose donc désormais des paris en ligne sur les courses européennes, et françaises en particulier, ce que le PMU, détenteur d’un monopole d’Etat depuis 1930, voit d’un très mauvais œil. Mais voilà : une éventuelle action en justice pourrait bien échouer sur l’écueil du droit européen garantissant la liberté de prestation de services, déjà invoqué avec succès par un bookmaker italien en novembre 2003. Les casinos en ligne soulèvent le même type de conflits de souveraineté, mais s’ils font l’actualité en ce moment, c’est parce qu’ils sont la cible d’une nouvelle génération de logiciels robots, capables de se substituer à des joueurs humains autour des tables de poker virtuelles et de rafler la mise. On estime que le marché devrait monter en 2005 jusqu’à près de 3 milliards de dollars, avec des tournois réunissant en ligne dans les 2 millions de joueurs chaque année. Mais qui voudrait continuer à miser contre WinHoldEm, premier robot logiciel commercial de ce type ? Il capitalise l’expérience des meilleurs joueurs sur des décennies et, une fois installé autour de la table de jeu, on ne peut le différencier d’un humain. Décidément, ça n’est plus du jeu.
Bonne pioche pour Google Earth
Le 9 septembre dernier était inauguré à Pessac, sur le campus universitaire bordelais, l’Archéopôle d’Aquitaine. Il comporte notamment une salle dédiée aux nouvelles technologies, en particulier à la réalité virtuelle. Celle-ci permet au visiteur de déambuler au sein de reconstitutions en 3D de sites antiques, ou encore aux archéologues eux-mêmes d’associer des données à des représentations 3D d’objets, voire de manipuler virtuellement ces objets ; ainsi a-t-on pu à Xanthos, en Turquie, reconstituer informatiquement un arc honorifique à partir d’une centaine de gros blocs de pierre épars, dans une sorte de jeu de puzzle impossible en réel. A Sorbolo, près de Parme, c’est grâce à Google Earth qu’on pense avoir découvert les ruines d’une villa romaine enfouie : grâce à des images satellites, le logiciel propose une vision en 3D de la planète, dans laquelle un particulier s’amusait à naviguer lorsqu’il a noté des ombres rectangulaires au sein d’un paysage de sa région suggérant la présence d’un artefact d’origine humaine. Il en a reproduit le dessin, avant de contacter le Musée archéologique national de Parme, qui a procédé à quelques fouilles préliminaires et découvert des pièces de céramique confirmant la découverte. Google Earth permet également à ses utilisateurs d’annoter les vues satellites, voire de leur superposer d’autres images. Suite aux dévastations occasionnées à la Nouvelle Orléans par l’ouragan Katrina, certains se sont ingéniés à récupérer les multiples photos des inondations parues dans la presse et sur Internet pour les superposer aux représentations originelles des lieux dans Google Earth, de manière à permettre aux réfugiés de se faire une idée du niveau des eaux à l’emplacement de leur maison, ou au moins dans leur quartier, via Internet. Une autre sorte d’archéologie, destinée à faire émerger du bourbier quelques bribes d’information géoréférencée dans un contexte de chaos ayant bouleversé toutes les représentations usuelles.
Mouchard de poche
Les technologies numériques commencent seulement à bouleverser notre rapport à l’autre.
Ce n’est pas une découverte, depuis que l’image est numérique, il est devenu plus facile d’en extraire de l’information. C’est le cas par exemple du système développé par Yamaha Motor, qui permet d’identifier automatiquement l’âge (à 75%) et le sexe (à 85%) des spectateurs venus assister à la présentation de ses derniers modèles, données recueillies à des fins marketing. Idem pour le son numérique: des chercheurs du MIT ont développé un logiciel pour téléphone mobile qui, en analysant des échantillons de discours et le ton de la voix, permet de mesurer le degré d’implication du locuteur dans la conversation. Il s’agit pour l’instant d’alerter le possesseur du téléphone lorsque son propre comportement laisse à désirer, mais rien n’empêche d’appliquer le même traitement à son interlocuteur et de recevoir une alerte du genre : «Eh, ce type te baratine! Laisse tomber et raccroche». Et l’on peut parfaitement imaginer de passer à la moulinette des logiciels « détecteurs de mensonges » qui fleurissent sur PC les flux audio de la téléphonie par Internet... En attendant, une étude menée par Intel montre déjà qu’une personne sur cinq a cessé de se montrer exacte à ses rendez-vous, comptant sur le mobile pour annuler ou déplacer à la dernière minute.
Refermer le boîtier de Pandore
Les usages délictueux du téléphone mobile explosent, obligeant les Etats à réagir.
Le point commun entre la Norvège et l’Asie ? On commence à s’y préoccuper des dérives de l’usage anonyme des téléphones portables : depuis le mois d’août dernier, il n’est ainsi plus possible d’acheter anonymement une carte SIM en Norvège, notamment parce que cela permettait aux criminels de communiquer sans risque d’être identifiés par la police. Cette préoccupation est largement partagée en Asie, mais les gouvernements y craignent également, entre autres, la redoutable efficacité du SMS pour déclencher des mouvements de masse, et pas seulement à but politique comme à Manille : de nombreuses rumeurs circulent par SMS, rassemblant à Brunei des foules incontrôlables pour un prétendu exorcisme nocturne, ou à Singapour suite à l’annonce mensongère d’une baisse de 40% du prix de l’essence à la pompe ; certaines rumeurs, comme celle du décès de l’épouse du Premier ministre de Malaisie ou celle de l’imminence de catastrophes naturelles, prennent une telle ampleur qu’elles obligent les gouvernements à réagir officiellement. D’ores et déjà, il est devenu obligatoire de décliner son identité pour pouvoir acheter une carte prépayée en Thaïlande, à Shangaï, à Taïwan ; l’Asie tout entière, Japon compris, envisage la même mesure, avec deux écueils : la réticence des citoyens, et celle des vendeurs, plus préoccupés de faire des affaires que de se transformer en policiers en vérifiant les données d’identité communiquées par leurs clients.
Naissance du tout petit écran
Même s’il semble que la téléphonie mobile de troisième génération tarde à prendre son envol commercial en Europe, comme l’expérimente Vodafone avec seulement 1,6 million d’abonnés, les analystes savent d’ores et déjà que les attentes des consommateurs de haut débit mobile n’ont trait ni à l’Internet en tant que tel, ni à la visiophonie, mais à la télévision sur mobile (selon BMCO, plus de 77% des possesseurs de mobile pensent que c'est une bonne ou une très bonne idée). Comme SFR, Orange l’a compris, qui vient d’annoncer l’élargissement de son offre, avec 50 chaînes disponibles et 2000 titres téléchargeables en vidéo à la demande. Mais pour l’instant les diverses offres transitent via le réseau 3G mis en place par les opérateurs; l’ambition du Premier ministre Dominique de Villepin qui milite pour un déploiement commercial à grande échelle entre 2006 et 2008, repose sur une solution de télévision sur mobile hertzienne, indépendante de ce réseau. Reste à choisir entre deux normes concurrentes, l’une portée notamment par Nokia qui vient de conduire un test à grande échelle prometteur, l’autre par des Coréens déjà bien avancés dans leur déploiement, et à trouver une fréquence dans un paysage déjà bien encombré, entre télévision classique, TNT et future télévision haute définition.
Des petites étiquettes bien pratiques
Sous/sur-veillance
Un nouveau mot – « sousveillance » – a fait son apparition ces derniers temps pour désigner un comportement de plus en plus répandu, qui consiste à garder un œil au moins attentif, au pire soupçonneux, sur les faits et gestes de ses voisins, pour ensuite les rapporter à la police. Il semblerait qu’au-delà du mot, les technologies de communication encouragent cette tendance en facilitant sa mise en œuvre. C’est ainsi qu’à Malte et en Indonésie, un serveur a été mis en place pour collecter les numéros d’immatriculation des véhicules polluants relevés par les «bons» citoyens et envoyés par SMS ; à Malte, on comptabilisait déjà 639 appels trois jours après le lancement de l’opération, ce qui, si l’on considère que le numéro à composer est tout sauf facile à se rappeler (5061 1899), prouve assez la bonne volonté desdits citoyens en la matière... En Malaisie, un système équivalent est destiné à recueillir par MMS des photos d’automobilistes en infraction au code de la route avant leur mise en ligne sur un site Internet baptisé la «Galerie de la honte». La ville de Harlow, au Royaume-Uni, encourage de même ses habitants à prendre en photo toute personne ou groupe de personnes manifestant un comportement « antisocial » ou tout acte de vandalisme. Dans le même ordre d’idée, on ne sait trop quoi penser de l’aventure de cette jeune New Yorkaise devenue une véritable héroïne du net après avoir photographié avec son mobile un exhibitionniste qui l’importunait dans le métro et mis sa photographie en ligne ; l’homme y est clairement identifiable et, influencé par le commentaire qui accompagne l’image, on se dit qu’il doit être en train de se reboutonner. Identifié par des internautes, il vient d’être arrêté par la police. Laquelle fonde également de gros espoirs sur les images recueillies au cours d’une attaque à main armée dans une boutique d’articles de sport à Manchester, filmée de bout en bout par des clients équipés d’un mobile de dernière génération.via Textually.org
Développeur durable
En Afrique aussi, les TIC recèlent un formidable potentiel pour le développement, même si ce ne sont peut-être pas les mêmes TIC que dans le Nord.
Au Ghana, un développeur devenu entrepreneur est en train de bâtir une sorte d’empire du logiciel à l’échelle du pays, au point d’intéresser un géant comme Microsoft pour l’enrichissement et la distribution locale d’un de ses produits. Son secret ? Ses logiciels sont adaptés aux conditions locales : machines obsolètes, fourniture en électricité instable, températures élevées nuisant aux performances des processeurs, etc. Le code est écrit en conséquence, privilégiant par exemple des écritures nombreuses sur disque dur plutôt qu’en mémoire vive, ce qui est moins rapide mais plus sûr en cas de défaillance matérielle. Et malgré le recours à des technologies considérées ailleurs comme dépassées, tout ça marche bien mieux en situation qu’un logiciel importé. Mais la technologie qui connaît un véritable boom en Afrique c’est le téléphone portable, le nombre d’abonnés étant passé entre 1999 et 2004 de 7,5 à près de 80 millions. Cet essor repose en grande partie sur le succès des cartes prépayées, qui sont même devenues une monnaie d’échange presque universellement acceptée, y compris pour des transactions à distance : on achète une carte, on gratte pour faire apparaître le code, que l’on communique par SMS à l’autre partie, et cela vaut transfert de la somme correspondant aux unités de la carte. En Afrique du Sud, où l’essor du mobile est le plus rapide et où une bonne partie de la population est interdite de fait de compte bancaire à cause d’un ticket d’entrée trop élevé et de la rareté des agences en milieu rural, une expérience de banque virtuelle par mobile permet aux plus pauvres d’accéder enfin à une épargne sécurisée ainsi qu’au crédit. Cette solution permet également les transactions à distance par simple SMS, et sert de porte-monnaie électronique, autre avantage dans un pays au très fort taux de criminalité.
Biométrie à tous les étages
Au sud-ouest de Tokyo, la construction par Meiwa Estate d’un vaste espace d’habitations est en cours d’achèvement. Rien de bien notable, si ce n’est que Fujitsu y annonce la première utilisation résidentielle de sa technologie biométrique d’identification par les veines de la main: plus de clé, on accède à son logement en présentant la paume devant un scanner. Pratique, sûr, et même hygiénique puisque sans contact. Tout aussi pratique, assurément, BioPay est en cours de déploiement au Missouri: pour régler ses achats à la supérette Express Mart du coin, plus besoin de carte bleue, une empreinte digitale suffit. On le voit, les initiatives privées se multiplient en parallèle de la volonté de plus en plus forte des Etats de recourir à la biométrie, notamment en matière de titres d’identité et de sécurisation des frontières; une volonté soutenue par les efforts de l’industrie pour mettre en place des standards assurant l’interopérabilité des divers systèmes. En France, de nombreux indices laissent à penser que malgré les réticences des citoyens relayées par le Forum des droits sur l’Internet, la biométrie fait son chemin. Un tout récent rapport sénatorial la juge «incontournable» et envisage même la constitution d’une base de données biométriques nationale pour l’état civil. Histoire de sauvegarder les formes, la Commission nationale Informatique et libertés serait associée à sa gestion. Cette même CNIL qui vient de changer son fusil d’épaule, considérant que l’enjeu n’est plus le recours ou non à la biométrie, mais comment la technologie mise en œuvre s’accommode de la problématique des traces: ainsi la reconnaissance du contour de la main étant réputée «sans traces» (contrairement à l’empreinte digitale que chacun dépose à chaque fois qu’il touche un objet), est-elle devenue un must pour tous ceux (écoles, supermarchés, mairies, hôpitaux, bureaux de poste...) qui désirent mettre en place un système biométrique de filtrage ou simplement de pointage. Nul doute que la Commission suive également avec intérêt les travaux d’IBM en matière de données biométriques remplaçables: au lieu de stocker l’empreinte elle-même, on en conserve une image déformée, quitte à renouveler l’opération si la sécurité de la base a été compromise. Tant il est vrai que sécuriser l’un des maillons de la chaîne sécuritaire n’a de sens que si tous les autres sont mis à niveau...