Sur-mesure en volume
Les technologies de scan en 3D vont-elles permettre la démocratisation du sur-mesure?
Dans le cadre du programme européen e-Tailor invitant les pays membre de l’UE à proposer à leur population une offre en prêt-à-porter mieux adaptée à ses besoins, l’Institut français textile-habillement a mené sur la période 2003-2005 une campagne nationale de mensuration qui a révélé une évolution significative de la morphologie des Français depuis les années 70. Le même type de technologie de scan en 3D est employé en Angleterre par Bodymetrics, qui vise à remplacer la cabine d’essayage par un système qui recueille les données morphologiques du client pour fabriquer un jean parfaitement à sa taille. Figleaves, spécialisé dans la vente en ligne de lingerie, proposera bientôt à ses clientes un appareillage leur permettant de mesurer leur poitrine à domicile et de trouver sur son site web un soutien-gorge adapté.
Fila, fabricant de chaussures et de vêtements de sport d’envergure internationale, vient de développer Adatto, un kiosque automatisé destinée à équiper ses boutiques: le client s’assoit dans un fauteuil, ses pieds nus posés sur un scanner, et suit pas à pas les instructions affichées sur un écran tactile – quinze minutes plus tard, la machine lui délivre une paire de chaussures qui lui va à la perfection. Le kiosque intègre même une base de données 3D des principales affections podologiques et peut le signaler lorsqu’il en rencontre une.
Les marques débloguent
Des techniques mathématiques fondées sur l’indexation des citations sont utilisées dans l’univers des publications scientifiques pour déterminer qui fait autorité sur telle ou telle question. Une étude vient de sortir, qui applique ces techniques à la mesure de l’influence des blogs sur la réputation des marques. Se fondant sur l’exemple de Jeff Jarvis, qui s’était plaint sur son blog du service après-vente de Dell en le qualifiant de «Dell Hell», l’étude conclut que cette influence est déterminante, qu’elle a crû aux dépens de celle des médias traditionnels, de la presse écrite notamment, et que dans le cas étudié elle a profondément nui à la crédibilité du constructeur informatique sur un point jusque là central de son image de marque.
Les exemples des dégâts parfois irrémédiables que peuvent occasionner les blogs aux marques qu’ils mettent en cause se multiplient, en particulier aux Etats-Unis où la législation privilégie la liberté d’expression avant la responsabilité (hors diffamation pénalement établie, la critique anonyme y est un droit qui vient d’être réaffirmé). Mais même en France, où la LEN protège mieux les entreprises, celles-ci ont pris conscience du danger et mettent en place des outils de suivi de réputation sur les blogs. Et elles n’hésitent pas à recourir aux mises en demeure, ou si nécessaire aux procédures judiciaires, pour faire retirer les propos qu’elles jugent inacceptables.
Le papier mashé a bonne mine
La presse expérimente en ligne de nouvelles modalités d’ouverture à ses lecteurs.
La presse n’en finit pas de tordre et de détordre ses modèles les mieux établis malmenés par l’internet. Ainsi la frontière entre les contenus éditoriaux et le courrier des lecteurs s’amenuise-t-elle sur les versions online d’un nombre croissant de grands titres: des institutions comme le Daily Mail et Business Week viennent d’ouvrir leurs articles aux commentaires des lecteurs internautes; Le Monde fait de même en France, encore que cette possibilité soit réservée aux abonnés du journal. Dans le même ordre d’idée d’ouverture, Newsweek ou le Washington Post utilisent le moteur de recherche Technorati pour lier aux articles les réactions qu’ils ont suscitées dans la blogosphère.
Le Washington Post va même plus loin, en surfant sur la vogue actuelle des «mashup», ces sites qui reprennent les contenus d’autres sites en les réarrangeant ou en leur greffant d’autres données (on pense en particulier à tous les bricolages cartographiques fondés sur Google Earth). C’est ainsi que vient d’être lancé le Post Remix: les programmeurs peuvent récupérer les flux d’information diffusés et s’en servir pour fabriquer leur propre version, en sélectionnant les thèmes, les modes de présentation et de représentation, etc. La BBC offre la même opportunité via Backstage («use our stuff to build your stuff»). Ce n’est pas sans soulever des questions, notamment de modèle économique, mais voici le lecteur placé en position d’éditeur en chef.
Bibliothèque de poche
Judy Reiser, un genre d’équivalent américain de notre Claude Sarraute, vient de publier un recueil humoristique d’anecdotes à propos du téléphone portable, qui reproduit l’apparence d’un combiné mobile.
En forçant un peu le trait, on est tenté de voir dans cette astuce publicitaire le raccourci d’un certain nombre d’initiatives commerciales visant à faire du mobile un support de lecture. En décembre vient de se créer le premier éditeur de bandes dessinées sur mobile, PiXiZ, qui revisite le manga à l’aide d’artistes formés à l’école d’Angoulême. De son côté, Cityneo annonce le lancement d’un nouveau service : «un Livre sur mon mobile !» permet de télécharger la totalité d’un livre sur son téléphone portable ; un large répertoire de littérature classique (Dumas, Baudelaire, Jules Verne...) est d’ores et déjà disponible, et plusieurs sorties de librairie sont en voie d’être distribuées sur ce nouveau media. Enfin, l’éditeur de services dot.mobile condense les chefs d’œuvre de la littérature anglaise au format SMS pour aider les étudiants dans leurs révisions.
Not so sleepy holos
De récentes avancées technologiques pourraient bien donner une impulsion décisive au marché grand public de l’affichage 3D.
Gorillaz a créé la sensation à Lisbonne le 3 novembre dernier en venant recevoir son trophée du meilleur groupe à l’occasion des MTV Europe Music Awards : des avatars modélisés en 3D des membres du groupe se sont matérialisés sur la scène et ont interprété en direct le hit «Feel Good Inc» (voir la vidéo).
Le Times nous apprend que la technique utilisée pour créer l’illusion n’était que la mise au goût du jour d’un trucage à base de miroirs datant de l’époque victorienne. L’affichage 3D, les hologrammes, etc. excitent les imaginations depuis longtemps : cela fait par exemple maintenant plus de trente ans que les premiers films en 3D sont sortis, qui obligeaient les spectateurs à porter des lunettes spéciales (une technologie plus récente, où les lunettes ressemblent plus à des lunettes ordinaires, est utilisée dans les théâtres pour créer des décors virtuels en 3D pilotés par ordinateur et désormais interactifs).
Voyant au-delà des applications ludiques un marché pour l’imagerie médicale, la CAO, etc., des entreprises comme Deeplight ou Lightspace Technologies ont développé récemment des systèmes d’affichage 3D (lesquels ressemblent fort à un gros téléviseur) permettant de s’affranchir du port de lunettes, avec une résolution bien supérieure à ce que permettaient jusqu’alors les premières expérimentations technologiques à base de multiplexage temporel (plusieurs angles différents d’une même image sont affichés dans un laps de temps très bref). Pioneer va encore plus loin, en réalisant un hologramme 3D interactif également visible sans lunettes, flottant dans l’air au sein d’un cube d’une vingtaine de centimètres de côté. Le marché de l’affichage 3D va-t-il décoller ? Certains au moins le pensent, comme NTT Comware qui a développé un logiciel pour créer facilement des vidéos en 3 dimensions, ou comme la Corée du Sud, qui lançait l’été dernier un ambitieux plan «3D-Vision 2010».
Bonnes affaires à revendre
Il y a un mois ou deux, eBay lançait une campagne de communication online sur le thème : les fêtes de fin d’année approchent, profitez de l’occasion pour miser à la hausse sur quelques produits phares, en les achetant dès maintenant pour les revendre avec profit lorsqu’à la veille de Noël les stocks seront épuisés.
Cela n’a pas manqué : le lancement mondial de la Xbox 360 a créé des attentes excédant les capacités de Microsoft à produire et à distribuer sa dernière console de jeux, frustrant nombre de consommateurs et suscitant même des controverses autour des exemplaires distribués gratuitement à quelques stars pour en assurer la promotion alors que le quidam ne trouvait à s’en procurer nulle part. Nulle part, sauf sur eBay, où 40 000 unités ont été revendues, un chiffre proprement ahurissant : sans doute quelques détaillants peu scrupuleux ont-ils arrondi leurs marges en détournant une partie de leur stock, mais surtout une part massive des consommateurs ont-ils pris l’habitude d’acheter des gadgets high tech, voire toutes sortes de biens, pour les revendre ensuite au bout de quelques semaines ou de quelques mois, en passant par un site d’enchères, de vente entre particuliers ou de petites annonces. C’est ce que confirme l’étude Selling Items Online publiée en novembre dernier par le Pew Internet & American Life Project : en 2005, 17% des internautes américains ont vendu un bien par internet. Le succès en France de sites comme 2xmoinscher.com, qui vient de refondre sa page d’accueil, illustre la même tendance.
Une tendance qui pourrait à terme faire de chaque consommateur un commerçant en puissance, avec tout ce que ça implique en termes d’économie parallèle et de phénomènes spéculatifs difficilement contrôlables : au plus fort des craintes liées à la grippe aviaire, le Tamiflu se revendait sur eBay à 146 euros les 10 comprimés (eBay a décidé de retirer le produit de ses listes pour ne pas enfreindre les législations européennes encadrant la vente de médicaments).
Texto ergo sum
Selon une récente étude menée par Forrester Research auprès de 5000 jeunes américains et canadiens âgés de 12 à 21 ans, ceux-ci constituent la première génération pour qui la technologie (entendez : tout ce qui a trait à l’attirail branché des TIC, en particulier mobiles) n’est pas seulement un truc sympa à avoir, mais bien un élément vital de leur vie quotidienne. Une génération de «drogués de la communication» qui passent en moyenne 11 heures par semaine en ligne, voire plus de 20 heures pour 20% d’entre eux.
En cette fin d’année 2005, ils sont nombreux à se pencher, avec une sorte de fascination un rien horrifiée, sur cette génération toujours et partout connectée : sociologues, psychologues, pédagogues notent en particulier l’omniprésence du téléphone mobile (l’étude Forrester montre que la moitié environ des 12-14 ans possède déjà un mobile), pour s’inquiéter des comportements qui en découlent. Un professeur de l’Institut de recherche sur les primates à l’Université de Kyoto compare ainsi les habitudes des jeunes aux schémas comportementaux des chimpanzés : errant en bandes sans véritable but ni curiosité pour de nouveaux territoires, mangeant des fast-food à l’endroit où la faim les prend et y abandonnant leurs détritus. La cause de tous ces maux : le téléphone mobile, qui distend le lien parental et privilégie des modes de communication type SMS favorisant l’agressivité au détriment de la mise en mots des émotions. Tous les observateurs ne sont pas aussi négatifs, mais la plupart se montrent préoccupés par la généralisation d’une dépendance au mobile : besoin compulsif de maintenir un lien avec ses pairs par l’échange de textos, y compris en cours, consommation massive et incontrôlable de SMS, etc. Une enquête menée auprès des 14-19 ans par une agence du ministère de la Communication coréen conclut que le mobile ne fait plus figure d’outil, mais d’extension de la psychée - le Belfast Telegraph ne rapporte-t-il pas par ailleurs qu’un nombre croissant de personnes demandent à être enterrées avec leur mobile ?
Et la tendance n’est pas près de s’inverser, à observer la multiplication récente des offres à destination des enfants : téléphone Hello Kitty, combiné 3G promu comme outil de suivi pour les parents, etc. Il suffit d’ouvrir un catalogue de Noël pour voir que peu à peu les jouets finissent par se confondre avec les gadgets communiquants des adultes.A lire également à propos de la génération connectée: