22 février 2006

Tu me la copieras

Les FAI, anticipant la condamnation du peer-to-peer inscrite au projet de loi DADVSI, se positionnent sur le créneau de l’échange de fichiers.
Il y a des coïncidences qui n’en sont pas vraiment, est-on tenté de penser quand on observe qu’à la veille du second passage devant les députés du projet de loi sur les droits d’auteurs et les droits voisins dans la société de l’information (DADVSI), début mars, les deux acteurs « alternatifs » les plus actifs sur le marché du haut débit français, à savoir Free et Neuf télécom, ouvrent à leurs abonnés un nouveau service de partage de fichiers en ligne, clairement orienté vers l’échange de gros fichiers (suivez mon regard...) entre amis et au sein de la famille ; un gigaoctet pour les abonnés à Free et neuf gigas, comme de juste, pour les clients de Neuf télécom (c’est gratuit pour les premiers, l’abonnement mensuel est fixé à 5 euros pour les seconds). Heureusement, les conditions d’utilisation stipulent que le service n’est pas destiné à l’échange illégal de matériel copyrighté et que si un tel usage était constaté, la responsabilité en incomberait intégralement à l’internaute. Ouf, on respire – c’est que le gouvernement a revu sa copie suite à une première rebuffade mais n’en démord pas : il veut sanctionner lourdement (3 ans de prison et 300 000 euros d’amende) toute personne éditant ou mettant à disposition du public « un logiciel manifestement destiné à la mise à disposition non autorisée d’œuvres ou d’objets protégés par un droit voisin » – en trois lettres, P2P.
On peut même imaginer que les dirigeants de Free et de Neuf télécom sont tombés sur la dernière enquête UFC Que Choisir, selon laquelle 88,7% des internautes français copient des morceaux de musique numérisés ; 44% des copieurs s’approvisionnent régulièrement auprès de leur famille, 56% auprès de leurs amis et 27% auprès de leurs relations de travail. 23% des internautes déclarent par ailleurs proposer régulièrement de la musique copiée sur internet, mais 41% à leurs amis, 36% à leur famille et 20% à leurs relations de travail.