[L'Aquitaine Numérique 05] Dossier "Web 2.0: nouvel âge (du net)?"














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Ce cinquième numéro de l'Aquitaine Numérique poursuit en Gironde le tour d'Aquitaine des acteurs TIC publics: un syndicat mixte, Gironde numérique, pourrait d'ici l'été réunir les 45 communautés de communes du département. Vous y retrouverez également le compte-rendu de la mission organisée en Ecosse par AEC conjointement avec l'Idate, et un article sur le MP3 pour l'enseignement des langues. Quant au dossier central, il fait le point sur les évolutions d'internet à l'heure du désormais fameux "Web 2.0", en quoi certains voient déjà l'image d'une révolution sociétale à venir.

Le Dossier: Web 2.0: nouvel âge (du net)?
L’expression «Web 2.0» a commencé à circuler sur internet il y a bientôt deux ans; elle formalise le sentiment qu’après la période initiale de la bulle internet et des désillusions engendrées par son éclatement, une deuxième période aurait commencé, fondée sur des bases à la fois technologiques, sociales et économiques différentes. Le concept comme l’étiquette ont désormais largement débordé de la sphère spécialisée, y compris dans le monde «réel» où apparaissent des services estampillés 2.0, pour peu qu’ils aient une dimension communautaire ou participative – certains y voient une révolution encore plus profonde, de nature à transformer nos sociétés : n’a-t-on pas récemment organisé une conférence «Politique 2.0»? Le présent dossier s’attache à remettre cette évolution en contexte, à en cerner les composantes techniques et sociétales, en un mot : à faire le point avant que ne s’ouvre la prochaine étape, que certains se sont empressés de baptiser… web 3.

1. Massification des accès, démocratisation des outils
2. Web communautaire et web lego
3. Vers un nouvel âge?




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    • 1. Massification des accès, démocratisation des outils

      Toujours plus d’internautes…
      On estime aujourd’hui que la population mondiale des internautes a atteint l’échelle du milliard (selon les méthodologies et les définitions, les chiffres varient entre 750 millions et 1,2 milliards fin 2006). Ce chiffre masque des différences notables selon les continents, avec une Asie où les taux de pénétration d’internet peuvent dépasser les 70% comme en Corée, tandis qu’on table plutôt sur l’essor du téléphone mobile pour l’avènement d’une Afrique numérique sur le moyen terme. A l’échelle de la France, la population des internautes a presque triplé en 5 ans, passant de 11 millions en 2001 à 28 millions fin 2006, ce qui signifie que la moitié de la population française est désormais connectée – un chiffre qui se retrouve à l’identique à l’échelle de la population aquitaine, comme le montre la dernière édition du Diagnostic de l’Aquitaine Numérique (50% de foyers connectés, contre seulement 18% en 2000).


      … et d’internautes à haut débit
      Cette croissance, quoique spectaculaire, en masque une autre : de 1% de foyers aquitains connectés à haut débit en 2000, on est passé en 2006 à 41%, un chiffre qui se retrouve à peu de choses près à l’échelle française : au 31 décembre 2006, le nombre d’abonnements à internet en haut débit avait atteint près de 12,7 millions selon l’ARCEP (le régulateur français des télécoms, ex-ART). Fait significatif, la notion même de haut débit a fortement varié au cours des cinq dernières années : les 512 Kbits/s qui faisaient rêver il y a seulement quatre ans font aujourd’hui pâle figure face aux quelque 10 Mbits/s qu’offrent désormais en milieu urbain les fournisseurs ADSL, et déjà la fibre optique promet du 100 Mbits/s… A l’échelle mondiale, Point Topic estime à plus de 260 millions les internautes qui surfent à haut débit, un chiffre en progression annuelle de l’ordre de 30%.

      Des usages qui se diversifient
      Internet n’est plus affaire d’early adopters : la population des internautes tend de plus en plus à reproduire les caractéristiques de la population en général, ce qui permet de diversifier les services proposés et d’envisager un nombre toujours plus grand de marchés de niche. L’accroissement des débits moyens s’est accompagné d’un confort de navigation qui a également contribué à lever un frein à l’usage, lié à la perception négative des délais d’attente, d’une certaine lourdeur des chargements. Autre point notable : non seulement les débits descendants (d’internet vers l’ordinateur de l’internaute) ont augmenté, mais les débits ascendants (de l’ordinateur de l’internaute vers internet) en ont fait autant, même s’ils demeurent généralement inférieurs (avec la fibre, les débits deviendront de plus en plus souvent symétriques) : il devient techniquement envisageable pour l’internaute de ne plus se contenter de consulter l’information disponible sur internet. Il peut également mettre en ligne ses propres contenus, même lorsqu’ils sont relativement « lourds» (image, son, vidéo).

      Equipement numérique à grande vitesse
      Les outils de production de contenus numériques se sont également démocratisés. C’est le cas d’abord pour tout ce qui relève de l’équipement, par exemple en matière de photo numérique : en Aquitaine, on est passé de 9% de foyers équipés en 2002 à 50% en 2006, une proportion qui se retrouve à peu de choses près à l’échelon national. Dans le même temps, les appareils d’entrée de gamme ont vu leur prix divisé par deux environ (de 300 à 150 euros, toutes promos cumulées dans les deux cas) ; les performances techniques ont connu une évolution inverse, qui ne se mesure pas seulement en mégapixels même si cet indicateur est significatif : la densité moyenne des capteurs a été multipliée par 4. En un mot, le particulier dispose désormais d’outils numériques d’une qualité technique largement suffisante pour des contenus destinés à une diffusion web. On sait par ailleurs que 17% des Aquitains sont désormais équipés d’un enregistreur à disque dur numérique, autre source de contenus numériques en ces temps d’explosion de la vidéo en ligne.

      Capacité individuelle accrue d’édition
      L’équipement informatique (qui permet d’organiser, de transformer et de diffuser des contenus numériques) a suivi : de 40% de foyers aquitains équipés en 2000, on est passé à plus de 60% aujourd’hui. Les logiciels professionnels de traitement d’image et de montage vidéo, pour rester dans ce registre, ont vu leur prix baisser de façon significative, des versions grand public allégées et aux interfaces simplifiées sont apparues (le repositionnement de toute la gamme des produits Adobe est assez significatif de ce point de vue; Google de son côté a mis à disposition gratuitement des outils comme Picasa pour la gestion des photos, etc.). Au-delà de la capacité à produire et à éditer des contenus numériques, néanmoins, c’est dans la facilité de diffusion que l’évolution la plus notable a eu lieu au cours des dernières années.

      Publication pour (presque) tous
      On a beaucoup glosé autour du parallèle entre les pages perso en vogue à la fin des années 1990 et le phénomène blogs, pour prédire à ces derniers le même sort peu enviable qu’aux premières. Une différence notable réside dans la maîtrise technique nécessaire pour commencer à mettre en ligne un contenu; il y a un pas entre l’édition offline d’un site pour mise en ligne ultérieure sur sa page perso, qui nécessite a minima d’apprivoiser un logiciel et quelques notions rudimentaires de code HTML, et la mise en œuvre d’une plateforme comme Blogger ou Skyblog : pour peu que l’on se contente des options de base et d’une mise en forme choisie parmi une sélection de gabarits standard, créer un blog et commencer à y publier ses articles est d’une simplicité qui rend la chose bien plus accessible – Technorati, site spécialisé dans l’étude statistique des blogs, annonçait d’ailleurs qu’il en comptabilisait plus de 100 millions dans le monde fin 2006. Avec l’apparition de plateformes de podcasting comme celle de la startup bordelaise Libcast.fr, ou de partage de vidéo comme YouTube, Google video ou encore le français DailyMotion, la diffusion de contenus multimédias est également devenue très simple.

      Vers un internaute 2.0?
      Tous ces sites, une fois le contenu multimédia hébergé en ligne, permettent de plus sa réintégration ailleurs, par un simple copier-coller de deux lignes de code qu’il n’est même pas nécessaire de comprendre. Pour résumer : le seuil de compétence technique nécessaire pour commencer à expérimenter avec la mise en ligne de contenus a été notablement abaissé au cours des dernières années, et une part grandissante d’une population connectée elle-même en forte croissance s’y est essayée, faisant naître un réservoir d’usages. Les offreurs de services en ligne, à commencer par les gros comme Google mais également toute une série de nouveaux entrants devenus incontournables en l’espace de seulement un an ou deux (MySpace est de ceux-là) ont puisé dans ce réservoir autant qu’ils lui ont offert un espace d’expression : ils ont misé sur le fait que les internautes s’empareraient des outils mis à leur disposition et leur fourniraient en retour non seulement un temps de cerveau disponible (selon le modèle classique des annonces publicitaires) mais aussi leur créativité, susceptible de faire évoluer le service et de l’améliorer. Ce sont ces notions que tente de rassembler sous une étiquette commode le concept de web 2.0.

      Encadré: Lexique de l'usager 2.0
      Agrégateur : logiciel permettant de centraliser la réception d’informations et d’offrir une vue synthétique des données reçues.
      Blog : contraction de Web et Log (les journaux de bord de la marine et de l’aviation américaines), le blog est un journal en ligne permettant l’échange de points de vue.
      Blogosphère : désigne l’ensemble de la communauté qui anime des blogs. Elle est généralement tissée d’une multitude de liens croisés, ou blogroll.
      Crowdsourcing : en français, traitement par la foule. Consiste, pour les éditeurs de sites, à utiliser les internautes pour créer des contenus, répondre aux questions d’autres visiteurs, voire participer à la conception du site, d’un produit ou d’un service
      Flux (ou fils) RSS ou Atom : formats populaires de syndication de contenus Web. Après s’être abonné à un flux sur un site, l’internaute reçoit les mises à jour de ce site automatiquement sur son ordinateur.
      Folksonomy : contraction des mots folks (potes) et taxonomy (en français, la science du classement). Méthode de classification collaborative de contenus Web, via des tags, réalisée par une communauté d’internautes.
      Podcasting : moyen de diffusion de fichiers audiovisuels (podcasts) sur le Net. Le podcast, une fois publié en ligne, est téléchargé automatiquement et transféré, via un fil RSS, vers un ordinateur ou un baladeur numérique.
      Social bookmarking : partage de favoris ou de signets, en français, par leur enregistrement puis leur repérage par des tags sur un site web public.
      Syndication : consiste à intégrer sur un site, de manière automatique, tout ou partie du contenu d’un autre site. Ce procédé repose sur l’usage de fils RSS ou Atom, deux formats de flux d’information auxquels les sites et les particuliers s’abonnent.
      La souscription à un fil nécessite l’utilisation d’un agrégateur.
      Tags : en français, étiquettes ou mots-clés. Proposés par le producteur de contenu, ils permettent de repérer et d’identifier des contenus dans la base de données.
      Tags cloud : nuage de mots affichant les tags les plus utilisés sur un site dans un laps de temps donné. La taille des mots est proportionnelle à la fréquence de leur utilisation.
      Trackback : Mécanisme qui permet de poster, dans les commentaires d’un article publié sur un blog, un lien vers d’autres articles abordant le même sujet.
      Widgets : en français, gadgets ou machins. Petits outils téléchargeables, à intégrer sur le poste d’ordinateur, permettant d’accéder rapidement à des informations ou des fonctions (calendrier, mail, calculette, etc).
      Wiki : outil de gestion collaboratif de site web qui permet aux internautes de rédiger et de modifier librement des contenus.

      2. Web communautaire et web lego


      Création de contenus par l’internaute
      Une part grandissante des contenus disponibles en ligne sont désormais proposés par les internautes eux-mêmes, que ce soit sur les blogs, sur les plateformes de partage en ligne de photo et de vidéo (d’ores et déjà, les vidéos mises en ligne par les internautes représenteraient 47% du marché total de la vidéo en ligne aux Etats-Unis, selon Screen Digest, qui table sur 55% d’ici à trois ans). La proportion de contenus mis en ligne par les utilisateurs en infraction aux règles du copyright et de la propriété intellectuelle n’est pas négligeable, mais on ne saurait limiter le phénomène à une sorte de pillage systématique : des contenus utilisateurs originaux trouvent non seulement leur place mais également leur audience sur internet, certains débordant pour se retrouver dans les bacs comme les chansons de Kamini ou le blog de Ron l’Infirmier devenu succès de librairie et bientôt série TV. Le phénomène s’observe également sur divers sites dont le principe même repose sur la création collective de contenus. Wikipedia en est une figure emblématique : cette encyclopédie en ligne dont les articles sont en permanence ouverts et modifiables par l’utilisateur, quoique régulièrement critiquée quant à la fiabilité des informations, témoigne au moins de l’engagement des internautes à produire – on y recense à la date de rédaction 471 284 articles en français, pour un total de plus de 6 millions dans 188 langues.


      Création de valeur par les internautes
      Dans de nombreux cas, la création de valeur, au-delà de la création des contenus, repose sur la foule des utilisateurs : un site comme del.icio.us propose de ne plus stocker ses bookmarks sur sa machine mais en ligne, en les associant à des mots-clés choisis librement. L’ensemble des bookmarks des utilisateurs constitue un réservoir de liens auxquels s’attachent des notions de sens qui ne sont plus produites par un algorithme, comme dans le cas des moteurs de recherche, mais par la somme des «avis» des utilisateurs humains : si une même adresse a été bookmarkée par de nombreux utilisateurs en association avec le mot-clé «voiture», le système estime premièrement qu’elle est présente un intérêt par rapport à la masse globale du web, et deuxièmement qu’elle est pertinente sur le thème automobile. L’utilisateur dispose en retour d’un service de bookmark accessible quelle que soit la machine qu’il utilise, et d’un outil de recherche en ligne plus sélectif qu’un moteur de recherche plus souple qu’un annuaire. On parle de «crowdsourcing» lorsque de cette façon un service mise sur une masse critique d’utilisateurs pour que la simple mécanique du nombre, canalisée par un outil technique, fasse émerger une valeur complémentaire, un service dont bénéficient en retour tous les utilisateurs – cette massification est critique au sens propre, car l’on observe qu’en général 1% seulement des utilisateurs d’un tel site créent des contenus originaux, 10% se contentant d’interagir avec ces contenus (par exemple en les commentant ou en leur attribuant une note) et le reste se comportant en simples visiteurs-consommateurs.


      Le « virage social » du Web
      Cette sous-traitance peut aller jusqu’à déléguer à l’utilisateur tout ou partie du service rendu : aux contributions de quelques experts s’ajoutent ou se substituent parfois celles de très nombreux internautes, comme sur TripAdvisor où chacun peut rendre compte de ses vacances, conseiller une destination, répondre aux questions du reste de la communauté, etc. Cette dimension communautaire de plus en plus marquée de nombreux sites Web est d’ailleurs également fondamentale : au-delà des outils spécifiquement dédiés au réseautage social, la plupart des sites 2.0 favorisent l’émergence de communautés en ligne où l’utilisateur trouve à cultiver un réseau de relations, dont la force à son tour vient soutenir les fonctions de recommandation et de conseil. Le service s’enrichit d’une valeur sociale, y compris pour l’utilisateur-contributeur dont les contributions augmentent la visibilité personnelle, l’aura et l’influence au sein de la communauté. Les grandes plateformes de type eBay sont les premières à avoir déployé des outils sophistiqués exploitant cette évolution sociologique. A une construction identitaire (verticale) de l’individu se superpose de plus en plus, voire se substitue, une construction horizontale fondée sur des affinités multiples : à la force de recommandation d’un Bernard Pivot succède la convergence d’influences multiples de type «avis des lecteurs», «ceux qui ont acheté ce livre ont aimé tel autre», etc.


      Gratification « sociale » de la participation
      Ceci s’inscrit dans un cadre général de crise de la médiation, qu’on retrouve dans la façon dont les médias simulent, mettent en scène ou organisent (selon le point de vue) la rencontre entre le simple citoyen et les candidats en cette période de campagne électorale : le journaliste n’incarne plus la fonction de questionnement des discours qui lui était jusque là dévolue, il rend possible, organise et accompagne ce questionnement désormais assumé par monsieur tout le monde (un positionnement très 2.0, précisément). La reconnaissance sociale liée à la fonction (ici du journaliste), le statut, se trouve en retour distribuée aux contributeurs – sur des sites comme Digg, DailyMotion et la plupart des sites classés 2.0, chaque utilisateur dispose d’un compte personnel qui enregistre la valeur communautaire de ses différentes contributions : chaque vidéo mise en ligne est notée par l’ensemble des utilisateurs, ouverte à commentaires, à recommandation, etc. Au fil de ses contributions se construit la «réputation» de l’utilisateur, évalué par ses pairs au sein d’un outil technique dématérialisé.


      Toujours plus de transversalité
      Cette tendance communautaire s’observe également dans la création de liens transversaux en nombre croissant entre les sites, par exemple par le biais des commentaires croisés sur les blogs ou dans le cadre de l’émergence de réseaux de blogs fortement liés entre eux et entre lesquels la circulation de l’information est optimale : la cristallisation de tels réseaux de blogs peut être fortuite et se produire au gré d’affinités naturelles entre blogueurs qui en viennent à se citer mutuellement dans leur blogroll (liste de favoris); elle peut également, de plus en plus, être délibérée et préconçue comme dans le cas de Creative Weblogging. L’un des effets mécaniques de cette création de liens réciproques par divers biais est de favoriser le référencement naturel des sites les plus liés, et leur trafic – d’ores et déjà, de nombreux acteurs se sont positionnés comme offreurs de services de mise en relation avec l’environnement et d’outillage de la force virale. MyBlogLog est significatif de ce point de vue : à l’origine outil de mesure statistique de l’audience d’un blog, il a construit toute sa croissance (ultra-rapide) sur sa capacité à entretenir et à rendre manifeste la circulation des blogueurs de blog en blog, en les agrégeant en communautés, d’une part, et en proposant à chaque blogueur d’insérer sur son blog un petit morceau de code (on reparlera de l’essor exponentiel de tous ces «widgets») qui permet d’afficher la liste, l’image et l’adresse du blog de tous les autres utilisateurs venus lui rendre visite (il est possible d’afficher les 5, les 10 derniers visiteurs, etc.).


      La force de la syndication
      L’essor des technologies de syndication et notamment des fameux fils ou flux RSS (really simple syndication) a favorisé cette tendance à la transversalité et à la reprise des contenus : l’information mise en ligne pour consultation est émise parallèlement sous une forme brute sur le modèle d’un fil d’agence type AFP, pour reprise, mise en forme et affichage sur d’autres supports que le site d’origine – l’éventail des modèles juridiques et économiques s’est en parallèle élargi avec l’apparition des licences Creative Commons pour la republication plus ou moins libre des contenus. Ainsi un hébergeur touristique peut-il intégrer dans son site l’agenda des manifestations diffusé au format RSS par l’office de tourisme, celui-ci sera automatiquement maintenu à jour au fur et à mesure. Produire de l’information sous cette forme permet également de disposer de contenus ajustables et adaptables comme des briques de Lego au sein de son propre site : il devient possible de proposer plusieurs présentations d’un même contenu et de laisser au visiteur une plus grande latitude dans la personnalisation. On voit par ailleurs que de plus en plus d’internautes utilisent des outils comme NetVibes pour se créer leur propre portail personnel en agrégeant des flux RSS venus de sources diverses – dans leurs dernières versions, les principaux navigateurs comme Internet Explorer et Firefox intègrent désormais en standard des fonctions de détection et d’abonnement aux flux RSS, ce qui ne pourra que renforcer cette tendance. Peu à peu, d’ailleurs, l’abonnement à des flux RSS spécialisés et maintenus à jour en temps réel tend à remplacer dans les usages la traditionnelle newsletter – on se dirige d’une manière générale vers une émission en continu d’infos très spécifiques, c’est-à-dire qu’on passe d’une logique de rendez-vous à une logique de flux. Autre conséquence, tout aussi complexe à gérer : une distance et un nombre de relais de plus en plus grands entre l’émetteur d’une information et son lieu de consommation.


      Le Web « Lego »
      En effet, internet est de moins en moins une collection de sites et de services bien délimités, séparés, et de plus en plus le lieu de recombinaisons de services et de contenus proposés par de multiples acteurs, entre lesquels les passerelles technologiques et d’usage se multiplient. De nombreuses startups ont recommencé à voir le jour et mettent à disposition de tous des modules (micro-formats : widgets, bookmarklets, scripts embarqués, etc.) qu’il est possible de réutiliser sur son propre site, de la même façon que de grands acteurs comme Google ouvrent aux développeurs tiers leurs interfaces publiques de programmation (les fameuses API), qui permettent de construire sur la base du service initial toutes sortes de déclinaisons spécifiques. Un site comme VirtualTourism propose ainsi une sorte de guide touristique à partir d’articles Wikipedia, de vidéos YouTube et de repérage cartographique GoogleMaps. Quoique encore non stabilisée au plan économique, cette offre est extrêmement riche et permet de réduire drastiquement les coûts de développement et de production d’un site à forte valeur ajoutée, par l’assemblage de modules au sein d’une coquille fonctionnelle plutôt que par la conception ex nihilo ou l’installation d’une plateforme intégrée. La pérennité de cette offre est encore difficile à évaluer, pour la bonne raison qu’on manque de recul; après une première phase d’éclosion des usages et d’enrichissement des contenus par la mise en relation, l’internet entame en tout cas une phase d’exploration fonctionnelle tous azimuts. Doit-on d’ores et déjà parler de web 3, alors que le modèle 2.0 tend à déborder de la sphère internet?

      Encadré: La qualité des contenus, un enjeu d’avenir
      «Nous avons donné des moyens techniques aux internautes pour qu’ils produisent du contenu. Cela ne signifie pas qu’il soit de bonne qualité». Benjamin Rosoor, gérant de la société bordelaise Web Report (http://www.webreport.fr), a fait de l’animation des contenus sur internet son cœur de métier. Pour lui, le Web 2.0, qui permet à chacun de s’exprimer sur tout, est «une bouffée d’oxygène» mais aussi une « auberge espagnole» où circule le meilleur comme le pire. D’où la nécessité de «trier» et de «valoriser» l’information fournie par les internautes, affirme-t-il : «Nous faisons en sorte de générer du contenu de qualité sur les blogs ou forums des sites de nos clients. Cela signifie, concrètement, écarter les internautes qui ne respectent pas la loi ou les chartes de bonnes conduites dans leurs propos et faire en sorte que les autres s’expriment sur les bons sujets. Par exemple, l’entraide entre internautes se développe beaucoup sur la toile via les forums, les blogs sur les produits ou les avis de consommateurs. Notre travail consiste à provoquer cette entraide, c’est-à-dire qu’elle apparaisse avant que le problème ne se pose à l’utilisateur. C’est pour la marque une question d’image et un moyen d’éviter les retours de produits », explique Benjamin Rosoor.

      Depuis deux ou trois mois, ajoute-t-il, les entreprises et collectivités ont bien compris la nécessité d’un intermédiaire extérieur pour leur site internet. Le métier s’installe donc peu à peu dans le paysage Web 2.0 et soulève une question : le Web 2.0 est-il toujours 2.0 s’il est contrôlé? «La liberté d’expression est encadrée même dans la vraie vie», rappelle Benjamin Rosoor, «et au bout d’un moment, un tri naturel se fera dans la masse des contenus au profit des meilleurs». Cette prime à la qualité caractérise peut-être l’évolution majeure du Web 2.0 vers ce que l’on nomme déjà le Web 3, sans vraiment le définir. Tim O’Reilly lui-même, inventeur du concept de Web 2.0, préconise depuis mi-avril l’instauration d’un code de bonne conduite pour encadrer la blogosphère. Autre exemple de cette évolution, la nouvelle plateforme Citizendium qui propose, à l’image de Wikipédia, des articles rédigés par les internautes. Avec toutefois cette différence de taille: chaque contenu sera soumis à un comité d’experts avant d’être publié, ces experts, âgés au minimum de 25 ans, devant justifier d’un certain niveau d’études.

      3. Vers un nouvel âge?

      Les « widgets » débarquent sur le bureau
      Le web «Lego» évoqué plus haut se construit par assemblage de briques «servicielles» : on propose un nouveau service en ligne en assemblant divers services de base proposés par des offreurs spécialisés. Au plan technique, ces services sont de plus en plus souvent proposés sous la forme d’un widget : un petit bout de code à insérer tel quel sur son site, et qui prend en charge à la fois l’interface utilisateur (souvent paramétrable) et la délivrance du service en temps réel. En clair, on peut par exemple intégrer un service météo sur son site en créant un compte sur un site spécialisé puis en paramétrant la zone de couverture, en choisissant le mode de représentation de l’information (mettons un baromètre), etc. Le site météo produit alors quelques lignes de code à copier ; une fois collées dans le site de l’utilisateur, ces quelques lignes y déclenchent l’affichage du baromètre et des infos météo actualisées en continu. Le principe est déclinable à l’infini pour une multitude de services de natures diverses. Ce type de délivrance d’informations ciblées via un canal ultra-spécialisé gagne désormais le bureau au sens de ce qui s’affiche sur l’écran de l’ordinateur : au milieu des icônes et des raccourcis s’inscrivent de plus en plus divers widgets construits sur le même principe – les dernières versions de Windows (le fameux Vista) et de MacOs intègrent d’ailleurs tous deux en natif une architecture dédiée au développement et à l’intégration de widgets.

      « Webisation » des applicatifs
      Cette tendance s’inscrit dans un mouvement général d’effacement de la frontière entre ce qui relève d’internet et ce qui relève de l’ordinateur lui-même (de plus en plus souvent connecté en permanence) : de plus en plus d’applications bureautiques sont désormais proposées en ligne (Google Calendar, Doodle, Writely, Office Live, etc.) tandis que l’intégration de l’information délivrée en continu par internet gagne vers le cœur du système d’exploitation (au point que certains évoquent la possibilité d’un Google OS : un système d’exploitation en ligne venant se superposer aux fonctions de base de la machine connectée). Le premier enjeu est la prise de pouvoir sur l’accès de l’internaute à l’information : l’accès s’est d’abord fait en utilisant un navigateur internet, le plus souvent via le portail du fournisseur d’accès, puis par des grands annuaires, ensuite détrônés par les moteurs de recherche, dont Google qui le premier a lancé une Google Bar, rapidement devenue Google Desktop. Le canal devient de plus en plus étroit et spécialisé, de plus en plus proche des fonctions informatiques de bases et de l’utilisateur, sa valeur (pour un annonceur, notamment) augmentant d’ailleurs à chaque étape : placer un widget sur le bureau de l’utilisateur, c’est y installer un canal de communication privilégié. Autre conséquence, dont le potentiel de rupture est peut-être plus grand encore : on passe peu à peu d’un développement logiciel (déjà techniquement fondé sur l’encapsulation et la réutilisation) à du développement «serviciel» à partir de briques élémentaires en nombre en augmentation très rapide, ce qui a pour conséquence d’abaisser les coûts de développement, de favoriser l’émergence de nouveaux entrants et la mise en place sous peu de tout un écosystème pour l’essentiel encore dans les limbes aujourd’hui.

      Entreprise 2.0
      Pour les entreprises et plus généralement les organisations, cela ouvre la possibilité d’une nouvelle forme d’externalisation, déjà amorcée par l’essor de la commercialisation en mode ASP (application service provider : en gros, on loue le service rendu par le logiciel plutôt que d’acquérir le logiciel lui-même) et les web services, ces normes de développement qui assurent l’interopérabilité d’ensemble : une externalisation distribuée, où le risque et la dépendance sont répartis, avec une granularité toujours plus fine de la délégation des fonctions de l’entreprise et donc aussi une versatilité accrue. Au-delà des processus informatisés, ce sont également les fonctions centrales des organisations qui évoluent sous la pression du modèle 2.0 : la communication s’ouvre, intègre le commentaire issu de l’extérieur, joue la carte communautaire; mais cela vaut aussi pour le SAV, en partie délégué à la communauté des utilisateurs réunie et animée au sein d’un forum en ligne, etc. On observe une tentation générale de s’essayer, dans les discours ou dans les faits, à ce qu’il est convenu d’appeler la co-création : l’exemple souvent mis en avant ces derniers mois est celui de Lego, qui a développé et mis en ligne un logiciel permettant à ses clients de concevoir leur propre modèle avant de commander sur cette base exactement les pièces dont ils ont besoin – mais aussi de voir leur créations hébergées sur le site de Lego et proposées aux autres clients. Le premier objectif marketing est évident, le bénéfice second est d’associer le client au développement produit, ce qui permet de minimiser les risques et les investissements liés aux études de marché préalables, à la conception et au test produit.

      Bénéfice 2.0?
      En ce qui concerne le consommateur invité à mettre sa créativité et ses compétences au service de l’entreprise dont il est client, le bénéfice avancé est la capacité à orienter les choix de ladite entreprise, d’abord en ce qui concerne le produit qui l’intéresse mais également en ce qui concerne des choix plus «macro» (commerce équitable, développement durable, etc.) et le positionnement de l’entreprise de ce point de vue (une prolongation au sein des processus de l’entreprise du contrôle par le consommateur-client via ses stratégies d’achats). Dans le domaine des services, c’est même l’apparition de nouveaux services inédits qui est mise en avant. Le prochain secteur à subir de plein fouet la vague 2.0 sera sans doute la finance. Déjà, des acteurs comme Prosper.com ou Zopa.com explorent une sorte de peer-to-peer bancaire : une plateforme de mise en relation de prêteurs et d’emprunteurs intégrant divers mécanismes de réputation et de suivi sur le modèle d’eBay. L’utilisateur de la plateforme, en échange de meilleurs taux, devient le banquier, notamment dans la mesure où il assume à des degrés divers son propre risque (celui-ci peut néanmoins être réparti entre plusieurs prêteurs), la plateforme se contentant pour l’essentiel de lui proposer des indices pour l’évaluation de ce risque (et prélève d’ailleurs sa dîme au titre du service de médiation rendu).

      Régulation 2.0
      Les indices d’évaluation proposés font en partie appel à des mécaniques de type credit scoring classique (interdit en France où la Banque de France assure le suivi des parcours bancaires individuels) mais s’y ajoutent des éléments issus d’algorithmes inscrits dans le logiciel de la plateforme, qui intègrent les «notes» attribuées aux emprunteurs par les communautés de prêteurs. Ce modèle est très 2.0 : on met en place une coquille fonctionnelle reposant sur une architecture logicielle en ligne, un «outil de facilitation» en somme plus qu’un service proprement dit, et le service naît de la communauté des utilisateurs qui peu à peu se rassemblent (ou pas : on connaît des échecs) au sein de la plateforme mise à leur disposition. S’il est séduisant, le modèle n’est pas sans laisser de nombreuses questions sans réponse : il s’inscrit manifestement contre les modèles de sociétés où une part plus ou moins importante des mécanismes de régulation sociale est dévolue à des corps constitués ou déléguée à des organismes ad hoc, pour proposer une société fondée sur la superposition de communautés multiples et de regroupements circonstanciels organisés au sein de plateformes logicielles. Le cas de CareSquare est assez éclairant de ce point de vue : le site propose la mise en relation de parents et nounous et intègre les fonctions classiques de notation-réputation – CareSquare évacue complètement la problématique du rapport de sujétion économique en créant l’illusion d’une communauté d’intérêts entre parents et nounous : les rôles assumés en France par la Protection maternelle et infantile et par les associations ou syndicats d’assistantes maternelles sont pour une part rebasculés sur la communauté des parents utilisateurs d’un logiciel et pour une autre tout bonnement niés.

      Foisonnement à la marge, concentration au centre
      Sans s’engager trop avant dans une analyse critique du modèle 2.0 au plan social, on peut au moins constater que les modèles économiques, eux, demeurent en réalité ceux de l’internet, tels qu’ils ont été développés notamment par les moteurs de recherche : captation d’une audience par la mise à disposition généralement gratuite d’un service de médiation, puis monétisation du trafic par la publicité et vente de services premium ciblés. Dans le cas de CareSquare, il est prévu de proposer aux nounous des formations payantes aux premiers secours (on peut se demander si le fait d’avoir suivi cette formation n’améliorera pas leur notation et leurs chances de se voir proposer une garde…); les parents pourront quant à eux acheter des services de recherche d’antécédents. L’objectif à terme est d’établir un label de fait et de le propager à l’échelle des Etats-Unis. Une fois une certaine masse critique atteinte, il devient non seulement possible de se rendre incontournable pour les nounous (dans le cas de CareSquare) mais même d’entamer un bras-de-fer avec les régulations nationales et internationales, comme l’illustre le cas de YouTube, site 2.0 emblématique, racheté 1,65 milliards de dollars par Google malgré les incertitudes quant aux droits d’exploitation des contenus mis en ligne par les internautes.

      Internet n’en a décidément pas fini de bousculer les modèles établis, le web 2.0 de ce point de vue ressemble comme un frère au web 1.0, et gageons que le web 3 viendra s’inscrire dans la même famille de trublions.

      Encadré: Les très petites entreprises à l’assaut des blogs
      Blogs, Flux Rss, wiki, agrégateurs, Web 2.0 constituent peu à peu un langage utilisé dans les très petites entreprises (TPE). Dans les ateliers de l’Echangeur Bordeaux Aquitaine (http://www.bordeaux.cci.fr/cci/echangeur), Claire Decroix, animatrice, constate depuis quelques semaines un engouement pour ces applications grand public dans les sociétés de moins de 20 salariés.
      «C’est l’explosion, témoigne-t-elle. L’outil blog séduit car il diminue la fracture numérique. Il n’y a plus d’un côté ceux qui savent – les prestataires en informatique – et de l’autre des chefs d’entreprises pas très au fait des nouvelles technologies. Aujourd’hui, les TPE ont intégré la nécessité d’être présentes et surtout bien référencées sur Internet. Un site coûte cher et n’apparaîtra pas forcément en bonne place dans les moteurs de recherche. En comparaison, un blog est référencé à moindre coût, est fonctionnel et ne nécessite pas forcément d’intermédiaire, si ce n’est pour le design. Il permet un contact direct avec le client et une grande réactivité en cas de crise. C’est une double stratégie : de communication et commerciale, même si le ton des articles ne doit pas être commercial», explique Claire Decroix.
      Que ce soit pour un château du vignoble bordelais, un fleuriste ou un fromager, le blog apparaît comme une «valeur ajoutée » si son contenu est bien géré. «Les TPE craignent parfois d’investir, en termes de politique commerciale, dans un outil dont on ne sait pas encore s’il est viable. Pourtant, il y a des précautions nécessaires face aux risques juridiques sur internet. C’est aussi une question de crédibilité et d’image de marque. Le plus important reste donc d’établir un cahier des charges solide : choisir une ligne éditoriale, une charte graphique, élaborer une charte des responsabilités et des pratiques sur le blog comme, par exemple, la modération des commentaires», ajoute l’animatrice de l’Echangeur.
      Les PME, déjà lancées sur la toile depuis quelques temps, piochent dans le Web 2.0 ses outils de travail collaboratifs (wikis ou blogs verrouillés utilisés comme un site intranet, réseaux de pair à pair ou réseaux sociaux), souvent pour des questions de mobilité de leurs salariés. Les TPE, elles, perçoivent dans le Web 2.0 un moyen de s’ouvrir aux clients, aux fournisseurs et d’appréhender la concurrence à l’aide notamment des flux RSS. «Ces outils sont perçus de plus en plus comme un gain de temps », assure Claire Decroix. «Et s’ils s’avèrent efficaces, ils créeront de l’emploi. Pour l’instant, nous n’avons pas encore beaucoup de recul sur les blogs donc il est encore prématuré de parler de modèle économique».

      Encadré juridique : Web 2.0 et juridique : test de compatibilité
      L’internaute 2.0 produit du contenu mais ce sont les acteurs professionnels qui demeurent responsables, sous certaines conditions, de ce qu’ils éditent, hébergent ou diffusent. Cela pose le problème de la gestion des données personnelles

      La responsabilité des acteurs du Web 2.0 n’est que partiellement définie par la loi pour la confiance dans l’économie numérique :

      Datée du 21 juin 2004, elle a permis de responsabiliser les acteurs principaux du Web : l’éditeur de contenus, l’hébergeur et le fournisseur d’accès. Ceux-ci sont responsables des contenus qu’ils éditent, hébergent ou diffusent dès le moment où ils n’ont pas réagi à la demande judiciaire de retrait du contenu litigieux. C’est ce que l’on appelle la responsabilité à double détente.
      Le Web 2.0 implique de nouveaux contenus et le stockage d’une multitude d’informations concernant les internautes : adresses IP, informations bancaires et civiles…Ces informations peuvent intéresser les autorités judiciaires et administratives afin d’établir l’identité des auteurs d’actes délictueux.
      Or, hormis les règles de conservation des données de connexion pendant un an prévues dans la loi antiterroriste n° 2006-64 du 23 janvier 2006, rien n’est précisé sur les conditions de conservation des logs de connexion et de diffusion qui pourraient être stockés.
      Afin de combler ce vide, un projet de loi est en cours et est déjà passé une première fois devant le Conseil d’Etat. Il viserait à obliger les hébergeurs, éditeurs de site et blogueurs à conserver la trace de chaque version de contenus créés et modifiés par les internautes. La faisabilité technique et le coût économique de cette nouvelle obligation risquent une nouvelle fois de soulever la contestation des entreprises concernées.

      Les règles de gestion de données personnelles (collecte et traitement) sont difficilement applicables au Web 2.0 :
      Le tout nouveau décret d’application
      n° 2007-451 du 25 mars 2007 de la loi CNIL modifiée rappelle qu’il est interdit de recueillir des données personnelles sans l’accord des gens, que le but de la collecte doit être annoncé à l’avance et que les droit d’accès à ces données et à leur rectification doivent être garantis. Or, plus la technologie évolue et dissémine au gré des commentaires croisés des internautes, plus il est difficile de percevoir quelles informations sont collectées et surtout à quelles finalités elles sont destinées. Nous savons par exemple aujourd’hui que les tenanciers des moteurs de recherche stockent des données de requêtes depuis l’origine de leur activité. Plusieurs téraoctets de données se trouvent donc sur les disques durs de sociétés avec une possibilité de retrouver l’identité d’un internaute en croisant ses données de requêtes. Afin de garantir le droit à l’oubli des internautes, une directive européenne adoptée le 15 mars 2006 propose une durée de conservation de 6 à 24 mois. Gageons que la transposition sera appliquée strictement par les Etats membres (avant 2009) et que les droits d’accès des internautes Web 2.0 feront écho de manière massive auprès des entreprises...