[L'Aquitaine numérique n°21] - Dossier séniors et dépendance : la domotique au service du maintien à domicile

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Egalement au sommaire de cette lettre d'information :
- Le compte-rendu des Assises aquitaines du Très haut débit organisées en avril à Bordeaux (voir également sur notre blog d'actualités)
- Visiolandes, des écrans qui rapprochent les Landais
- Avec Leyio, partagez en un geste votre vie numérique
- La vie privée, un problème de vieux con ?
- L'Europe en Aquitaine : présentation de deux projets innovants financés par le Feder

Les enjeux du dossier :
Le maintien à domicile des personnes âgées est cité par 79% des Français comme une action prioritaire de l’Etat face à la dépendance.
Dans un contexte de vieillissement de la population, la prise en charge des aînés est le défi majeur du 21e siècle. Le maintien à domicile est un enjeu économique, social et sanitaire. Dans nos contrées où les technologies de l’information et de la communication sont en développement constant, l’intégration du numérique dans les foyers ouvre des perspectives intéressantes en termes de services. La maison numérique du futur, truffée de capteurs, d’outils de contrôle et de communication, évoluera selon le degré de dépendance de la personne mais sans se substituer à l’action familiale, médicale et sociale. Elle devra avant tout répondre à un besoin exprimé, consenti. Le "bien vieillir" et ses technologies se heurtent à de nombreux freins économiques et culturels. Ces évolutions méritent réflexion, formation, adaptation des professionnels de l’aide et du soin, ainsi que de ceux qui encadrent et régissent leurs missions. Une sensibilisation indispensable à laquelle tente de participer ce dossier.

Bonne lecture !

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[L'Aquitaine numérique 20] - Dossier Très haut débit en Aquitaine



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Egalement au sommaire de cette lettre d'information :
- Dordogne : un projet de télésanté en prison
- Innovation en entreprises: le Brevet protège les inventions pour 20 ans
- Métiers en mutation : les Tice modifient les relations à l’école
- Veille d’AEC : de nouvelles synergies numériques au service du réel
- Les actus du PASI : publication de l’Observatoire aquitain des tarifs télécoms

Enjeux du dossier :
Très haut débit en Aquitaine
L'appel aux élus locaux


Les Assises aquitaines du Très haut débit réuniront, le 9 avril prochain à Bordeaux, élus locaux et acteurs du déploiement de la fibre optique sur le territoire régional.
Le Conseil régional et AEC, en collaboration avec la Caisse des dépôts, souhaitent impulser une dynamique de débats, d’échanges et une réflexion approfondie sur l’avenir numérique de l’Aquitaine.

Le déploiement de réseaux de fibre optique "relève d’une nécessité implacable", écrit Bernard Vauriac, conseiller régional délégué aux TIC, dans ce dossier.
Son développement ne peut être que cohérent, coordonné. Mais il doit surtout naître d’une volonté et de convictions.
A travers des prises de paroles d’élus régionaux, des exemples d’actions locales et internationales, des témoignages d’utilisateurs de l’internet et un décryptage de l’actualité législative, ce dossier de l’Aquitaine Numérique offre aux acteurs du déploiement de la fibre quelques clés pour comprendre les enjeux du Très haut débit en Aquitaine.

A lire notamment dans ce dossier :

- Région Aquitaine : vers un schéma directeur «du haut débit au Très haut débit »
- Juridique : le cadre légal du déploiement de la fibre optique se précise
- Initiative publique : le « réflexe fibre optique » de Morcenx
- Témoignages : oui au Très haut débit, et vite !
- A l’ étranger : des modèles de déploiement performants

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[L'Aquitaine numérique 19] - Dossier L'internet mobile dans les starting blocks



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Egalement au sommaire de cette lettre d'information :

- Acteurs publics aquitains : Pigma ou le partage de l’information géographique du territoire
- Innovation en entreprises : V4x et Néomades en pointe sur la mobilité»
- Métiers en mutation : Santé : bonnes pratiques pour les responsables de sites
Santé, numérique et vie privée : faut il avoir peur des effets secondaires ?
- L’expertise juridique : le rôle du juriste TIC dans la création d’un site web
- Monde/Europe : Des solutions numériques pour une justice sociale
- Les actus d’AEC : La génération internet changera le monde du travail. Premier Carrefour des possibles en Aquitaine
- L’agenda numérique & Quoi de neuf en Aquitaine ?

Enjeux du dossier : L'internet mobile dans les starting blocks

Le décollage de l’internet mobile, annoncé depuis quelques années par les professionnels du marketing et appelé de leurs voeux par les plus férus des mobinautes, sera-t-il une réalité en France en 2009 ? Les acteurs de l’internet mobile ne veulent pas en douter et se montrent frénétiques.
L’heure est aux grandes manoeuvres dans un secteur dont la chaîne de valeur est en pleine
mutation. Côté consommateurs, l’apparition de forfaits internet illimités et le renouvellement à venir du parc de téléphones portables en faveur de mobiles multimédias, GPS, aux larges écrans tactiles (appelés aussi smartphones) laissent présager un décollage grand public des usages.
Mais il faudra offrir aux mobinautes des services pertinents et adaptés à leurs besoins pour voir en 2009 l’internet mobile entrer dans le quotidien des Français. La consolidation du modèle économique du secteur en dépend. Retour sur ces évolutions et exemples, dans ce dossier d’utilisation d’internet en situation de mobilité, urbaine et touristique.

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[L'Aquitaine numérique 18] - Dossier Evaluer, construire et gérer sa réputation numérique



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Au sommaire, notamment de votre lettre d'information de novembre-décembre :
- Un portail unique pour les marchés publics aquitains ;
- R&D : deux exemples de partenariat entreprise/laboratoire ;
- La numérisation pose de nouveaux défis aux professionnels du livre ;
- Découvrez Google Insights Search, l'outil d'analyse des recherches sur Google ;
- L'actu du SIAD : le portail qui donne le pouls de la société de l'information en Aquitaine ;
- La Corée et le Japon en pointe sur l'internet mobile ;
- Les rendez-vous d'AEC en novembre et décembre.

Les enjeux du dossier :
Avec l’avènement d’internet et du web 2.0, la multiplication des réseaux sociaux, du partage des contenus et des contributions des internautes, l’apparition d’outils de notation et d’évaluation des individus et des services la réputation devient mondiale et publique. Elle s’ancre aussi dans une nouvelle temporalité car rien, ou presque, ne disparaît d’internet.

Sans forcément s’en apercevoir, nous dessinons ainsi notre « vie numérique » dans laquelle se dévoile toutes les facettes de notre identité : intime, personnelle ou professionnelle. Les entreprises du web l’ont bien compris et depuis quelques mois émerge sur la Toile un véritable écosystème de la réputation numérique dont l’objectif est de vous apprendre à évaluer, construire et gérer votre image sur internet. Ce dossier de l’Aquitaine Numérique vous livre les outils et conseils pour comprendre et agir.

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[L'Aquitaine numérique 17] - Dossier La génération Y bouscule le monde du travail

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En cette rentrée 2008, votre lettre d’information l’Aquitaine Numérique évolue pour vous apporter, en 24 pages relookées, encore plus d’infos et d’analyses sur la société de l’information dans la région, en France et dans le monde.

Désormais bimestrielle, l’Aquitaine Numérique s’enrichie de nouvelles rubriques : Innovation en entreprises, Métiers en mutation, L’expertise juridique, Guide pas à pas, Société numérique et Tendances du net. Retrouvez aussi, dans chaque numéro, l’actualité des acteurs aquitains et celles d’AEC, sans oublier un dossier thématique de huit pages approfondissant un sujet illustrant les enjeux de la société numérique.

Au sommaire, notamment :
- Dossier : « La génération Y bouscule le monde du travail »
- Un projet de réseau WiMax en Lot -et-Garonne
- Immersion et Lumiscaphe oeuvrent dans le domaine de la réalité virtuelle
- Les métiers du tourisme impactés par internet
- Les ados et leur mobile dessinent l’informatique du futur
- Pasi : un an de volonté numérique en Aquitaine !
- Les actualités d'AEC et l'agenda des manifestations à venir dans la région.

Les enjeux du dossier
En France la génération «Y» constitue un groupe de 13 millions de personnes âgées de 15 à 29 ans. D’ici dix ans, ces jeunes nourris à l’internet et pétris de culture Web 2.0 auront conquis le marché du travail et fait entrer dans les entreprises leurs nouveaux modes de communication et d’organisation. Un défi de taille se pose aux employeurs : comment intégrer les « Y » dans les entreprises sans créer un choc des cultures et des générations ? Comment faire évoluer les organisations de travail afin de tirer des « Y » tout leur potentiel ? Quels sont leurs attentes en matière de vie professionnelle et qui sont finalement ces « Y » qui s’apprêtent à bousculer le monde du travail ?

Nouveau !
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[L'Aquitaine numérique 16] - Dossier Tendances Numériques 2008-2009











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L'Aquitaine Numérique clôt l'année scolaire sur un exercice de prospective et vous propose, en guise de lecture estivale, un panaché des Tendances numériques 2008-2009.
Le dossier thématique de votre lettre d'information, complément en 8 pages de la conférence organisée par AEC le 24 juin dernier à Bordeaux, décrypte et analyse les phénomènes émergents de l'innovation numérique et en analyse les enjeux pour les acteurs aquitains.

A découvrir également : une opération de soutien à la filière aquitaine "informatique de santé" ; l'interview de Silvar Meikar, du Parlement estonien, sur la création dans ce pays d'un centre de recherche européen sur la cybercriminalité ; une opération audacieuse menée par AEC et l'Alpi pour dresser un portrait électronique des Landes. Sans oublier les actualités d'AEC, de ses partenaires et l'agenda des manifestations à venir dans la région.

Conférence Tendances Numériques 2008-2009 (24 juin 2008):
Découvrez toutes les tendances décryptées et analysées par l'équipe d'AEC grâce aux extraits en Mp3 des interventions et supports powerpoint de la conférence.

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[L'Aquitaine numérique 15] - juin 2008










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Ce 15e numéro de l'Aquitaine Numérique revient sur une préoccupation majeure dans la société de l'information : comment veiller à la protection des plus jeunes quand ils naviguent sur internet ? AEC vous livre quelques bonnes pratiques et conseils pour permettre aux enfants de surfer en toute sécurité.
Découvrez également dans votre lettre un éclairage sur la place donnée aux nouveaux médias dans la formation des étudiants de l'Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA) ainsi que des extraits du dernier Débat Numérique, organisé par AEC sur le thème "la technologie à la conquête du corps". Sans oublier les actualités d'AEC (lire ci-dessous la présentation de notre conférence Tendances numériques 2008-2009, programmée le 24 juin) et l'agenda des manifestations à venir dans la région.


«Conférence Tendances Numériques 2008-2009»
24 Juin 2008, de 16h30 à 18h30

Au café du Musée CAPC,
7, rue Ferrère – Bordeaux

A travers ce rendez-vous, Aquitaine Europe Communication souhaite présenter et décrypter les tendances émergentes de la période 2008-2009 dans l’innovation numérique, en mettant en avant les enjeux et opportunités pour les acteurs aquitains.

Au menu des Tendances 2008-2009 :

- Les évolutions récentes liées à l’explosion des réseaux sociaux et au "phénomène" Facebook confirment que l’identité numérique devient un enjeu central.
- Comment interpréter le succès du EEE-PC d’Azus, cette machine en rupture avec la course à la puissance qui préside aux destinées de l’informatique depuis des décennies ?
- L’internet sur mobile est-il en passe de devenir une réalité d’usage ?
- La génération Y qui, nous dit-on, arrive sur le marché du travail en ayant toujours baigné dans le numérique, existe-t-elle vraiment ? Peut-on l’observer en Aquitaine ?
- Au-delà des acronymes, quelle tendance de fond se dessine derrière les sigles SaaS, PaaS, SOA, etc. ?

- Egalement au programme, les projets de divers acteur aquitains du numériques, notamment dans le domaine de la e-Santé, seront présentés.
- Retour sur les tendances mises en avant l’an dernier : la compétence TIC influe-t-elle directement sur le pouvoir d’achat ? Le web 2.0 malmène-t-il le récent cadre juridique de la Loi pour la confiance dans l’économie numérique ?

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Renseignements : 05 57 57 01 01

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[L'Aquitaine numérique 14] - Dossier e-tourisme : "le printemps des audioguides"













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En prélude à la saison estivale, votre lettre d'information du numérique en Aquitaine revient, dans le cadre de son dossier thématique bimensuel, sur un sujet fort de l'actualité : la déferlante d'audioguides numériques dans le secteur du tourisme.

Vous découvrirez également dans ce 14e numéro un compte-rendu du colloque organisé avec Aquitaine Image Cinéma sur la création audiovisuelle à l'ère numérique ; un point sur les projets européens en matière d'insertion numérique des seniors* ; une présentation des évolutions du Diagnostic de l'Aquitaine Numérique. Sans oublier les actualités d'AEC et l'agenda des manifestations à venir dans la région.

* Les @ placés dans l'article renvoient à ces compléments d'information :

(1) Plan d'action de la Commission européenne « Bien vieillir dans la société de l’information » :
http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/site/fr/com/2007/com2007_0332fr01.pdf

(2) Appel à propositions du programme d’appui stratégique en matière de TIC (ICT PSP - ICT Policy Support Fund) :
http://www.telecom.gouv.fr/actualites/5-mai-2008-appels-propositions-tic-recemment-publies-1666.html

(3) : Les TIC dans le Programme Cadre Innovation et Compétitivité (2007/2013) :
http://www.drrt-centre.fr/slideurope200611/launey_15-11-2006.pdf

(4) : Premier appel à propositions dans le cadre du Ambient Assisted Living Joint Programme : " améliorer la qualité de la vie des personnes âgées et renforcer la base industrielle européenne grâce aux TIC" :
http://www.aal-europe.eu/

Le Dossier :
Tourisme et technologies numériques : "Le printemps des audioguides".

Introduction :
Les audioguides numériques connaissent un succès massif auprès du public et des professionnels du tourisme. Les projets et appels d'offres pour déployer de tels outils fleurissent en ce printemps 2008.
Autrefois réservés à des structures pouvant se permettre de les financer, grands musées ou monuments célèbres, ces outils de médiation touristique, sonores ou multimédia, se multiplient auprès d'un panel plus large de sites : espaces naturels, villes et villages, etc.
Portés par la baisse des coûts des terminaux et face à un touriste de plus en plus « numérique », dont les attentes évoluent et se diversifient, les professionnels du tourisme dégainent leurs baladeurs numériques, assistants personnels, téléphone portable et autres GPS aux contenus embarqués. Des maisons d’édition et des sites internet s’installent sur le marché et des solutions innovantes apparaissent, encourageant toujours plus de mobilité, d’autonomie et une scénarisation des savoirs.

Etats des lieux, solutions techniques et modèles économiques, conseils pour la conception des contenus d'un audioguidage touristique, prospective : l'Aquitaine Numérique accompagne et informe les acteurs du tourisme à travers des analyses, interviews, exemples de réalisations et rappels juridiques.

Sommaire :
Au bout du voyage, l’audioguide numérique p6
En Aquitaine : étapes sonores et promenades imagées p8
Interview : « Apporter du savoir et de l’humain » p9
Quelques pistes pour la conception d’un audioguide p10
Juridique : l’enjeu de la maîtrise des contenus p11
Prospective : Demain, un recentrage sur l’utilisateur p12
  • Cliquer ici pour lire le dossier dans son intégralité


    • Etat des lieux. L’explosion des usages internet et l’arrivée sur le marché de terminaux numériques grands publics comme les baladeurs Mp3 ou les PDA facilitent la production d’audioguides touristiques. Le point sur une révolution

      Au bout du voyage, l'audioguide numérique

      Au début des années 2000, l’arrivée sur le marché de terminaux grand public de type PDA, dotés à la fois d’un système de restitution audio, d’un écran et d’un processeur performant offrait la possibilité de déployer un audioguide sans recourir à des terminaux dédiés, beaucoup plus coûteux. Dans le même temps, les matériels numériques de captation audio et vidéo se démocratisaient tandis que la puissance des ordinateurs individuels et l’évolution des solutions logicielles de postproduction rendaient ces dernières plus accessibles.

      Nouveaux acteurs innovants
      Il y a moins de cinq ans, seul un grand musée pouvait consentir l’investissement nécessaire pour déployer une solution d’audioguidage sur site (250 000 euros HT environ pour un produit clé en main). Aujourd’hui, les grands acteurs commerciaux du secteur que sont Ophrys Systèmes, Antenna Audio ou Sycomore voient arriver des petites sociétés innovantes ayant su anticiper le potentiel des terminaux grand public, comme le bordelais GMT Editions ou le toulousain Camineo.
      Les ordres de grandeur ont aussi radicalement changé : livré avec une trentaine de terminaux, un audioguide bilingue français-anglais sur baladeur MP3 coûte environ 10 000 euros HT (compter 30 000 euros HT pour un support iPod Touch à écran tactile, 60 000 euros HT environ pour des PDA – ces chiffres indicatifs dépendent bien sûr fortement de la richesse et de la complexité des contenus développés). Résultat, un nombre croissant d’acteurs touristiques s’essayent à l’audioguidage sur site : en France, le suivi des appels d’offres en la matière fait apparaître un premier frémissement du marché au printemps 2007, avec une accélération notable à l’automne, les trois quarts des projets étant portés par des acteurs publics.

      Les touristes sont connectés
      D’autres évolutions ont aussi créé un contexte favorable : démocratisation d’internet et du haut débit, explosion des usages. Sur les 40% de Français ayant préparé leur séjour en ligne, 55% n’ont utilisé aucun autre média en ligne (cabinet Guy Raffour, repris dans « Comportements et attentes des internautes vis-àvis des sites Internet touristiques », nov. 2007) . Cette tendance, mondiale, illustre à elle seule l’importance prise par internet dans la consommation touristique. L’accroissement des débits permet par ailleurs de diffuser en ligne les fichiers numériques audio, voire vidéo, constituant un audioguide ; une technologie comme le podcasting, qui permet d’automatiser le téléchargement des contenus au fur et à mesure de leur mise en ligne, simplifie leur diffusion. Les baladeurs numériques sont devenus d’un usage courant (65% des Aquitains de 15-29 ans en possèdent un, selon les chiffres 2008 du Diagnostic de l’Aquitaine numérique à paraître, et 52% des 30-44 ans), et le parc de téléphones mobiles multimédias ne cesse de croître.
      De nouveaux acteurs se sont donc logiquement positionnés sur la mise à disposition d’audioguides en ligne, que celle-ci soit gratuite ou payante : les contenus, une fois téléchargés dans un format adapté, sont lus sur le terminal personnel du touriste (téléphone mobile, baladeur numérique, PDA accompagnent généralement le touriste sur son lieu de villégiature).

      Différentes stratégies économiques
      Avec la démultiplication des canaux de diffusion des contenus numériques, l’audioguide amène à tester de nouvelles stratégies : de nombreux musées américains proposent des audioguides gratuits en ligne pour attirer les visiteurs (on en retrouve une part dans la catégorie Museum tours d’iTunes store) et on commence à en voir des exemples dans l’univers francophone : lancé à l’été 2006, le site du podcast du château de Versailles avait généré fin mars 2007 près de 30 000 visites et 100 000 téléchargements par mois sur la base d’une offre gratuite d’une cinquantaine de séquences, qui s’est depuis enrichie de séquences payantes proposées à 2 euros par version. Le modèle payant a été retenu à Agassac, en Gironde, où l’attractivité de l’audioguide joue sur le caractère branché du iPod vidéo proposé et sur une scénarisation pointue des contenus, relayés par une communication efficace (lire plus bas).
      L’audioguide nouvelle génération, permet de proposer sur un même support et au sein d’interfaces de plus en plus conviviales (notamment avec l’arrivée des écrans tactiles) une visite guidée adaptée à divers publics (âge, langue, etc.), mais également une plus grande liberté de navigation au sein des contenus et du site touristique, même si 80% des utilisateurs utilisent encore peu les fonctions d’interactivité et optent pour le mode automatique par défaut. Une tendance qu’il sera intéressant de croiser avec le développement d’offres d’audioguidage avec géolocalisation, notamment via GPS, destinées à la découverte itinérante de territoires, comme Navidoo dans le département du Doubs ou le futur circuit des Sentiers du littoral le long de la côte Basque.
      Châteaux et musées ont été parmi les premiers à tester les nouvelles possibilités de visites audioguidées, généralement sur le modèle de la mise à disposition sur site, avec prêt d’un terminal type baladeur ou PDA ayant des contenus embarqués. C’est l’option retenue en Aquitaine par les châteaux de Duras (lire plus bas) et de Madaillan, par exemple, ou encore par le Musée de la céramique Bernard-Palissy. Lorsqu’il y a proposition concurrente de visites guidées, comme à Agassac, le modèle économique s’adapte à une clientèle plus segmentée avec des consommations différenciées : l’audioguide est proposé à 5 euros pour les adultes et 2 euros pour les enfants. La recherche de rentabilité mise sur un taux de rotation supérieur et la satisfaction d’attentes nouvelles chez le touriste : autonomie et contenus plus ciblés.

      Attractivité en ligne
      La mise en place d’un audioguide s’accompagne souvent d’une stratégie d’attractivité en ligne. Le téléchargement gratuit d’extraits (voire d’audioguides complets) est alors le cas général, souvent accompagné d’une proposition de téléchargement payant pour des contenus spécifiques (le prix moyen est de l’ordre de 2 ou 3 euros). Dans certains cas, l’audioguide lui-même est conçu comme un plus produit : la compagnie Britanny Ferries prête gracieusement des baladeurs à ses clients désireux de découvrir le navire sur lequel ils effectuent une traversée (les fichiers MP3 sont disponibles en ligne).
      Les propositions d’audioguides pour la découverte itinérante d’une ville ou d’un territoire se multiplient également, le plus souvent grâce à des fonctions de géolocalisation via GPS qui non seulement permettent au touriste de se repérer mais commandent le déclenchement automatique du commentaire à proximité des lieux remarquables. En France, le CDT de l’Aube, la ville de Troyes (Hoppy) et le département du Doubs (Navidoo) ont été parmi les premiers à déployer ces systèmes. Les Parcs naturels régionaux en raffolent : après ceux de la Montagne de Reims, du Mercantour et du Haut-Jura, le PNR Périgord-Limousin s’engage dans cette voie. Assez naturellement, c’est d’abord pour l’audioguidage en milieu ouvert urbain qu’est apparue il y a trois ou quatre ans une offre complémentaire en ligne, devenue depuis pléthorique : le modèle est la mise à disposition de fichiers dans divers formats compatibles avec les principaux terminaux grand public (baladeurs numériques, consoles de jeu portables, mobile, etc.).
      Diverses logiques sont à l’oeuvre dans ce secteur, à commencer par celle d’éditeurs de contenus destinés à la vente en ligne : par exemple, Cityspeaker, qui propose ses guides entre 10 et 50 euros pour la découverte complète d’une destination et qui, outre son propre site, s’appuie pour la diffusion sur des plateformes comme Numilog, spécialisé dans les livres électroniques et audio. On peut également citer Soundwalk, pour le soin extrême porté aux ambiances sonores et à la scénarisation des visites.

      Logiques de partenariat
      Audiovisit se positionne quant à lui plutôt comme prestataire de contenus pour les destinations, auxquelles il propose également le relais de sa plateforme de diffusion grand public : la politique tarifaire est fixée par chaque destination. Voxinzebox, qui propose ses contenus gratuitement via sa plateforme ZeVisit, s’appuie sur une démarche de partenariats à plusieurs étages : partenariats avec les destinations (le Pays touristique du Périgord noir est par exemple devenu partenaire en février dernier) mais également partenariat avec divers réseaux de diffusion en demande de contenus.
      La presse quotidienne régionale est d’ailleurs entrée au capital de Voxinzebox en 2005, et diffuse gratuitement un certain nombre d’audioguides, comme ceux qu’on peut retrouver en page d’accueil du site sudouest.com. Le modèle économique de Cityzeum est encore différent : les contenus sont gratuits, le site se rémunère sur la publicité. Là aussi, des logiques de partenariats se dessinent : depuis février, Cityzeum expérimente avec SFR un guide interactif à télécharger sur son mobile : vendu 20 euros par l’éditeur dans sa version complète avec interface cartographique, il est proposé gratuitement par SFR à ses abonnés, qui de plus disposeront d’une fonction de géolocalisation assurée par l’opérateur, que leur mobile soit GPS ou non. Citons également le partenariat entre Sony et l’éditeur de guides touristiques Lonely Planet pour la diffusion de guides multimédias sur PSP. Car bien sûr les éditeurs « classiques » n’entendent pas rester à l’écart : on l’a vu par exemple avec les éditions Hachette et le Guide du routard, qui après quelques grandes destinations et capitales, commencent à s’intéresser aux villes – à commencer par Périgueux.

      En Aquitaine. Audioguides au format Mp3, contenus multimédias, téléchargeables en ligne ou disponibles sur site…Voici quelques exemples, en guise de bref panorama, des différentes offres repérées dans la région.

      Etapes sonores et promenades imagées

      Audioguides Mp3 disponibles sur site
      - Arcachon, visite de la Ville d’Hiver :
      Quartier historique du XIXe siècle, la Ville d’Hiver est un ensemble de vastes villas bourgeoises perchées sur les hauteurs de la commune. L’Office de tourisme d’Arcachon propose pour 7 euros, toute l’année, un audioguide d’1h30, en onze étapes, pour découvrir les éléments architecturaux de la Ville d’Hiver.
      Audioguides Mp3 téléchargeables
      - Dordogne : berceau de la Préhistoire :
      Cityvox, qui commercialise ce service sous le nom Zevisit, propose sept étapes pour découvrir l’Histoire de Lascaux aux Eyzies : des commentaires dits par des comédiens, des reconstitutions, des interviews, des musiques. Cet audio guide est téléchargeable gratuitement sur tous supports mobiles acceptant le format Mp3, en version complète (25 minutes) ou par séquences (3 minutes). Il nécessite une inscription préalable au service et est disponible à partir de plusieurs plateformes : site du journal Sud Ouest ou encore site du Pôle International de la Préhistoire. A cet audioguide s’ajoute, si on le souhaite, un fichier téléchargeable pour l’application de cartographie en 3D Google Earth.
      - Périgueux :
      Premier audioguide de ville édité par le Guide du routard (éditions Hachette), celui de Périgueux est téléchargeable, pour 4,99 euros, à partir du site de l’office de tourisme de Périgueux ou directement dans la boutique en ligne Virginmega.fr. Il est découpé en séquences, dure environ 60 minutes, et est accompagné d’un document au format PDF, toujours à télécharger. Celui-ci est le plan de la ville avec l’indication des lieux commentés dans le guide.
      Audioguides multimédias sur site

      - Agassac, château du Haut-Médoc (Gironde) :
      Il met gratuitement à la disposition de ses visiteurs des iPod audio et video proposant un jeu de piste interactif. Il permet aux enfants de découvrir la propriété en répondant à des questions dont le score final libérera la Princesse d’Agassac, retenue dans la tour depuis des siècles par un petit dragon amoureux. Jeu de piste à double entrée, la visite virtuelle d’Agassac est également proposée aux adultes, sur le même principe ludique.
      - Cityzeum en Aquitaine
      Ce service de téléchargement de guides gratuits sur mobile, iPod, PDA, GPS alliant textes, images et vidéos. De nombreuses destinations sont proposées gratuitement, le service se finançant grâce à la publicité présente sur son site. Pour l’Aquitaine, on trouvera notamment des visites de la Dune du Pylat, de Bordeaux ou encore de Hossegor. A noter que certains audioguides sont l’oeuvre d’internautes.

      Encadré :

      L’enquête audioguides

      Dans le cadre du Pôle Aquitain pour la Société de l’Information (PASI) animé par l’Etat et la Région Aquitaine, les acteurs institutionnels du tourisme (dont la Direction régionale du tourisme, les Comités départementaux et régional de tourisme, la Mission offices de tourisme et pays touristiques d’Aquitaine mais également la Région et les Départements) mènent une enquête destinée à recenser l’offre aquitaine en matière d’audioguides, de manière à promouvoir l’existant et à envisager d’éventuelles actions d’accompagnement. Une quarantaine d’audioguides sur site ont ainsi été repérés, ainsi qu’une bonne dizaine de projets en cours de réalisation ou de réflexion.
      Les premiers résultats de cette enquête seront rendus publics à l’occasion de la journée technique « Audioguides et baladeurs numériques » organisée par la MOPA en collaboration avec AEC, le 15 mai prochain, à la CCI de Périgueux.


      Usages. Pour Philippe Fabry, les audioguides numériques illustrent une évolution des besoins et comportements des Français face aux produits touristiques. Internet influence fortement ces bouleversements.

      Philippe Fabry est Responsable nouvelles technologies à la Direction Ingénierie et Projets de ODIT France, groupement d’intérêt public d’observation, de développement et d’ingénierie touristiques basé à Paris. ODIT France est placé sous la tutelle du ministre du Tourisme. Philippe Fabry interviendra aux Rencontres techniques du e-tourisme organisées le 15 mai, à Pau, par AEC et la Mission des offices de tourisme et pays touristiques d’Aquitaine (MOPA), sur le thème « Quelle demande et quelle offre en matière d’audio-guides ? ». www.odit-france.fr/

      AEC : Comment expliquer l’explosion des audioguides numériques dans le secteur du tourisme ?
      Philippe Fabry :
      Ils illustrent des besoins et comportements nouveaux de la part des touristes : recherche d’autonomie et d’un voyage « à la carte ». Les touristes sont également plus mobiles et la possibilité de choisir un produit adapté au temps dont ils disposent est essentielle. Veulent-ils visiter une ville ou seulement un quartier ? Le produit touristique proposé se personnalise, il devient plus souple, plus en adéquation avec la demande.

      AEC : Quelle place occupe l’audioguide dans une offre touristique ?
      PF :
      En termes de service, il peut permettre d’attirer des gens sur un site où ils ne seraient pas venus. Pour les acteurs du tourisme, l’audioguide est un moyen de diversifier une offre, ce qui est très important. Par ailleurs, il permet de donner des informations supplémentaires qui ne concernent pas le site proprement dit mais l’environnement du site : les restaurants, les magasins, etc. Il est très important qu’un site touristique s’intègre dans un réseau. L’intérêt de l’audioguide numérique est d’enrichir le réel, de décrypter ce que le public voit. Aujourd’hui, le touriste ne se contente plus de connaissances, il veut du savoir : les hommes, les événements, du vécu, de l’anecdotique. Nous devons lui apporter de l’humain, un lien entre le réel et le virtuel. C’est tout l’enjeu de la médiation appliquée au tourisme. C’est une évolution des métiers et de secteur importante et, selon moi, l’audioguide doit constituer l’offre de base du produit touristique, y être intégré dès sa conception mais également dans la démarche de communication et de marketing.

      AEC : L’approche du produit touristique par les touristes devient plus ludique, moins experte...
      PF :
      Le contenu ne perd pas forcément en qualité avec l’audioguide numérique car il offre une lecture de la réalité à plusieurs niveaux. Il répond à tous les publics, jeunes, plus âgés, aguerris ou novices. Internet, avec son mécanisme du lien hypertexte, a beaucoup influencé notre manière de recevoir l’information : nous allons de l’essentiel à l’anecdotique, du spécialisé au ludique en fonction du niveau de détail recherché. Si l’on considère, en plus, le fait que l’audioguide numérique offre une variété de langages et permet une évolution des contenus, on comprend qu’il peut impacter fortement l’offre touristique de départ. C’est une évolution à saisir par les professionnels du tourisme comme une véritable valeur ajoutée.

      Encadré :

      Expérience au château de Duras, dans le Lot-et-Garonne
      « L’audioguide incite à repenser son offre touristique »

      « Notre projet d’audioguide sur baladeur numérique s’inscrit dans une refonte globale de l’offre touristique du château. Nos supports de visites, photocopiés, étaient obsolètes. Il n’y avait ni signalétique sur le site, ni communication visuelle vers l’extérieur. En parallèle du projet d’audioguide, nous avons donc restructuré entièrement le circuit de visite, créé une signalétique et une nouvelle charte graphique pour nos supports de communication, mis en ligne un nouveau site internet et conçu l’espace boutique du château. Aujourd’hui, notre offre est beaucoup plus professionnelle avec une vraie image de marque et un positionnement marketing. Dans ce contexte, l’audioguide joue le rôle de produit d’appel. Proposé au prix de 2,50 euros à l’entrée du château, il est en téléchargement libre sur le site internet. Dès le début du projet, un comité scientifique a été mis en place pour réfléchir aux contenus de l’audioguide et des panneaux culturels installés tout au long du circuit de visite. Ces panneaux contiennent les informations essentielles à la compréhension du lieu, de son histoire et de son architecture. L’audioguide, scénarisé et enregistré par des comédiens, amène de l’émotion, de l’anecdote, du vécu à la pierre de Duras. Avec vingt séquences audioguidées et quinze panneaux d’informations, le circuit de visite est plus court mais aussi plus vivant et plus riche en contenu. Un quizz est proposé aux enfants à la fin de chaque séquence. Ce service apporte aux visiteurs et au lieu une vraie valeur ajoutée. » Virginie Pelegry, chef de projet au Château de Duras


      En amont du projet. Sophie Deshayes analyse depuis plusieurs années les stratégies de création de contenus des audioguides. Extraits de ses travaux en guise de conseils aux futurs porteurs de projets.

      Sophie Deshayes est chargée d’étude en muséologie et membre du laboratoire de recherche Communication, culture et société (C2So) de l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines de Lyon. Elle interviendra le 15 mai prochain, à Pau, dans le cadre des Rencontres techniques e-Tourisme organisées par la MOPA et AEC sur le thème "audioguides et baladeurs numériques". http://c2so.ens-lsh.fr

      Quelques pistes pour la conception d'un audioguide

      Des commentaires par genre ou registre d’énonciation
      Il est très important de ménager des statuts facilement identifiables aux commentaires en les hiérarchisant : commentaire général ou introductif d’une part et commentaire particulier sur un objet ou groupe d’objets d’autre part. Certains utilisateurs privilégient le commentaire général, d’autres recherchent des commentaires centrés sur les objets et, pour un même utilisateur, ces préférences peuvent varier dans le temps de la visite. Pour adopter des stratégies sélectives adaptées au mode de visite qu’ils recherchent, les visiteurs utilisateurs doivent pouvoir différencier les commentaires entre eux. De plus, à l’intérieur de chaque commentaire ou séquence audio, les utilisateurs repèrent généralement très vite une structure construite avec des contenus variés mais qui correspondent à des types repérables, des genres : descriptions, usages, contextes historiques, interprétation symbolique ou intentions de l’artiste, évocations plus littéraires, témoignages etc. Ils apprécient généralement ces variations de point de vue et dans l’idéal, aimeraient pouvoir choisir.

      Des parcours « sur mesure »
      Les nouveaux supports mobiles ont des capacités de stockage beaucoup plus importantes, voire quasi illimitées avec les nouvelles générations de supports mobiles, véritables terminaux connectés sans fil à une base de données centralisées sur un ou plusieurs serveurs à distance. Embarquée sur le support ou accessible à distance, une base de donnée enrichie offre un potentiel de tris qui peuvent devenir à terme des critères de choix donnés au visiteur : un parcours centré sur la sculpture ou la peinture ; une période donnée ou un thème de visite transversale ; un point de vue particulier, etc. D’autres critères de sélection, liés aux conditions et aux circonstances de la venue au musée devraient pouvoir être pris en compte : on ne visite pas de la même manière si l’on est seul ou à plusieurs, si l’on a une heure ou trois heures devant soi, si l’on vient pour la première fois ou si c’est une cinquième visite… L’accès, via le support mobile, à une offre de contenus personnalisée pour une visite familiale par exemple, configuration fréquente au musée, serait tout à fait pertinente et là encore, différentes variations peuvent être recherchées selon que l’on visite avec des enfants ou pour les enfants : dans le premier cas, l’offre sélectionnée devra ménager différents niveaux adulte/enfant et privilégier des moments de partage possibles, dans le second cas, un programme spécifique destiné aux enfants visera leur autonomie au musée, les adultes ayant alors le loisir d’effectuer de leur coté un parcours alternatif. (« La médiation individuelle au musée : l’enjeu des audioguides », publié en novembre 2004)

      « Quelles formes de collaboration pour la création de dispositifs techniques de médiation ? »
      Innovations et créations en matière de médiation culturelle induisent de nouveaux modes de collaboration entre chercheurs, institutions muséales et entreprises privées. Les musées poursuivent depuis les années 1980 des expérimentations qui mobilisent les médias, l’informatique et les réseaux. Ils développent des dispositifs de médiation non nécessairement intégrés à la muséographie proprement dite, notamment par les produits éditoriaux, les audioguides et dispositifs d’accompagnement du visiteur, et l’usage des réseaux. Mais curieusement, s’il y a bien eu une certaine capitalisation des expériences grâce à l’intensité du dialogue dans le milieu muséal, aux collaborations et aux colloques et manifestations, cette capitalisation n’a pratiquement pas orienté les formes juridiques et administratives de la création et du développement.
      Constat : Il apparaît nécessaire que les instances d’administration de la recherche-développement, associant musées, entreprises et équipes de recherche, fassent à leur tour un effort d’innovation et de création administrative et juridique pour imaginer des protocoles intégrant la connaissance des pratiques de recherche-développement et de création, trop rarement formalisées.
      Conclusion : Les formalismes administratifs et juridiques des appels d’offres sont très peu adaptés à ce type de collaboration. Ce qui apparaît ici, c’est la nécessité d’une nouvelle étape impliquant nécessairement des juristes et des administrateurs, pour que ceux-ci puissent s’inscrire dans l’ensemble des déplacements des logiques de chacun, et contribuer à la dynamique de création et d’innovation. (publié à l’été 2007)

      Juridique. La mise en place d’un audioguidage doit s’accompagner d’un modèle de gestion approprié des contenus exploités et de vérifications préalables concernant leur provenance.

      L’enjeu de la maîtrise des contenu

      Les acteurs publics s’investissent de plus en plus dans le déploiement des audioguides sur les territoires ou sur des sites spécifiques. Quels que soient les moyens techniques sélectionnés pour l’audioguidage, les contenus exploités constituent un patrimoine qu’il importe aux acteurs publics de protéger et maîtriser. L’organisme qui décide de mettre en place des parcours audioguidés choisit le mode de gestion de contenus qui correspond le mieux à ses intentions immédiates et futures. Explications.

      Les modèles de gestion de contenus

      Les acteurs qui souhaitent s’engager dans le développement d’audioguides ont deux possibilités pour gérer les contenus qui seront élaborés dans le cadre de ce projet.

      1. La gestion des contenus est confiée au prestataire chargé de les créer :
      L’acteur public ou privé qui veut développer un parcours en audioguidage se positionne comme un maître d’ouvrage qui fait appel à un maître d’oeuvre pour la réalisation des prestations, telles que la conception d’audioguides ou de logiciels, la création et la gestion des contenus. Dans ce cas, le maître d’oeuvre se charge de gérer les contenus à partir de leur création et/ou leur acquisition. Si le maître d’oeuvre conserve les droits de propriété intellectuelle sur le contenu, il a la charge de veiller au respect du droit d’auteur dans l’utilisation et la modification des contenus. Pour l’acteur public ou privé, le risque est principalement de perdre tout contrôle sur l’évolution des contenus et de ne pas pouvoir se les approprier pour d’autres utilisations éventuelles.

      2. Le commanditaire garde la maîtrise des contenus :
      L’acquisition des droits de propriété intellectuelle sur les contenus permet à celui qui est à l’initiative du projet d’audioguidage de garder la propriété sur ces contenus : le commanditaire se réserve ainsi la faculté de décider de l’évolution des contenus notamment la modification, l’adaptation ou le transfert vers d’autres supports. Il est important de s’accorder sur toutes les utilisations envisagées des contenus au moment de la cession des droits de propriété intellectuelle. Par exemple, on prévoit la diffusion au public sur différents supports (papier, numérique), la modification de contenus et la cession des droits à un ou plusieurs tiers. Dans le domaine de l’audioguidage, les licences « creative Commons » permettent au commanditaire de bénéficier d’une grande souplesse dans l’utilisation des oeuvres commandées tout en respectant le droit moral de l’auteur.

      Garder la maîtrise
      Chaque contenu utilisé pour les besoins de l’audioguide devra faire l’objet d’une convention spécifique selon le type et la source du contenu. Les textes élaborés par des écrivains feront l’objet d’une cession de droits patrimoniaux au bénéfice de leur commanditaire. Il en va de même pour les traductions, les photographies ou vidéos réalisées pour les besoins propres du parcours audioguide. La reprise de contenus existants devra s’accompagner de démarches particulières : lorsque les contenus proviennent de sources multiples et sont repris à partir d’un autre contexte d’utilisation, l’acquisition des droits se fait auprès du détenteur des droits patrimoniaux. Les droits sur les morceaux de musique choisis pour accompagner les commentaires sont réglés auprès de sociétés de gestion collective des droits d’auteur pour la musique. L’acquisition des archives audio/vidéo pour mettre en lumière des évènements ayant marqué l’histoire d’un lieu doit faire l’objet d’une cession de l’Institut National de l’audiovisuel (INA).
      oumeira.tegally@aecom.org


      Encadré

      Les dispositifs de « tracking »

      Certains audioguides permettent l’enregistrement des déplacements effectués par les touristes. Les données de parcours pourront être exploitées afin de dessiner des cartes de flux qui permettront par la suite d’identifier les centres d’intérêt des individus et de leur proposer des services plus adéquats. Si le système d’audioguide prévoit la possibilité de tracer les parcours effectués par les touristes pour observer leur comportement, toute exploitation des indicateurs des statistiques d’usage doit s’accompagner d’une procédure d’anonymisation.


      Prospective. Demain, l’audioguide sera multimédia, géolocalisé, immersif, personnalisé et connecté en réseau.

      Recentrage sur l’utilisateur

      Les voies d’exploration en matière d’audioguidage sont nombreuses. La première réside dans l’évolution vers le multimédia qui permet de mixer au sein d’un même contenu son, texte, images et vidéo. L’évolution des terminaux grand public incarnée par le très médiatique iPhone va dans ce sens : écran de grande taille, capacités multimédia, interface tactile intuitive facilitant la prise en main, plusieurs giga octets de stockage. Le véritable enjeu n’est plus technologique, mais de concevoir le guide multimédia de telle façon qu’il ne se substitue pas à la découverte du lieu réel. Un autre enjeu réside aussi dans la personnalisation et dans la continuité entre une expérience utilisateur de plus en plus immersive pendant la visite et la possibilité d’approfondir la découverte en amont et en aval de celle-ci. Avec le système Visite+ développé par la Cité des sciences, le visiteur est identifié par son billet muni d’un tag RFID, ou via un PDA relié au réseau local par Wifi, et accède tout au long de sa visite à des contenus adaptés à son profil (âge, langue, centres d’intérêt, etc.). Les contenus s’adaptent également à une totale liberté de parcours et prennent en compte les points de passage déjà effectués. Tout le parcours du visiteur est enregistré dans un mini-site web privatif associé à son identifiant, avec des ressources documentaires numérisées et la possibilité de laisser des commentaires et de les partager avec les autres visiteurs – Cap Sciences, à Bordeaux, a engagé une réflexion dans ce sens.

      GPS et mobilité
      Le projet Ludigo, à Enghien-les-Bains, étend au guide urbain la logique de personnalisation des contenus en fonction de l’utilisateur mais aussi selon l’endroit où il se trouve et ses modalités de déplacement. En milieu ouvert, c’est la convergence entre solutions de navigation et information touristique rich media géolocalisée qui fonde bon nombre de développements. L’explosion du marché des GPS, amorcée il y a deux ans, se confirme : 17% des Aquitains en possèdent un, selon les chiffres 2008 du Diagnostic de l’Aquitaine numérique, avec un pic à 23% chez 45-59 ans. Les puces GPS se multiplient, notamment sur mobile : 8% du parc français est équipé. Cet usage devrait néanmoins se répandre rapidement à mesure qu’un nombre croissant d’appareils seront équipés : ABI research table sur un marché mondial d’un milliard de puces GPS en 2013. Combinée avec le décollage probable de l’internet mobile dans les prochaines années, la généralisation des solutions de géolocalisation ouvre la voie à des audioguides en ligne, alternative sans doute plus crédible aux solutions de type serveur vocal sur le modèle Allovisit, qui peinent à trouver un public à cause de la lourdeur de consultation et du manque de visibilité de l’offre en situation (les solutions TIC devant permettre des économies de signalétique et non le contraire). L’audioguide a d’abord été conçu comme associé à un parcours de visite prédéterminé mais il s’adapte de plus en plus aux habitudes de consommation d’information en situation de mobilité, centrées sur l’ici et maintenant de l’utilisateur, comme à San Francisco où le guide en ligne CitySearch et Antenna Audio vont équiper de codes-barres 2D 500 façades pour un accès direct, via photophone notamment, à des commentaires audio concernant l’histoire de la ville.

      Encadré

      Innovation : le Bamgi
      Un audioguide multimédia sur les rails

      En juillet 2007, la SNCF lançait sur une de ses lignes touristiques le Bamgi, un baladeur multimédia présenté comme « une innovation technologique » majeure par l’entreprise. Le Bamgi préfigure en effet l’évolution des audioguides numériques vers des supports permettant de mêler sons et images dans une logique d’immersion et un contexte de géolocalisation des données : écran couleur de bonne taille, GPS intégré, connexion Wifi ou Bluetooth, interactivité, etc. Le Bamgi est le premier audio vidéo guide appliqué à une exploitation sur une ligne ferroviaire. Il est destiné aux voyageurs de la ligne du Mont-Blanc Express reliant St-Gervais les Bains Le-Fayet à Chamonix et Martigny en Suisse. Développé par la société bordelaise GMT Editions, éditeur de guides touristiques numériques, le Bamgi est discrètement proposé sur le site internet des trains touristiques de la SNCF, au prix de 6 euros. Il se présente comme un support supplémentaire de visite mais n’est en aucun cas essentiel au voyage. En pratique, l’audioguide Bamgi est un assistant personnel numérique (PDA) intégrant trois heures d’informations culturelles, historiques et touristiques correspondant aux lieux traversés par le train touristique. S’y ajoutent des archives sur la création de la ligne, prouesses technologiques qui ont aidé à son aménagement ainsi que de nombreux témoignages. Le tout en français et en anglais. Grâce à la technique GPS, les commentaires sont diffusés en temps réel, sans intervention particulière du voyageur, au fur et à mesure du cheminement du train dans la vallée.

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[L'Aquitaine Numérique n°13] - avril 2008













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Ci'Num, Débat Numérique, Mutations juridiques et eTourisme... Tout au long du mois de mars, AEC et ses partenaires vous ont proposé une série de rendez-vous pour décrypter les enjeux de société liés aux évolutions des technologies numériques. Découvrez les échanges, les personnalités présentes et les contenus de ces événements à partir des liens indiqués ci-dessous.

Ce treizième numéro de l'Aquitaine Numérique revient sur cette actualité et en décline de nouvelles comme le colloque consacré, le 7 avril, au cinéma et à l'audiovisuel à l'heure du numérique ; des réactions d'acteurs aquitains à la nomination d'Eric Besson comme secrétaire d'Etat à l'économie numérique ; un entretien avec Isabelle Falque-Pierrotin, présidente du Forum des Droits sur l'Internet ; un guide pas à pas dans le logiciel PDF Creator.



Les rendez-vous d'AEC :
Un mois de mars au rythme des mutations numériques.

Le 11 mars. Le Débat Numérique, "Small Brother is eWatching you" : Vidéosurveillance, capteurs, puces RFID, traçage des données sur Internet... une vie sous l'oeil de la technologie. Débat avec Michel Alberganti et Jean-Marc Manach, journalistes. Vidéo, des échanges et recommandations (En savoir plus sur cet événement).

Les 12 et 13 mars. Journées techniques e-Tourisme, "GPS, cartographie et Mobilité". Compte rendu des interventions. (En savoir plus sur cet événement)

Le 20 mars. Débat, "Maîtriser les défis du numérique" : conclusions de Ci'Num.
Après les Entretiens des Civilisations Numériques, Marcel Desvergne, président d'AEC annonce la création d'une Chaire des civilisations numériques en Aquitaine (En savoir plus sur cet événement).

Le 21 mars. Conférence Mutations numériques, mutations juridiques :
Lieux d’accès publics à internet ; valeur et valorisation de la donnée publique au sein des collectivités ; les « Creative Commons » ; entre anonymat et pistage systématique ; la cybersurveillance des salariés : droit du travail et numérique. Interview de la présidente du Forum des Droits sur l'Internet, Isabelle Falque Pierrotin, et compte rendu des interventions. (En savoir plus sur cet événement)

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[L'Aquitaine Numérique 12] - Dossier juridique "Droits d'auteur et numérique : le grand bouleversement"














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Tout au long du mois de mars et début avril, AEC et ses partenaires vous convient à une série de rendez-vous pour décrypter les enjeux de société liés aux évolutions des technologies numériques. Deux de ces événements seront notamment consacrés aux évolutions juridiques induites par la "révolution" numérique.

Le douzième numéro de L'Aquitaine Numérique s'inscrit dans cette actualité : un dossier spécial juridique de douze pages vous est proposé sur le thème "Droits d'auteur et numérique, le grand bouleversement".

Retrouvez également dans votre lettre d'information un point sur les actualités de la Communauté d'agglomération périgourdine, une analyse des politiques européennes en matière de puces RFID ainsi qu'une interview du psychologue Mickaël Stora consacrée aux dangers d'internet pour les adolescents. Sans oublier les actualités d'AEC et l'agenda des manifestations à venir en Aquitaine.

Dossier spécial juridique :
" Droits d'auteur et numérique, le grand bouleversement "

Pas un jour ne passe sans que soient dénoncés la chute du marché du disque dans le monde ou encore l’effondrement des ventes de DVD. Montrés du doigt : les pirates du web, ces internautes téléchargeant sur leurs ordinateurs des oeuvres protégées mais disponibles en quelques clics sur la toile. Car les lois sur le droit d’auteur et la loi DADVSI votée en 2006 n’ont pas freiné la tendance : les règles de propriété intellectuelle restent largement bafouées sur internet. Face à ces constats, politiques et industriels s’organisent. La mission Olivennes en est l’illustration. Autre témoignage des bouleversements du secteur : une nouvelle offre de distribution des oeuvres audiovisuelles se fait jour sur la toile et, avec elle, de nouveaux modèles économiques apparaissent.

Que préconisent la loi DADVSI et le rapport Olivennes ? Que risquent réellement les différents acteurs du web en matière de non respect des droits d’auteur ? Quels sont les nouveaux modes de distribution des oeuvres culturelles sur internet ? Les collectivités, gestionnaires de contenus protégés, doivent-elles adopter de nouvelles pratiques ?

Eléments de réponses dans ce dossier spécial de L'Aquitaine Numérique.

Sommaire :
L’actu du dossier : les pirates du web bientôt sous contrôle. (p6)
Contenus illégaux : qui sont les responsables ? (p8)
Economie : vers de nouveaux modèles de distribution. (p10)
Les systèmes électroniques de protection. (p11)
Licences libres : l’alternative. (p12)
Téléchargement: ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. (p14)
La gestion des contenus protégés dans les collectivités. (p15)
Deux journées d’infos pour parler droits d’auteur et numérique. (p16)


  • Afficher le dossier dans son intégralité:

    • L’actu du dossier. La loi du 1er août 2006 portant sur les Droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information, dite loi "DADVSI", n’a pas empêché le non respect des règles de propriété intellectuelle sur Internet. Entre temps, le rapport Olivennes a été remis à la Ministre de la Culture.

      Les pirates du web bientôt sous contrôle
      En 2006, la loi DADVSI a été promulguée pour protéger les droits d’auteur et droits voisins dans le monde numérique. Plus d’un an et demi plus tard, on ne peut que constater la difficulté de fixer dans des textes de loi une protection adéquate des oeuvres immatérielles qui sont soumises à des modes de diffusion alternatifs et non maîtrisés. La loi DADVSI a été peu mentionnée dans les décisions de justice depuis son entrée en vigueur, si ce n’est sur les questions d’exception aux droits d’auteur et sur les mesures techniques de protection (DRM, lire page 11) fortement contestées. On ne peut parler pour autant d’abandon de la lutte pour la protection des droits d’auteur sur l’internet. Car l’activité des plateformes de partage et de téléchargement de fichiers musicaux et de vidéos continue de croître. Le vote d’une deuxième loi DADVSI pour palier les carences de la première loi ne semble pas au programme. L’heure est plutôt à l’action : la mise en oeuvre prochaine de la riposte graduée, dispositif annoncé par la loi DADVSI en est un exemple.
      Il est inscrit dans le rapport de la mission confiée à Denis Olivennes et remis à la Ministre de la Culture, Christine Albanel, en novembre 2007. Cette mission apporte des indices sur la législation future en matière de protection des droits d’auteur.

      La conciliation des acteurs : trouver des solutions acceptables pour tous
      L’Etat, les ayants droit des industries de la musique, du cinéma et de l’audiovisuel et les fournisseurs d’accès à internet se sont mis d’accord sur la mise en place de la riposte graduée , mesure considérée comme indispensable dans la lutte contre le piratage sur internet. Cette action doit être menée, selon les termes du rapport, avec la participation active des acteurs de l’internet notamment des fournisseurs d’accès, qui auront pour mission de prêcher la bonne parole et d’agir de manière préventive.
      Ce que préconise le rapport Olivennes :
      • Une meilleure coordination des intérêts d’ayants droits des différents secteurs : ils pourront créer une agence représentative ayant la capacité d’agir en justice en leurs noms et de déterminer une "action concertée" dans la recherche de solutions technologiques communes de protection des contenus (techniques de reconnaissance des contenus).
      • La mise en place d’indicateurs permettant de définir la part de marché de chaque FAI (fournisseur d’accès à Internet – Free, Neuf, Orange etc.) dans le piratage en Peer-to-Peer : les FAI seront amenés à opérer un filtrage sur les contenus avant leur mise en ligne grâce au contrôle des empreintes, le filtrage en temps réel semble être tenu à la phase expérimentale pour l’instant.
      • Les sanctions appliquées aux internautes seront calculées en fonction de la gravité des comportements. Il faut distinguer plusieurs types de consommation de musique gratuite en ligne :
      1. L’internaute écoute de la musique en streaming, c’est-à-dire en ligne et en temps réel à partir d’un site proposant de la musique en streaming (Il n’est pas visé par les mesures de répression) ;
      2. L’internaute télécharge de la musique illégalement à partir d’une plateforme sans en mettre à disposition ;
      3. L’internaute met à disposition de la musique de façon modérée en plus d’en télécharger ;
      4. L’internaute met à disposition de la musique de manière massive ou à des fins commerciales.

      La riposte graduée : un dispositif adapté
      Il s’agit d’une intervention à plusieurs étapes, destinée à inciter ceux qui téléchargent à respecter la loi, en leur faisant comprendre que l’internet n’est pas une zone de non-droit et que les agissements sur cette zone peuvent être soumis à une surveillance et un contrôle. La riposte graduée a pour but de détourner les internautes de l’attractivité de la gratuité en sanctionnant au prix fort le téléchargement illégal. On espère ainsi les orienter vers les offres légales qui seront mises à leur disposition.
      Ce mécanisme vise aussi, dans un premier temps, à avertir les contrevenants et, dans un deuxième temps, à les sanctionner par des mesures d’ordre plus pratique notamment la suspension ou la rupture de l’abonnement à internet. Dans ce deuxième cas de figure, les FAI n’auraient pas de part active dans la sensibilisation des internautes. La sensibilisation, les avertissements et finalement les sanctions seraient des prérogatives accordées à la Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (qui remplacera l’Autorité pour la régulation des mesures techniques instaurée par la loi DADVSI).
      L’autorité agirait sur saisine par un titulaire de droits d’auteur qui estime ses droits lésés et elle procèderait à des réquisitions auprès des FAI pour identifier les contrevenants, les FAI enverraient des courriers d’avertissements signés par l’autorité et celle-ci pourrait finalement prononcer des sanctions allant de la suspension à la rupture de l’abonnement.

      Les autres propositions du rapport Olivennes
      - La simplification de la circulaire pour l’application de la loi DADVSI notamment sur la gamme de sanction et l’étendue de l’exception pour copie privée ;
      - La désignation de juridictions spécialisées dans la lutte contre la contrefaçon sur Internet - L’assouplissement des dispositions de la loi "informatique et libertés" pour faciliter la mise en oeuvre de recherche d’infractions et l’identification des contrevenants par le rapprochement des adresses IP et les noms des abonnés sans recourir à l’intervention du juge ;
      - Une nouvelle loi sur les données des internautes : l’adresse IP (numéro qui identifie chaque ordinateur connecté à internet) conservée par les FAI ou les ayants droits ne constituerait pas une donnée directement ou indirectement nominative ;
      - La mission Olivennes veut aussi modifier l’actuel article L34-1 du CPCE pour autoriser la conservation des données de trafic par les FAI.



      La riposte graduée : mode d’emploi

      Un internaute se fait repérer par le système de filtrage du réseau Peer-to-Peer qu’il fréquente, que se passe-t-il ?
      Un courriel d’avertissement constatant le manquement signé par l’Autorité sera adressé par le FAI à l’abonné responsable de la ligne.
      L’internaute persiste…
      Il reçoit un second message d’avertissement constatant ce deuxième manquement, toujours par courriel. Il sera mis "sous observation" pendant 6 mois, s’il recommence pendant cette période, il subira une suspension provisoire de son abonnement pendant un mois. Si dans les six mois suivant le rétablissement de son abonnement, il récidive, l’abonnement sera résilié et bloqué pendant un an à l’initiative de l’autorité.
      Et s’il prenait un abonnement chez un autre fournisseur d’accès à Internet ?
      Au cours de ces douze mois, il ne pourra pas se réabonner auprès d’un autre FAI, il fera partie d’une liste noire constituée à cette fin.


      En jeu. La qualification légale du statut d’hébergeur sur internet s’applique à un vaste panel d’acteurs et de pratiques : du simple hébergement de forum à la plateforme d’échanges de fichiers musicaux ou vidéos.
      Elle rend difficile la mise en oeuvre du respect de la loi sur les droits d’auteur.


      Contenus illégaux : qui sont les responsables ?

      La diffusion des oeuvres sur internet sans respect des droits de leurs auteurs est facilitée par des services d’hébergement de contenus offerts par des plateformes telles que YouTube, Dailymotion, MySpace, etc. Ces plateformes invitant à la contribution des internautes ne sont cependant pas à l’origine des contenus mis en cause : les internautes eux-mêmes mettent en ligne des contenus sans autorisation de leurs auteurs.
      La multiplication des intermédiaires sur internet, tels les services d’hébergement de contenus, et la diffusion massive des oeuvres ont donné lieu à de nombreux contentieux en justice. Les titulaires des droits (photographes, auteurs de textes, sociétés de production musicale et cinématographique) veulent faire reconnaître la part de responsabilité des prestataires d’hébergement dans leur préjudice.

      Deux solutions : hébergeur ou éditeur.
      La loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) prévoit deux régimes qui pourraient être appliqués aux nouveaux acteurs du Net : le régime d’hébergeur et celui d’éditeur. La nature de leur responsabilité dépendra de la qualification qui sera retenue par le juge. Contrairement à l’hébergeur, l’éditeur est pleinement responsable des contenus qu’il met en ligne. Le statut d’hébergeur est donc plus protecteur. Il est plus attirant pour les acteurs du Web puisqu’il peut s’appliquer à des acteurs aussi divers que des hébergeurs de pages personnelles (MySpace, FaceBook), de contenus vidéos, images, musicaux (YouTube, FlickR, Deezer) mais aussi des plateformes d’échanges et de partage de fichiers, de vente en ligne (eBay), des exploitants de forums de discussion ou encore à une encyclopédie collaborative en ligne. L’application du même statut à une large gamme de prestataires est à l’origine de nombreuses confusions.

      Une jurisprudence incertaine.
      Dans un premier temps, la jurisprudence a étendu les critères de la qualification d’hébergeur au-delà de la simple prestation technique d’hébergement. Elle a appliqué cette notion à des prestataires agissant notamment comme intermédiaires de vente aux enchères en ligne, de fourniture de liens commerciaux et de forums de discussion. Dans un second temps, certains juges ont traité ces mêmes prestataires avec plus de rigueur. Ils ont invoqué le statut d’éditeur afin de retenir la responsabilité de certains prestataires de services. Par la suite, une décision divergente abandonne le critère de présence de publicités pour reconnaître la qualité d’éditeur. La qualification d’hébergeur y est retenue à partir du moment où les contenus sont mis en ligne par les internautes eux-mêmes.

      Une loi inadaptée aux usages actuels.
      La loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) propose deux statuts pour les intermédiaires du web. La jurisprudence n’envisage que l’application de l’un ou l’autre de ces statuts alors que la nature même des usages actuels sur internet est de cumuler les deux fonctions, voire des pratiques émergentes qui ne trouvent pas d’existence dans le droit. Par exemple : Sur un blog certains contenus sont mis en ligne par le blogueur lui-même ; il a donc une responsabilité éditoriale quant aux contenus qu’il diffuse sur son blog. A côté de ces contenus, on retrouve également les contributions des internautes qui consultent le blog et qui y laissent des commentaires ce qui fait du blogueur un hébergeur.
      Face à un cadre juridique insuffisant, la jurisprudence a tenté d’imputer à l’hébergeur une obligation de contrôle a priori des contenus. Cette tentative est critiquable dans le sens où elle prend le contrepied de la LCEN, qui énonce clairement l’absence d’une obligation de surveillance générale pour les hébergeurs. Elle s’inscrit cependant dans la volonté de faire adopter aux plateformes de vidéos et de musique en ligne les techniques de filtrage et de reconnaissance des oeuvres marquées, dans le cadre de la lutte contre le piratage.
      Il est évident que les usages actuels devancent de loin les outils juridiques disponibles, d’où la nécessité de fournir un cadre juridique mieux adapté aux activités qui émanent du Web 2.0. Dans l’idéal, ce cadre permettrait l’équilibre entre l’épanouissement de nouveaux modèles économiques sur l’internet et le respect des droits de propriété intellectuelle des auteurs.

      Economie. Les mutations juridiques en matière de droits d’auteurs induits par les technologies sont indissociables des nouveaux modes de consommation des oeuvres culturelles Le téléchargement illégal est pointé du doigt.

      Vers de nouveaux modèles de distribution
      L’Observatoire de la musique mis en place par la Cité de la musique vient de publier à l’occasion du Midem des chiffres qui confirment la baisse du marché du disque constatée depuis plusieurs années : en France, les ventes de CD audio et de DVD musicaux ont chuté en 2007 de 18,3% en volume et de 17,1% en valeur, les singles étant particulièrement touchés. Selon le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), le marché physique a perdu la moitié de sa valeur (soit 640 millions d’euros).

      Faible croissance des revenus numériques.
      Même si certaines études pointent un recul relatif des pratiques de téléchargement illégal, cellesci n’en restent pas moins fermement ancrées : l’enquête Eurobaromètre publiée par la Commission européenne en mai 2007 montrait que si la plupart des enfants de 9 à 14 ans savent que bon nombre de leurs pratiques en la matière sont illégales, ils ne sont pas prêts pour autant à y renoncer. Interrogé dans le numéro de février 2008 de Capital, François Moreau, économiste et spécialiste de la diffusion numérique des oeuvres culturelles, ne nie pas l’impact du téléchargement illégal sur le marché du disque, mais souligne que les économistes sont divisés sur la question : "statistiquement imperceptible" pour les uns, il "explique toute la baisse des ventes de disques" pour les autres. Les revenus numériques, s’ils ont cru de 40% l’an dernier à l’échelle mondiale pour atteindre 15% de part de marché (soit environ 3 milliards de dollars, chiffres de la Fédération internationale de l’industrie phonographique, IFPI), ne compensent pas pour autant la baisse du marché du disque. Encore moins en France, où la part des ventes numériques plafonne pour l’instant à 7%.
      La raison de cette particularité nationale tient notamment à la part importante de la téléphonie mobile en termes de débouchés : les téléchargements de sonneries, où l’on avait cru voir un eldorado, sont en baisse constante et masquent la progression des téléchargements de chansons en version intégrale. Le SNEP reconnaît que les revenus numériques ont été multipliés par six entre 2004 et 2007. L’arrivée du modèle iTunes a sans aucun doute participé à dynamiser le marché en donnant accès, via un portail unique étroitement intégré à son lecteur à succès, l’iPod, à une offre parmi les plus larges du marché et certainement la plus lisible, avec son tarif unique de 0,99 euro la chanson. Mais on est encore loin du compte si l’on compare le marché de l’industrie phonographique actuel à son pic, estimé à 1,3 milliard d’euros en 2002.

      Le verrouillage des fichiers
      Un premier frein à une dynamisation encore plus massive du marché a été le choix fait par Apple de recourir à un format de fichier propriétaire verrouillé par des DRM (digital rights management, voir encadré), l’interopérabilité n’étant pas au rendez-vous dans un univers numérique où les usages tendent au contraire vers une transition sans couture entre supports de lecture, en fonction de la situation d’écoute de l’instant. De plus en plus de majors commencent à proposer leur catalogue sans DRM depuis l’été 2007, essentiellement d’ailleurs pour tenter de rompre la position dominante d’iTunes sur le marché de la distribution numérique en s’appuyant sur son concurrent Amazon.

      La vente de titre à l’unité
      Un autre élément peut expliquer la chute des ventes sur support physique : le modèle de la vente à l’unité, qui correspond à une part de marché certes significative mais en décalage croissant avec les usages du numérique. Ceux-ci sont certes marqués par l’illusion de la gratuité, mais surtout par un changement dans la valeur perçue. Dans un univers d’offre pléthorique où domine la notion de flux, la valeur ne réside plus dans le contenu singulier mais dans l’accès. Les capacités de stockage offertes par les lecteurs MP3 correspondent d’ailleurs à une durée d’écoute en continu de plusieurs années dans une qualité moyenne, et la fonction de lecture aléatoire y est devenue incontournable. Les pratiques de flux sont complémentaires d’une consommation plus sélective de bien des manières : elles permettent la découverte, peuvent déclencher des achats ciblés, et de plus en plus sont facilitées par des outils de recommandation, souvent à dimension communautaire comme chez le pionnier Last.fm, permettant de déléguer une part du choix à des outils qui prennent en compte les goûts de l’utilisateur. Il existe presque autant de modèles de distribution que d’acteurs se positionnant sur le secteur, depuis la web radio pure et simple transposant sur internet la logique de la bonne vieille TSF jusqu’à des modèles de téléchargement, avec ou sans DRM.

      L’abonnement
      D’un point de vue des modèles économiques, la logique de l’abonnement a d’abord prévalu, comme par exemple chez la Fnac ou MusicMe (15 euros par mois pour du téléchargement illimité, avec écoute sur n’importe quel support même hors de toute connexion internet, les DRM bloquent la lecture une fois l’abonnement échu ou résilié) ; c’est également le modèle retenu par exemple par Neuf avec son service Neuf music, dont la version de base est gratuite pour tout abonné à l’offre internet triple play du FAI, tandis que pour moins de 5 euros par mois il peut accéder à un catalogue élargi. Là aussi, la musique téléchargée devient inexploitable si l’abonnement est interrompu. On remplace donc une logique d’achat d’un droit d’écoute indéfini d’une oeuvre en particulier par une logique d’accès payant pour une durée déterminée à un catalogue global.
      Il y a fort à parier que ce type de modèles de musique dite illimitée vont se généraliser et être intégrés dans les offres de base des fournisseurs d’accès, des opérateurs mobiles, des fabricants de hardware, mais aussi sur les réseaux sociaux et les blogs (avec les widgets, comme ceux que vient de lancer Apple, sous le label My Tunes). Un moteur de recherche dédié comme gBox fait un pari similaire, et Google soi-même noue des partenariats en ce sens pour concurrencer Baidu sur le territoire chinois.

      La gratuité
      A l’abonnement forfaitisé s’ajoute donc le modèle de l’abonnement sponsorisé, les majors se rétribuant directement auprès des distributeurs. Et l’on en vient à la fameuse gratuité, le modèle publicitaire ayant fait l’objet de nombreux lancements de startups durant le second semestre 2007. C’est le modèle proche de celui d’une webradio (celle-ci reverse environ 5% de son chiffre d’affaires à des organismes comme la SACEM) qui a été retenu par Deezer, on se rémunère donc indirectement sur le trafic généré par le contenu plutôt que sur le contenu lui-même. Avec Airtist, le modèle est différent, puisque l’internaute peut télécharger gratuitement un fichier MP3 dépourvu de DRM mais doit pour cela visionner auparavant l’intégralité d’un clip publicitaire en ligne. Reste que le modèle publicitaire pour la musique pourrait bien être le lieu d’une prochaine bulle : les revenus générés, fondés sur le nombre de pages vues, se révèlent marginaux et en tout cas inférieurs à la rémunération attendue par les majors. Pour donner accès à leur catalogue, ces dernières exigent de plus en contrepartie des avances sur recettes et des prises de participation au capital qui donnent à penser qu’il s’agit de pomper à court terme les capitaux disposés à s’investir dans le web 2.0 plutôt que d’inventer un nouveau modèle pérenne… et qui prenne en compte la redistribution aux artistes.

      La licence globale remise au goût du jour
      Scott Cohen, fondateur de The Orchard, un service d’agrégation pour la distribution musicale numérique, a donné le 6 février au Midem ce que d’aucuns considèrent comme une magistrale leçon de mathématiques économiques : de 42 milliards de dollars il y a dix ans, le marché mondial de la musique est aujourd’hui inférieur à 30 milliards, et probablement sous les 20 milliards d’ici 2010. Comment générer 20 milliards de plus par an ?
      Croire qu’on puisse monétiser les fichiers téléchargés illégalement aujourd’hui est une illusion, mais même en imaginant le faire à hauteur de 99 cents l’unité, on ne dégagerait que 12 milliards de dollars par an. Le modèle par abonnement génère aujourd’hui un demi milliard de dollars par an, et le modèle publicitaire a dégagé moins de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2007. Même en tenant compte de la marge de progression de ces deux derniers modèles, on est loin du compte.
      La conclusion qu’il en tire ne surprend pas : "considérez le nombre de personnes connectées, car c’est là que les choses se passent, conseille Scott Cohen : 1,1 milliard d’abonnés à Internet dans le monde ; 3,6 milliards d’abonnés à la téléphonie mobile. Un prélèvement de un dollar sur chacun de ces abonnements rapporterait environ 4,7 milliards de dollars par mois, soit plus de 50 milliards de dollars par an". Voici le modèle de la licence globale qui repointe le bout de son nez, une conclusion pas très éloignée de celle de François Moreau dans Capital, qui en se limitant au marché français évalue à six euros le surcoût mensuel à imposer aux 14 millions de foyers connectés à haut débit.
      Reste qu’à ce jour on n’a guère vu de proposition applicable de mise en oeuvre d’une telle mesure, et que le rapport Olivennes ne s’oriente clairement pas dans ce sens (le rapport Attali y semble plus favorable mais demeure très général). Et puis il faut se méfier de l’évidence de certains rapprochements chiffrés : là où la production d’un CD a un coût unitaire, un fichier est reproductible à l’infini à l’identique sans surcoût unitaire (hors coûts de mise à disposition), ce qui implique pour l’industrie phonographique et les multiples acteurs de la chaîne un changement de paradigme douloureux.

      Encadrés:

      DVD Haute-définition : du DRM logiciel vers un DRM matériel
      Souvent confondues avec les mesures techniques de protection des oeuvres visant à interdire techniquement leur consommation illicite, les DRM (digital right management, ou système numérique de gestion des droits) ont également pour objet l’identification des oeuvres, le suivi de leur exploitation et le "reporting" auprès des sociétés de gestion collective.
      En pratique, néanmoins, les deux aspects sont étroitement liés. Le principe repose sur le chiffrement des oeuvres, qu’elles soient audio ou vidéo, afin que seul un matériel disposant de la clé de déchiffrement inscrite sur le support soit capable d’accéder au contenu. Jusque là, sur les DVD, seule une protection logicielle était retenue. Elle a très rapidement été contournée et les DVD ainsi protégés sont désormais très aisément décryptables par des logiciels grand public (le contournement des DRM demeure lui-même illégal, avec ce paradoxe : les DRM, mesures techniques permettant de renforcer l’interdiction légale de copie, ne tirent plus leur force que du droit, la technique étant dépassée).
      L’année 2007 a d’ailleurs été marquée par l’abandon des protections matérielles attachées à la vente de musique au format numérique (on sait que les systèmes de protection n’ont pas réussi à s’imposer majoritairement sur les CD) : EMI a complètement abandonné les DRM, Warner Music, Universal Music et Sony BMG ont signé des accords en ce sens (au moins pour ce qui concerne le territoire américain) avec Amazon, concurrent du iTunes d’Apple. Cela revient pour l’industrie phonographique à acter un débordement par les usages (un an après l’adoption en France de la loi DADVSI qui a rendu illégal le contournement des DRM).
      L’industrie cinématographique, en collaboration avec les fabricants de matériels, fait un autre pari : elle mise sur l’arrivée de la haute définition pour verrouiller les usages hauts de gamme naissants. Les protections logicielles s’avérant insuffisantes, les fabricants se sont orientés vers des systèmes de DRM matériels qui assurent une identification fiable, via internet, du matériel afin de contrôler l’utilisation qui est faite d’une oeuvre. C’est le cas des DVD haute définition (le format BlueRay vient d’ailleurs de s’imposer au détriment du HD-DVD), dont le contenu n’est pas protégé de manière logicielle mais bien directement via une double protection matérielle : AACS et HDCP. Alors qu’AACS (Advanced Access Content System) est essentiellement utilisée pour protéger le contenu du DVD, HDCP (High Bandwidth Digital Content Protection) permet d’encrypter un flux transitant entre un lecteur et le support utilisé pour la restitution du contenu (écran ou moniteur). Bien entendu, cet encryptage nécessite une qualification de toute la chaîne matérielle utilisée pour le rendu de l’oeuvre.
      Cette double protection, réputée inviolable par ses concepteurs, est en fait déjà largement attaquée et a subi des revers dès les premiers mois de son utilisation : outre qu’un hacker a réussi à la contourner en mettant à profit une faille de sécurité corrigée depuis, elle suppose de toute façon que les constructeurs implémentent les puces électroniques dédiées dans leurs périphériques, ce qui est encore loin d’être le cas de tous, en particulier dans l’univers informatique.


      Les licences dites « libres » attirent de plus en plus d’adeptes. Elles offrent une souplesse et une liberté dans la production, la modification, la diffusion et la consommation des oeuvres culturelles.

      Licences libres : l’alternative
      Une licence libre est une licence s’appliquant à une oeuvre pour en faire un contenu libre, offrant à l’utilisateur certains droits quant à l’utilisation, à la modification, à la rediffusion et à la réutilisation de cette oeuvre (source Wikipédia).
      Il existe plusieurs formes de licences libres, allant de la formule offrant le maximum de liberté d’utilisation à la formule ouverte mais avec quelques restrictions de réutilisation. L’esprit de ces licences va à l’encontre de la position des majors de l’industrie de la musique mais semble attirer de plus en plus d’adeptes. Les internautes y trouvent leur compte car elles permettent, entre autres, de consommer gratuitement de la musique, de découvrir de nouveaux artistes, de promouvoir le développement d’un système alternatif en dehors de tout risque de sanction.
      Certains artistes pensent pouvoir tirer plus de bénéfices de la distribution de leur musique sous licence libre que de passer par le système de distribution classique qui compte de nombreux intermédiaires et permet selon eux à très peu d’artistes de vivre des recettes de leurs oeuvres. Sur le Net, la rémunération passe par plupart du temps par des appels à donations et/ou par le partage des revenus publicitaires entre la plateforme de musique libre et les artistes.
      Exemples
      La plateforme en ligne Pragmazic, de l’association Musique Libre ! (Lire ci-dessous) opte pour la signature d’accords avec certains labels et permet à la fois le téléchargement gratuit sous format MP3 et la vente sous format CD. Sur Jamendo, les artistes ont le choix de mettre en ligne leur musique sous licence "Creative Commons". Cela leur permet de varier le degré de restriction et donc de conserver leurs droits d’auteurs sur leurs oeuvres ainsi qu’une certaine maîtrise de leur réutilisation. Un artiste pourra donc diffuser une chanson sur la plateforme en exigeant que sa chanson ne soit pas modifiée ni distribuée à des fins commerciales. La facilité de récupération des contenus sur Internet rend plus que probable une utilisation contraire aux intentions de l’artiste mais ces licences agissent comme garantes de la possibilité d’un éventuel recours en justice en cas de violation des conditions posées.


      Rencontre avec Eric Aouanes,
      Président de l’association bordelaise Musique libre !
      La médiathèque de Gradignan (33) et l’association Musique libre ! Dogmazic, basée à Bordeaux, ont mis au point une machine baptisée Automazic qui révolutionne le mode de diffusion de la musique par les artistes et l’accès aux oeuvres par le public : il s’agit d’une borne interactive, en libre accès, qui permet de télécharger les fichiers sons sur des supports amovibles (baladeur MP3, clé USB, CD/DVD), dans le respect la loi sur le copyright, mais aussi de déposer des oeuvres créées sous licences libres. Le public de la médiathèque de Gradignan a ainsi accès, gratuitement, à des milliers de fichiers provenant de la plateforme internet de l’association : www.dogmazic.net/
      L’association Musique Libre ! milite pour la gestion individuelle des droits d’auteur auprès des musiciens, sociétés civiles, organisateurs de spectacle, labels et diffuseurs. Son objectif : "que les artistes soient les principaux bénéficiaires du fruit de leur travail et que la culture demeure un bien commun", explique Eric Aouanes. Selon lui, le système actuel est "gangrené par les prétentions monopolistiques des éditeurs, au mépris des mélomanes et des artistes qui sont traités comme des produits de consommation". Mises en cause : les majors et les distributeurs qui mènent une "propagande incessante contre le "piratage", en fait, contre le partage, fondement de toute culture", dénonce-t-il.
      Retrouvez l’interview vidéo d’Eric Aouanes dans sont intégralité sur notre blog
      http://www.aecom.org/blog/rdv/actualitesaec.html



      Livre numérique et téléchargement
      Le livre numérique devient un fait de société, relayé par des terminaux de lecture adaptés et connectés (le Booken de Cytale ou plus récemment, le Kindle d’Amazon par exemple). De grands projets de numérisation en cours _Google, notamment, aurait scanné près de 9 millions d’ouvrages_ placent les professionnels du livre face aux même enjeux que ceux rencontrés par les acteurs de l’industrie du disque et du cinéma : droits d’auteur et droits voisins malmenés, téléchargement illégal (on trouve déjà sur les réseaux peer-to-peer certains ouvrages et revues scannés par les internautes eux-mêmes, et notamment des bandes dessinées et des revues en grand nombre), verrous techniques et défaut d’interopérabilité, etc. Les enjeux économiques ne peuvent être dissociés des enjeux patrimoniaux : ce n’est pas la seule conservation qui est en jeu mais la capacité à continuer d’enrichir le patrimoine existant dans le respect des diversités. D’autant que le marché du livre est déjà bien malmené, et que le livre lui-même, en tant que pratique culturelle, a connu des jours meilleurs. La numérisation pourrait donc bien, à terme, accompagner la mutation du livre vers une forme nouvelle. D’ailleurs, la plupart des terminaux de lecture de livres électroniques, dits "readers", développés actuellement intègrent également une fonction de baladeur MP3…
      (Extrait du dossier hors série (octobre 2007), « Vers un écosystème numérique de l’écrit et du livre », disponible en pdf sur le site d’AEC : http://www.aecom.org/veille/pdf/Lan_hors-serie_ livre_numerisation.pdf)



      Utilisateurs. Voici une synthèse de tout ce que vous devez savoir pour télécharger des fichiers sur internet.

      Ce qui est légal… et ce qui ne l’est pas
      Concernant les logiciels :
      Le logiciel ne peut être téléchargé qu’avec l’accord de son auteur. La copie en est interdite sauf dans un objectif de sauvegarde si l’on détient déjà les droits d’utilisation.

      Concernant les oeuvres audiovisuelles :
      Il faut avoir acquis les droits pour pouvoir y accéder mais la loi prévoit qu’une fois diffusée, les ayantsdroits ne peuvent s’opposer à la communication de l’oeuvre. Les personnes qui détiennent les droits doivent alors percevoir une rémunération. La copie privée est exceptionnellement autorisée pour un usage privé du copiste (pour écoute sur un baladeur MP3 notamment), ce dernier pouvant partager uniquement l’original avec ses amis ou sa famille. La loi Dadvsi précise l’exercice de l’exception de copie privée par le fait qu’elle ne doit pas porter atteinte à "l’exploitation normale" de l’oeuvre ni aux intérêts légitimes du titulaire des droits de façon injustifiée. La loi affirme aussi le statut de protection anti-copie mis en place par les distributeurs et l’interdiction de s’attaquer aux dispositifs de protection des oeuvres (de type DRM, chiffrement des DVD, etc. Lire aussi l’encadré page 11). Enfin, elle interdit la mise à disposition de la version numérisée d’oeuvres protégées.

      Les peines : la loi Dadvsi fixe des amendes de 300 000 euros et une peine de 3 ans d’emprisonnement pour toute personne éditant un logiciel destiné à la mise à disposition non autorisée d’oeuvres ou d’objets protégés par le droit d’auteur, et jusqu’à 6 mois de prison et 30 000 euros d’amende pour les personnes diffusant ou facilitant la diffusion d’un logiciel permettant de casser les mesures de protection. Le téléchargement de ces outils est reconnu comme du recel avec des peines équivalentes (Lire aussi page 6 et 7).
      Ces règles s’appliquent à tous téléchargements ou échanges de copies effectués par le biais des e-mails, messageries instantanées, newsgroups, logiciels d’échanges en peer-to-peer et serveurs de fichiers, séparés du serveur web (ftp) ou intégrés (http). La légalité incombe, là, au diffuseur du fichier et parfois aussi à l’hébergeur (lire également page 8 et 9).

      Quand devient-on un pirate du net ?
      La légalité du téléchargement dépend de l’origine du fichier : si le site qui le diffuse possède les droits de diffusion, alors le téléchargement est légal. Dans le cas contraire, les internautes qui téléchargent peuvent être poursuivis. Ils doivent alors faire la preuve de leur bonne foi. De même pour la copie privée qui n’est autorisée que si le fichier source est légal et qui ne peut être utilisée que dans un cadre strictement privé. Dans le cas d’échanges en Peer-to-peer, les fichiers même incomplets sont considérés comme pirates. Le seul fait d’essayer de télécharger est en soi une infraction. C’est toujours le responsable de la connexion internet de l’ordinateur incriminé qui est responsable des activités illégales constatées sur cet ordinateur.





      Collectivités. Elles gèrent aussi des contenus objets de droits d’auteur qu’il faut recenser et partager.

      Créer une cartographie des origines des œuvres
      Les collectivités gèrent quotidiennement des contenus objets de droit d’auteur qu’il s’agisse de photos illustrant le patrimoine architectural de la ville, de textes décrivant un lieu historique ou des données récupérées auprès de tiers. La gestion de ce fonds de contenus est souvent faite de manière éparse, les différents services ayant chacun leur propre "lot" de textes, images et vidéos. La multiplication de contenus sous format numérique rend le recensement nécessaire. Pour ce faire, chaque service devrait être amené à remplir une grille standardisée pour recueillir des informations sur le type d’oeuvre détenu, les conventions passées pour son obtention, les droits qui ont été accordés (diffusion sur tel et tel support, diffusion sous licence "Creative Commons") et les utilisations qui en ont été faites afin de tout centraliser et de permettre, dans la mesure du possible, un partage et une connaissance des fonds existants.

      Lire aussi : http://www.aecom.org/blog/juridique/questions.html


      En mars, AEC et ses partenaires, vous donnent rendez-vous pour débattre, notamment, des droits d’auteur dans un monde numérique :

      Conférence
      « Mutations numériques, mutations juridiques »

      Colloque
      « Cinéma et audiovisuel à l’heure du numérique »


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[L'Aquitaine Numérique 11] - février 2008














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Ce onzième numéro de votre lettre d'information sur les technologies numériques en Aquitaine propose une sélection utile et pratique : Dix outils du web 2.0 pour vous simplifier le travail en 2008. AEC vous accompagne dans l'utilisation de l'un de ces outils, l'application Del.icio.us (gérer ses favoris), à travers une fiche technique (consultable dans sa version intégrale sur le blog l'Actualité d'AEC).
L'Aquitaine Numérique revient par ailleurs sur les actualités et les projets de l'aNTIC, agence Pays Basque des NTIC. Elle présente enfin le partenariat noué entre Aquitaine Europe Communication, le journal Le Monde et l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine pour l'organisation d'un nouvel événement : Le Débat Numérique, espace d'échanges et de réflexions sur l'impact des technologies numériques dans la société. Premier rendez-vous, ouvert à tous, le 11 mars prochain.


Retrouvez le calendrier, les programmes et les formulaires d'inscription des prochaines conférences d'AEC sur le blog l'Actualité d'AEC :

11 mars, Le Débat Numérique : "Small brother is watching you : vie privée et libertés individuelles dans un monde de puces électroniques, d'étiquettes RFID et de données personnelles sur le web."
12 et 13 mars, Rencontre e-tourisme : "Mobilité, cartographie et GPS."
20 mars, Entretiens des civilisations numériques : conférence "Scénarios et défis d’un futur numérique."
21 mars, conférence "Mutations numériques, mutations juridiques."

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[L'Aquitaine Numérique 10] Dossier " FTTx : le défi de la concurrence "













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En ce début d'année 2008, l'Aquitaine Numérique fait le point sur un dossier récurrent : le déploiement des réseaux de fibre optique. L'actualité a apporté fin 2007 un certain nombre de réponses concernant le cadre légal de déploiement des réseaux en France. Mais des questions demeurent....
Vous lirez également dans L'Aquitaine Numérique une présentation du Pôle Aquitain pour la Société de l'Information, PASI. La structure d'animation stratégique, rôle joué par AEC, est prête à accompagner les porteurs de projet de développement par le numérique afin que leur dossier soit éligible à l'attribution de subventions au titre du Feder.
Votre lettre d'information sur les TIC revient également sur les initiatives européennes en matière d'insertion numérique. Elle livre enfin quelques conseils aux professionnels du tourisme pour être présents et repérés sur le web. Sans oublier les dernières actus d'AEC, notamment l'arrivée de nouveaux visages dans l'association.
Bonne lecture !

Le Dossier :
"Fibre optique : FTTH, FTTO, FTTB... : qui aura la maîtrise des réseaux?"


La fibre optique s’impose sur le territoire français tout comme l’électricité se répandit dans les maisons au début du siècle dernier. Il n’y a plus à s’interroger ou à en douter, d’autant plus que le réseau téléphonique en câbles de cuivre est vieillissant et limite les débits.
Avec ses perspectives de débits importants, jusqu’à 1 Gbits/s, la fibre apparaît comme un facteur de développement incontournable pour les particuliers et les entreprises. Des plans de déploiement de réseaux, privés et publics, sont lancés et une lutte s’engage pour leur maîtrise : les opérateurs alternatifs tentent de tirer le meilleur parti commercial de la fibre en investissant dans les grandes villes tandis que les collectivités cherchent à assurer une égalité d’accès pour tous à cette nouvelle technologie. L’opérateur historique, qui possède la majorité des
infrastructures de génie civil existantes, joue un rôle central d’arbitre face aux tentatives de régulation du marché. Il fait peser sur les réseaux de fibre la menace de monopoles locaux. Dans ce contexte, la France et l’Europe ont formulé des propositions pour réglementer le déploiement de la fibre dans les immeubles. Mais des interrogations demeurent.
En ce début d’année 2008, elles rappellent qu’une évolution du cadre réglementaire sur les infrastructures et les réseaux est plus que jamais impérative.

Sommaire:
Les enjeux du dossier : le défi de la concurrence p6
En Aquitaine, la technologie FTTx arrive à petits pas p7
Fibrer ou ne pas fibrer dans les immeubles ? p7
Europe : crispations autour du nouveau « paquet Telecom » p8
L’Arcep trace le cadre du déploiement du très haut débit p9
Juridique : les réseaux de fibre, un patrimoine nécessairement public p10
Interview de Gabriel Goudy, chargé de mission Haut débit au Conseil régional d’Aquitaine :
« Les maires doivent avoir le réflexe fibre optique » p11
Etat des lieux : la croissance mondiale des réseaux de fibre p12


  • Afficher le dossier dans son intégralité:

    • Enjeux du dossier. Sans cadre légal de déploiement, les réseaux de fibre feront l’objet de monopoles locaux.
      Opérateurs et collectivités face au défi de la concurrence

      La fibre optique s’impose, il n’y a plus à tergiverser désormais. Des collectivités locales aux plus hautes instances de l’Etat, la question n’est plus de savoir s’il faut, ou pas, investir dans le très haut débit (THD). Les projections faisant état de 4 à 5 millions d’abonnés très haut débit en France en 2012, la fibre et ses promesses de débit symétrique jusqu’à 1 Gbit/s apparaît comme une technologie incontournable et essentielle au développement du pays, que ce soit à destination des particuliers (FTTH, fiber to the home) que pour les entreprises et les centres d’activités économiques (FTTB, fiber to the building ou FTTO, fiber to the office).
      « C’est un sujet essentiel : la construction de ces nouveaux réseaux engage la France pour les trente ans à venir. C’est aussi structurant que le TGV », déclarait Gabrielle Gauthey, membre du collège de l’Autorité de régulation des communications et des postes (Arcep) lors du sommet Digiworld, organisé à Montpellier, par l’Idate, en novembre dernier. Plus près de nous, en Aquitaine, le président de Région, Alain Rousset, constatait récemment que « la progression actuelle et prévisible des volumes de trafic rendra nécessaire, dans quelques années, le remplacement total ou partiel du réseau téléphonique en câble de cuivre par une infrastructure réalisée en câbles de fibre optique. »
      Ce basculement structurel du cuivre vers la fibre et l’acheminement des réseaux au plus près de l’abonné placent les pouvoirs publics face à de nouvelles questions et de nouveaux défis : qui doit construire les réseaux de fibre optique ? A quel prix et à quelles conditions ? Comment assurer à la population, sur tout le territoire, un accès égalitaire et concurrentiel aux réseaux ? En bref, qui aura la maîtrise des réseaux de fibre sur le territoire ?
      Premier arrivé, premier servi.
      Du côté des opérateurs privés, la bataille est déjà engagée : puisqu’il faut non pas adapter le réseau mais le construire, autant le faire vite. Le premier qui tirera sa fibre optique jusqu’au client sera le premier servi car le déploiement d’une telle infrastructure, même limitée à la partie terminale du réseau ou boucle locale (du répartiteur téléphonique jusqu’au logement, immeuble ou bureau) nécessite des investissements particulièrement lourds en termes de génie civil (le coût de raccordement d’un foyer en fibre optique serait en moyenne d’une centaine d’euros par mètre linéaire). Dans cette course frénétique, tous les opérateurs ne partent pas égaux : l’opérateur historique, France Telecom/Orange, qui possède déjà l’infrastructure de boucle locale filaire, a une longueur d’avance sur les autres opérateurs privés, dits alternatifs : Numéricâble (qui adapte son réseau câblé au THD), Free et Neuf Cegetel.
      Les opérateurs ont tous annoncé des plans de déploiement de leurs fibres optiques mais essentiellement à Paris et dans des grandes villes de province, dont Bordeaux. Une frénétique «conquête des syndics» gagne les centres urbains (cf p.7).
      Le spectre du monopole.
      Dans les zones rurales, où la fibre s’adapterait très bien car elle permet de transporter le signal sans dégradation sur de longues distances, les coûts d’investissement en génie civil freinent toute tentative de déploiement par les opérateurs privés. Les collectivités se retrouvent donc à palier ces carence…Mais pas seulement : investir dans un réseau leur permet d’accélérer la couverture de leur territoire, d’abaisser les coûts et d’éviter la constitution de monopoles locaux.
      En Aquitaine, plusieurs agglomérations ont investi dans des réseaux de fibre optique, essentiellement des réseaux de collecte (préalable au FTTx). Une seule, l’agglomération de Pau, a fait le pari de la technologie FTTH et créé les conditions de la concurrence sur les services pour ses administrés.
      Le risque de voir un opérateur privé faire main basse sur la partie terminale des réseaux de fibres (a fortiori l’opérateur historique) incite chacun à proposer des solutions pour favoriser la concurrence: l’Avicca, Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l’Audiovisuel, incite les collectivités locales à préparer des gaines, lors de travaux de chaussée, pour les mettre à disposition des opérateurs.
      Le Conseil Régional d’Aquitaine s’associe d’ailleurs à ces recommandations (cf p.11). L’Europe invite à la séparation des activités services et réseaux des opérateurs historiques (cf p.8) tandis que l’Arcep trace un premier cadre de déploiement en prônant l’ouverture des fourreaux de France Telecom et la mutualisation des réseaux (cf p.9) en partie terminale et dans les immeubles. Les propositions émises par le Comité ministériel sur le très haut débit le 13 décembre dernier, notamment concernant la mutualisation des réseaux internes aux immeubles, est un premier pas.
      Mais bien des interrogations demeurent: comment connaître l’état du réseau existant, devenu réseau privé depuis l’ouverture du capital de France Telecom ? A quelles conditions le partager ? Comment favoriser l’arrivée de la fibre dans les campagnes ?
      La balle est désormais dans le camp du législateur.


      Aquitaine La fibre optique progresse dans la région
      La technologie FTTx arrive à petits pas
      L’enjeu pour les opérateurs et les collectivités est d’amener la fibre vers les logements des particuliers (FTTH), une perspective qui se dessine dans certains centres urbains. Par ailleurs, le déploiement des réseaux d’initiative publique se poursuit dans plusieurs départements.

      Réseaux d’initiative publique, jusqu’au répartiteur ou en entrée de zone d’activité :
      Cap Connexion : le réseau optique de la Communauté d’agglomération de Périgueux est confié en DSP à LD Collectivités. Il s’étend sur 50 kilomètres à travers 13 communes et relie les universités, lycées, mairies et bâtiments administratifs de la CAP. Une extension de 6 kilomètres de fibres est en cours. Il permet de connecter au très haut débit près de 70 000 particuliers et 6 400 entreprises. Ce réseau a nécessité 5 millions d’euros d’investissement dont 1,7 pris en charge par la CAP. La phase de commercialisation d’une offre FTTH aux entreprises démarre, celle à destination des particuliers pourrait l’être à la fin 2008.
      Iris 64 : En juin dernier, LD Collectivités, filiale du groupe Neuf Cegetel, et le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques annonçaient l’achèvement du déploiement du plus vaste réseau de collecte haut débit départemental en France réalisé dans le cadre d’une Délégation de Service Public (DSP confiée à LD Collectivités). Ce réseau s’étend sur 1400 Km dont les deux tiers en fibre optique. 170 sites sont directement raccordés en fibre (collèges publics, lycées publics, Universités, écoles de 3ème cycle, hôpitaux, 70 ZAE ou entreprises...). Iris 64 a nécessité 62 millions d’euros d’investissement.
      Inolia : L’objectif du réseau optique de la Communauté urbaine de Bordeaux est de déployer 417 kilomètres de fibres à travers les 27 communes du territoire. Un tiers du réseau a été construit. Presque la moitié des répartiteurs visés sont reliés, les derniers le seront au cours du premier trimestre 2008. Inolia dessert 118 sites économiques et 154 principaux sites publics pour un investissement total de près de 25 millions d’euros HT.
      Réseau FTTH jusqu’à l’abonné :
      Pau Broadband Country :
      pionnier européen des réseaux urbains à très haut débit, PBC est le réseau aquitain qui amène la fibre au plus près de l’abonné (FTTH). Il a été construit par la Communauté d’Agglomération de Pau-Pyrénées (16 millions d’euros investis). 42 000 prises optiques raccordables sont déjà installées (60% des habitants et 80% des entreprises), objectif fixé à 52 000 au début 2010. L’opérateur Axione (via une délégation de service public, ou DSP) exploite et commercialise des lignes d’abonnés haut et très haut débit auprès des opérateurs de services. PBC enregistre 5100 abonnés dont 4700 particuliers ayant souscrits à l’offre d’accès au très haut débit de Neuf Cegetel, lancée en avril 2007.
      Bordeaux : Orange/France Telecom a annoncé en octobre un plan de pré-déploiement de la fibre optique dans six quartiers à partir du 2ème trimestre 2008 : Mériadeck, Saint-Augustin, Charles Perrens, Chartreuse, Judaïque et Haussmann. Pour assurer la concurrence des services, le groupe déclare qu’il installera dans les immeubles un réseau ouvert et interopérable par tous les opérateurs sous condition de réciprocité, notion qui fait l’objet d’âpres négociations.

      La conquête des syndics : fibrer ou ne pas fibrer ?
      Dans les grandes villes françaises, des copropriétés sont démarchées par des opérateurs souhaitant installer gracieusement leur fibre optique dans les immeubles. Désorientés, les syndics ont fait appel aux associations de consommateurs et en octobre, UFC-Que Choisir réagissait en conseillant d’attendre une clarification de la législation.
      Alors qu’aucun cadre réglementaire de mutualisation des réseaux n’a encore été voté par le législateur, l’enjeu est de taille pour les FAI : préempter au plus vite les zones géographiques les plus intéressantes. Vu le coût élevé des travaux de génie civil, le premier FAI à déployer sa fibre dans une copropriété se retrouverait en situation de monopole.
      Les installations n’étant pas non plus normalisées, chaque opérateur déploie sa fibre selon une architecture choisie (FTTH P2P et FTTH PON, cf p 8). Dans ces conditions, seule la partie verticale (dite « colonne montante », entre le bas de l’immeuble et l’appartement de l’abonné) pourra être mutualisée entre l’ensemble des opérateurs FTTH. C’est effectivement le schéma prévu par le Comité ministériel sur le très haut débit qui a annoncé, le 13 décembre dernier, une batterie de mesures pour faciliter le déploiement de la fibre dans les immeubles.
      L’Arcep, qui cherche à rassurer les bailleurs sur la pérennité des installations déployées dans les immeubles, publiera, d’ici à la fin du premier trimestre 2008, un guide pratique et une convention type pour les éclairer dans leurs relations avec les opérateurs.

      Europe. Séparation des activités des opérateurs historiques et création d’une autorité de régulation européenne :
      Crispations autour du nouveau « paquet Telecom »
      Viviane Reding ne se fait pas que des amis dans le secteur européen des télécommunications. Après avoir contrarié les opérateurs mobiles en imposant une baisse des prix de l’itinérance (roaming), la commissaire européenne à la Société de l’information risque de se mettre à dos les grands opérateurs historiques tels France Telecom et les autorités de régulation.

      Le 13 novembre dernier, dans la perspective d’une réforme du cadre européen de régulation des télécommunications, Viviane Reding présentait à la Commission une disposition très controversée de séparation fonctionnelle des groupes de télécommunications : les opérateurs historiques se verraient contraints de séparer leurs activités services de leurs activités réseaux en deux divisions distinctes.
      Cette disposition pourrait avoir d‘importantes répercussions sur le déploiement de la fibre optique en France si toutefois elle était adoptée. Hypothèse pour le moment peu probable : la décision relèverait tout d‘abord du régulateur national, l’Arcep pour la France dont on connaît déjà le scepticisme sur le sujet. « Quand on fait de la séparation fonctionnelle, on reconnaît un monopole naturel, et on se lance dans une régulation sans fin de ce monopole. Ce n’est pas le pari que nous faisons en France, avec la fibre qui se profile, pour faire remonter la concurrence et encourager l’investissement dans la fibre », déclarait Paul Champsaur, le président de l’Arcep à l’occasion des journées internationales de l’Idate, organisées à Montpellier le 15 novembre dernier.
      Seconde condition pour une mise en oeuvre de la mesure : le régulateur national devra étudier l’impact de la scission de l’opérateur sur les incitations à investir, que ce soit pour l’opérateur dominant mais aussi pour ses concurrents. Il s’agirait donc d’un dernier recours. La réaction de France Telecom (et des syndicats de salariés de l’entreprise) ne s’est pourtant pas fait attendre.
    • « Mauvaise direction ».
      Le directeur exécutif de l’opérateur historique pour les questions de régulation, Jacques Champeaux, s’est inquiété qu’une telle disposition ralentisse le déploiement des nouveaux réseaux en fibre optique. L’ETNO, un réseau qui fédère les anciens monopoles européens, estime que les pertes en investissements dans les infrastructures s’élèveraient à plus de 10 milliards d’euros au cours des dix prochaines années si la mesure était adoptée.
      Chez les nouveaux entrants, en revanche, la nouvelle résonne comme l’assurance d’une concurrence loyale, salutaire aux nouveaux investissements. La séparation fonctionnelle garantirait aux opérateurs tiers des conditions d’accès non discriminatoires au réseau de France Télécom. Expérimenté depuis 2005 en Grande- Bretagne sur British Telecom, ce « remède » trouve des avocats à Bruxelles. Il fait polémique en France comme le prouve cette action d’Iliad, maison mère de Free, en octobre dernier auprès de l’Arcep, plaidant pour une division des activités de France Telecom.
      Mais l’autorité de régulation, pas très encline à céder à la pression des opérateurs alternatifs, n’avait pas jugé cette option prioritaire au profit d’une régulation centrée sur les infrastructures les plus essentielles, autrement dit les fourreaux dans lesquels la fibre optique doit cheminer (lire cicontre).
      Au profit des consommateurs.
      Offrir aux citoyens des services de meilleure qualité et moins chers est l’argument qui motive également le second volet de la réforme présentée par Viviane Reding : la mise en place d’un régulateur indépendant du secteur des télécoms à l’échelle européenne. Baptisé ETMA, ce « super régulateur » serait notamment chargé de la gestion des fréquences, de la portabilité du numéro mobile ou encore du dossier de la séparation fonctionnelle. Volée de bois vert de la part de l’association des régulateurs européens ; la proposition devra encore faire un long chemin pour aboutir. Et, avant d’obtenir l’aval du Parlement européen puis du Conseil, elle pourrait bien être délaissée au profit d’une meilleure reconnaissance de l’actuel GRE (Groupe des Régulateurs Européens).


      France. L’ autorité de régulation préconise l’accès au génie civil et la mutualisation des réseaux optiques
      L'Arcep trace le cadre du déploiement
      Le 28 novembre dernier, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, Arcep, livrait les résultats de deux consultations publiques L’Arcep trace le cadre du déploiement

      Selon l’autorité de régulation, deux « goulots d’étranglement » représentent un frein au déploiement de la fibre optique en France. Elle préconise des mesures pour y remédier :
      Mutualisation des réseaux.
      Il s’agit d’éviter la constitution de monopoles dans les habitations : l’espace pour installer des gaines n’est pas extensible mais les habitants doivent tout de même avoir accès à des offres de services concurrentes. Le 13 décembre, le comité gouvernemental sur le très haut débit annonçait notamment une mesure pour favoriser la mutualisation des réseaux de fibre au sein des immeubles (colonne montante).
      Pour l’Arcep, le problème est ailleurs. La mutualisation d’un réseau fibre en pied d’immeuble est un dispositif indispensable et pérenne, estime-t-elle, mais il est insuffisant à court terme pour accompagner et soutenir le démarrage des plans de déploiement des opérateurs. D’autant qu’il existe des « incertitudes quant au calendrier et aux possibilités d’accès au génie civil de France Telecom », remarque l’Autorité.
      « Il faudra certainement, en plus de la mutualisation, une autre offre qui puisse aller jusqu’au répartiteur optique », déclarait Paul Champsaur, Président de l’Arcep aux journées internationales de l’Idate à Montpellier, le 15 novembre dernier. Cette option a d’ores et déjà été avancée par les opérateurs alternatifs, indique l’Aforst (Association française des opérateurs de réseaux et de services de télécommunications). Toutefois, souligne l’Arcep, ces offres ne sont pas homogènes et soulèvent encore des difficultés de mise en application selon les choix technologiques des uns et des autres (branchement GON ou GPON, etc. cf p. 8).
      C’est pourquoi l’Autorité a engagé très récemment des travaux techniques multilatéraux avec tous les acteurs concernés. Elle compte aussi sur des mesures législatives lui permettant de réguler cette partie terminale des réseaux au pied des immeubles.
      Accès au génie civil.
      Cette proposition vise à inciter l’investissement et à garantir une concurrence par les infrastructures sur le segment de la boucle locale (partie terminale qui relie le répartiteur optique au logement de l’abonné). Tous les opérateurs doivent avoir accès au génie civil de France Telecom (fourreaux dans lesquels cheminent la fibre et répartiteur optique), principal détenteur d’infrastructures sur le territoire, préconise l’Arcep.
      Un audit des fourreaux de l’opérateur historique conduit par l’Autorité de régulation dans une dizaine de villes révèle l’existence de disponibilités dans le génie civil. Devançant les conclusions de l’Arcep, FT avait annoncé en octobre la publication fin 2007, d’ « une offre commerciale de gros pour l’utilisation de (ses) fourreaux ». L’Arcep a salué cette initiative mais en rappelant néanmoins que le cadre de la régulation des fourreaux de France Télécom est celui de l’analyse des marchés pertinents, conformément aux textes communautaires, ce qui signifie que l’Autorité a le pouvoir d’imposer à FT de publier une offre de référence sur ses fourreaux assurant un égal accès à tous les opérateurs.
      L’Arcep va lancer une analyse de marché pour mettre en place le cadre juridique de cette régulation. Au cours du premier trimestre 2008, des expérimentations sur le déploiement d’opérateurs alternatifs dans les fourreaux de France Telecom seront menées.


      Juridique. Précisions sur le cadre légal de l’enfouissement des réseaux de fibres
      Un patrimoine nécessairement public

      Il est opportun que la collectivité place d’ores et déjà les équipements nécessaires (fourreaux et chambre de tirage) à l’arrivée prochaine de la fibre afin de pouvoir les mettre à la disposition des opérateurs

      La problématique de l’aménagement numérique du territoire est liée à celle du développement du réseau de très haut débit. En effet, les besoins toujours croissants des internautes, comme le développement de nouveaux services en ligne à forte valeur ajoutée (comme les e-services) impliquent l’évolution des réseaux existants vers le très haut débit (THD).
      Ce nouveau chantier numérique du territoire ne va pas sans poser de nombreuses difficultés, notamment en termes de coût des travaux (principalement le génie civil) nécessaires au déploiement des nouvelles installations. Les décisions relatives à la répartition de la prise en charge de ces coûts entre les collectivités territoriales et les opérateurs privés constituent des enjeux de plus en plus sensibles.
      Les collectivités sont amenées à jouer un rôle essentiel dans le développement de cette technologie. Elles peuvent prévoir l’arrivée de la fibre en réalisant les travaux de génie civil. Lors de travaux de voirie, il est en effet opportun que la collectivité en profite pour placer d’ores et déjà les équipements nécessaires (fourreaux et chambre de tirage) à l’arrivée prochaine de la fibre afin de pouvoir les mettre à la disposition des opérateurs.
      Pour ce faire, des conventions locales d’enfouissement négociées avec les opérateurs, prévoient au cas par cas les modalités pratiques de l’enfouissement. L’objectif étant aujourd’hui pour la collectivité de se constituer un patrimoine de réseaux de communications électroniques.
      Un ouvrage public presque comme les autres.
      Certes régi par des textes spéciaux (1), l’aménagement du réseau souterrain par les fourreaux et chambres de tirage constitue un ouvrage public classique dont l’accomplissement peut être mené à terme au moyen des procédés usuels en la matière (marchés publics ou bien encore régie). Les seules contraintes dès lors sont d’effectuer les travaux dans l’intérêt direct du domaine public et conformément à sa destination.
      Les collectivités pourront ainsi garantir une cohérence du patrimoine installé, notamment grâce à la fixité du cahier des charges et des fournisseurs, assurant de la sorte la viabilité du réseau final. Par ailleurs, les collectivités garantiront les relations concurrentielles entre les différents opérateurs privés qui seront amenés à exploiter leurs fourreaux, se conformant ainsi aux récentes recommandations de l’ARCEP.
      Il est important de rappeler à ce stade que la mise en place de ce type d’ouvrage ne rentre pas dans le cadre de l’article L1425-1 du CGCT qui prévoit la possibilité pour les collectivités d’agir dans l’établissement et l’exploitation de réseaux de communication électronique. Les fourreaux et chambres de tirage n’étant pas du matériel actif de télécommunications.
      Enjeu patrimonial décisif.
      Peu de collectivités ont mis en place des ouvrages enfouis de ce type. La difficulté tient surtout au changement de mentalité que nécessite cette inversion de politique d’aménagement, et à la difficulté de convaincre les collectivités de la priorité à donner à ce projet qui constituera indéniablement une charge importante de leurs budgets annuels. Pourtant, les avantages ne manquent pas.
      L’investissement est certes lourd, mais il s’agit d’un projet d’avenir. Le réseau de télécommunication actuel (en cuivre) réclame de plus en plus d’interventions de maintenance, et se dégrade progressivement. Le réseau de fibre optique sera quand à lui plus résistant. En choisissant de devenir propriétaires des installations enfouies, les collectivités publiques ne vont pas pour autant les exploiter directement : elles feront appel à l’ensemble des opérateurs qui loueront les installations existantes et proposeront ensuite leurs services aux consommateurs.
      En contrepartie, les opérateurs devront s’acquitter d’une redevance d’occupation du domaine public qui sera calculée selon le barème librement établi par l’autorité délibérante de la collectivité gestionnaire. Cette source de revenus permettra de rentabiliser l’investissement réalisé. Des incertitudes demeurent quant aux modalités précises de calcul de ces redevances.

      (1)Notamment les article articles L115-1, L131-7, L141-10 et -11 du Code de la Voirie Routière. oumeira.tegally@aecom.org


      Sur le terrain. Le Conseil régional d’Aquitaine vient de diffuser auprès des 2292 maires d’Aquitaine un guide pratique intitulé « Préparer l’arrivée de la fibre optique ».
      Dès aujourd’hui, préparer l’avenir : le « réflexe fibre optique »
      Gabriel Goudy, chargé de mission Haut débit à la Région, revient sur les constats à l’origine de cette démarche et propose des pistes concrètes pour agir dès aujourd’hui, au quotidien, en ayant le « réflexe fibre optique ».

      AEC : Qu’est-ce qui a motivé la réalisation de ce guide ?
      GG : Nous sommes partis d’un constat : la fibre optique va progressivement se généraliser à tous les échelons des réseaux. Après les réseaux de transport qui relient les grands centres urbains mondiaux, des réseaux de collecte en fibre optique ont été déployés ces dernières années, pour l’essentiel afin de relier les répartiteurs téléphoniques et permettre ensuite la desserte des abonnés en haut débit via DSL. L’étape suivante a déjà commencé : elle consiste à raccorder directement l’abonné en fibre optique. Au Japon, par exemple, cette dernière phase est déjà bien avancée ; en Europe, nous en sommes encore au début, mais on sait déjà que tout n’ira pas sans difficulté. Il est donc important de proposer des pistes pour anticiper et préparer l’arrivée de la fibre optique jusqu’à l’abonné.

      AEC : On se dirige vers une nouvelle fracture numérique ?
      GG :
      C’est tout le paradoxe. La fibre optique est un outil formidable pour résoudre la fracture numérique actuelle car, techniquement, elle permet d’assurer le même débit, et donc le même niveau de service, en tout point du territoire. En effet, contrairement à ce qui se passe avec le DSL, avec la fibre optique le débit ne diminue pas au fur et à mesure qu’on s’éloigne du point de raccordement, à savoir aujourd’hui le répartiteur téléphonique.
      Cependant les investissements nécessaires pour raccorder chaque abonné en fibre optique sont significatifs : aujourd’hui seuls les grands centres urbains, où la densité de population permet d’espérer un retour sur investissement rapide, semblent attirer les investissements privés. On pourrait donc voir apparaître une nouvelle fracture numérique, qui laisserait à l’écart une portion du territoire, et de la population, bien plus importante qu’avec le DSL.

      AEC : Concrètement, que peut-on faire ?
      GG :
      Dans un premier temps, informer. C’est l’un des objectifs du guide que le Conseil régional vient de diffuser auprès des maires d’Aquitaine. Le choix de s’adresser aux maires est significatif : le maire est un acteur central de l’aménagement numérique de son territoire. Dans le cadre de ses actions au quotidien, il peut agir dès aujourd’hui pour préparer l’arrivée de la fibre. Le guide recense précisément tous les domaines de compétence où il peut avoir ce que nous avons appelé le « réflexe fibre optique », et le type d’action correspondant.
      Le site internet tic.aquitaine.fr/fibre complète le guide par des fiches détaillant chaque action, les acteurs concernés ainsi que les documents techniques, administratifs et contractuels pour agir. Ce site sera complété et mis à jour au fur et à mesure des évolutions juridiques et techniques.

      AEC : Dans quel cas un maire peut-il agir, et comment ?
      GG :
      Pour une réponse complète, je vous invite à vous reporter au guide [également téléchargeable sur le site, NDLR]. Prenons l’exemple de la voirie. Une bonne partie des coûts de déploiement des réseaux réside dans les coûts de génie civil : creuser des tranchées, y enfouir des fourreaux techniques dans lesquels on fait ensuite passer les faisceaux de fibre optique eux-mêmes. Si dès aujourd’hui, à l’occasion de travaux de voirie, chaque maire pense à mettre en place ces fourreaux techniques, cela évite d’avoir à creuser une nouvelle fois le jour où l’on veut effectivement faire passer la fibre optique. Résultat : une économie des deux tiers des coûts de génie civil liés au déploiement du réseau – sans compter que les travaux sont une gêne pour les habitants ; autant éviter de creuser deux fois en ayant le « réflexe fibre optique » dès que l’occasion se présente.
      A minima, il est important de recenser dès aujourd’hui son patrimoine numérique, à savoir l’ensemble des réseaux et infrastructures sur le territoire, pour anticiper les chantiers de demain.

      AEC : Bientôt le très haut débit pour tous, la télévision haute définition, etc. ?
      GG :
      On n’en est pas encore là. Mais des actions simples, faciles à intégrer dans les projets existants des communes, permettront d’aller dans ce sens. Au-delà du discours sur les nouveaux services, il faut souligner qu’il s’agit d’un enjeu d’investissement pour l’avenir : les réseaux cuivre sont vieillissants, coûteux à entretenir, et la technologie DSL atteint ses limites en termes de débit et de desserte du territoire. Le temps est venu de rajeunir ces réseaux, prévus à l’origine pour une tout autre utilisation, à savoir la téléphonie. La fibre est une technologie pérenne, elle permet d’envisager sereinement le développement de nouveaux usages encore inconnus aujourd’hui, de la même façon qu’on n’imaginait pas les usages actuels il y a seulement dix ans, à l’époque des premiers modems téléphoniques. http://tic.aquitaine.fr/fibre


      Ailleurs. En Europe et dans le monde, la fibre connaît une croissance soutenue

    • Une forte implication des collectivités
      A fin juin 2006, on comptait près de 2,74 millions de foyers et bâtiments raccordables*, soit une augmentation de 32% du nombre d’abonnés à la fibre en Europe.

      Certes le nombre de bâtiments raccordables en fibre optique a augmenté plus lentement en 2006 (+13% au lieu des 26% d’augmentation en 2005), mais ce fut au bénéfice du taux de pénétration qui a crû de 29,8%, ainsi que du nombre d’abonnés FTTx qui s’accroit de +32% depuis mi 2005 pour atteindre 820 000 abonnés*.
      Ainsi, après le lent développement en termes de foyers raccordables et d’abonnés qui a caractérisé les premières années d’apparition des technologies FTTx (FTTH/FTTO/FTTA soit fiber-to-the home, office, apartment), les choses changent rapidement. Après le Japon (8 millions d’abonnés) et les Etats-Unis (1 million d’abonnés), précurseurs en la matière, les annonces de déploiement de réseaux en fibre optique se sont multipliées en Europe. A l’exemple des annonces régulières faites par les acteurs publics comme le projet d’Amsterdam (plus de 40 000 foyers raccordables à terme), le Gouvernement régional des Asturies (30 000 foyers raccordables) ou le projet du Yorkshire au Royaume-Unis.
      Il est intéressant de noter le rôle clé que jouent les villes par leur forte implication, comme c’est le cas en Suède ou au Pays Bas. En Europe, près de 70% des déploiements de fibres sont à l’initiative des villes ou des « power utilities ». En Europe de l’Est, les déploiements FTTx restent embryonnaires, les pays les plus en avancés étant la Pologne, la République Tchèque ou l’Estonie.
      « Ces projets sont la résultante de stratégie d’opérateurs leaders qui se positionnent plus clairement face aux enjeux que représente le très haut débit. Tandis que les opérateurs historiques investissent davantage sur le VDSL ce qui leur permet de se positionner plus vite sur le marché du THD face aux câblo-opérateurs » expliquait Roland Montagne de l’IDATE au récent forum DigiWorld organisé à Montpellier. Enfin, une réglementation appropriée au FTTH devrait également faciliter les futurs investissements.
      Les prévisions de développement du FTTx, faite par l’IDATE, à l’horizon 2015 montrent que le remplacement du haut débit classique par le très haut débit commencera à être significatif en 2010-2012. Le très haut débit représentera environ 27% du total de la base haut débit en 2015.
      * Sources IDATE


      L’exemple de la Suède, pays des réseaux neutres et ouverts
      En Suède, l’action des collectivités locales a été déterminante pour l’implémentation des réseaux très haut débit ouverts et mutualisés. Ce sont les localités dans lesquelles s’engagent les bailleurs publics, contrôlés par des municipalités, qui marchent le mieux, car elles développent le trafic et assurent la rentabilité de l’exploitation.
      C’est le cas à Stockholm où la stratégie est décidée par les autorités locales et où les bailleurs appliquent les décisions. Dans d’autres cas, les bailleurs négocient en amont avec des associations de locataires la possibilité d’augmenter les loyers avant de décider un déploiement. Ils ont ainsi la possibilité de rentabiliser leurs investissements en complément de la commercialisation de la fibre noire auprès des opérateurs d’opérateurs.
      Le réseau ouvert permet au client final de choisir son FAI quel que soit le propriétaire du réseau et la concurrence se fait à tous les échelons pour éviter les situations de monopole : FAI (fournisseurs d’accès internet), opérateur de communication, opérateur d’infrastructure. Dans les zones rurales, des communes se sont regroupées pour connecter leur réseau très haut débit et ont bénéficié de subventions publiques pour trouver un point d’équilibre. Néanmoins, on a observé que sur les quelques 155 réseaux THD développés en Suède, seuls 10 à 15% possèdent la qualité requise pour des offres internet et TV.
      Ces «petits» réseaux de quelques milliers, voire centaines d’abonnés, semblent insuffisants pour attirer les fournisseurs d’accès. Pour que l’ensemble des acteurs concernés s’impliquent dans le développement du THD, le modèle suédois fait la démonstration de l’efficacité de mesures ayant à la fois un caractère obligatoire et incitatif, créant l’émulation nécessaire auprès des FAI.

      Le rapport de la mission AEC/IDATE sur le THD, effectuée en Suède, en octobre 2007, est en ligne : http://www.aecom.org/blog/rdv/CR-Suede2007.pdf

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L'Aquitaine Numérique 09 - Novembre 2007




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En novembre, vous découvrirez notamment au sommaire de la lettre d'information d'AEC le bilan de Ci'Num, Les Entretiens des Civilisations Numériques, organisés par AEC et la Fing du 4 au 7 octobre dernier. L'Assemblée des 150 Concepteurs du futur réunis au Relais de Margaux (Gironde), a lancé sept défis aux décideurs d'aujourd'hui et sept plans d'action à mettre en oeuvre pour peser sur nos avenirs numériques. C'est le résultat d'un cycle de réflexions et d'échanges entamé en 2005.
L'Aquitaine Numérique revient également sur les actions de l'Echangeur Bordeaux-Aquitaine en faveur des entreprises TIC régionales et sur la Mission d'étude en Suède autour de la fibre optique organisée par AEC et l'Idate.

Bilan de Ci'Num 2007, Les Entretiens des Civilisations Numériques

Entre 2005 et 2007, en Aquitaine, trente experts venus du monde entier et près de 200 participants ont imaginé les civilisations numériques de demain. Après trois jours de rencontres et de réflexion, la dernière édition de Ci’Num, les Entretiens des civilisations numériques, s’est achevée le 7 octobre dernier au Relais de Margaux (33).
Sept plans d’action à mettre en oeuvre ont été élaborés et proposés aux décideurs d'aujourd'hui par l'assemblée des Concepteurs du futur. Ils mettent en lumière des défis à relever dans plusieurs domaines : sciences, éducation, gouvernance, sécurité, démocratie, environnement, innovation.

Vidéos et compte-rendu de l'événement.

L'Aquitaine Numérique. Dossier hors-série octobre 2007
"Vers un écosystème numérique de l'écrit et du livre"



Réalisé à l’occasion de la journée « Patrimoine, numérisation et accès aux savoirs » organisée par AEC et l’Agence Régionale Pour l’Ecrit et le Livre, le 25 octobre à Bordeaux.
Depuis son premier échec commercial, à la fin des années 1990, le fameux livre électronique (au sens de terminal de lecture) s’inscrit dans un contexte général qui a fortement évolué. Les grands programmes privés de numérisation apparaissent comme la partie émergée de projets encore plus vastes pour la naissance d’un écosystème destiné à accueillir l’écrit dématérialisé. Un écosystème dans lequel s’inscrivent les bibliothèques numériques, mais dont la visée première n’est pas nécessairement l’accès aux savoirs mais leur « valorisation » économique et leur commercialisation.

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[L'Aquitaine Numérique 08] Dossier "Cartographie en ligne"

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Deux actualités régionales constituent le contenu de l'Aquitaine Numérique de ce mois d'octobre : La parution du Diagnostic 2007 de l'Aquitaine Numérique, réalisé par AEC, et le lancement de l'outil cartographique du Conseil régional d'Aquitaine consacré aux télécoms. Le huitième numéro de votre lettre d'information revient également sur un projet européen de numérisation de livres anciens, sur la constitution de l'Université de Bordeaux et la mise en oeuvre de ses chantiers TIC. Sans oublier les dernières nouvelles régionales, les actualités d'AEC et l'agenda des événements aquitains.

[Dossier] Cartographie en ligne : le Boom
L’essor de la cartographie en ligne éclaire les réflexions actuelles des collectivités en matière de données géoréférencées, tant pour leurs besoins propres que dans le cadre de leurs missions d’intérêt public. Ce dossier revient sur les évolutions et enjeux de la cartographie sur internet pour les acteurs publics, privés et les particuliers. Il évoque également le tout nouvel outil cartographique mis en ligne par le Conseil régional d'Aquitaine pour piloter la politique TIC grâce à une connaissance précise des réseaux sur le territoire ; un outil qui a également vocation à informer les citoyens quant aux services télécoms disponibles.

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[L'Aquitaine Numérique 07] Cahier Tendances - sept. 2007

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En cette rentrée 2007, votre lettre d'information sur les TIC en Aquitaine évolue : parution désormais mensuelle, maquette aérée et dynamique, l'Aquitaine Numérique s'enrichit de nouvelles rubriques et vous propose chaque mois, en alternance avec le Dossier de veille, un cahier Tendances de quatre pages. Il inaugure ce mois-ci la nouvelle formule de l'Aquitaine Numérique.
Dans ce septième numéro de la lettre, vous découvrirez également un nouveau format audio numérique, le Mxp4, une fiche technique sur l'utilisation des flux RSS, les détails d'un projet d'audioguidage numérique au Château de Duras, en Lot-et-Garonne, et un tour d'horizon des derniers dossiers TIC soutenus par le Conseil Régional d'Aquitaine. Sans oublier les actualités d'AEC et son programme d'activité pour les mois à venir.
Bonne lecture.

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[L'Aquitaine Numérique 06] Dossier "Tendances numériques 2007-2008"




Ce sixième numéro de L'Aquitaine Numérique boucle dans les Pyrénées Atlantiques son tour d'Aquitaine des acteurs publics du numérique et se fait l'écho de quelques morceaux choisis du compte-rendu de la mission CiNUM en Chine, ainsi que des 7e Assises du net et des TIC pour les collectivités organisées à Nice par le réseau Idéal. Le dossier central accompagne et complète la journée Tendances numériques 2007-2008 organisée par AEC le 26 juin: consacré au décryptage de quelques tendances émergentes, il s'efforce d'en cerner les enjeux pour les années à venir et de mettre en lumière les opportunités.
Les tendances:
  • Economie de l'intention: internet met l'immobilier sur la tête
  • Consommer, une compétence qui implique la maîtrise des outils TIC
  • Publicité en ligne: le gâteau grossit, les couteaux aussi
  • Santé sur internet: soigner la Sécurité sociale par l'automédication?
  • Identité numérique: une part croissante de notre identité se joue en ligne
  • Les widgets: ils diffusent l'information et les services - quel cadre juridique?
  • Mobile, GPS, Bluetooth, RFID, NFC - quand le numérique "augmente" le réel

[L'Aquitaine Numérique 05] Dossier "Web 2.0: nouvel âge (du net)?"














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Ce cinquième numéro de l'Aquitaine Numérique poursuit en Gironde le tour d'Aquitaine des acteurs TIC publics: un syndicat mixte, Gironde numérique, pourrait d'ici l'été réunir les 45 communautés de communes du département. Vous y retrouverez également le compte-rendu de la mission organisée en Ecosse par AEC conjointement avec l'Idate, et un article sur le MP3 pour l'enseignement des langues. Quant au dossier central, il fait le point sur les évolutions d'internet à l'heure du désormais fameux "Web 2.0", en quoi certains voient déjà l'image d'une révolution sociétale à venir.

Le Dossier: Web 2.0: nouvel âge (du net)?
L’expression «Web 2.0» a commencé à circuler sur internet il y a bientôt deux ans; elle formalise le sentiment qu’après la période initiale de la bulle internet et des désillusions engendrées par son éclatement, une deuxième période aurait commencé, fondée sur des bases à la fois technologiques, sociales et économiques différentes. Le concept comme l’étiquette ont désormais largement débordé de la sphère spécialisée, y compris dans le monde «réel» où apparaissent des services estampillés 2.0, pour peu qu’ils aient une dimension communautaire ou participative – certains y voient une révolution encore plus profonde, de nature à transformer nos sociétés : n’a-t-on pas récemment organisé une conférence «Politique 2.0»? Le présent dossier s’attache à remettre cette évolution en contexte, à en cerner les composantes techniques et sociétales, en un mot : à faire le point avant que ne s’ouvre la prochaine étape, que certains se sont empressés de baptiser… web 3.

1. Massification des accès, démocratisation des outils
2. Web communautaire et web lego
3. Vers un nouvel âge?




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    • 1. Massification des accès, démocratisation des outils

      Toujours plus d’internautes…
      On estime aujourd’hui que la population mondiale des internautes a atteint l’échelle du milliard (selon les méthodologies et les définitions, les chiffres varient entre 750 millions et 1,2 milliards fin 2006). Ce chiffre masque des différences notables selon les continents, avec une Asie où les taux de pénétration d’internet peuvent dépasser les 70% comme en Corée, tandis qu’on table plutôt sur l’essor du téléphone mobile pour l’avènement d’une Afrique numérique sur le moyen terme. A l’échelle de la France, la population des internautes a presque triplé en 5 ans, passant de 11 millions en 2001 à 28 millions fin 2006, ce qui signifie que la moitié de la population française est désormais connectée – un chiffre qui se retrouve à l’identique à l’échelle de la population aquitaine, comme le montre la dernière édition du Diagnostic de l’Aquitaine Numérique (50% de foyers connectés, contre seulement 18% en 2000).


      … et d’internautes à haut débit
      Cette croissance, quoique spectaculaire, en masque une autre : de 1% de foyers aquitains connectés à haut débit en 2000, on est passé en 2006 à 41%, un chiffre qui se retrouve à peu de choses près à l’échelle française : au 31 décembre 2006, le nombre d’abonnements à internet en haut débit avait atteint près de 12,7 millions selon l’ARCEP (le régulateur français des télécoms, ex-ART). Fait significatif, la notion même de haut débit a fortement varié au cours des cinq dernières années : les 512 Kbits/s qui faisaient rêver il y a seulement quatre ans font aujourd’hui pâle figure face aux quelque 10 Mbits/s qu’offrent désormais en milieu urbain les fournisseurs ADSL, et déjà la fibre optique promet du 100 Mbits/s… A l’échelle mondiale, Point Topic estime à plus de 260 millions les internautes qui surfent à haut débit, un chiffre en progression annuelle de l’ordre de 30%.

      Des usages qui se diversifient
      Internet n’est plus affaire d’early adopters : la population des internautes tend de plus en plus à reproduire les caractéristiques de la population en général, ce qui permet de diversifier les services proposés et d’envisager un nombre toujours plus grand de marchés de niche. L’accroissement des débits moyens s’est accompagné d’un confort de navigation qui a également contribué à lever un frein à l’usage, lié à la perception négative des délais d’attente, d’une certaine lourdeur des chargements. Autre point notable : non seulement les débits descendants (d’internet vers l’ordinateur de l’internaute) ont augmenté, mais les débits ascendants (de l’ordinateur de l’internaute vers internet) en ont fait autant, même s’ils demeurent généralement inférieurs (avec la fibre, les débits deviendront de plus en plus souvent symétriques) : il devient techniquement envisageable pour l’internaute de ne plus se contenter de consulter l’information disponible sur internet. Il peut également mettre en ligne ses propres contenus, même lorsqu’ils sont relativement « lourds» (image, son, vidéo).

      Equipement numérique à grande vitesse
      Les outils de production de contenus numériques se sont également démocratisés. C’est le cas d’abord pour tout ce qui relève de l’équipement, par exemple en matière de photo numérique : en Aquitaine, on est passé de 9% de foyers équipés en 2002 à 50% en 2006, une proportion qui se retrouve à peu de choses près à l’échelon national. Dans le même temps, les appareils d’entrée de gamme ont vu leur prix divisé par deux environ (de 300 à 150 euros, toutes promos cumulées dans les deux cas) ; les performances techniques ont connu une évolution inverse, qui ne se mesure pas seulement en mégapixels même si cet indicateur est significatif : la densité moyenne des capteurs a été multipliée par 4. En un mot, le particulier dispose désormais d’outils numériques d’une qualité technique largement suffisante pour des contenus destinés à une diffusion web. On sait par ailleurs que 17% des Aquitains sont désormais équipés d’un enregistreur à disque dur numérique, autre source de contenus numériques en ces temps d’explosion de la vidéo en ligne.

      Capacité individuelle accrue d’édition
      L’équipement informatique (qui permet d’organiser, de transformer et de diffuser des contenus numériques) a suivi : de 40% de foyers aquitains équipés en 2000, on est passé à plus de 60% aujourd’hui. Les logiciels professionnels de traitement d’image et de montage vidéo, pour rester dans ce registre, ont vu leur prix baisser de façon significative, des versions grand public allégées et aux interfaces simplifiées sont apparues (le repositionnement de toute la gamme des produits Adobe est assez significatif de ce point de vue; Google de son côté a mis à disposition gratuitement des outils comme Picasa pour la gestion des photos, etc.). Au-delà de la capacité à produire et à éditer des contenus numériques, néanmoins, c’est dans la facilité de diffusion que l’évolution la plus notable a eu lieu au cours des dernières années.

      Publication pour (presque) tous
      On a beaucoup glosé autour du parallèle entre les pages perso en vogue à la fin des années 1990 et le phénomène blogs, pour prédire à ces derniers le même sort peu enviable qu’aux premières. Une différence notable réside dans la maîtrise technique nécessaire pour commencer à mettre en ligne un contenu; il y a un pas entre l’édition offline d’un site pour mise en ligne ultérieure sur sa page perso, qui nécessite a minima d’apprivoiser un logiciel et quelques notions rudimentaires de code HTML, et la mise en œuvre d’une plateforme comme Blogger ou Skyblog : pour peu que l’on se contente des options de base et d’une mise en forme choisie parmi une sélection de gabarits standard, créer un blog et commencer à y publier ses articles est d’une simplicité qui rend la chose bien plus accessible – Technorati, site spécialisé dans l’étude statistique des blogs, annonçait d’ailleurs qu’il en comptabilisait plus de 100 millions dans le monde fin 2006. Avec l’apparition de plateformes de podcasting comme celle de la startup bordelaise Libcast.fr, ou de partage de vidéo comme YouTube, Google video ou encore le français DailyMotion, la diffusion de contenus multimédias est également devenue très simple.

      Vers un internaute 2.0?
      Tous ces sites, une fois le contenu multimédia hébergé en ligne, permettent de plus sa réintégration ailleurs, par un simple copier-coller de deux lignes de code qu’il n’est même pas nécessaire de comprendre. Pour résumer : le seuil de compétence technique nécessaire pour commencer à expérimenter avec la mise en ligne de contenus a été notablement abaissé au cours des dernières années, et une part grandissante d’une population connectée elle-même en forte croissance s’y est essayée, faisant naître un réservoir d’usages. Les offreurs de services en ligne, à commencer par les gros comme Google mais également toute une série de nouveaux entrants devenus incontournables en l’espace de seulement un an ou deux (MySpace est de ceux-là) ont puisé dans ce réservoir autant qu’ils lui ont offert un espace d’expression : ils ont misé sur le fait que les internautes s’empareraient des outils mis à leur disposition et leur fourniraient en retour non seulement un temps de cerveau disponible (selon le modèle classique des annonces publicitaires) mais aussi leur créativité, susceptible de faire évoluer le service et de l’améliorer. Ce sont ces notions que tente de rassembler sous une étiquette commode le concept de web 2.0.

      Encadré: Lexique de l'usager 2.0
      Agrégateur : logiciel permettant de centraliser la réception d’informations et d’offrir une vue synthétique des données reçues.
      Blog : contraction de Web et Log (les journaux de bord de la marine et de l’aviation américaines), le blog est un journal en ligne permettant l’échange de points de vue.
      Blogosphère : désigne l’ensemble de la communauté qui anime des blogs. Elle est généralement tissée d’une multitude de liens croisés, ou blogroll.
      Crowdsourcing : en français, traitement par la foule. Consiste, pour les éditeurs de sites, à utiliser les internautes pour créer des contenus, répondre aux questions d’autres visiteurs, voire participer à la conception du site, d’un produit ou d’un service
      Flux (ou fils) RSS ou Atom : formats populaires de syndication de contenus Web. Après s’être abonné à un flux sur un site, l’internaute reçoit les mises à jour de ce site automatiquement sur son ordinateur.
      Folksonomy : contraction des mots folks (potes) et taxonomy (en français, la science du classement). Méthode de classification collaborative de contenus Web, via des tags, réalisée par une communauté d’internautes.
      Podcasting : moyen de diffusion de fichiers audiovisuels (podcasts) sur le Net. Le podcast, une fois publié en ligne, est téléchargé automatiquement et transféré, via un fil RSS, vers un ordinateur ou un baladeur numérique.
      Social bookmarking : partage de favoris ou de signets, en français, par leur enregistrement puis leur repérage par des tags sur un site web public.
      Syndication : consiste à intégrer sur un site, de manière automatique, tout ou partie du contenu d’un autre site. Ce procédé repose sur l’usage de fils RSS ou Atom, deux formats de flux d’information auxquels les sites et les particuliers s’abonnent.
      La souscription à un fil nécessite l’utilisation d’un agrégateur.
      Tags : en français, étiquettes ou mots-clés. Proposés par le producteur de contenu, ils permettent de repérer et d’identifier des contenus dans la base de données.
      Tags cloud : nuage de mots affichant les tags les plus utilisés sur un site dans un laps de temps donné. La taille des mots est proportionnelle à la fréquence de leur utilisation.
      Trackback : Mécanisme qui permet de poster, dans les commentaires d’un article publié sur un blog, un lien vers d’autres articles abordant le même sujet.
      Widgets : en français, gadgets ou machins. Petits outils téléchargeables, à intégrer sur le poste d’ordinateur, permettant d’accéder rapidement à des informations ou des fonctions (calendrier, mail, calculette, etc).
      Wiki : outil de gestion collaboratif de site web qui permet aux internautes de rédiger et de modifier librement des contenus.

      2. Web communautaire et web lego


      Création de contenus par l’internaute
      Une part grandissante des contenus disponibles en ligne sont désormais proposés par les internautes eux-mêmes, que ce soit sur les blogs, sur les plateformes de partage en ligne de photo et de vidéo (d’ores et déjà, les vidéos mises en ligne par les internautes représenteraient 47% du marché total de la vidéo en ligne aux Etats-Unis, selon Screen Digest, qui table sur 55% d’ici à trois ans). La proportion de contenus mis en ligne par les utilisateurs en infraction aux règles du copyright et de la propriété intellectuelle n’est pas négligeable, mais on ne saurait limiter le phénomène à une sorte de pillage systématique : des contenus utilisateurs originaux trouvent non seulement leur place mais également leur audience sur internet, certains débordant pour se retrouver dans les bacs comme les chansons de Kamini ou le blog de Ron l’Infirmier devenu succès de librairie et bientôt série TV. Le phénomène s’observe également sur divers sites dont le principe même repose sur la création collective de contenus. Wikipedia en est une figure emblématique : cette encyclopédie en ligne dont les articles sont en permanence ouverts et modifiables par l’utilisateur, quoique régulièrement critiquée quant à la fiabilité des informations, témoigne au moins de l’engagement des internautes à produire – on y recense à la date de rédaction 471 284 articles en français, pour un total de plus de 6 millions dans 188 langues.


      Création de valeur par les internautes
      Dans de nombreux cas, la création de valeur, au-delà de la création des contenus, repose sur la foule des utilisateurs : un site comme del.icio.us propose de ne plus stocker ses bookmarks sur sa machine mais en ligne, en les associant à des mots-clés choisis librement. L’ensemble des bookmarks des utilisateurs constitue un réservoir de liens auxquels s’attachent des notions de sens qui ne sont plus produites par un algorithme, comme dans le cas des moteurs de recherche, mais par la somme des «avis» des utilisateurs humains : si une même adresse a été bookmarkée par de nombreux utilisateurs en association avec le mot-clé «voiture», le système estime premièrement qu’elle est présente un intérêt par rapport à la masse globale du web, et deuxièmement qu’elle est pertinente sur le thème automobile. L’utilisateur dispose en retour d’un service de bookmark accessible quelle que soit la machine qu’il utilise, et d’un outil de recherche en ligne plus sélectif qu’un moteur de recherche plus souple qu’un annuaire. On parle de «crowdsourcing» lorsque de cette façon un service mise sur une masse critique d’utilisateurs pour que la simple mécanique du nombre, canalisée par un outil technique, fasse émerger une valeur complémentaire, un service dont bénéficient en retour tous les utilisateurs – cette massification est critique au sens propre, car l’on observe qu’en général 1% seulement des utilisateurs d’un tel site créent des contenus originaux, 10% se contentant d’interagir avec ces contenus (par exemple en les commentant ou en leur attribuant une note) et le reste se comportant en simples visiteurs-consommateurs.


      Le « virage social » du Web
      Cette sous-traitance peut aller jusqu’à déléguer à l’utilisateur tout ou partie du service rendu : aux contributions de quelques experts s’ajoutent ou se substituent parfois celles de très nombreux internautes, comme sur TripAdvisor où chacun peut rendre compte de ses vacances, conseiller une destination, répondre aux questions du reste de la communauté, etc. Cette dimension communautaire de plus en plus marquée de nombreux sites Web est d’ailleurs également fondamentale : au-delà des outils spécifiquement dédiés au réseautage social, la plupart des sites 2.0 favorisent l’émergence de communautés en ligne où l’utilisateur trouve à cultiver un réseau de relations, dont la force à son tour vient soutenir les fonctions de recommandation et de conseil. Le service s’enrichit d’une valeur sociale, y compris pour l’utilisateur-contributeur dont les contributions augmentent la visibilité personnelle, l’aura et l’influence au sein de la communauté. Les grandes plateformes de type eBay sont les premières à avoir déployé des outils sophistiqués exploitant cette évolution sociologique. A une construction identitaire (verticale) de l’individu se superpose de plus en plus, voire se substitue, une construction horizontale fondée sur des affinités multiples : à la force de recommandation d’un Bernard Pivot succède la convergence d’influences multiples de type «avis des lecteurs», «ceux qui ont acheté ce livre ont aimé tel autre», etc.


      Gratification « sociale » de la participation
      Ceci s’inscrit dans un cadre général de crise de la médiation, qu’on retrouve dans la façon dont les médias simulent, mettent en scène ou organisent (selon le point de vue) la rencontre entre le simple citoyen et les candidats en cette période de campagne électorale : le journaliste n’incarne plus la fonction de questionnement des discours qui lui était jusque là dévolue, il rend possible, organise et accompagne ce questionnement désormais assumé par monsieur tout le monde (un positionnement très 2.0, précisément). La reconnaissance sociale liée à la fonction (ici du journaliste), le statut, se trouve en retour distribuée aux contributeurs – sur des sites comme Digg, DailyMotion et la plupart des sites classés 2.0, chaque utilisateur dispose d’un compte personnel qui enregistre la valeur communautaire de ses différentes contributions : chaque vidéo mise en ligne est notée par l’ensemble des utilisateurs, ouverte à commentaires, à recommandation, etc. Au fil de ses contributions se construit la «réputation» de l’utilisateur, évalué par ses pairs au sein d’un outil technique dématérialisé.


      Toujours plus de transversalité
      Cette tendance communautaire s’observe également dans la création de liens transversaux en nombre croissant entre les sites, par exemple par le biais des commentaires croisés sur les blogs ou dans le cadre de l’émergence de réseaux de blogs fortement liés entre eux et entre lesquels la circulation de l’information est optimale : la cristallisation de tels réseaux de blogs peut être fortuite et se produire au gré d’affinités naturelles entre blogueurs qui en viennent à se citer mutuellement dans leur blogroll (liste de favoris); elle peut également, de plus en plus, être délibérée et préconçue comme dans le cas de Creative Weblogging. L’un des effets mécaniques de cette création de liens réciproques par divers biais est de favoriser le référencement naturel des sites les plus liés, et leur trafic – d’ores et déjà, de nombreux acteurs se sont positionnés comme offreurs de services de mise en relation avec l’environnement et d’outillage de la force virale. MyBlogLog est significatif de ce point de vue : à l’origine outil de mesure statistique de l’audience d’un blog, il a construit toute sa croissance (ultra-rapide) sur sa capacité à entretenir et à rendre manifeste la circulation des blogueurs de blog en blog, en les agrégeant en communautés, d’une part, et en proposant à chaque blogueur d’insérer sur son blog un petit morceau de code (on reparlera de l’essor exponentiel de tous ces «widgets») qui permet d’afficher la liste, l’image et l’adresse du blog de tous les autres utilisateurs venus lui rendre visite (il est possible d’afficher les 5, les 10 derniers visiteurs, etc.).


      La force de la syndication
      L’essor des technologies de syndication et notamment des fameux fils ou flux RSS (really simple syndication) a favorisé cette tendance à la transversalité et à la reprise des contenus : l’information mise en ligne pour consultation est émise parallèlement sous une forme brute sur le modèle d’un fil d’agence type AFP, pour reprise, mise en forme et affichage sur d’autres supports que le site d’origine – l’éventail des modèles juridiques et économiques s’est en parallèle élargi avec l’apparition des licences Creative Commons pour la republication plus ou moins libre des contenus. Ainsi un hébergeur touristique peut-il intégrer dans son site l’agenda des manifestations diffusé au format RSS par l’office de tourisme, celui-ci sera automatiquement maintenu à jour au fur et à mesure. Produire de l’information sous cette forme permet également de disposer de contenus ajustables et adaptables comme des briques de Lego au sein de son propre site : il devient possible de proposer plusieurs présentations d’un même contenu et de laisser au visiteur une plus grande latitude dans la personnalisation. On voit par ailleurs que de plus en plus d’internautes utilisent des outils comme NetVibes pour se créer leur propre portail personnel en agrégeant des flux RSS venus de sources diverses – dans leurs dernières versions, les principaux navigateurs comme Internet Explorer et Firefox intègrent désormais en standard des fonctions de détection et d’abonnement aux flux RSS, ce qui ne pourra que renforcer cette tendance. Peu à peu, d’ailleurs, l’abonnement à des flux RSS spécialisés et maintenus à jour en temps réel tend à remplacer dans les usages la traditionnelle newsletter – on se dirige d’une manière générale vers une émission en continu d’infos très spécifiques, c’est-à-dire qu’on passe d’une logique de rendez-vous à une logique de flux. Autre conséquence, tout aussi complexe à gérer : une distance et un nombre de relais de plus en plus grands entre l’émetteur d’une information et son lieu de consommation.


      Le Web « Lego »
      En effet, internet est de moins en moins une collection de sites et de services bien délimités, séparés, et de plus en plus le lieu de recombinaisons de services et de contenus proposés par de multiples acteurs, entre lesquels les passerelles technologiques et d’usage se multiplient. De nombreuses startups ont recommencé à voir le jour et mettent à disposition de tous des modules (micro-formats : widgets, bookmarklets, scripts embarqués, etc.) qu’il est possible de réutiliser sur son propre site, de la même façon que de grands acteurs comme Google ouvrent aux développeurs tiers leurs interfaces publiques de programmation (les fameuses API), qui permettent de construire sur la base du service initial toutes sortes de déclinaisons spécifiques. Un site comme VirtualTourism propose ainsi une sorte de guide touristique à partir d’articles Wikipedia, de vidéos YouTube et de repérage cartographique GoogleMaps. Quoique encore non stabilisée au plan économique, cette offre est extrêmement riche et permet de réduire drastiquement les coûts de développement et de production d’un site à forte valeur ajoutée, par l’assemblage de modules au sein d’une coquille fonctionnelle plutôt que par la conception ex nihilo ou l’installation d’une plateforme intégrée. La pérennité de cette offre est encore difficile à évaluer, pour la bonne raison qu’on manque de recul; après une première phase d’éclosion des usages et d’enrichissement des contenus par la mise en relation, l’internet entame en tout cas une phase d’exploration fonctionnelle tous azimuts. Doit-on d’ores et déjà parler de web 3, alors que le modèle 2.0 tend à déborder de la sphère internet?

      Encadré: La qualité des contenus, un enjeu d’avenir
      «Nous avons donné des moyens techniques aux internautes pour qu’ils produisent du contenu. Cela ne signifie pas qu’il soit de bonne qualité». Benjamin Rosoor, gérant de la société bordelaise Web Report (http://www.webreport.fr), a fait de l’animation des contenus sur internet son cœur de métier. Pour lui, le Web 2.0, qui permet à chacun de s’exprimer sur tout, est «une bouffée d’oxygène» mais aussi une « auberge espagnole» où circule le meilleur comme le pire. D’où la nécessité de «trier» et de «valoriser» l’information fournie par les internautes, affirme-t-il : «Nous faisons en sorte de générer du contenu de qualité sur les blogs ou forums des sites de nos clients. Cela signifie, concrètement, écarter les internautes qui ne respectent pas la loi ou les chartes de bonnes conduites dans leurs propos et faire en sorte que les autres s’expriment sur les bons sujets. Par exemple, l’entraide entre internautes se développe beaucoup sur la toile via les forums, les blogs sur les produits ou les avis de consommateurs. Notre travail consiste à provoquer cette entraide, c’est-à-dire qu’elle apparaisse avant que le problème ne se pose à l’utilisateur. C’est pour la marque une question d’image et un moyen d’éviter les retours de produits », explique Benjamin Rosoor.

      Depuis deux ou trois mois, ajoute-t-il, les entreprises et collectivités ont bien compris la nécessité d’un intermédiaire extérieur pour leur site internet. Le métier s’installe donc peu à peu dans le paysage Web 2.0 et soulève une question : le Web 2.0 est-il toujours 2.0 s’il est contrôlé? «La liberté d’expression est encadrée même dans la vraie vie», rappelle Benjamin Rosoor, «et au bout d’un moment, un tri naturel se fera dans la masse des contenus au profit des meilleurs». Cette prime à la qualité caractérise peut-être l’évolution majeure du Web 2.0 vers ce que l’on nomme déjà le Web 3, sans vraiment le définir. Tim O’Reilly lui-même, inventeur du concept de Web 2.0, préconise depuis mi-avril l’instauration d’un code de bonne conduite pour encadrer la blogosphère. Autre exemple de cette évolution, la nouvelle plateforme Citizendium qui propose, à l’image de Wikipédia, des articles rédigés par les internautes. Avec toutefois cette différence de taille: chaque contenu sera soumis à un comité d’experts avant d’être publié, ces experts, âgés au minimum de 25 ans, devant justifier d’un certain niveau d’études.

      3. Vers un nouvel âge?

      Les « widgets » débarquent sur le bureau
      Le web «Lego» évoqué plus haut se construit par assemblage de briques «servicielles» : on propose un nouveau service en ligne en assemblant divers services de base proposés par des offreurs spécialisés. Au plan technique, ces services sont de plus en plus souvent proposés sous la forme d’un widget : un petit bout de code à insérer tel quel sur son site, et qui prend en charge à la fois l’interface utilisateur (souvent paramétrable) et la délivrance du service en temps réel. En clair, on peut par exemple intégrer un service météo sur son site en créant un compte sur un site spécialisé puis en paramétrant la zone de couverture, en choisissant le mode de représentation de l’information (mettons un baromètre), etc. Le site météo produit alors quelques lignes de code à copier ; une fois collées dans le site de l’utilisateur, ces quelques lignes y déclenchent l’affichage du baromètre et des infos météo actualisées en continu. Le principe est déclinable à l’infini pour une multitude de services de natures diverses. Ce type de délivrance d’informations ciblées via un canal ultra-spécialisé gagne désormais le bureau au sens de ce qui s’affiche sur l’écran de l’ordinateur : au milieu des icônes et des raccourcis s’inscrivent de plus en plus divers widgets construits sur le même principe – les dernières versions de Windows (le fameux Vista) et de MacOs intègrent d’ailleurs tous deux en natif une architecture dédiée au développement et à l’intégration de widgets.

      « Webisation » des applicatifs
      Cette tendance s’inscrit dans un mouvement général d’effacement de la frontière entre ce qui relève d’internet et ce qui relève de l’ordinateur lui-même (de plus en plus souvent connecté en permanence) : de plus en plus d’applications bureautiques sont désormais proposées en ligne (Google Calendar, Doodle, Writely, Office Live, etc.) tandis que l’intégration de l’information délivrée en continu par internet gagne vers le cœur du système d’exploitation (au point que certains évoquent la possibilité d’un Google OS : un système d’exploitation en ligne venant se superposer aux fonctions de base de la machine connectée). Le premier enjeu est la prise de pouvoir sur l’accès de l’internaute à l’information : l’accès s’est d’abord fait en utilisant un navigateur internet, le plus souvent via le portail du fournisseur d’accès, puis par des grands annuaires, ensuite détrônés par les moteurs de recherche, dont Google qui le premier a lancé une Google Bar, rapidement devenue Google Desktop. Le canal devient de plus en plus étroit et spécialisé, de plus en plus proche des fonctions informatiques de bases et de l’utilisateur, sa valeur (pour un annonceur, notamment) augmentant d’ailleurs à chaque étape : placer un widget sur le bureau de l’utilisateur, c’est y installer un canal de communication privilégié. Autre conséquence, dont le potentiel de rupture est peut-être plus grand encore : on passe peu à peu d’un développement logiciel (déjà techniquement fondé sur l’encapsulation et la réutilisation) à du développement «serviciel» à partir de briques élémentaires en nombre en augmentation très rapide, ce qui a pour conséquence d’abaisser les coûts de développement, de favoriser l’émergence de nouveaux entrants et la mise en place sous peu de tout un écosystème pour l’essentiel encore dans les limbes aujourd’hui.

      Entreprise 2.0
      Pour les entreprises et plus généralement les organisations, cela ouvre la possibilité d’une nouvelle forme d’externalisation, déjà amorcée par l’essor de la commercialisation en mode ASP (application service provider : en gros, on loue le service rendu par le logiciel plutôt que d’acquérir le logiciel lui-même) et les web services, ces normes de développement qui assurent l’interopérabilité d’ensemble : une externalisation distribuée, où le risque et la dépendance sont répartis, avec une granularité toujours plus fine de la délégation des fonctions de l’entreprise et donc aussi une versatilité accrue. Au-delà des processus informatisés, ce sont également les fonctions centrales des organisations qui évoluent sous la pression du modèle 2.0 : la communication s’ouvre, intègre le commentaire issu de l’extérieur, joue la carte communautaire; mais cela vaut aussi pour le SAV, en partie délégué à la communauté des utilisateurs réunie et animée au sein d’un forum en ligne, etc. On observe une tentation générale de s’essayer, dans les discours ou dans les faits, à ce qu’il est convenu d’appeler la co-création : l’exemple souvent mis en avant ces derniers mois est celui de Lego, qui a développé et mis en ligne un logiciel permettant à ses clients de concevoir leur propre modèle avant de commander sur cette base exactement les pièces dont ils ont besoin – mais aussi de voir leur créations hébergées sur le site de Lego et proposées aux autres clients. Le premier objectif marketing est évident, le bénéfice second est d’associer le client au développement produit, ce qui permet de minimiser les risques et les investissements liés aux études de marché préalables, à la conception et au test produit.

      Bénéfice 2.0?
      En ce qui concerne le consommateur invité à mettre sa créativité et ses compétences au service de l’entreprise dont il est client, le bénéfice avancé est la capacité à orienter les choix de ladite entreprise, d’abord en ce qui concerne le produit qui l’intéresse mais également en ce qui concerne des choix plus «macro» (commerce équitable, développement durable, etc.) et le positionnement de l’entreprise de ce point de vue (une prolongation au sein des processus de l’entreprise du contrôle par le consommateur-client via ses stratégies d’achats). Dans le domaine des services, c’est même l’apparition de nouveaux services inédits qui est mise en avant. Le prochain secteur à subir de plein fouet la vague 2.0 sera sans doute la finance. Déjà, des acteurs comme Prosper.com ou Zopa.com explorent une sorte de peer-to-peer bancaire : une plateforme de mise en relation de prêteurs et d’emprunteurs intégrant divers mécanismes de réputation et de suivi sur le modèle d’eBay. L’utilisateur de la plateforme, en échange de meilleurs taux, devient le banquier, notamment dans la mesure où il assume à des degrés divers son propre risque (celui-ci peut néanmoins être réparti entre plusieurs prêteurs), la plateforme se contentant pour l’essentiel de lui proposer des indices pour l’évaluation de ce risque (et prélève d’ailleurs sa dîme au titre du service de médiation rendu).

      Régulation 2.0
      Les indices d’évaluation proposés font en partie appel à des mécaniques de type credit scoring classique (interdit en France où la Banque de France assure le suivi des parcours bancaires individuels) mais s’y ajoutent des éléments issus d’algorithmes inscrits dans le logiciel de la plateforme, qui intègrent les «notes» attribuées aux emprunteurs par les communautés de prêteurs. Ce modèle est très 2.0 : on met en place une coquille fonctionnelle reposant sur une architecture logicielle en ligne, un «outil de facilitation» en somme plus qu’un service proprement dit, et le service naît de la communauté des utilisateurs qui peu à peu se rassemblent (ou pas : on connaît des échecs) au sein de la plateforme mise à leur disposition. S’il est séduisant, le modèle n’est pas sans laisser de nombreuses questions sans réponse : il s’inscrit manifestement contre les modèles de sociétés où une part plus ou moins importante des mécanismes de régulation sociale est dévolue à des corps constitués ou déléguée à des organismes ad hoc, pour proposer une société fondée sur la superposition de communautés multiples et de regroupements circonstanciels organisés au sein de plateformes logicielles. Le cas de CareSquare est assez éclairant de ce point de vue : le site propose la mise en relation de parents et nounous et intègre les fonctions classiques de notation-réputation – CareSquare évacue complètement la problématique du rapport de sujétion économique en créant l’illusion d’une communauté d’intérêts entre parents et nounous : les rôles assumés en France par la Protection maternelle et infantile et par les associations ou syndicats d’assistantes maternelles sont pour une part rebasculés sur la communauté des parents utilisateurs d’un logiciel et pour une autre tout bonnement niés.

      Foisonnement à la marge, concentration au centre
      Sans s’engager trop avant dans une analyse critique du modèle 2.0 au plan social, on peut au moins constater que les modèles économiques, eux, demeurent en réalité ceux de l’internet, tels qu’ils ont été développés notamment par les moteurs de recherche : captation d’une audience par la mise à disposition généralement gratuite d’un service de médiation, puis monétisation du trafic par la publicité et vente de services premium ciblés. Dans le cas de CareSquare, il est prévu de proposer aux nounous des formations payantes aux premiers secours (on peut se demander si le fait d’avoir suivi cette formation n’améliorera pas leur notation et leurs chances de se voir proposer une garde…); les parents pourront quant à eux acheter des services de recherche d’antécédents. L’objectif à terme est d’établir un label de fait et de le propager à l’échelle des Etats-Unis. Une fois une certaine masse critique atteinte, il devient non seulement possible de se rendre incontournable pour les nounous (dans le cas de CareSquare) mais même d’entamer un bras-de-fer avec les régulations nationales et internationales, comme l’illustre le cas de YouTube, site 2.0 emblématique, racheté 1,65 milliards de dollars par Google malgré les incertitudes quant aux droits d’exploitation des contenus mis en ligne par les internautes.

      Internet n’en a décidément pas fini de bousculer les modèles établis, le web 2.0 de ce point de vue ressemble comme un frère au web 1.0, et gageons que le web 3 viendra s’inscrire dans la même famille de trublions.

      Encadré: Les très petites entreprises à l’assaut des blogs
      Blogs, Flux Rss, wiki, agrégateurs, Web 2.0 constituent peu à peu un langage utilisé dans les très petites entreprises (TPE). Dans les ateliers de l’Echangeur Bordeaux Aquitaine (http://www.bordeaux.cci.fr/cci/echangeur), Claire Decroix, animatrice, constate depuis quelques semaines un engouement pour ces applications grand public dans les sociétés de moins de 20 salariés.
      «C’est l’explosion, témoigne-t-elle. L’outil blog séduit car il diminue la fracture numérique. Il n’y a plus d’un côté ceux qui savent – les prestataires en informatique – et de l’autre des chefs d’entreprises pas très au fait des nouvelles technologies. Aujourd’hui, les TPE ont intégré la nécessité d’être présentes et surtout bien référencées sur Internet. Un site coûte cher et n’apparaîtra pas forcément en bonne place dans les moteurs de recherche. En comparaison, un blog est référencé à moindre coût, est fonctionnel et ne nécessite pas forcément d’intermédiaire, si ce n’est pour le design. Il permet un contact direct avec le client et une grande réactivité en cas de crise. C’est une double stratégie : de communication et commerciale, même si le ton des articles ne doit pas être commercial», explique Claire Decroix.
      Que ce soit pour un château du vignoble bordelais, un fleuriste ou un fromager, le blog apparaît comme une «valeur ajoutée » si son contenu est bien géré. «Les TPE craignent parfois d’investir, en termes de politique commerciale, dans un outil dont on ne sait pas encore s’il est viable. Pourtant, il y a des précautions nécessaires face aux risques juridiques sur internet. C’est aussi une question de crédibilité et d’image de marque. Le plus important reste donc d’établir un cahier des charges solide : choisir une ligne éditoriale, une charte graphique, élaborer une charte des responsabilités et des pratiques sur le blog comme, par exemple, la modération des commentaires», ajoute l’animatrice de l’Echangeur.
      Les PME, déjà lancées sur la toile depuis quelques temps, piochent dans le Web 2.0 ses outils de travail collaboratifs (wikis ou blogs verrouillés utilisés comme un site intranet, réseaux de pair à pair ou réseaux sociaux), souvent pour des questions de mobilité de leurs salariés. Les TPE, elles, perçoivent dans le Web 2.0 un moyen de s’ouvrir aux clients, aux fournisseurs et d’appréhender la concurrence à l’aide notamment des flux RSS. «Ces outils sont perçus de plus en plus comme un gain de temps », assure Claire Decroix. «Et s’ils s’avèrent efficaces, ils créeront de l’emploi. Pour l’instant, nous n’avons pas encore beaucoup de recul sur les blogs donc il est encore prématuré de parler de modèle économique».

      Encadré juridique : Web 2.0 et juridique : test de compatibilité
      L’internaute 2.0 produit du contenu mais ce sont les acteurs professionnels qui demeurent responsables, sous certaines conditions, de ce qu’ils éditent, hébergent ou diffusent. Cela pose le problème de la gestion des données personnelles

      La responsabilité des acteurs du Web 2.0 n’est que partiellement définie par la loi pour la confiance dans l’économie numérique :

      Datée du 21 juin 2004, elle a permis de responsabiliser les acteurs principaux du Web : l’éditeur de contenus, l’hébergeur et le fournisseur d’accès. Ceux-ci sont responsables des contenus qu’ils éditent, hébergent ou diffusent dès le moment où ils n’ont pas réagi à la demande judiciaire de retrait du contenu litigieux. C’est ce que l’on appelle la responsabilité à double détente.
      Le Web 2.0 implique de nouveaux contenus et le stockage d’une multitude d’informations concernant les internautes : adresses IP, informations bancaires et civiles…Ces informations peuvent intéresser les autorités judiciaires et administratives afin d’établir l’identité des auteurs d’actes délictueux.
      Or, hormis les règles de conservation des données de connexion pendant un an prévues dans la loi antiterroriste n° 2006-64 du 23 janvier 2006, rien n’est précisé sur les conditions de conservation des logs de connexion et de diffusion qui pourraient être stockés.
      Afin de combler ce vide, un projet de loi est en cours et est déjà passé une première fois devant le Conseil d’Etat. Il viserait à obliger les hébergeurs, éditeurs de site et blogueurs à conserver la trace de chaque version de contenus créés et modifiés par les internautes. La faisabilité technique et le coût économique de cette nouvelle obligation risquent une nouvelle fois de soulever la contestation des entreprises concernées.

      Les règles de gestion de données personnelles (collecte et traitement) sont difficilement applicables au Web 2.0 :
      Le tout nouveau décret d’application
      n° 2007-451 du 25 mars 2007 de la loi CNIL modifiée rappelle qu’il est interdit de recueillir des données personnelles sans l’accord des gens, que le but de la collecte doit être annoncé à l’avance et que les droit d’accès à ces données et à leur rectification doivent être garantis. Or, plus la technologie évolue et dissémine au gré des commentaires croisés des internautes, plus il est difficile de percevoir quelles informations sont collectées et surtout à quelles finalités elles sont destinées. Nous savons par exemple aujourd’hui que les tenanciers des moteurs de recherche stockent des données de requêtes depuis l’origine de leur activité. Plusieurs téraoctets de données se trouvent donc sur les disques durs de sociétés avec une possibilité de retrouver l’identité d’un internaute en croisant ses données de requêtes. Afin de garantir le droit à l’oubli des internautes, une directive européenne adoptée le 15 mars 2006 propose une durée de conservation de 6 à 24 mois. Gageons que la transposition sera appliquée strictement par les Etats membres (avant 2009) et que les droits d’accès des internautes Web 2.0 feront écho de manière massive auprès des entreprises...


[L'Aquitaine Numérique 04] Dossier "Les médias d'information bousculés par internet"














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Ce quatrième numéro de l'Aquitaine Numérique poursuit en Lot-et-Garonne le tour d'Aquitaine des acteurs TIC publics et se fait l'écho de deux grand rendez-vous récents d'AEC: avec les candidats à la présidentielle dans le cadre des questions soulevées par CiNUM, et avec les Aquitains à qui a été présenté le premier volet du Diagnostic de l'Aquitaine Numérique nouvelle formule. Le dossier central, en pleine actualité, traite des médias d'information à l'heure d'internet et du numérique et fait notamment le tour des stratégies des grands acteurs régionaux en la matière: presse, radio, télé.



Le Dossier: Les médias d'information bousculés par internet
Marc Tessier a remis ce 19 février au ministre de la Culture et de la communication un rapport intitulé «La presse au défi du numérique». L’ancien président de France Télévisions y fait le constat d’une chute continue de la diffusion des journaux (de 15 millions de quotidiens vendus après-guerre à 8,5 millions aujourd’hui – plus 1,8 millions de gratuits) bien antérieure à l’arrivée d’internet. Il y confirme néanmoins, sans surprise, que le numérique introduit un facteur de déstabilisation – et de renouvellement – dans des secteurs d’activité sans cesse plus nombreux, au premier rang desquels les médias. Non seulement de nouveaux canaux de diffusion viennent concurrencer la presse, qu’elle soit papier ou audiovisuelle, mais ils sont le lieu de nouvelles pratiques qui reflètent une tendance générale à une participation accrue du consommateur à la création de valeur: en l’espèce, le voici baptisé, peut-être un peu vite, «journaliste citoyen». Les médias réagissent à ce défi, qui touche autant à leur statut et à leurs missions qu’à leur modèle économique, en expérimentant autour de la complémentarité des supports et en jouant la carte des contenus.

1. Internet des médias
2. Information participation
3. Recherche modèle économique
4. La presse expérimente

Retrouvez aussi en fin de dossier des ressources et des liens pour aller plus loin.

  • Cliquer ici pour afficher le texte du dossier dans son intégralité avec l’ensemble des liens


    • 1. Internet des médias

      24 heures d’internet
      En l’espace de 10 ans à peine, internet a conquis sa place dans la consommation média des Français: plus d’un Aquitain sur deux est désormais internaute (Diagnostic de l’Aquitaine Numérique, février 2007), avec une proportion record de 82% chez les 15-29 ans (Médiamétrie, dont la méthodologie tend à produire des chiffres élevés, table sur 57% d’internautes en France). On observe par ailleurs des usages en consolidation: l’INSEE annonçait en 2006 que le cap était franchi des 25% de Français consultant internet quotidiennement, et le dernier état de la consommation média des Français publié par Médiamétrie//NetRatings comptabilise un temps mensuel passé en ligne en augmentation de plus de deux heures entre décembre 2005 et décembre 2006: avec un pic à 24 heures en novembre 2006, il a été multiplié par quatre depuis 2002.

      Internet empiète
      La tendance est mondiale, on assiste à un phénomène de substitution des temps de consommation média. La presse papier est certes directement concernée, mais ce sont tous les médias qui sont touchés: si 77% des internautes aquitains déclaraient fin 2006 lire moins de magazines depuis l’arrivée d’internet, ils étaient 86% à déclarer moins regarder la télé. A cela vient s’ajouter un effet de dispersion et de brouillage plutôt inquiétant pour les médias de masse: une étude BIGresearch réalisée aux Etats-Unis en ce début d’année montre qu’environ deux tiers des sondés consultent un autre média tout en regardant la télé, en surfant sur internet ou en lisant le journal (avec des variations minimes d’un média à l’autre).

      Dispersion de l’audience
      On pourrait y voir un signe rassurant contredisant l’effet de substitution induit par internet mais, outre qu’aucun média ne saurait se réjouir de partager avec un autre le «temps de cerveau disponible» de son audience, ce chiffre traduit en réalité un phénomène de consommation média en mode multi-tâches qui vient remettre en cause la mesure traditionnelle de l’influence respective des différents médias, notamment à destination des annonceurs. Autre phénomène général, la fragmentation des audiences et la tendance à une consommation personnelle, voire solitaire: les récents tests clients en matière de télévision sur mobile ont montré que malgré un confort de visionnage à peine acceptable, les testeurs continuaient de regarder la télé sur leur mobile une fois rentrés à la maison (pour des besoins d’intimité avec le média) – avec à la maison deux ordinateurs, un lecteur DVD de poche et un iPod vidéo, il arrive en tout cas à l’auteur du présent dossier de retrouver les membres de sa petite famille tous occupés simultanément à regarder un film différent, chacun de son côté…

      Fragmentation de la fréquentation
      Le même phénomène commence à être sensible sur internet. Les instituts de mesure d’audience (Xiti, par exemple) constatent pour la première fois en ce début d’année 2007 une baisse de la fréquentation cumulée des sites qu’ils observent, même une fois redressées les variations saisonnières: la fragmentation de l’audience commence à affecter la fréquentation des grands sites leaders qui jusque là profitaient à plein de l’effet «tout au gagnant» induit par leur masse critique.

      Internet source d’info
      On va de plus en plus chercher en ligne de l’information. 42% des internautes aquitains ont sur internet une consommation au moins hebdomadaire d’information sur l’actualité, un chiffre en progression de 7 points sur 2006 et qui atteint les 75% si on y ajoute ceux qui en font une consommation occasionnelle. L’étude INSEE précise le tableau: internet représente une source d’information «importante» pour un Français sur deux, et ils sont 68% à estimer qu’internet est «une source d’information complémentaire aux journaux car il permet de trouver des informations de nature différente».

      Nouveaux modes d’accès
      Ce n’est pas seulement la nature de l’information qui est différente, mais ses modes d’accès et de consommation. Si l’info reste connotée (plutôt que véritablement qualifiée, dans les usages courants) par sa source, elle en est de plus en plus distincte quant à son lieu de consommation en ligne. Les démêles judiciaires de Google en Belgique ont mis en lumière la façon dont les agrégateurs type Google News reprennent les informations des sites de presse pour les proposer sous leur marque. La démocratisation du RSS, qui permet de s’abonner aux contenus d’un site comme à un fil d’agence, accentue la tendance: sa gestion est désormais intégrée en standard dans les dernières versions des principaux navigateurs, Internet Explorer et Firefox. NetVibes ou Windows Live permettent à chaque internaute de se créer son propre portail d’information, en regroupant sur une page personnelle des contenus issus de diverses sources, sites d’information, agrégateurs de news, blogs, etc. Plus besoin de passer par le site émetteur de l’information pour accéder à celle-ci, elle est automatiquement rapatriée au sein de ce portail personnalisé –11% des internautes s’étaient déjà abonnés à des flux RSS en août dernier selon l’étude Ipsos Media Profiling 2006, et l’intégration des outils dans Windows Vista ne fera que renforcer la tendance.

      Nouveaux modes de validation
      Parallèlement à cette capacité technique, l’évolution d’internet vers ce qu’il est convenu d’appeler le web 2.0 s’est appuyée sur une double valeur des communautés: le lien humain et sa force d’entraînement, d’une part, et la force du nombre, d’autre part (de la somme des apports individuellement inexploitables émerge à l’échelle de la communauté une création de valeur – les anglophones parlent de crowdsourcing). En pratique, cela se traduit par l’arrivée d’outils comme Digg, qui permet à chacun de soumettre une information glanée en ligne et de voter pour les informations qu’il trouve intéressantes. Une sorte de comité éditorial ou de rédac’ chef éparpillé «façon puzzle» entre tous les lecteurs, donc: c’est le principe de Wikio, qui agrège en amont et de façon automatique toutes sortes de sources, y compris des blogs. Scoopeo propose par ailleurs un outil qui s’apparente à une bourse à l’info, mais on commence à voir apparaître des sites comme NewsTrust où il ne s’agit plus de classer l’information en fonction de sa popularité, mais bien d’évaluer collectivement sa qualité et sa crédibilité.

      Interview de Franck Mathiau, responsable des programmes de France Bleu Gironde
      «Je suis convaincu de la complémentarité d’internet»
      Depuis plusieurs mois, Radio France propose bon nombre d’émissions en téléchargement. Ces podcasts rencontrent un vrai succès et se révèlent complémentaires de l’antenne – ils permettent d’élargir l’audience, de toucher un public plus jeune. C’est particulièrement vrai pour des antennes thématiques comme celle de France Inter; mais même une antenne comme celle de France Bleu Gironde peut donner lieu à découpage en contenus identifiés, récurrents, particulièrement adaptés à la diffusion sous forme de podcast – c’est d’ailleurs sur ce type de créneau que nous constatons actuellement notre plus forte croissance d’audience. Le public pourra donc télécharger des podcasts France Bleu Gironde d’ici un ou deux mois: l’outil technique qui permet de les mettre en ligne d’un simple clic est prêt, nous sommes actuellement en phase de test.
      Toutes sortes de contenus peuvent vivre en ligne une seconde vie, il est possible de les enrichir avec des données associées qui ne trouvent pas leur place à l’antenne, de mettre en place des synergies avec les artistes et les annonceurs. L’arrivée de la vidéo en ligne va dans le même sens: France Bleu Gironde avait produit il y a quelques années une série comique, «Le standard de Sabine et Martine», qui a connu un franc succès: nous venons de reprendre ce contenu audio en y ajoutant de l’image et la série est diffusée sur le site de France Bleu Gironde.
      Cette synergie avec le site internet est particulièrement efficace lorsqu’on peut proposer des produits fortement identifiés, ou des signatures, comme les blogs de Jean-Michel Apathie ou de Jean-Marc Morandini sur des antennes concurrentes. France Bleu Gironde fonctionne moins sur la starification, même si certains de ses collaborateurs sont très intégrés dans la vie locale. C’est du côté de l’ouverture à la parole des auditeurs qu’internet pourrait rendre des services: le répondeur que nous avons mis à disposition des auditeurs cette année implique des choix en termes de diffusion à l’antenne. Sur internet, une fois les contenus illicites expurgés, l’intégralité des messages des auditeurs peuvent être proposés, un équilibre se crée, une sorte de dialogue qui reflète les opinions.

      2. Information participation


      Succès des forums
      Les palmarès de fréquentation des sites internet placent régulièrement aufeminin.com et doctissimo.fr (sites de presse féminine et santé respectivement), tous deux des pure players sans version imprimée, loin devant tous leurs concurrents issus du papier. Leur force? des contenus spécifiquement taillés pour le web, et la place belle faite à l’expression des visiteurs sur les forums.

      L’utilisateur contributeur
      Les forums et autres lieux d’échanges en ligne sont nés en même temps qu’internet, mais ils ne constituent plus désormais qu’une facette d’un phénomène général répertorié sous l’étiquette UGC (user-generated content, contenu créé par l’utilisateur). L’exemple le plus médiatisé (suite à son rachat 1,65 milliards de dollars par Google un an et demi seulement après sa création) est celui de YouTube, mais son équivalent français DailyMotion connaît lui aussi une ascension fulgurante. Le principe est le même, il s’agit d’une plateforme d’hébergement de vidéos à laquelle se greffent divers outils d’animation de communauté: création de profils utilisateur, systèmes de vote, de commentaire, etc. Selon Médiamétrie-eStat, DailyMotion est rentré dans le trio de tête des sites français les plus fréquentés, après avoir vu ses visites multipliées par 9 en six mois pour atteindre 54,7 millions en décembre 2006.

      L’UGC comme chaîne de télé
      Un rapport Screen Digest (janvier 2007) évalue à 47% fin 2006 la part des contenus utilisateurs dans la masse explosive de la vidéo en ligne, et table sur 55% à l’horizon 2010, avec un bémol sur lequel on reviendra: cette masse ne génèrera selon les auteurs que 15% des revenus associés à la vidéo en ligne. Ce qui doit rassurer (un peu) les dirigeants de TF1, chaîne qui propose d’ailleurs désormais une émission hebdomadaire de Web-vidéos. W9, petite sœur de M6, proposera bientôt dans «W9.0: les internautes font leur télé» aux internautes de faire leur propre émission à partir de séquences vidéos qu’ils auront produites…

      L’accélérateur de la présidentielle
      De la même façon que les élections américaines de 2004 ont consacré l’influence des blogueurs, la présidentielle française est en passe de devenir celle de la vidéo en ligne. Les récentes mésaventures d’Alain Duhamel en sont un exemple: filmé à son insu alors qu’il évoquait ses choix politiques lors d’une rencontre «privée» avec une soixantaine d’étudiants, l’éditorialiste s’est vu interdire d’antenne par France Télévisions et RTL pendant toute la durée de la campagne; la vidéo s’est retrouvée sur DailyMotion où un blogueur politique l’a dénichée (presque 125000 visionnages à la date de rédaction). Cet épisode et d’autres du même genre ne sont d’ailleurs pas étrangers au succès d’audience de DailyMotion: c’est là qu’on peut revoir le débat télévisé de la veille, la vidéo caricaturant tel ou tel candidat… ou encore les débats publics de la Communauté Urbaine de Bordeaux. Des initiatives singulières viennent compléter le tableau, comme LaTéléLibre.fr, lancé par John-Paul Lepers (ancien de TF1 et de Canal+) ou encore le PoliticShow du blogueur bordelais Nicolas Voisin (notre dossier «Politique(s) sur les blogs», L’Aquitaine Numérique, sept. 2006).

      Des blogs par millions
      Selon Médiamétrie (novembre 2006), 8,7 millions d’internautes français consultent des blogs chaque mois (soit 30% de plus en un an); ils sont 4,5 millions à y poster des commentaires et 3,6 millions à avoir créé un blog (+60% en un an) – la barrière symbolique des 100 millions de blogs dans le monde a été franchie fin 2006, mais il est sans doute plus significatif encore de constater qu’à cette époque 17% des internautes aquitains de 15-29 ans avaient créé leur blog, un chiffre qui témoigne d’un usage qui a cessé d’être marginal. Il a donné naissance à toutes sortes d’espaces d’expression dont certains assument des positionnements qui recoupent ceux traditionnellement occupés par la presse et les médias en général (aux Etats-Unis, 34% des blogueurs assimilent leur activité à du journalisme). Ainsi Christophe Grébert, avec son blog MonPuteaux.com, assume-t-il à l’échelle locale un statut de média d’opposition. Dans la même filiation mais moins centré sur la vie politique, Greblog.net (mon Grenoble) est l’équivalent blog d’un journal local (tout comme Nice Premium mis en ligne par l’association Le Vieux Nice), tandis que les divers blogs de quartiers qui fleurissent à Paris privilégient la fonction d’animation d’un bassin de vie – on peut également mentionner la naissance prochaine du blog collectif notrebordeaux.com.

      encadré Vidéo en ligne et TV locale
      Suite au déploiement de son réseau haut débit, la Communauté d’Agglomération de Périgueux vient de lancer en février 2007 CAP TV News, un journal vidéo mensuel consacré à l’actualité de la CAP.

      Journalisme citoyen
      Un dossier ne suffirait pas à recenser toutes les initiatives «citoyennes» en matière d’information sur internet, de l’initiative individuelle aux réseaux plus structurés comme chronique-locale.com. Sur Agoravox, un comité organisé en strates vise les articles soumis à publication, à la fois quant au contenu et à la forme, et fait respecter la ligne éditoriale – le site compte à ce jour dans les 9000 contributeurs bénévoles, avec des signatures comme Eric Laurent, Grand reporter à Radio France et au Figaro, sur le même plan que le reste des contributeurs.

      Des outils à la portée de tous
      Le numérique a conduit à une démocratisation sans précédent des outils d’expression: c’est le cas pour les outils de publication en ligne, avec des plateformes de blogs gratuites qui offrent des fonctionnalités dont ne disposaient pas les sites professionnels il y a seulement quelques années; c’est aussi le cas des appareils photos numériques (50% des foyers Aquitains équipés fin 2006). En termes d’usages, 49% des 15-29 ans (et 21% de la population tous âges confondus, source Diagnostic de l’Aquitaine Numérique, février 2006) envoyaient déjà des photos par mobile fin 2005 – les attentats de Londres ont amplement montré que le mobile désormais dans toutes les poches était l’outil privilégié du scoop «citoyen», au point que certaines rédactions équipent les journalistes de modèles multimédias évolués.

      Une déontologie réservée à quelques uns?
      Reste que si quelques journalistes se lancent dans l’aventure du média participatif (on peut citer Youvox, Cafebabel, Obiwi ou encore Rue89 lancé par trois anciens de Libé), la plupart des «journalistes citoyens» n’en ont pas le statut (voir notre encadré juridique), ni les obligations déontologiques. Le rapport remis au ministre de la Culture envisage un label de qualité de l’information en ligne qui n’est pas sans créer le malaise à l’heure où l’expression citoyenne témoigne d’un sentiment de cloisonnement des médias en place. Mais c’est également d’un risque pour la démocratie que parle Raphaëlle Bacqué (Le Monde, 19 février) lorsqu’elle s’inquiète du discrédit des journalistes relayé par des politiques trop heureux de se voir opposer un panel de simples quidams lors des grands débats de la campagne télévisuelle. Deux modèles s’affrontent manifestement en matière d’information comme de vie politique: entre participation et représentation, internet permet au moins d’envisager toute une gamme de modèles hybrides ou intermédiaires.

      encadré juridique: Internet, des milliers de correspondants à la disposition des organes de presse
      Internet permet à des non professionnels de contribuer directement aux sites de presse, sur des blogs ou des forums de discussion, voire par la mise en ligne de photos et de vidéos. Comment leur activité est-elle encadrée par le droit?
      Le «e-correspondant» n’est pas un journaliste.
      Selon l’article L.761-2 du Code du travail, le journaliste est celui ou celle qui collabore régulièrement dans le domaine de la presse ou de l’audiovisuel (cette définition s’applique également au pigiste sous réserve que les piges constituent l’essentiel de ses revenus). Le journalisme est défini comme occupation principale, régulière et rétribuée; le journaliste doit tirer de sa profession le principal des ressources nécessaires à son existence, et travailler pour une publication quotidienne ou périodique, française ou éditée en France.
      Au vu de ces critères, le «e-correspondant» ne saurait être qualifié de journaliste. Il ne pourra donc pas bénéficier de garanties comme la dispense spécifique de divulgation de ses sources dans le cadre d’une procédure pénale (art. 109 § 2 du nouveau Code de procédure pénale).
      Le «e-correspondant» est tout de même protégé par la liberté d’expression et de la presse
      La presse est un terme multiforme dont le régime juridique relatif à la liberté d’expression s’étend à des domaines comme l’audiovisuel ou l’internet. Le «e-correspondant» bénéficie de cette liberté. Ne bénéficiant pas du statut de journaliste, le «e-correspondant» n’est cependant pas tenu de vérifier ses sources: nul besoin d’avoir «procédé préalablement à une enquête sérieuse empreinte d’un effort d’objectivité, telle qu’elle est attendue d’un journaliste professionnel».
      Les «journalistes citoyens», comme on les appelle, n’en restent pas moins responsables. La loi sur la presse de 1881 et le droit commun s’appliquent à toute publication, blogs et forums de discussion y compris. Ainsi, l’auteur de propos peut être poursuivi pour diffamation, injure ou encore dénigrement. Dans ce cas, les conséquences sont graves. Outre l’indemnisation de la victime, il faudra retirer les propos du site et le juge pourra ordonner la publication de la décision en page d’accueil.

      3. Recherche modèle économique

      Le journalisme citoyen est-il rentable?
      Les prédictions 2007 du cabinet Deloitte spécialisé dans les médias font du contenu utilisateur une tendance durable, mais le modèle économique n’est pas celui d’une rentabilité directe, plutôt celui d’un rachat ou d’un adossement à un groupe média classique, une opinion largement partagée par les acteurs les entrepreneurs de l’UGC (user-generated content) eux-mêmes. Le groupe californien McClatchy, ayant revendu son quotidien régional phare The Star Tribune 50% moins cher qu’il ne l’avait acheté en 1998, vient d’ailleurs de faire l’acquisition de deux médias citoyens, FresnoFamous.com et ModestoFamous.

      Recherche petites annonces
      Un site comme Craiglist, lancé à San Francisco par un particulier et désormais accessible pour 450 villes dans 50 pays, aurait cannibalisé 500 millions de dollars de revenus des journaux locaux américains alors que son propre chiffre d’affaires culmine à 30 millions de dollars: y mettre en ligne une petite annonce est pour l’essentiel gratuit, seules les annonces immobilières et les offres d’emploi dans les 6 plus grandes villes des Etats-Unis sont payantes – les services de ce type se multiplient en France, un véritable défi pour la presse quand on sait qu’un quotidien comme Ouest France, dont le niveau de rentabilité est inférieur à 5%, en tire 20% de ses ressources, explique Antoine de Tarlé, directeur général adjoint du groupe, dans sa contribution aux travaux de l’association En temps réel (octobre 2006). Autres menaces, Google et Microsoft se positionnent aussi sur le créneau des annonces classées dans le cadre d’une stratégie étendant du global vers le local leur emprise sur l’intermédiation, tandis que les acteurs publics locaux investissent le web 2.0 – la communauté d’agglomération de Périgueux lance un site de mise en relation, CAP Aide Partage, qui pourrait bien devenir l’autre mâchoire de la tenaille.

      Vente ou publicité?
      Début février, on a vu apparaître Congoo.com: l’idée est de proposer à ceux qui désirent de temps à autre accéder en ligne à des contenus d’information payants, de rassembler en un abonnement unique et économique 300 sources exigeant d’ordinaire chacune un abonnement spécifique. Peut-être un début de piste pour la commercialisation de contenus en ligne dans l’attente de solutions de micro-paiement à l’unité véritablement efficaces, mais à cela ne se limite pas le débat entre gratuit et payant. Les stratégies divergent notablement, au moins peut-on observer que le modèle dominant sur internet est celui de la monétisation du trafic par la publicité. Le secteur de la pub sur internet, s’il reste derrière les médias traditionnels, croît en France 5 fois plus vite: l’étude annuelle Internet Advertising Bureau France et TNS Media Intelligence vient de mettre en évidence une croissance de presque 50% du secteur sur 2006; avec plus de 2 milliards d’euros, il atteint 10% de la pub tous secteurs confondus et le nombre de nouveaux annonceurs y a progressé de 27%.

      A qui profite la pub?
      Internet a d’ores et déjà bouleversé le modèle économique des médias traditionnels en leur disputant la manne des annonceurs en ligne – voici que les mastodontes internet que sont Google et Yahoo! étendent au monde physique leurs ambitions de régies publicitaires: Google a lancé en novembre 2006 un partenariat avec une cinquantaine de grands journaux (dont le New York Times et le Washington Post) pour permettre à ses annonceurs internet de réserver des encarts papiers, et Yahoo! fait de même avec 140 quotidiens locaux. La radio n’est pas à l’abri, comme le montre le rachat par Google, début 2006, de Dmarc Broadcasting qui développe une solution de réservation en ligne de campagnes radio. En France, Kewego, plateforme de partage vidéo, offre quant à lui aux petits annonceurs de diffuser leurs spots sur 18 chaînes TV locales en plus de son propre site.

      Rémunération au trafic
      Paradoxalement, certains projets issus de la mouvance «journalisme citoyen» pourraient bien à terme rejoindre la généralisation du modèle publicitaire. Jay Rosen, professeur de journalisme à l’Université de New York, compte en effet lancer en avril 2007, avec le soutien financier de l’agence de presse Reuters, un site permettant à tout un chacun de financer un journaliste sur un sujet de son choix, sur le modèle de la souscription. De son côté, une des journalistes vedettes de ZDNet.com, devenue indépendante et poursuivant sa collaboration via un blog, vient de révéler qu’elle était rémunérée à la performance, en fonction du nombre de lecteurs qu’attiraient ses articles. Pas forcément une garantie de qualité ni d’indépendance de la presse, à bien y réfléchir.

      interview de Jean-Claude Sire, responsable du développement à France 3 Aquitaine
      «Les réseaux haut débits permettent d'explorer de nouveaux modes de diffusion à la demande»
      France 3 Aquitaine est engagée au sein de France Télévisions dans une stratégie multimédia et même «global media» pour prendre possession des nouveaux moyens de diffusion à destination du client/citoyen, de plus en plus orienté vers des produits audiovisuels à la demande. La stratégie de France 3 se fonde sur 4 axes forts: internet, très haut débit, 3G, TVOD (TV on demand). France 3 Aquitaine est de ce point de vue précurseur et joue un rôle pilote, grâce au dynamisme de la région en termes de réseaux urbains à très haut débit et de cohérence globale des réseaux. On peut d'ailleurs noter que si France 3 Aquitaine se classe 9e des 13 divisions régionales de France 3 au titre de la population desservie, son site se classe quant à lui 4e pour la fréquentation.
      Il y a deux ans, un partenariat technologique a été engagé avec Nalta Systems (Pau) pour le développement et le déploiement de NaltaVision, un outil de streaming vidéo qui permet la diffusion via internet des programmes en qualité numérique plein écran, 45 minutes seulement après leur diffusion hertzienne. La locale de Pau comptabilise 150 000 connexions depuis avril 2005 (l'équivalent en audience de 450 000 visionnages); celle de Périgueux, mise en ligne un an plus tard, compte déjà 50 000 connexions. Ces deux projets ont abouti grâce au soutien des communautés d’agglomération: d'ici à juin 2006, l'opération, unique à ce jour en Europe, devrait être étendue à la Communauté d'agglomération du BAB (Bayonne-Anglet-Biarritz) et à celle de Bordeaux (en relation avec le déploiement du réseau Innolia). Pour ce qui est de l'audience, il est notable que 25% des gens qui visionnent aujourd'hui sur internet les locales de Pau et de Périgueux le font depuis l'étranger.
      Un autre débouché est la téléphonie mobile à haut débit (3G). La négociation des droits de propriété intellectuelle au sein de la rédaction de France 3 a abouti en février 2007, de nouveaux partenariats deviennent envisageables: là aussi, France 3 Aquitaine est pionnière et développe pour SFR une maquette destinée à tester la diffusion d'infos régionales via mobile – les pré-requis techniques ont d'ores et déjà été validés.
      Le site internet évolue parallèlement depuis le début de l'année vers un portail interactif qui permet d'accueillir ce qui ne passe pas à l'antenne, voire d’envisager d’ici septembre 2007 la création d’une édition locale hebdomadaire là où le hertzien n'est pas adapté, comme dans le Lot-et-Garonne et dans les Landes.

      interview de Jean-Claude Bonnaud, président du Directoire du quotidien Sud Ouest
      «Il faut sortir de cette sinistrose [la baisse de la diffusion de la presse écrite, NDLR], il y a plus de complémentarité entre le numérique et le papier qu’on ne le dit»
      Pour tirer parti de la complémentarité entre papier et numérique, il faut d’abord partir du journal, le 2e quotidien régional français, adossé à un véritable groupe multimédia: la marque est essentielle dans la déclinaison de l’information locale et régionale sur les nouveaux supports numériques. Nous croyons à la pérennité du papier (nous avons construit en 2001 un nouveau centre d’impression sur la rive droite de Bordeaux), mais nous devons aussi être capables de faire passer nos contenus d’information par internet, par le téléphone mobile.
      450 000 euros seront investis en 2007 dans le cadre d’un plan sur 3 ans: la mise en ligne de la version 3 du site de Sud Ouest, qui doit devenir le grand portail régional d’informations, est prévue à l’automne. Le site actuel connait une fréquentation en forte progression, avec près de 4 millions de pages vues et plus de 310 000 visiteurs uniques en janvier dernier. Dans le même temps, nous ouvrirons un site le plus complet possible consacré aux résultats et classements sportifs, au plus près des clubs des villes et villages.
      La plateforme de blogs de Sud Ouest sera prête en mars. L’interaction entre un journal et son public passait depuis longtemps par le courrier des lecteurs. Aujourd’hui, nombre d’entre eux réagissent directement par mail. Pour leur répondre et restituer leurs avis, voire leurs critiques, nous avons créé un poste de médiateur, dont la rubrique est publiée chaque samedi matin dans Sud Ouest. Bien entendu, le médiateur sera l’un des premiers à tenir son blog, comme d’autres journalistes de la rédaction.
      À plusieurs reprises, nous avons pu mesurer le lien entre les lecteurs et leur journal. Lors des chutes de neige, nous avons reçu en quelques heures plusieurs centaines de photos prises dans toute la région après avoir lancé un appel sur le site. Internet doit également être pour nous un moyen supplémentaire de mise à disposition de nos publications. Un «feuilleteur» virtuel est en cours de test pour la consultation et la commercialisation en format Flash du journal, ainsi que la définition d’une politique commerciale pour des achats à l’article, des abonnements à une ou plusieurs éditions ou à nos suppléments.
      Sud Ouest compte actuellement une rédaction internet de trois personnes. Mais c’est bien l’ensemble de la rédaction qui doit progressivement intégrer la dimension web. Je note d’ailleurs que des journalistes mettent en ligne des interviews audio, voire vidéo, dont des extraits sont publiés sur le papier. L’aménagement des locaux du nouveau siège de Sud Ouest, dans le quartier de la Bastide à Bordeaux (achèvement des travaux fin 2008), prendra en compte les évolutions nécessaires à ces développements. Pour autant, l’ensemble de nos projets numériques ne doit pas faire oublier que le papier reste le cœur de notre activité.

      4. La presse expérimente

      Le cas particulier du papier
      De tous les médias, la presse est à la fois la première à s’être aventurée sur internet (pour des raisons de proximité des contenus: au commencement d’internet était le texte) et la première victime désignée, peut-être à tort, des bouleversements qui s’y produisent. Au moins note-t-on une accélération des expérimentations à l’échelle mondiale, qu’Eric Fottorino, Directeur délégué et Directeur de la rédaction du journal Le monde, invité le 13 février dernier à Bordeaux par la Société des lecteurs, résumait ainsi: «aujourd’hui, la proximité avec le lecteur est essentielle. Segmentation de la diffusion, déclinaison des contenus sur plusieurs canaux de diffusion, complémentarité entre papier et site web sont obligatoires.

      Ouverture communautaire
      Les sites d’information en ligne intègrent progressivement quelques outils technologiques, certains majeurs comme la possibilité de se créer un portail personnalisé via RSS (Time Magazine, Wall Street Journal), d’autres plus anecdotiques comme la transposition audio des articles par synthèse vocale (Washington Times, ZDNet) – le site de La Tribune permet aux abonnés d’annoter et de surligner les articles et d’en conserver une sauvegarde ainsi personnalisée. Mais l’évolution majeure réside dans l’ouverture des contenus à la communauté. Cela se traduit en particulier par la possibilité de commenter les articles («les faits sont sacrés, les commentaires sont libres» énonce la devise de Sud Ouest), comme sur le site de 20 minutes, de L’Alsace ou encore du Bien Public – un site institutionnel comme celui du Conseil régional d’Aquitaine s’engage également dans cette voie. Les plateformes de blogs s’inscrivent dans la même démarche, avec une conception exemplaire pour celle du Midi Libre et un bénéfice généralement sensible en termes de contenus et d’audience: Nielsen//NetRatings vient de révéler que les blogs des dix plus grands journaux américains avaient triplé leur audience entre décembre 2005 et décembre 2006, contre une croissance de seulement 10% des sites eux-mêmes.

      Pluri-média
      Si le lancement par l’Allemand Bild d’un magazine consacré à la vie des avatars de Second Life (The Avastar) ou l’ouverture par plusieurs sites d’information d’agences au sein de cet univers virtuel persistant font pour l’instant figure de démarches expérimentales, d’autres canaux sont en cours de banalisation, comme le fac-similé interactif au format Flash dont se dotent de plus en plus de titres – certains, comme e-France Magazine ou comme My Daily 10 (à destination des enfants, aux Etats-Unis) se lancent sous cette seule forme. L’Associated Press explore la diffusion des news sur la dernière console Nintendo, la Wii, tandis que le Times, notamment, sort une version spécifiquement adaptée à la consultation sur mobile. Le Figaro Magazine se lance quant à lui dans le podcasting. Cette tendance à la diversification des canaux de diffusion s’accompagne de recompositions du marché intégrant les grands acteurs TIC – en Hollande, l’opérateur télécom historique et le groupe de presse PCM Media viennent de se doter d’une filiale commune pour la création d’un gratuit national, Dag («Le Jour»): outre une distribution papier, il est prévu de le diffuser via internet et mobile, et sur les quelques milliers d’écrans connectés à l’internet équipant lieux publics, bars, trains et taxis dans le pays.

      Fusion et polyvalence des rédactions
      En France, les Echos testent la diffusion sur e-paper, un terminal d’affichage portable dédié mis à jour via internet. Eric Fottorino résume les enjeux: «le coût d’un journal est principalement lié à l’impression et à la diffusion. Toute technologie diminuant ces coûts sera regardée avec intérêt». Avec une incitation forte à faire se rapprocher les équipes papier et multimédia au sein des rédactions, autour de systèmes informatiques de production de contenus comme Méthode, de l’éditeur EidosMedia, qui intègre la gestion en amont de multiples canaux de diffusion. Les répercussions sur les rédactions en termes de métier comme d’effectif inquiètent les syndicats, ce qui annonce une année 2007 au moins aussi mouvementée que le fut pour le secteur 2006.

      encadré Blogs de journaux
      De grands médias nationaux comme Skyrock ou Le Monde ont ouvert leur plateforme de blogs pour cristalliser en ligne une communauté d’audience, drainer des contenus, des signatures et du trafic. La presse quotidienne s’illustre également dans l’exercice, avec une réalisation exemplaire pour MidiBlogs.com, lancé par le Midi Libre fin 2005. La plateforme héberge aujourd’hui plus de 2000 blogs régulièrement alimentés au sein d’une interface qui propose, outre une navigation thématique, de grands regroupements: les blogs de la rédaction, tenus par les journalistes du quotidien et bientôt ouverts à l’ensemble des collaborateurs du groupe qui s’engage dans une stratégie cross-média; les blogs des invités, personnalités locales et représentants de la société civile; les blogs politiques en cette période électorale; une zone mettant en valeur les dernier messages publiés, des rubriques humour, vidéo, etc. A noter, trois zones «blogs de villes» (13 blogs), «blogs de villages» (51 blogs) et «blogs de quartier» (6 blogs): souvent conçus en collaboration avec les mairies, ils sont l’équivalent au sein de la plateforme des rédactions locales du quotidien et constituent un axe fort de développement pour les mois à venir avec un démarchage systématique des municipalités.
      Détail notable: une page du quotidien papier est consacrée à la reprise des meilleurs articles parus sur la plateforme – pas encore de scoop recueilli de cette façon, mais avec le temps… En tout cas, le service apporté à la communauté de lectorat est sensible dans les commentaires. Pour plus d’informations sur la démarche, Michel Pelamourgue, rédacteur en chef multimédia au Midi Libre et porteur du projet en tient la chronique sur son blog:
      http://michelpelamourgue.midiblogs.com/les_blogs_et_la_presse_quotidienne_regionale/


      Pour aller plus loin

      Lessons From a Newsroom's Digital Frontline
      Les enseignements qu'un journal de Virginie a tiré de ses expérimentations sur le web: ce qui marche... et ce qui ne marche pas, juillet 2006.
      http://www.nieman.harvard.edu/reports/06-1NRspring/p53-0601-riley.html

      Presse et internet. Une chance, un défi: enjeux économiques, enjeux démocratiques?Contribution d'Antoine de Tarlé, DGA du groupe Ouest France, dans la collection des Cahiers de l'association En Temps Réel, octobre 2006.
      http://en.temps.reel.free.fr/cahiers/cahier26.pdf

      Rapport Tessier "La presse au défi du numérique", février 2007.
      http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/tessier/rapport-fev2007.pdf

      e-media TidBits
      Suivi des tendances des médias numériques par Poynter Online
      http://www.poynter.org/column.asp?id=31

      Value of Newspaper Media
      Ressources statistiques et études sur la presse (Etats-Unis); elles montrent notamment que les journaux augmentent leur zone d'influence grâce à leur site internet.
      http://www.naa.org/nadbase/

      Where The Young Get The News
      Présentation de la World Association of Newspapers à Paris les 16 et 17 février 2007 lors de la conférence co-organisée par l'UNESCO "New Media: The Press Freedom Dimension Challenges and Opportunities of New Media for
      Press Freedom" - orientations des jeunes en matière d'information.
      http://www.wan-press.org/IMG/pdf/background_paperEDITEDunescostyle.pdf

      Quelques blogs à suivre pour qui s'intéresse aux médias (et notamment à la presse) à l'heure d'internet:

      Demain tous journalistes? (Benoît Raphaël)
      http://benoit-raphael.blogspot.com/

      Mediacafé (Jeff Mignon)
      http://mediacafe.blogspot.com/

      L'observatoire des médias
      http://www.observatoiredesmedias.com/

      Micropersuasion
      http://www.micropersuasion.com/

      PRLand
      http://prland.blogs.com/prland/

      Et pour qui s'intéresse à la question vue sous l'angle de l'édition
      La Feuille (avec notamment l'excellent Hubert Guillaud, rédac' chef d'Internet Actu)
      http://lafeuille.blogspot.com/

[L'Aquitaine Numérique 03] Dossier "Stockage des données numériques: l'avalanche"














Télécharger l'Aquitaine Numérique 03
au format PDF (1,3 Mo)

Ce troisième numéro de l'Aquitaine Numérique rend compte des Entretiens Aquitains des Civilisations Numériques qui ont élargi à tout le territoire régional la réflexion initiée dans le cadre de Ci'NUM. Il poursuit par ailleurs en Dordogne tour d'Aquitaine des acteurs TIC publics. Le dossier central pose la question du stockage des données numériques et de leur conservation à terme - avec des implications particulièrement sensibles pour les collectivités soumises à de fortes contraintes en matière d'archives publiques, mais aussi pour les entreprises et même les particuliers.



Le Dossier : Stockage des données numériques: l'avalanche
Un canular vient de faire le tour de la presse spécialisée mondiale: l’auteur prétendait avoir mis au point une technique d’encodage graphique permettant de stocker jusqu’à 256 gigas de données numériques sur… une simple feuille de papier A4. Le renversement de perspective est savoureux, au moment où des projets comme Google Books, Microsoft Live Book Search ou encore celui de la Bibliothèque numérique européenne visent à numériser les bibliothèques – reste que la question se pose du stockage et de la conservation des données numériques en croissance ultra-rapide. Nos sociétés s’informatisent massivement, le cadre réglementaire et législatif étend progressivement à l’écrit électronique la valeur probante et les contraintes de conservation du document papier – les technologies aussi bien matérielles que logicielles évoluent, mais les défis sont nombreux et ne sont pas tous techniques: au-delà des coûts et des contraintes organisationnelles, c’est toute la question de la confiance dans le numérique qui se pose aux entreprises et aux collectivités. Elle se pose également au particulier dont la mémoire est de plus en plus numérique et déportée sur le réseau, avec deux risques paradoxaux: celui de l’amnésie et celui d’un droit à l’oubli qui s’effiloche.

1. Toujours plus de données
2. Des disques durs et des murs
3. Essor de la sauvegarde à distance
4. Archivage légal

Retrouvez aussi en fin de dossier les principales ressources pour les collectivités et le citoyen.

  • Cliquer ici pour afficher le texte du dossier dans son intégralité avec l’ensemble des liens


    • 1. Toujours plus de données

      De plus en plus rares sont les organisations à ne pas être entrées dans l’ère de l’informatique; la dernière édition (février 2006) du Diagnostic de la société de l’information en Aquitaine recensait 97% de communes et 96% de PME informatisées; les taux sont un peu moins élevés en ce qui concerne les TPE (65%) et les ménages (58%), mais désormais l’essentiel des données produites dans nos sociétés, à titre privé ou professionnel, font l’objet d’un traitement informatique et d’un stockage au moins temporaire au format numérique.

      Vers l’infini et au-delà
      A l’échelle mondiale, l’explosion des données numériques a quelque chose de vertigineux: en 2002, les chercheurs de l’université de Berkeley estimaient la production annuelle à l’équivalent d’une quinzaine de milliards de CD; les derniers chiffres parlent de 360 gigaoctets (soit quelque chose comme 500 CD) à la seconde… Au point qu’après méga et giga, d’autres ordres de grandeur risquent de passer dans le langage courant: téra (pour mille gigas) et péta (pour un million de gigas). Quelques organisations ont déjà déployé des systèmes de stockage à cette échelle: c’est le cas de Google, dont les différents services s’appuient sur une capacité de stockage répartie qui dépasse le pétaoctet. Quelques fabricants commencent d’ailleurs à proposer des systèmes intégrés affichant une telle capacité, comme EMC, l’un des leaders du secteur, en janvier dernier.

      Les PME aussi
      Le phénomène n’est pas spécifique aux géants emblématiques de l’internet: on estime qu’un établissement bancaire conserve désormais dans les 500 téraoctets de données numériques, soit 100 fois plus qu’il y a dix ans. Toutes les organisations ne se trouvent pas confrontées au même défi de montée en capacité, mais les besoins en stockage numérique des entreprises doublent tous les deux ans en moyenne – généralement, plus les entreprises et les collectivités sont grandes, plus la part des processus métiers intégrés dans le système d’information est élevée (et cette part est encore plus élevée dans le tertiaire), mais la tendance est générale: selon Gartner, 55% des PME devraient voir augmenter leurs besoins en stockage en 2007, une augmentation de l’ordre de 25% par rapport à 2006.

      Du stockage des données à celui des documents
      La nature des données évolue également: si les données structurées (type bases de données et listings) connaissent une croissance annuelle de 4%, elles ne représentent que le dixième des informations qui composaient, début 2006, le patrimoine numérique d’une organisation informatisée. Les 9/10e restants vont de la messagerie électronique aux fichiers multimédia et autres présentations PowerPoint, qui doublent de volume tous les deux mois pour une croissance cumulée sidérante de 6400% l’an (source IDC). Le Radicati Group estime que la taille moyenne d’un courrier électronique de nature professionnelle avec pièce jointe est actuellement de 300 Ko et que la part de ces courriels associés à des documents à valeur de preuve (contrats, propositions commerciales, factures, documents sociaux, etc.) a crû de 60% pour la seule année 2005.

      Une image vaut environ 18000 mots
      Le stockage de documents est bien plus gourmand que celui des données, comme l’illustre le cas de Constance, qui archive les données produites par certaines administrations nationales dont l’INSEE: 25 cartouches DLT (support à bande magnétique d’une capacité de 70 Go) suffisaient à conserver en mode texte l’intégralité des données collectées avant 1999, année où il a été décidé de conserver un fac-similé des formulaires de recensement: 300 cartouches d’une capacité double y sont désormais nécessaires. La démocratisation des appareils photo numériques et maintenant vidéo entraîne chez les particuliers des ruptures d’échelle équivalentes: une image vaut en effet environ 18000 mots, pour reprendre l’exemple mis en avant par les experts pour illustrer le phénomène: les 750 Ko d’une photo numérique compressée pour impression A4 suffisent à stocker 30 pages de texte.

      Perspectives de croissance accélérée
      Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte d’essor du haut débit qui favorise les échanges massifs de données numériques, autre élément de croissance déterminant. Avec l’arrivée des puces RFID et autres senseurs, les données collectées par les organisations vont par ailleurs remonter toujours plus haut dans la chaîne et intégrer, outre tout ce qui relève du transactionnel, le pré-transactionnel (production, logistique, traçabilité) – dans un second temps, nul doute que les départements marketing s’efforceront d’étendre la chaîne de collecte de données vers l’aval, pour suivre ou encadrer le cycle de vie des produits toujours plus loin chez le consommateur. Les analystes envisagent une multiplication des données produites dans ce cadre par un facteur de 10 à 100. Autant dire que les organisations comme les professionnels du stockage n’en ont pas fini de relever le défi de la conservation des données numériques, que ce soit à des fins de capacité à manipuler toujours plus de données au quotidien ou d’archivage à plus long terme.

      Tout augmente
      Les volumes de données augmentent, les capacités des supports aussi. La capacité moyenne du disque dur principal d’un PC est passée à coût quasi constant de 20 Mo en 1985 à 160 Go en 2006 (soit 8000 fois plus environ); les premiers disques durs externes d’un téraoctet (mille gigas) ont fait leur apparition chez Maxtor cette année, à moins de 1000 euros – certains avancent que le même produit coûtera 100 euros d’ici fin 2007. Les capacités augmentent également à encombrement équivalent: Fujitsu annonce pouvoir doubler encore la quantité de données au centimètre carré grâce à une technologie de chauffage de la surface inscriptible; l’arrivée à maturité prochaine des disques durs holographiques permet d’envisager d’augmenter dans des proportions considérables ce ratio stockage/encombrement, 500 Go tenant dans un cube de 2,5 centimètres de côté. Idem pour les supports optiques: le DVD, qui avec ses 4,7 Go a rapidement supplanté le CD dans l’usage courant, voit déjà se présenter une foule de prétendants au trône – le Blu-Ray avance 25 voire 50 Go, et promet de futures évolutions jusqu’à 200 Go; Hitachi entend de son côté commercialiser dès 2007 un disque optique holographique (HVD) d’une capacité de 300 Go pour moins de 100 euros. Les chercheurs planchent également sur l’application des nanotechnologies, les premiers résultats laissant espérer de pouvoir un jour stocker 12 téraoctets sur une surface équivalente à celle d’un CD, soit 17000 fois plus. D’ici 20 ans, résumaient des chercheurs réunis le 12 décembre dernier lors de la conférence Memories for Life, on pourra stocker sur un support de la taille d’un morceau de sucre le film de toute une vie au sens le plus littéral – le réalisateur et scénariste de Final Cut explorait déjà en 2004 les implications d’une telle évolution pour le rapport que chacun d’entre nous entretient avec sa propre mémoire et avec celle des autres, qui oublie autant qu’elle retient… en toute subjectivité.

      2. Des disques durs et des murs

      Les serveurs qui assurent l’accès aux fichiers entreposés sur l’espace de stockage assurent généralement une sécurité minimale des données en les répliquant à l’identique sur plusieurs disques durs (technologie RAID) – cette redondance procure une garantie minimale de pérennité instantanée des données en cas de défaillance d’un disque (l’industrie se garde bien d’avancer d’autre garantie qu’un temps indicatif moyen entre pannes…).

      Entre 1000 et 100 000 euros de matériel
      Un tel espace de stockage relié au réseau via serveur (celui-ci manipulant des données en volume croissant doit être doté de capacités de calcul en conséquence) coûte quelques centaines d’euros; il faut compter plusieurs milliers d’euros pour un système intégré capable d’assurer la circulation des données sur le réseau interne, et plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une infrastructure à la fois matérielle et logicielle permettant de traiter comme une seule entité divers supports de stockage éventuellement hétérogènes reliés en réseau dédié à grande vitesse.

      Plus tout le reste…
      Selon les exigences de continuité informatique des organisations, les besoins en infrastructure ne s’arrêtent pas là. Si la mise en place d’un onduleur permet de se prémunir contre des pertes de données liées à des irrégularités électriques, seule la mise en place d’une alimentation autonome de type groupe électrogène permet de faire face à une véritable coupure. Le coût de mise en œuvre d’une salle blanche grimpe très vite: climatisation pour maintenir une température optimale de matériels sensibles mais à fort dégagement de chaleur, filtration pour lutter contre les poussières, etc. Sur la seule année 2005, on estime à 150 millions d’euros les investissements consentis en France à ce titre. Sun Microsystems entend d’ailleurs commercialiser en 2007 une solution clé en main de centre informatique fonctionnant dans un conteneur, baptisée Black Box.

      Quelques datacenters en Aquitaine
      Le stade ultime d’une telle infrastructure est ce qu’on appelle un datacenter: un bâtiment de type bunker où tout est conçu pour assurer la sécurité des équipements et leur fonctionnement sans interruption; en France, la plupart sont concentrés à Paris (ou plutôt en région parisienne où le foncier est moins prohibitif). L’Aquitaine en compte néanmoins quelques uns, de tailles diverses, connectés ou confondus avec les infrastructures des opérateurs télécoms (stocker des données en lieu sûr est bel et bon, encore faut-il y accéder): ainsi le plus gros datacenter d’Aquitaine est-il le cœur de réseau de Neuf Cegetel, à Bordeaux-Lac. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut également citer les équipements de Cogent, sur les quais de Bordeaux, ceux d’Aditu à la technopole d’Izarbel, ceux déployés par la société d’économie mixte Pau Pyrénées dans le cadre de Pau Broadband Country, etc. – citons aussi le datacenter du Crédit Agricole à Gradignan (Atlantica), qui centralise depuis peu l’ensemble des données du groupe.

      Ne pas oublier la facture d’électricité
      Vidéosurveillance, contrôle d’accès, vigiles, adduction spécifique en électricité, systèmes anti-incendie – le maître-mot est redondance à tous les niveaux pour une résilience maximale, ce qui a son coût: la location d’une salle blanche vide au sein d’un datacenter peut à elle seule coûter entre 15000 et 20000 euros par an et par mètre-carré. Une étude IDC constate par ailleurs que la consommation en énergie des datacenters a été multipliée par 10 en dix ans (le coût énergétique du stockage informatique, avec ses conséquences environnementales, est souvent négligé, or Eurostat enregistre une majoration de 15% du coût de l’énergie entre 2001 et 2006). Une infrastructure de stockage sécurisée ne se résume pas à l’achat de gros serveurs, d’ailleurs rapidement obsolètes – au-delà du foncier, qui représente après tout un investissement pérenne et valorisable, les coûts de maintenance et de fonctionnement sont élevés – encore n’avons-nous pas mis sur la note toute la partie logicielle...

      Classeurs et dossiers ou gymnastique logicielle?
      On peut résumer caricaturalement le stockage de documents papier à un empilage raisonné. Celui des données numériques implique plusieurs couches successives d’abstraction logicielle venant se superposer sur une couche matérielle hétérogène (bandes magnétiques, disques magnétiques des disques durs, disques optiques type CD ou DVD). Dans le cas le plus complexe qui est celui des SAN (stockage area network), une couche logicielle présente au réseau de l’entreprise l’image d’un unique espace de stockage et se charge de répartir les données à stocker sur les espaces physiques disponibles – il est ainsi possible de simuler un espace virtuel bien supérieur à celui réellement disponible, quitte à rajouter un disque dur ou une bandothèque à la volée quand l’espace physique vient à manquer, de façon transparente pour le système. La déduplication de données se répand: une même chaîne binaire peut se rencontrer dans divers fichiers indépendamment de leur contenu explicite, elle n’est stockée qu’une fois. Dans quelques années, avec l’augmentation des puissances de calcul, même le stockage primaire mettra en œuvre cette technique qui sur des volumes de données importants permet une réduction drastique (jusqu’à 25 fois) des besoins en stockage matériel. Un document résulte par ailleurs parfois de l’agrégation de plusieurs fichiers, chacun codé dans un format généralement propre au programme qui l’a produit, le tout se trouvant encapsulé dans la base de données d’un système de GED (gestion électronique de documents) et donc inaccessible directement via le système de fichiers. Rajoutons à cela une couche de chiffrement comme la pratique s’en répand de plus en plus pour des raisons à la fois règlementaires et de bon sens, et l’on voit que retrouver une information à partir de son seul support matériel revient à vouloir reconstituer un livre au sein de la BNF à partir de divers tas de lettres bien rangées, par ordre alphabétique.

      3. Essor de la sauvegarde à distance

      Le marché mondial du stockage s’évalue annuellement en centaines de milliards de dollars et, s’il affiche depuis plusieurs années des taux de croissance globale à deux chiffres, ce n’est pas seulement à cause de l’explosion des besoins en stockage primaire, c’est-à-dire de données disponibles instantanément pour traitement. Les besoins à des fins de sauvegarde croissent encore plus vite.

      Sauvegarder ses données
      Sauvegarder ses données est une tâche complexe mais vitale; le CLUSIF (Club de la sécurité de l’information français) établit comme suit la liste des menaces qui planent sur l’informatique des entreprises, sur la base des incidents constatés en 2005: défaillance matérielle (44%), erreur humaine (32%), corruption logicielle (14%), virus (7%), catastrophes naturelles (3%) – dans le cas d’un incident sévère, la duplication des données en mode RAID n’est d’aucun secours et seul le fait de disposer d’une copie de sauvegarde permettra d’assurer la reprise de l’activité. On distingue historiquement entre deux méthodes de sauvegarde: sur la base d’une sauvegarde complète à intervalle régulier, on procède à plusieurs sauvegardes partielles intermédiaires, soit des fichiers modifiés depuis la dernière copie complète (sauvegarde différentielle), soit des fichiers modifiés depuis la dernière copie intermédiaire (sauvegarde incrémentale). Dans tout les cas, non seulement on limite la perte de données potentielle à l’intervalle entre deux sauvegardes, mais on conserve la trace des états successifs d’un fichier (un mail supprimé de l’état le plus récent de la base de messagerie peut par exemple être retrouvé).

      Assurer la continuité de l’entreprise
      La perte de données a un coût, comme leur sauvegarde: une étude de l’université Pepperdine (Malibu) l’évaluait à 18000 millions de dollars pour le seul secteur privé US en 2003. L’Europe a récemment déployé des efforts pour sensibiliser ses entreprises à la nécessité d’un plan de reprise d’activité (sans même parler d’un plan de continuité de l’activité pouvant mobiliser deux sites informatiques distants assurant la sauvegarde des données en mode quasi synchrone), mais du chemin reste à faire: une étude réalisée par IDC auprès de 150 sociétés (Royaume-Uni, France, Allemagne) constate que seulement 63% d’entre elles pensent être à même de restaurer leurs données stratégiques dans les 48 heures. Selon le dernier rapport du CLUSIF, il n’existe aucun processus formalisé de gestion de la continuité dans 42% des entreprises françaises de plus de 200 salariés; idem dans 72% des mairies de communes de plus de 30000 habitants. Alors à l’échelon en dessous…

      Sauvegarder en ligne
      Les questions liées à la sauvegarde des données dépassent largement le cadre du présent dossier et ne sont pas toutes techniques: dans bon nombre de PME et TPE, les procédures lorsqu’elles existent reposent sur l’intervention humaine et il n’est pas rare qu’on entrepose les bandes ou les CD dans une simple armoire à proximité de la salle informatique dont on redoute l’incendie… L’essor du haut débit a néanmoins permis l’éclosion d’une offre de sauvegarde en ligne automatisée: c’est sur ce marché qu’est par exemple positionné Nalta Systems, qui exploite sa propre salle blanche grâce à un logiciel développé dans le cadre du Programme régional d’actions innovatrices (PRAI) aquitain. ASP64, qui officie sur la base de l’infrastructure technique Aditu mise en œuvre par la communauté d’agglomération de Bayonne-Anglet-Biarritz, est également concepteur de sa propre technologie, c’est à souligner dans un marché où les offres de télésauvegarde foisonnent mais sont souvent revendues sous plusieurs marques – au prix de quelques euros du giga par mois, voire moins, hors abonnement annuel de quelques dizaines à quelques centaines d’euros selon le niveau de service associé.

      Le stockage en ligne de plus en plus populaire
      La tendance à externaliser via internet la sauvegarde et plus généralement le stockage de ses données ne touche pas que les entreprises. C’est ce que confirme par exemple Agematis, basée à Bruges, qui s’est spécialisée dans le développement d’applicatifs dédiés (notamment pour l’offre professionnelle Securitoo d’Orange) et qui a fourni le logiciel sur lequel repose l’offre Neuf Gigas de Neuf Télécom: 140000 particuliers sont d’ores et déjà clients de cette offre intégrée dans le bundle triple play de l’opérateur (gratuitement en zone de dégroupage total) et utilisent à ce titre un espace de stockage virtuel; ce type de service devrait d’ailleurs se banaliser chez les opérateurs. Signe des temps, Western Digital, poursuivi en action collective pour avoir commercialisé des disques durs d’une capacité effective inférieure à ses spécifications, vient de se tirer d’affaire en offrant à ses clients lésés… un logiciel de stockage en ligne.

      Disque dur virtuel virtuel
      Les capacités de stockage des boîtes mail, Gmail en tête, avaient amorcé la tendance, des services comme GDrive ou Live Drive (la riposte de Microsoft à Google et à quelques autres…) intègrent dans le poste de travail un disque dur virtuel qui vient s’ajouter aux capacités de stockage locales de l’ordinateur. Le concept n’est pas neuf, mais l’accroissement de la bande passante et des capacités de stockage déployées pour leur besoins propres par quelques géants l’a rendu presque transparent pour l’utilisateur. Un article récent de la revue du MIT intitulé précisément The Internet Is Your Next Hard Drive explique par ailleurs comment le lancement en mars dernier d’Amazon S3 (pour Simple Storage Service), un service bon marché d’hébergement de base de données destiné à dispenser les startups de se doter de leur propre datacenter préalablement à toute offre de service en ligne, a donné naissance à toute une série de jeunes pousses spécialisées… dans la sauvegarde en ligne. Celles-ci commercialisent donc un espace de stockage auquel elles ne disposent d’aucun accès physique.

      Mais où sont donc mes données?
      Depuis la bureautique avec des outils comme Writely et autres Google Calendar jusqu’à la relation client dans le cadre de Salesforce.com, le mode ASP (applicatif hébergé en ligne et non plus sur le poste de travail) gagne rapidement – selon Gartner, il représente déjà 5% des ventes de logiciel aujourd’hui et devrait atteindre 25% dès 2011. Cette tendance accompagne et renforce celle à l’externalisation des données et à la virtualisation du stockage (les argumentaires commerciaux en rabattent sur le côté coffre-fort en ligne et en rajoutent sur les facilités de synchronisation de matériels hétérogènes en situation de nomadisme….). Le parallèle bancaire est frappant: planquer quelques pièces d’or sous son oreiller, louer un coffre à la banque ou y ouvrir un compte-courant implique la même gradation de virtualisations en cascade – et de confiance à étages: dans la banque, dans le système monétaire, etc. La confiance, c’est bien là que tout se joue; savoir où sont physiquement ses données, pouvoir y accéder d’un coup de voiture et voir clignoter les LED de contrôle après avoir été visé par deux vigiles, voilà un argument que les hébergeurs de proximité avancent volontiers, qu’il s’agisse de stocker ses sauvegardes ou de faire héberger son site. Les experts de l’intelligence économique ne les contrediront pas, qui s’inquiètent de voir le patrimoine numérique des entreprises dépendre de plus en plus d’une infrastructure logicielle et maintenant matérielle maîtrisée à l’étranger.

      Attention, espions !
      Plus de la moitié des 201 professionnels du stockage réunis fin 2005 à l’occasion de la conférence Storage Networking World estimaient leur infrastructure de stockage en réseau mal préparée pour faire face aux piratages. Le risque d’intrusion est fort heureusement de plus en plus souvent pris en compte, sinon maîtrisé: 69% des PME aquitaines protégeaient leur réseau interne par un pare-feu en 2005, contre seulement 58% en 2004 (source Diagnostic de la société de l’information en Aquitaine, AEC). Avec l’essor de la mobilité, la question se complique encore; le rapport 2006 du CLUSIF note une multiplication par 6 à 10 en 2 ans des vols de matériels informatiques en entreprise. « C’est effroyable le nombre de vols d’ordinateurs portables qui se produisent depuis trois ans. Une fois sur deux, il s’agit d’attaques ciblées et délibérées. » précise un inspecteur de la DST cité dans le dossier « Intelligence économique, la France pillée » de l’Expansion (nov. 2006). La solution: le cryptage systématique des données. Le même dossier souligne la nécessité de veiller à mettre en place, en même temps que l’infrastructure de stockage, une gestion à la fois matérielle et logicielle des accès, des identités, des habilitations, etc. Et de rappeler les mésaventures récentes de Schneider et de Valéo: dans les deux cas, on a retrouvé chez un stagiaire chinois des données de l’entreprise, pour certaines hautement stratégiques. « On est pris entre deux feux, confirme Alain Juillet, Haut responsable à l’intelligence économique auprès du Premier ministre: créer des passerelles avec les pays étrangers, notamment via des étudiants et des stagiaires, et protéger nos informations ». Où l’on en revient aux pare-feux: dans nos sociétés ultra-informatisées, certains matériels homologués par la Défense nationale sont devenus l’objet de curiosités diverses, y compris des réseaux terroristes.

      4. Archivage légal

      En informatique, il existe une distinction historique entre sauvegarde (à des fins de restauration ou de réutilisation ultérieure) et archivage (à des fins de conservation à moyen ou long terme, généralement de données auxquelles il n’est pas impératif d’assurer un accès rapide ni répété).

      Les technologies évoluent
      On utilise souvent encore des systèmes en cascade, le stockage primaire étant assuré sur disque dur pour les données auxquelles on doit accéder en permanence, la sauvegarde étant assurée sur bande (malgré des temps d’accès élevés en lecture comme en écriture) pour des raisons de moindres coût et encombrement au giga, et l’archivage s’effectuant sur support optique, celui-ci offrant l’avantage de proposer un mode WORM (write once read many) matériel garantissant les données archivées contre toute modification ultérieure. Néanmoins, ces dernières années ont vu ces fonctions et leurs spécificités se déporter du matériel vers le logiciel: le prix des disques durs baissant, il est devenu possible de mettre en œuvre des bandothèques virtuelles (VTL, virtual tape library) sur disque dur offrant à la fois des capacités de stockage de masse et des temps d’accès réduits raccourcissant les durées de sauvegarde, donc l’intervalle de perte de données potentielle. Des technologies de WORM logiciel permettent par ailleurs de « geler » les secteurs d’un disque dur et donc de garantir la non-modification des données qui y sont archivées.

      Le cadre juridique se resserre
      Mais c’est surtout sous la pression des évolutions juridiques et réglementaires que la distinction entre sauvegarde et archive s’estompe, l’informatique devant permettre de conserver – et de présenter à la demande – des données inaltérées sur des durées de plus en plus longues. Depuis 2002, les entreprises américaines et celles avec lesquelles elles font affaire sont ainsi soumises à la loi dite Sarbanes-Oxley: adoptée suite à des scandales comme la faillite Enron, elle prévoit en particulier l’obligation de procéder à la sauvegarde pendant 10 ans de toute une série de documents et de leurs traces électroniques: éléments comptables, bons de commande et de livraison, factures, contrats, etc. Certaines pièces comme les contrats fonciers et les contrats de travail voient leur archivage obligatoire porté à 30 ans.

      Confiance numérique…
      En France, la Loi pour la confiance dans l’économie numérique (2004) et ses décrets d’application vont dans le même sens, obligeant par exemple le professionnel à conserver pendant 10 ans les données relatives à tout contrat de plus de 120 euros conclu par voie électronique; quoi qu’il en soit, depuis la loi du 13 mars 2000 (décrets d’application en 2005), si l’intégrité et l’authenticité du contenu archivé sont prouvées, celui-ci fait preuve indépendamment de son support, ce qui transfère à la donnée numérique la valeur du papier – et ses obligations de conservation sur des durées diverses – en cas de litige (commercial ou social) ou d’enquête des services fiscaux ou boursiers (loi française dite de Sécurité financière, août 2003). Les contraintes sont particulièrement fortes dans le secteur bancaire: la directive européenne MiFID (avril 2004) et l’accord Bâle II impliquent le recours au summum de ce que le marché peut offrir en matière de stockage numérique.

      …données personnelles…
      La mise en œuvre technique est encore compliquée par la recommandation contradictoire adoptée par la CNIL le 11 octobre 2005 quant aux modalités d’archivage électronique de données à caractère personnel: celle-ci prévoit des procédures d’archivage distinctes suivant les catégories de données collectées – l’entreprise doit garantir l’intégrité des données archivées ainsi que la traçabilité des consultations; elle doit en outre être en mesure d’effectuer, le cas échéant, toute purge ou destruction sélective de données.

      … et simplification du droit
      Après l’équivalence juridique du mail et du courrier papier sous certaines conditions techniques d’intégrité, le projet de loi dit de simplification du droit s’apprête à instaurer les bulletins de salaire et les relevés bancaires dématérialisés – comme les lettres recommandées, avec un marché annuel de 185 millions d’envois par les entreprises que vise par exemple Depotmail, lancé par Experian en partenariat avec des huissiers de justice; les conditions sous lesquelles ceux-ci (comme les notaires) peuvent conserver des pièces dématérialisées viennent également d’être précisées. Autant de pièces auxquelles il faudra bien assurer une certaine pérennité numérique en les stockant sur un espace adapté.

      La DGME poursuit ADELE
      On peut penser que le particulier saura faire preuve de patience en attendant le coffre-fort électronique, cet espace de stockage en ligne sécurisé et personnalisé au sein de mon.service-public.fr prévu par le plan ADELE initié par l’ex-ADAE et repris par la Direction générale de modernisation de l’Etat (DGME) en janvier dernier, mais en ce qui concerne les collectivités d’ores et déjà engagées dans la dématérialisation des marchés publics ou du contrôle de légalité, l’urgence est tout autre. Plateformes et tiers de confiance sont bien au rendez-vous… ainsi que les premières pièces dématérialisées – et c’est bien là le hic: la loi prévoit par exemple la conservation des données relatives aux marchés sur des durées relativement longues de l’ordre de la dizaine d’années, mais ce rôle ne saurait à ce jour échoir aux plateformes de dématérialisation tierces (certaines l’assument pourtant pour six mois, après quoi…) et peu de collectivités disposent des outils nécessaires à un véritable archivage numérique.

      Archives publiques
      La question dépasse en fait le cadre de la dématérialisation: le Code du patrimoine définit comme archive tout document (y compris numérique) produit par une administration ou une collectivité et distingue entre archive courante (le document est en cours d’édition ou susceptible de traitement), intermédiaire (le document une fois clos doit être conservé pour une durée dite d’utilité administrative pouvant varier entre 5 et 30 ans) et définitive (le document est détruit, ou il présente une valeur patrimoniale ou historique et il doit être versé aux Archives départementales dont relève la collectivité – comme les services déconcentrés de l’Etat depuis la loi de décentralisation). Après un délai variant de 30 à 150 ans, les archives publiques doivent de plus pouvoir être consultées par tout citoyen.

      Archivage en propre
      Les entreprises recourent de plus en plus aux services d’un tiers archiveur sur le modèle des tiers certificateurs (marché sur lequel la Caisse des dépôts s’est par exemple positionnée avec CDC Arkhineo qui vient compléter la gamme ouverte avec FAST). Depuis une circulaire de 1997, les archives intermédiaires de l’Etat peuvent être déléguées au privé, lorsqu’elles ne sont pas susceptibles d’archivage définitif et à la condition expresse qu’elles demeurent sur le territoire national. Les collectivités doivent quant à elles impérativement conserver leurs archives dans un bâtiment public et se voient interdire le recours au privé par l’article R1421-4 du Code général des collectivités territoriales. Un projet de loi adopté en Conseil des ministres le 24 août dernier envisage d’aménager ce régime et vise à encadrer la délégation d’archives publiques à des sociétés privées en faisant le constat que cette pratique s’est dans les faits déjà répandue – on a vu la complexité de mise en œuvre d’une infrastructure d’archivage électronique.

      Référentiel commun et mutualisation
      Un certain nombre de référentiels d’interopérabilité et de cahiers des charges ont été élaborés en concertation avec la Direction des Archives de France dans le cadre d’ADELE103 pour permettre aux collectivités de satisfaire en propre à leurs obligations d’archivage; mais vu les coûts impliqués, la mise en place d’une offre publique mutualisée semble s’imposer. C’est la solution d’ores et déjà retenue dans les Landes, où le syndicat mixte centre de gestion informatique des communes du département ouvrira à cet effet une salle blanche en juillet prochain, à l’occasion de la « délocalisation » de l’ALPI à la Maison des communes de Mont-de-Marsan.

      Archiver en amont
      La difficulté de l’archivage numérique, au sens où l’entendent les Archives, tient aussi à ce qu’il doit être pris en compte très en amont, dès la création de la donnée numérique au sein des applications (pour diverses raisons notamment de compatibilité de format et de sécurisation des données et métadonnées: auteur, rôle administratif, lieu, service et heure de saisie, etc.) – ce point impliquerait notamment la mise aux normes de tous les applicatifs métiers des collectivités, ce qui à soi seul est un chantier d’un certain intérêt... Sans compter qu’il convient là aussi de prendre en considération les contraintes propres aux données personnelles.

      …pour les générations futures
      Un autre défi, qui se pose à la fois aux collectivités et aux services des Archives, est celui de la conservation à long terme des données numériques, sur lequel on dispose à ce jour d’une très faible visibilité. La question des formats de fichiers et des logiciels permettant leur lecture trouve un début de réponse à la fois dans la généralisation de standards d’archivage et dans la virtualisation, une technologie logicielle qui permet de simuler sur n’importe quelle machine informatique un ordinateur exploitant un système d’exploitation devenu caduc et d’y faire fonctionner les logiciels nécessaires… pour peu d’en avoir conservé une copie intègre (cela vaut toujours mieux que de maintenir en état de marche un exemplaire de chaque génération significative d’ordinateur comme c’est le cas aujourd’hui).

      Civilisation numérique ou pas?
      La question de la fiabilité des supports est autrement épineuse: les pièces mécaniques des disques durs et même des bandes les rendent fragiles, les lecteurs et les standards matériels deviennent obsolètes, et une récente étude rendue au ministère de la Culture et de la Communication sur la base de quelque 250 CD issus de divers services d’archives a conclu que pour plus d’un disque sur 5, le risque de perdre des données était bien réel, et même très élevé pour un disque sur 8 (dans ce dernier cas, certaines données peuvent même être définitivement perdues). La seule parade à ce jour consiste à opérer une migration continuelle des données sur des supports plus récents au fur et à mesure de leur vieillissement. On aura beau jeu de conclure en citant les termes de l’audit de performance lancé en octobre dernier par la DGME, dont l’objectif est de « rappeler les enjeux de l’archivage électronique […] tout en comparant, à document équivalent, les coûts et avantages respectifs des dispositifs papier et électroniques. »

      Principales références pour le citoyen et les collectivités:

      Cette page des Archives de France sur le site du ministère de la Culture et de la communication constitue un véritable centre de ressources pour quiconque s’intéresse à l’archivage électronique:
      http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/fr/archives%20electroniques/index.htm

      Le groupe de travail Pérennisation des Informations Numériques qui regroupe acteurs publics et acteurs techniques privés de l’archivage propose également diverses ressources:
      http://vds.cnes.fr/pin/pin_ressources.html

      Le site Synergies - les ressources d’ADELE, mis en œuvre par le ministère du Budget et de la Réforme de l’Etat, recense les textes et normes relatifs à l’archivage (en France, en Europe et à l’échelle internationale):
      http://synergies.modernisation.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=80

      Présentation de l’expérimentation en cours du coffre-fort électronique sur mon.service-public.fr:
      http://www.service-public.fr/monservicepublic/index.html

      Personnes ressources:

      Mme Françoise Banat-Berger, Direction des Archives de France:
      francoise.banat-berger[at]culture.gouv.fr
      Télécharger sur le site d’AEC le support PowerPoint de sa présentation de l’archivage électronique en novembre dernier dans le cadre d’une journée d’information ADELE103:
      http://www.aecom.org/blog/veille/pdf/archivage%20electronique%20nov2006.ppt (1,85 Mo)

      M. Gabriel Ramanantsoavina, DGME:
      gabriel.ramanantsoavina[at]dgme.finances.gouv.fr


[L'Aquitaine Numérique 02] Dossier "La fibre, chez vous"














Télécharger l'Aquitaine Numérique 02
au format PDF (1,2 Mo)

Ce second numéro de L'Aquitaine Numérique tire les premiers enseignements de Ci'NUM 2006 avant la sortie le 8 décembre prochain des "Scénarios du futur". Il initie par ailleurs un tour d'Aquitaine des acteurs TIC publics - première étape: les Landes. Et un dossier central qui se penche sur l'actualité des réseaux avec les premiers signes en France de l'arrivée de la fibre optique jusqu'à l'abonné, à la veille de la conférence organisée le 1er décembre prochain autour du plus grand réseau métropolitain d'Europe en cours de déploiement par la Communauté urbaine de Bordeaux.

Le Dossier : La fibre, chez vous
Après l'aDSL, le dégroupage et le triple play, c'est la fibre optique jusqu'à l'abonné qui commence à faire parler d'elle. En France, Free annonce des plans de déploiement commercial tandis que France Telecom lance des tests grandeur nature. Le ministre de l’Industrie annonçait le 9 octobre dernier un objectif 2012 de quatre millions de foyers français raccordés ; Paris mise également sur la fibre jusqu’à l’abonné pour s'aligner sur les grandes métropoles européennes. Un pari de la fibre que certains pays d’Asie comme le Japon et la Corée ont déjà engagé à l’échelle nationale, imités par certains opérateurs en particulier aux Etats-Unis.

L’occasion de faire le point sur la technologie, sur ce qu’on peut en attendre, sur l’état mondial des déploiements et ce qu’ils peuvent nous apprendre quant à nos conditions d’accès au réseau dans un avenir pas si lointain – avec un mot d’ordre partagé par les opérateurs et les collectivités, encore que parfois dans des acceptions divergentes : anticiper.

1. La technologie et ses performances
2. Conditions de déploiement
3. Perspectives mondiales
4. Services et usages
5. Etat des lieux en Aquitaine


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    • 1. La technologie et ses performances

      Un cheveu de verre
      C’est dans les années 1970 qu’on a mis au point une fibre au sein de laquelle il devenait possible d’acheminer un signal lumineux sur de très grandes distances, avec des applications pour les télécommunications à grande échelle. Ce fil de silice (principal constituant du verre) a l’épaisseur d’un cheveu (quelques dizaines de microns) ; pour le protéger des atteintes du milieu extérieur (et de l’eau en particulier qui le rend cassant), on gaine ce fil d’un film de résine qui le rend souple et permet sa manipulation, généralement au sein de câbles qui regroupent plusieurs centaines de fibres. Ces cinq dernières années, des avancées en matière de fibre optique plastique, moins chère mais surtout plus flexible, ont facilité le câblage intérieur des bâtiments.

      Du câble au kilomètre
      La transmission d’un signal optique offre des gains de performances tels par rapport à celle d’un signal électrique le long d’un fil de cuivre, que depuis les années 1980 on a procédé à l’interconnexion optique des centraux téléphoniques de par le monde. D’abord conçus pour l’acheminement de la voix, ces centaines de milliers de kilomètres de câble optique assurent d’ores et déjà le transit des données à l’échelle mondiale – certains, notamment sous les océans, font plusieurs dizaines de milliers de kilomètres.

      Transport et collecte
      Du point de vue de l’organisation générale des réseaux, on parle de réseau de transport à propos de ces grands axes qui relient à l’échelle mondiale et nationale les grands centres névralgiques de la circulation planétaire des données (pour l’essentiel les métropoles). Pour leur partie terrestre, complétée par le système satellitaire, la fibre optique y est la règle. L’échelon juste inférieur, dit de collecte, vient se greffer sur ces réseaux de transport pour mailler le territoire environnant, à l’échelle d’une région, d’un département, d’une agglomération : cette étape amène le réseau à quelques kilomètres de l’abonné. A ce niveau également, l’emploi de la fibre optique est désormais généralisé.

      Desserte : jusqu’à l’abonné
      Lorsqu’une infrastructure de collecte est en place, reste à parcourir les quelques centaines de mètres, voire les quelques kilomètres, qui séparent encore l’abonné d’un accès au réseau. Ce dernier niveau de capillarité est désigné sous le terme de desserte, ou de boucle locale, et c’est là que se situe l’enjeu actuel autour de la fibre : depuis quelques années, c’est majoritairement via le fil de cuivre téléphonique qu’on a permis l’accès final à l’internet à haut débit, grâce à la technologie DSL – diverses évolutions aussi bien technologiques que règlementaires ont permis le dégroupage, c’est-à-dire l’accès à cette partie du réseau par d’autres opérateurs que l’opérateur historique, et l’apparition d’offres triple play combinant haut débit, téléphonie et télévision, le tout via internet. On sait bien, néanmoins, que la disponibilité de ces offres est variable sur le territoire, ainsi que leur coût.

      Le cuivre au bout du rouleau ?
      Même si certains misent encore sur le cuivre (on apprend la naissance d’un consortium autour d’une nouvelle technologie cuivre dite DSM), il semble bien néanmoins qu’on approche de ses limites techniques. La principale d’entre elles tient à l’affaiblissement du signal : plus la distance à parcourir est grande, plus le débit qu’on peut obtenir est faible – au point qu’au-delà de quelques kilomètres il devient impossible de fournir un accès haut débit.

      Très vite, très loin – et pour très longtemps ?
      Cette limitation n’existe pas en ce qui concerne la fibre optique – du moins pas à l’échelle de quelques kilomètres : début 2006, l’institut technologique berlinois Fraunhofer et Fujitsu ont revendiqué un record de vitesse à 160 gigabits par seconde sur une liaison en fibre optique de 4000 km… La même expérience a permis d’atteindre, sur une distance de 160 km excédant largement les besoins d’un réseau de desserte, un débit de 2,56 térabits, soit l’équivalent de 60 DVD, par seconde. Certes, on parle là de mesures expérimentales obtenues sur des technologies de pointe destinées à augmenter un jour les performances des grands câbles sous-marins et terrestres sans investir à nouveau dans l’infrastructure. Mais cela dit bien les capacités d’évolution et la pérennité de la fibre optique en matière de télécommunications. Question développement durable, elle offre par ailleurs sur le cuivre l’avantage d’être très peu rayonnante, donc de ne créer aucune perturbation vis-à-vis des autres réseaux, et d’être plus économe du point de vue énergétique.

      Du très haut débit…
      Même en laissant de côté les expérimentations de laboratoire, la fibre optique offre déjà en standard des performances de débit tout à fait appréciables ; elles varient en fonction du support matériel et de la technologie de transfert des données, mais pour situer les idées les déploiements commerciaux en cours offrent à chaque abonné des débits variant entre 50 mégabits et un gigabit par seconde. Ce dernier chiffre annoncé en Corée permet de transférer le contenu d’un Cdrom en 6 secondes. Pour comparaison, le mieux que le fil de cuivre délivre aujourd’hui en France dans le cadre d’une offre commerciale est un débit de 20 mégabits jusqu’à 1 km.

      … symétrique
      Encore s’agit-il là du débit descendant depuis internet vers l’utilisateur, le débit remontant, utilisé notamment en cas de mise en ligne de fichiers, restant bien plus faible, d’où le « a » d’aDSL, pour « asymétrique ». Le SDSL qui en est la version symétrique permet au mieux un débit de 8 mégabits jusqu’à 2 km. Sur fibre optique, les débits exprimés sont symétriques, il s’agit d’une capacité de transfert de données équivalente qu’il s’agisse de les rapatrier vers sa machine depuis internet ou de les mettre en ligne depuis son ordinateur. Dernière différence technologique qui présente un intérêt d’ordre général auquel sera particulièrement sensible la proportion sans cesse croissante d’internautes qui jouent en ligne, le temps de réponse à une instruction envoyée sur le réseau (le « ping ») est plus court, d’où une réactivité des applications partagées en ligne, ludiques ou non, bien meilleure.

      Notion de très haut débit
      La notion de haut, voire de très haut débit, n’est pas une donnée technique ; elle s’apprécie en fonction non seulement des performances relatives des diverses technologies du moment mais aussi des applications, des usages et de l’état moyen du marché (national et mondial). Une perception encore compliquée par les discours publicitaires et une confusion entre les unités de mesure des débits (mégabits par seconde) et de taille de fichiers (mégaoctets, soit 8 mégabits). Pour clarifier la question, le Syndicat professionnel des fabricants de câbles électriques et de communication (SYCABEL) propose une nomenclature : bas débit en-dessous d’un Mbps (mégabit par seconde), moyen débit entre 1 et 10 Mbps, haut débit de 10 à 100 Mbps et au-delà. Une façon de figer le discours pour un temps autour d’une terminologie commune malgré la croissance continue et exponentielle des débits consommés depuis l’invention du télégraphe.

      2. Conditions de déploiement

      Les avantages réels de la fibre – performance, pérennité, évolutivité – se heurtent à l’ampleur même du chantier de déploiement d’un réseau de desserte. Il s’agit de mettre en place un réseau optique qui se substitue ou vienne doublonner le réseau de terminaison cuivre déployé par les grands opérateurs téléphoniques historiques de par le monde. Selon l’Idate, l’investissement à l’échelle de la France se monterait à 10 milliards d’euros pour couvrir 40% de la seule population urbaine, et à 30 milliards supplémentaires pour couvrir les 60% restant – sans même parler de desservir l’intégralité du territoire (pour un ordre de grandeur, 30 milliards d’euros équivaudraient à 2% de notre PIB, ou encore à 500 kilomètres d’autoroutes). Le coût des kilomètres de fibre nécessaires pour déployer une telle infrastructure n’est certes pas négligeable, mais selon l’Idate c’est le génie civil qui constitue le poste budgétaire le plus lourd, à hauteur de 65% à 70% du total.

      Tranchées et fourreaux
      En effet, déployer un tel réseau de desserte suppose soit de faire passer la fibre dans des fourreaux préexistants (voir encadré juridique), soit de creuser les tranchées et d’y enfouir les fourreaux nécessaires – ces fourreaux sont typiquement des tubes de plastique de quelques centimètres de diamètre dans lesquels on peut faire passer plusieurs câbles optiques (de l’ordre du millier de fibres). Les problématiques de BTP et d’accès au foncier sont centrales en termes de coûts et de capacité à déployer. Pour un ordre d’idées de ce que représente la pose de fourreaux ex nihilo, il faut imaginer que là où une machine moderne peut en rase campagne creuser et équiper plus de 300 mètres par jour, les mêmes équipes voient parfois leur moyenne tomber à 10 mètres par jour dans la complexité d’un environnement urbain où le marché potentiel justifie pourtant prioritairement l’investissement. Et la boucle de desserte d’une zone d’activité peut faire plusieurs kilomètres…

      Quelques acronymes pour demain
      C’est l’occasion de préciser que divers degrés de desserte optique sont envisageables, d’où l’apparition de toute une famille de nouveaux acronymes regroupés sous le terme générique de FTTX, pour « fiber-to-the-X » (la fibre jusqu’à tel point, une autre technologie ou la fibre elle-même pouvant ensuite être employée pour connecter l’usager à ce point initial d’avancement du réseau de desserte). Sur cette base ont fleuri toutes sortes de déclinaisons dont voici les principales : FTTH / FTTA / FTTO (fiber-to-the-home/apartment/office, la fibre arrive jusqu’à la maison, à l’appartement ou au bureau, assurant l’intégralité de la desserte jusqu’au boîtier de raccordement où se branchent l’informatique ainsi que les équipements téléphoniques et multimédia, voire domotiques). FTTB (building, la fibre arrive jusqu’à un boîtier de raccordement collectif au pied de l’immeuble, c’est le cas typique des réseaux fibres déjà déployés par certains câblo-opérateurs). FTTC (curb, la fibre arrive jusqu’au bord du trottoir, dont elle suit généralement le parcours ; il reste à procéder à un rainurage perpendiculaire pour amener le réseau jusqu’aux bâtiments, ce qui représente en général une distance pouvant aller jusqu’à 150 mètres). FTTN (node, la fibre arrive jusqu’à un répartiteur en entrée de zone, laissant à couvrir une distance de l’ordre d’un ou deux kilomètres).

      Déploiement en arbre ou en étoile ?
      Il existe par ailleurs diverses technologies de desserte fibre ; les choix technologiques varient selon les régions du monde, les relations entre les opérateurs et les différents équipementiers, la stratégie de positionnement concurrentiel et la durée d’amortissement des investissements. Sans rentrer dans le détail, précisons simplement qu’en France deux technologies se disputent le haut du pavé, Free optant pour l’éthernet point-à-point (une fibre entre chaque abonné et le point de raccordement au réseau de collecte, déploiement en arbre) et France Télécom pour le PON (point-multipoint, une fibre relie le réseau de collecte à un répartiteur qui divise le flux entre plusieurs abonné, déploiement en étoile). Cette deuxième solution offre notamment l’avantage de réduire la longueur totale de fibre nécessaire et donc les coûts initiaux – le débat tourne de sa moindre évolutivité en termes de débits sur le long terme (il faut partager le débit par fibre entre plusieurs abonnés), mais surtout de la possibilité ou non de mettre en œuvre un dégroupage, et quel type de dégroupage.

      Cadre règlementaire
      Ce dernier point est particulièrement sensible, et l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) a fait sensation en clôture du colloque organisé en octobre par l’Avicca (Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel) en prenant nettement position en faveur de l’éthernet point-à-point quant à la mutualisation à terme des réseaux d’initiative publique. D’un point de vue règlementaire, une décision européenne sur le régime applicable aux diverses sortes de réseaux de desserte fibre est attendue au premier trimestre 2007 (évolution en cours du cadre réglementaire fixé en 2002). A l’échelle mondiale, diverses options ont été retenues du point de vue juridique pour faciliter la mutation, certains pays comme les Etats-Unis ayant initié une période durant laquelle les infrastructures de desserte fibre ne sont pas soumises à dégroupage, pour encourager l’investissement des opérateurs d’opérateurs en garantissant son amortissement grâce à la fourniture d’accès au client final, d’autres comme le Japon choisissant l’option inverse en misant sur l’ouverture à la concurrence entre opérateurs pour dynamiser le marché, NTT devant ainsi proposer une offre de revente gros aux opérateurs concurrents.

      L’encadré juridique : ZAE et très hauts débits
      Les collectivités territoriales en charge du développement économique de leur territoire de compétence s’impliquent dans l’aménagement numérique de leurs zones d’activités économiques (ZAE). Pour ce faire, elles doivent respecter les cadres juridiques édictés par le droit public, des communications électroniques et de la concurrence.
      Etablir ou utiliser l’existant
      Une première phase d’établissement du réseau est un préalable incontournable. Deux cas se présentent : si aucune infrastructure n’est disponible, la collectivité devra établir son réseau par l’intermédiaire d’un marché de travaux par exemple. Dans le cas où un réseau existe, se pose la question de la propriété des lignes ou câbles existants et des infrastructures (chambres d’accès, gaines ou fourreaux). Le régime de la domanialité publique permet aux collectivités de revendiquer dans certains cas la propriété des infrastructures existantes comme en témoigne la jurisprudence de la Cour administrative d’appel de Bordeaux (arrêt « Commune de Toulouse ») du 9 mars 2006 et ce malgré le fait que ce soit l’opérateur historique qui ait réalisé ces infrastructures. La solution juridique n’est pas définitive puisque cet arrêt a fait l’objet d’un pourvoi en cassation. Le juge devrait normalement distinguer les infrastructures Installées avant et après la date du 31 décembre 1996, date de changement de statut de France Telecom.
      Exploiter en propre ou déléguer
      De cette première phase, incontournable car ce sont les coûts de génie civil qui grèvent le modèle économique de la réalisation, la deuxième phase d’exploitation du réseau de fibre passera par la mise à disposition du réseau public à un exploitant. Elle sera d’autant plus aisée qu’elle rentrera dans le cadre d’une procédure juridique permettant de transmettre l’exploitation tout en garantissant un accès à la ressource à très haut débit à tous les opérateurs de manière transparente et non discriminatoire.

      3. Perspectives mondiales

      La fibre, c’est l’avenir
      A l’échelle mondiale, les conclusions des dernières études, dont celle confiée à l’IDATE par le ministère de l’Industrie, convergent : selon Heavy Reading Report en juin 2006, on se dirige vers une substitution progressive du réseau de desserte cuivre par la fibre sur les 15 à 20 prochaines années. Le nombre de foyers raccordés dans le monde devrait doubler sur l’année 2006 pour atteindre un peu plus de 11 millions. L’étude américaine parie sur 85 millions de foyers raccordés à l’horizon 2011 ; l’IDATE prévoit de son côté à l’horizon 2015 un taux de couverture variant selon les pays et les scénarios de déploiement entre 20% et 80% des foyers.

      Déploiements volontaristes en Asie
      Les derniers chiffres publiés au Japon en juin 2006 comptabilisent plus de 6 millions d’abonnés fibre (avec une offre typique à 100 Mbps pour moins de 50 euros mensuels), soit 16% des foyers japonais mais aussi 2/3 du total mondial. Juste après arrive la Corée du Sud, avec plus de 2 millions d’abonnés. Dans ces deux pays, c’est sous l’impulsion d’un plan gouvernemental que le réseau a été déployé (11 millions d’immeubles sur 15 millions ont ainsi été équipés en Corée, où la concentration urbaine s’accompagne d’une forte prépondérance de l’habitat collectif. La croissance économique du continent asiatique, combinée à la dynamique régionale impulsée par les deux leaders mondiaux du déploiement fibre, lui ouvre de belles perspectives, Taïwan, la Malaisie et surtout la Chine s’étant lancés dans la course.

      Opérateur national et réseaux de villes aux Etats-Unis
      Avec seulement 1% de foyers connectés (soit un nombre total d’abonnés de l’ordre du million), les Etats-Unis demeurent loin derrière le Japon mais le marché de la fibre y est néanmoins plus développé qu’en Europe, où moins d’un foyer sur 200 y aurait accès. Aux Etats-Unis, le marché de la fibre a connu un démarrage très fragmentaire sous l’impulsion d’opérateurs locaux et de municipalités ouvrant des réseaux urbains à l’échelle de petites communautés, mais récemment un opérateur dominant, Verizon, a entamé un plan d’investissement à hauteur de plus de 20 milliards de dollars qui laisse prévoir une restructuration du marché, d’autant que l’opérateur historique AT&T s’engage dans la même voie.

      Une situation européenne contrastée
      En Europe, quelques grands opérateurs commencent à annoncer des investissements d’envergure : c’est le cas de Deutsche Telecom (3 milliards d’euros) ou de Telecom Italia (9 milliards d’euros sur 10 ans). Sans doute ces plans d’envergure, tout comme en France le dynamisme affiché de Free et quelques déploiements de réseaux publics, vont-ils dynamiser le marché mais à l’échelle du continent, on n’en est qu’au tout début : en juillet 2005, l’IDATE recensait environ 650 000 abonnés, la quasi-totalité dans 5 pays : Suède, Italie, Danemark, Pays-Bas et Norvège. L’Italie et la Norvège doivent leur avance à des opérateurs privés, la Suède à un plan gouvernemental lancé en 2004. C’est l’hétérogénéité des situations qui domine, avec une tendance grandissante à la compétition entre métropoles qui rejoint l’un des axes prospectifs des Entretiens des civilisations numériques (CiNUM) : tour à tour capitales et grandes villes annoncent des plans de déploiement fibre : Stockholm, Amsterdam, Vienne, Milan, Paris multiplient les annonces « politiques » dans un contexte de compétition économique.

      Démarrage en France
      Pau a lancé en 2003 le premier plan d’envergure avec Pau Broadband Country : aujourd’hui 90 % des entreprises des ZAE paloises sont éligibles à une offre gigabit et 36 000 foyers disposent de prises FTTH préconstruites. D’autres réseaux d’initiative publique lancés ou planifiés en 2006 commencent à intégrer la desserte par fibre, comme à Gonfreville-l’Orcher ou pour l’équipement des logements sociaux des Hauts-de-Seine. 147 zones d’activités de la couronne parisienne regroupées au sein du Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux de communication (SIPPEREC) vont aussi être desservies en fibre jusqu’au bâtiment. Dans le pays chartrain et à Colmar ce sont les régies d’électricité locales qui se lancent dans la fibre à l’abonné, etc. Néanmoins, l’actualité récente est dominée par Free qui va lancer à Paris une offre fibre jusqu’à l’abonné au prix de 30 euros comme pour l’aDSL (déploiement pour 1 milliard d’euros d’ici 2012 de 1000 km de fibre, rachat de l’opérateur Citéfibre déjà implanté dans le 15e arrondissement. De son côté, l’opérateur historique a renoncé à investir dans la dernière étape avant une évolution fibre que représente le VDSL mais réagit à la sollicitation gouvernementale en rappelant l’ampleur des investissements et en demandant des garanties quant à sa capacité à les rentabiliser, au contraire de Free qui a annoncé son intention d’ouvrir son réseau aux opérateurs concurrents. France Telecom insiste sur la nécessité d’étaler les investissements et d’évaluer précisément le marché et les conditions de déploiement : un pilote a été lancé en Ile-de-France et d’ici la fin de l’année 1000 testeurs disposeront pour 70 euros par mois d’une offre triple play améliorée intégrant programmes de TV haute définition et catalogue de vidéo à la demande.

      Encore un coup de pied dans la fourmilière
      Les conditions du déploiement des réseaux fibres vont fortement influencer le paysage télécoms des années à venir. Les annonces faites par Free concernant sa stratégie parisienne s’inscrivent dans le cadre d’un réseau d’égouts faciles d’accès permettant la circulation d’ouvriers, une configuration qui ne se retrouve pas ailleurs en France (la municipalité a décidé une réduction drastique de la redevance sur les fibres installées dans les égouts). Ailleurs, les réseaux de transport d’énergie (comme RTE) soulignent que les câbles optiques sont légers et peuvent être supportés par poteaux et pylônes lorsque leur enfouissement est trop coûteux. Les câblo-opérateurs envisagent eux aussi l’évolution vers le FTTA, c’est le cas aux Etats-Unis où le secteur dispose d’une large assise mais également en France où Numéricâble, suite à la reconcentration du secteur, annonce pour la fin de l’année 400 000 km de fibre jusqu’au bâtiment et les premières offres commerciales. Un investissement de 600 millions d’euros sur trois ans soutient cette stratégie qui s’appuie sur de bonnes relations avec les syndics, essentielles pour l’accès final au bâti – selon des chiffres officieux, France Telecom se serait heurté dans le cadre de son pilote à 85% de refus pour l’accès aux fourreaux dans les habitats collectifs.

      4. Services et usages

      Modèle économique
      L’autre question centrale du déploiement est bien sûr celle des services et usages associés aux débits permis par la fibre – le pilote francilien de France Telecom comme les premiers contours de l’offre Free laissent entrevoir un modèle de développement élargissant celui du triple play, avec ses enjeux de concentration capitalistique pour négocier avec les offreurs de programmes audiovisuels. Ce modèle est aussi le plus généralement adopté en Asie, où télévision haute définition et vidéo à la demande tirent le marché – lorsqu’avec la fibre des débits de l’ordre de 50 à 100 Mbps sont accessibles, il devient possible de proposer plusieurs programmes haute définition en simultané sans que cela interdise le téléchargement de gros fichiers dans le même temps. CitéFibre, récemment racheté par Free, a établi quelques constatations sur la base de ses quelques milliers de clients du 15e arrondissement parisien : 50% disposent de plusieurs postes de télévision, 20% ont déjà acquis un écran haute définition et 40% projettent de le faire – tous chiffres bien supérieurs aux moyennes nationales.

      Particuliers 2.0
      De nouveaux services sont également mis en avant par CitéFibre, en particulier liés au débit symétrique et à la possibilité de mettre en ligne de gros fichiers depuis sa machine : l’un d’entre eux est la mise sur serveur distant du patrimoine numérique familial (on peut le consulter ensuite sur sa TV HD grâce à une chaîne dédiée). D’une manière générale, l’explosion simultanée de la photo/vidéo numérique et des services de partage en ligne consacrés à l’image fournit un argument tout trouvé aux tenants de la fibre. Tous les usages collaboratifs à distance ainsi que les services reposant sur la participation des utilisateurs qu’on regroupe désormais sous le terme de web 2.0 ne souffriront plus des limitations actuelles de débit remontant. Parmi les quelque 1500 abonnés de la Cyberbase du Pau Broadband Country sont apparus des groupes autour de la retouche partagée de photo ou de vidéo en ligne.

      Entreprise étendue
      Dans le cadre professionnel, c’est surtout cette capacité à travailler sur des fichiers distants comme s’ils se trouvaient hébergés localement sur le réseau interne de l’entreprise qui est mise en avant : elle est cruciale dans le cadre de relations de sous-traitance impliquant l’échange de gros fichiers (bases de données, plans – on pense en Aquitaine au secteur aéronautique, par exemple) ; elle est également essentielle dans le cadre de ce que l’on appelle l’entreprise étendue, deux sites distants géographiquement d’une même société ou d’un même groupe pouvant travailler sur les mêmes fichiers en temps réel, voire partager leurs applicatifs (c’est l’un des bénéfices mis en avant à Pau, où les services municipaux annoncent à coût égal mutualisé une performance informatique multipliée par 10). Une autre façon de parler d’entreprise étendue est de mentionner que 34% des abonnés de CitéFibre utilisent occasionnellement internet à domicile pour travailler, et que 9% d’entre eux font du télétravail à temps plein.

      Et demain ?
      Parmi les applications pour l’entreprise figure la vidéosurveillance à la demande à l’échelle d’une zone d’activité ; les déploiements de fibre liés à des programmes immobiliers récents, notamment aux Etats-Unis, misent sur le développement de service de sécurité et de surveillance médicale. Une des applications du très haut débit est un recours massif à la téléprésence : vidéoconférence en entreprise pour économiser temps et coûts de déplacement, voire à l’échelle de toute une société confrontée à la pénurie énergétique et à une contrainte écologique devenue sensible à tous. C’est peut-être par un autre biais que cette révolution annoncée va finir par se produire : on assiste actuellement à la multiplication de services exploitant la vidéo par webcam, notamment dans le cadre de la messagerie instantanée mais également pour les services de rencontres. Parmi les axes prospectifs mis en lumière dans le cadre des Entretiens de civilisations numériques (CiNUM), les réseaux ubiquitaires et l’internet des objets (avec les avancées technologiques convergentes de type étiquettes RFID et IPv6 qui permettront d’attribuer à chaque objet devenu communiquant une adresse internet) pourraient également contribuer à l’augmentation générale des débits consommés.

      5. Etat des lieux en Aquitaine

      Pau, le pionnier
      On trouve en Aquitaine un pionnier européen des réseaux urbains à très haut débit fondés sur la fibre optique jusqu’à l’abonné. Lancé avant le développement du dégroupage, le réseau déployé par la communauté d’agglomération de Pau-Pyrénées a pour ainsi dire sauté l’étape du DSL en intégrant dès sa conception la fibre comme technologie de desserte, avec dès aujourd’hui une offre jusqu’à 100 mégabits par seconde pour tous et un objectif de 55 000 prises commercialisables en 2008. En cette fin 2006, Pau réaffirme le pari initial sur l’avenir en ouvrant l’OpenLab pour devenir un « laboratoire des usages à très haut débit » ; il s’agit de promouvoir le réseau (couplé à une plateforme de vidéo à la demande) ainsi que ses premiers abonnés (2500 mi-2006) comme un marché test pour des entreprises TIC de pointe, pour la mise au point et l’évaluation de services innovants.

      Bordeaux et Périgueux se préparent
      D’autres agglomérations aquitaines, comme celle de Périgueux et la Communauté urbaine de Bordeaux, s’engagent dans la voie de la desserte par fibre optique, mais il s’agit cette fois d’avancer pas à pas en dimensionnant le réseau de collecte pour anticiper et amorcer la capillarité optique finale. C’est ainsi qu’à Périgueux université, lycées, mairies et bâtiments administratifs sont directement raccordés par fibre, et 8 zones d’activité équipées jusqu’en entrée de zone – le réseau à peine ouvert compte déjà un client raccordé par fibre : France 3. Le réseau en cours de déploiement sur la CUB (140 km sur presque 500 au total restent à construire) s’inscrit dans la même démarche, avec de l’ordre de 200 bâtiments publics reliés par fibre et une centaine de zones d’activité équipées jusqu’en entrée de zone. Un opérateur est d’ailleurs déjà client du réseau pour le raccordement en fibre optique d’une unité hospitalière.

      Réseau départemental des Pyrénées Atlantiques
      Le département des Pyrénées Atlantiques, avec IRIS64, a adopté une démarche similaire en maillant son territoire grâce à un réseau de collecte fibre le plus dense possible (1000 kilomètres au total) de manière à alimenter dans un premier temps les répartiteurs ADSL. L’évolution vers une desserte fibre s’inscrit dans les capacités initiales du réseau, sur lequel sont directement raccordés services publics, administratifs et de santé ainsi que 70 zones d’activité fibrées en entrée de zone. Outre les quelques abonnés de type Turbomeca, Quicksilver, etc. déjà desservis par fibre, on peut citer les travaux d’équipement en cours en FTTB/O (fibre jusqu’au bâtiment ou jusqu’au bureau) de la zone d’activité de Berlanne, à Morlaas.

      En Gironde
      Les projets publics intègrent désormais dès l’origine les problématiques de génie civil et en particulier de pose de fourreaux pour permettre le raccordement ultérieur des zones d’aménagement concerté (activités du tertiaire et habitat collectif), comme par exemple le projet à l’étude en Gironde, qui prévoit également d’accompagner les aménageurs pour l’équipement de ZAC.

      La Région anticipe et accompagne
      Anticiper aujourd’hui les besoins de demain, tel est le rôle des collectivités, pour reprendre le mot d’ordre de la Caisse des dépôts. C’est également la philosophie du Schéma régional de développement du haut débit inscrit dans la politique régionale : outre la poursuite de l’accompagnement des réseaux des collectivités, celui-ci prévoit une aide au cas par cas pour le fibrage de certaines zones mais surtout s’appuie sur une stratégie d’ensemble de recensement des infrastructures mobilisables et de sensibilisation des collectivités en charge du domaine public – il s’agit de savoir où il est d’ores et déjà possible de faire passer demain les fibres du très haut débit à domicile et au bureau et, chaque fois que des travaux publics sont entrepris sur le territoire, de s’assurer qu’ils intègrent dès le départ la pose de fourreaux permettant un jour le fibrage, pour un surcoût sans commune mesure avec l’investissement de génie civil que représenteraient par la suite des travaux d’aménagement ad hoc.

      France Telecom « just-in-time »
      C’est sur une réaction au marché « just-in-time » que mise France Telecom : le pilote francilien a pour objet de valider les usages, le modèle économique, d’ajuster tuyaux et services. Quelques dizaines de millions d’euros seront consacrées en 2007 à sa poursuite et son extension en région, et pourquoi pas en Aquitaine, mais aucun déploiement commercial n’est prévu jusqu’à 2008. Car si à terme la desserte fibre est incontournable, à ce jour elle est vue par l’opérateur historique comme un marché de niche et d’early adopters, avec pas mal de surestimation des besoins réels dans les discours en vogue actuellement – tout comme à une époque les pétitions de type 100 signatures pour l’aDSL ne se sont pas toujours concrétisées en clients à proportion ; et les besoins typiques des clients pro, sauf exception pour laquelle il convient d’apporter une réponse spécifique, étant à ce jour largement couverts par l’offre à 2 megabits symétriques pour 400 euros mensuels annoncée par France Telecom dans le cadre de son plan ZAE.

      Prévoir dès maintenant
      Opérateur historique, opérateur alternatif, collectivité ou encore autorité de régulation, il est un point sur lequel tous se retrouvent : pour ce qui est des réseaux filaires, c’est par la desserte fibre qu’on pourra répondre aux besoins de demain ou d’après-demain – et vu la hauteur des investissements d’équipement et de génie civil, la complexité des questions d’accès au foncier et au bâti et les évolutions souvent explosives en matière d’internet, c’est dès aujourd’hui qu’il convient d’anticiper la transition. Rappelons enfin le rôle des complémentarités technologiques pour assurer des transitions les plus souples possibles, à la fois sur la durée, d’un point de vue géographique et entre les divers types de services qui dépendent désormais des réseaux, y compris en situation de nomadisme et de mobilité – de manière transversale, c’est bien la question des coûts, une fois encore, qui se révèle cruciale.

[L'Aquitaine Numérique 01] Dossier "Politique(s) sur les blogs"

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Un premier numéro de L’Aquitaine Numérique qui consacre la fusion de la Lettre AECinfos avec les Dossiers de veille : vous y retrouverez, outre le programme 2006-2007 d’Aquitaine Europe Communication en cette période de rentrée, un dossier central bien dans l’air du temps au moment où se déroulent les universités d’été des partis politiques :

Le Dossier : Politique(s) sur les blogs
Au-delà de l’effet de mode, la grande conversation politique qui se déroule sur les blogs aura-t-elle une influence sur la campagne, voire sur les résultats des prochaines élections? Faut-il y voir une opportunité de renouer en ligne le débat citoyen? Le blog peut-il contribuer à recréer un sentiment de proximité avec le politique? Les outils statistiques déployés pour mesurer les opinions et les courants d’influence au sein de la blogosphère sont-ils porteurs d’enseignements quant aux batailles à venir?

1. Effet de mode ou tendance lourde
2. Vers une mesure en ligne des courants d’opinion?
3. Média d’influence, média citoyen?



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    • 1. Effet de mode ou tendance lourde?
      Difficile d’échapper ces temps-ci aux commentaires hyperboliques quant à l’explosion de la blogosphère; elle double de volume tous les six mois, confirme Technorati. Si l’on se reporte seulement 3 ans en arrière, c’est par 60 que le nombre de blogs dans le monde a été multiplié. Les quelque 3 millions de blogs recensés sur la toile française par Médiamétrie au premier trimestre 2006 – un chiffre qui signifie qu’en France 12% des internautes ont créé un blog à ce jour (ils sont incomparablement moins nombreux à le faire vivre assidûment) comprennent. pour une bonne part des sites personnels sur le modèle du journal intime, mais pas seulement : s’ils ne sont pas la majorité, on rencontre pléthore de blogs où l’expression personnelle permise par la facilité de prise en main de l’outil de publication en ligne (et sa gratuité, la plupart du temps, pour les fonctionnalités de base) se spécialise et s’oriente vers des contenus susceptibles d’intéresser au-delà du cercle familial ou amical : blogs consacrés à la cuisine, à la littérature, aux voyages, à la vie d’une ville ou d’un quartier, ou encore au commentaire de l’actualité, qu’elle soit technique, généraliste ou... politique.

      Sphère sensible
      Tout ce petit monde s’est montré particulièrement réactif lors des derniers soubresauts de l’actualité : création en l’espace de quelques jours de près de 2000 blogs consacrés à la crise des banlieues ou, plus récemment, naissance de blogs pro et anti-CPE qui se sont très rapidement organisés en deux blocs antagonistes par le jeu des liens et des commentaires croisés. De par la nature virale de la transmission de l’information en ligne et ses effets d’emballement (on parle de «buzz», c’est-à-dire de bruit, d’effervescence), l’univers des blogs fournit non seulement un espace d’expression à tous, mais également une caisse de résonance susceptible de démultiplier la portée de la voix de quelques uns, la prime allant généralement à ceux qui sont les plus habiles à exploiter les mécanismes de citation réciproque et de création de liens mais aussi à ceux à qui leur antériorité sur tel ou tel sujet assure une légitimité de fait.

      Caisse de résonance
      Le phénomène n’a pas échappé à quelques ténors politiques, qui se sont emparés de l’outil comme d’une tribune où donner libre cours à l’expression de leur singularité, au-delà du discours de leur parti : on cite souvent Dominique Strauss-Kahn ou Jack Lang; quoique moins médiatisé, Alain Lipietz est un blogueur de longue date (depuis octobre 2004); mais la figure emblématique du politique blogueur demeure Alain Juppé dont le blog, outre qu’il lui permet de continuer de s’exprimer sur la politique française et mondiale malgré son éloignement géographique, a peu à peu pris valeur de service de presse : plutôt que de publier un communiqué de presse pour démentir des rumeurs de candidature aux législatives de 2007 à Bordeaux, il a préféré le faire via un billet posté sur son blog (toujours consultable en ligne, en date du 22 octobre 2005) – il existe d’ailleurs des services dédiés à la reprise sous forme de communiqués de presse des messages publiés sur les blogs.

      En Aquitaine

      Pour rester en Aquitaine, on s’accorde au sein de la blogosphère à considérer qu’Alain Rousset fut le premier homme politique français à tenir un blog de campagne à l’occasion des régionales de 2004; après son élection, il l’a d’ailleurs fermé, non sans s’en expliquer dans un dernier message (l’adresse du blog ne mène plus aujourd’hui qu’à une page d’erreur, mais le message a été conservé sur quelques blogs consacrés à l’observation de la chose politique en ligne). Il ressort de ces quelques lignes de conclusion en forme d’au revoir le sentiment que l’homme politique peut faire de son blog un espace d’échange avec les citoyens, grâce aux commentaires laissés par les internautes.

      Blogueur de proximité
      C’est dans ce registre de proximité avec leurs concitoyens ou leurs administrés que s’inscrivent un certain nombre de blogs d’élus locaux, chacun reflétant la personnalité de son auteur, la nature de sa relation à la politique et aux autres en général, au moins autant que ses orientations politiques. L’Aquitaine n’échappe pas à la règle. Ainsi le blog de Jean Dionis, député d’Agen, alterne-t-il témoignage de soutien à Jean Lassale lors de sa grève de la faim, commentaires sur le fameux coup de tête de Zidane et considérations d’ordre général quant aux grands débats politiques nationaux, le tout de façon assez brève et dans un langage direct, facile d’accès. Le blog d’André Labarrère, maire de Pau récemment décédé, témoigne dès sa création d’un désir de partager des considérations plus intimes, où l’homme, dans un style volontiers littéraire, expose parfois longuement ses lectures, sa vision du monde et de la politique, mêle le compte-rendu de ses activités d’élu avec un aperçu de son combat contre la maladie – le blog, maintenu en ligne après le décès de son auteur, a été figé sur le dernier message, en date du 11 mai 2006 : plus de 500 commentaires d’internautes viennent attester qu’André Labarrère avait fait de son blog un espace d’exposition personnelle au moins autant que de relation de sa vie politique. Dans un registre assez proche mais beaucoup plus centré sur le combat politique, le maire de Créon, Jean-Marie Darmian, a intitulé son blog «L’autre quotidien« et affirme vouloir en faire un outil de communication avec ses administrés dans le but de rompre avec l’isolement de l’élu – les billets, malgré un rythme de publication soutenu, quasi-quotidien, affichent une longueur très au-dessus de la moyenne de ce qui se pratique généralement.

      Des pratiques diverses
      Philippe Buisson, Conseiller régional d’Aquitaine issu du Libournais, a quant à lui opté pour un rythme moins soutenu et fait de son blog le lieu d’une chronique hebdomadaire, etc. : on observe autant de pratiques que de blogueurs, tous ayant néanmoins ceci en commun que rares sont les politiques qui ont commencé à bloguer avant 2005 (pour mémoire, on situe l’apparition du premier blog en 1999, et c’est en 2004, notamment à l’occasion de la campagne présidentielle américaine, que le grand public a pris conscience du phénomène). La blogosphère politique, pour utiliser un raccourci, est aussi diverse et hétérogène que la blogosphère elle-même. Aux blogueurs qui se sont fait une spécialité du commentaire de la chose politique ou dont le blog personnel sert de tremplin aux idées politiques, s’ajoutent ceux qui de manière occasionnelle s’expriment ou relaient les opinions exprimées par d’autres; les blogs consacrés à la vie locale présentent aussi souvent des points de contact avec l’actualité politique. Quant aux politiques blogueurs eux-mêmes, leur mode de prise de parole varie selon qu’ils sont élus ou non, selon qu’ils ont ou non une envergure nationale. Le jeu se complique encore depuis que les appareils politiques, à l’approche de la campagne présidentielle de 2007 (les municipales de 2008 sont également en ligne de mire), ont décidé d’investir la blogosphère comme outil d’influence.

      Marketing politique
      C’est aux Etats-Unis, dans les années 1930, qu’on situe la naissance de la communication politique en tant qu’application au champ politique des techniques issues du marketing. En France, c’est au cours des élections présidentielles de 1974 et surtout de 1981 que le concept a fait son chemin, avec l’irruption des publicitaires dans la campagne, sinon dans le débat. Cette approche continue de diviser, nombreux étant ceux qui y voient une dégradation du débat politique, mais il est devenu commun dans ce registre de dire qu’au Général de Gaulle incarnant la maîtrise du média radio a succédé la génération des hommes politiques maîtrisant la télévision – d’ores et déjà, il est des commentateurs pour prédire qu’internet sera le prochain média de masse et pour s’interroger sur l’homme qui saura l’incarner.

      Google attitude
      Sans se risquer à des pronostics en la matière (on verra plus loin que même l’influence réelle d’internet, et des blogs en particulier, dans le débat politique demeure difficile à évaluer), on peut au moins observer que les grands partis de gauche comme de droite ont tous leur site internet. Début 2006, néanmoins, il est devenu manifeste que l’UMP avait entamé une campagne de visibilité en ligne exploitant toutes les spécificités de la communication en ligne, sous l’impulsion d’Arnaud Dassier, PDG de l’agence web l’Enchanteur des nouveaux médias : recueil systématique des courriels des internautes sympathisants pour constitution d’une base de données (laquelle a même demandé un développement spécifique sur le modèle des outils de relation client utilisés dans les grandes entreprises commerciales), invitation à signer en ligne une pétition de soutien à Nicolas Sarkozy, politique d’achat de mots-clés surfant systématiquement sur les gros titres du moment (avec l’achat sur Google de mots comme «banlieue» ou même des liens sponsorisés renvoyant vers le site de l’UMP insérés en regard du nom de Jack Lang, au grand dam de l’intéressé qui s’en est ému sur son blog). Le PS n’a pas tardé à réagir, d’abord en invitant ses militants à cliquer systématiquement sur les liens sponsorisés insérés par l’UMP afin de faire grimper le coût de la campagne (ou, à budget équivalent, de faire baisser la proportion de trafic pertinent vers le site de l’UMP, chaque clic sur un lien payant étant facturé à l’annonceur).

      Recrutement en ligne
      Le PS a très vite imité l’UMP et a engagé une guerre d’achats de mots-clés qui s’est reproduite à chaque événement «chaud» de l’actualité politique, en particulier à l’occasion de la bataille du CPE. Il est à noter que ces campagnes, au-delà de la lutte pour l’occupation de l’espace médiatique en ligne, s’inscrivent dans une démarche de recrutement en ligne : un processus de «transformation» du sympathisant en militant qui reproduit les mécanismes de transformation de l’internaute en client typiques du marketing en ligne – et qui semble payante, à en croire les chiffres avancés par les deux grandes formations : 250 adhésions par jour pour l’UMP au plus fort des émeutes en banlieue selon Arnaud Dassier, 650 côté PS où l’on revendique au bout de deux mois plus de 84 000 adhésions. Si ces chiffres, comme souvent en politique, font l’objet de contestations de part et d’autre, les données de trafic mesurées par un site spécialisé (et indépendant) comme Alexa attestent l’efficacité de ces campagnes qui mettent à profit une loi du 30 décembre 2005; celle-ci autorise en effet le paiement en ligne par carte bancaire des cotisations et des dons à un parti politique.

      Le blog, c’est branché
      Pour en revenir aux blogs, l’intérêt des politiques relève d’abord d’une volonté de ne pas passer à côté d’une mode en passe de devenir un phénomène politique outre-Atlantique, où certains blogueurs engagés ont fini par acquérir la stature de relais d’opinion au même titre que les grands médias. C’est ainsi qu’on peut comprendre la démarche de Nicolas Sarkozy qui, s’il ne tient pas un blog lui-même (commentaire définitif d’Arnaud Dassier repris par Valeurs Actuelles : «Les blogs, c’est pour les losers, ceux qui n’ont rien à faire, ceux qui travaillent leur image»), a accordé un interview vidéo («podcasté») au blogueur emblématique Loïc Le Meur, ou a convié quelques blogueurs à ses vœux à la presse le 12 janvier dernier. Dominique Strauss-Kahn s’inscrit dans la même démarche, qui le 3 juillet dernier avait convié (via son blog) la communauté des blogueurs à venir le rencontrer «en vrai» au théâtre Dejazet, sans article préalable ni communiqué de presse; il s’agit bien là de respecter les usages en cours dans la communautés des blogueurs, qui aiment à ponctuer leurs échanges en ligne de rencontres en chair et en os (certaines d’entre elles, comme République des blogs le 28 juin dernier à Paris, ayant précisément pour thème fédérateur les blogs en politique…); il s’agit également de s’inscrire dans la tradition des «MeetUp» initiée par Howard Dean aux Etats-Unis et de surfer sur cette vague médiatique très porteuse auprès des blogueurs – on peut inscrire dans le même registre le défi lancé le 3 mai dernier par Dominique Strauss-Kahn à Nicolas Sarkozi, accusé de tronquer ses interventions à l’Assemblée nationale : débattre à armes égales en terrain neutre, à savoir sur le blog de Loïc Le Meur, l’un des plus médiatisés – et des plus lus – de France.

      Les appareils s’alignent
      Moins anecdotique, les partis, et pas seulement quelques grands fauves politiques, ont entrepris d’exploiter la caisse de résonance que sont susceptibles de leur fournir les blogs. Vincent Feltesse, secrétaire national aux NTIC pour le PS (et accessoirement, en ce qui touche à notre propos, maire de Blanquefort en Gironde) expliquait sur le blog du SNTIC, le 31 mai dernier, que le PS avait décidé d’accréditer un certain nombre de blogueurs de tous bords à ses conférences de presse; après avoir expliqué l’invitation tardive (l’UDF, par exemple, avait déjà invité quelques blogueurs à sa dernière convention) par la nécessité pour le PS de se doter d’abord d’une véritable stratégie internet, il précisait :»Nous le faisons car nous pensons qu’aujourd’hui les blogs font partie de la constitution de l’opinion publique. Nous ne sommes pas encore aux Etats-Unis où le Parti démocrate a décidé récemment de privilégier les blogueurs influents par rapport aux journalistes traditionnels, mais quand même.» Dans le même billet, il annonçait le développement par le SNTIC d’une plateforme de blogs, «d’abord pour les 100 fédérations, 3500 sections et 30 000 élus avec l’objectif de près de 1000 sites à l’été [elle comptait 180 blogs au 27 juin dernier; l’annuaire des blogs socialistes en recensait quant à lui plus de 250 à la même époque en incluant les blogs disposant d’un hébergement indépendant]», mais également ouverte par la suite à «l’ensemble des militants». La démarche s’accompagne d’une série de réunions de présentation de la plateforme aux sections socialistes, de promotion via la newsletter du parti, et d’ateliers pratiques dans le cadre de l’université d’été de La Rochelle. Si l’UDF reste évasive quant à sa stratégie dans ce domaine, annonçant des éclaircissements pour septembre, on sait qu’une démarche similaire est en cours à l’UMP, avec pour objectif de regrouper autour de Nicolas Sarkozi une blogosphère UMP la plus cohérente et la plus large possible. Thierry Solere, maire-adjoint de Boulogne-Billancourt et lui-même blogueur, a été nommé en février dernier Conseiller exécutif de l’UMP en charge de la coordination des blogs du parti. La démarche s’accompagne d’un discours similaire à celui du PS : un billet en date du 12 juin dernier signé par Nicolas Sarkozi et publié sur l’annuaire des blogs des amis de l’UMP annonce : «Parce que la blogosphère est devenue l’une des principales galaxies de l’univers Internet, nous ouvrons aujourd’hui notre plateforme de blogs.» Baptisée «Les blogs de la France d’après», la plateforme recense à la date de rédaction du présent article pas moins de 381 blogs, qui vont des blogs d’élus à ceux de simples sympathisants; on note au passage que le slogan de la plateforme «Participez à la grande conversation politique sur internet» s’aligne sur le discours propre de la blogosphère et emprunte à Loïc Le Meur («Les médias traditionnels diffusent des messages. Les blogs démarrent des conversations.»).

      Trop de cyber tue le militant?

      Une tendance manifeste s’observe donc dans tous les partis à recenser tous ses soutiens dans la blogosphère, à en susciter de nouveaux et à organiser tout ce petit monde en densifiant les échanges de liens et de citations, tout en ramenant l’essentiel du trafic vers le site de campagne du candidat. Bref, on assiste à une transposition en ligne des mécanismes de la vie des organisations politiques, qui s’accompagne d’un effort pour incarner dans la «vraie vie» les dynamiques initiées en lignes : si les grandes formations envisagent toutes de se doter de fédérations virtuelles pour donner une visibilité – et un ancrage au sein de l’appareil – à leurs cyber-adhérents et cyber-militants, ce n’est pas sans poser quelques problèmes, notamment relatifs aux processus internes de désignation des candidats, souvent fondés sur un découpage géographique en fédérations et en sections. Plus généralement, si les fédérations sont invitées à se doter de leur blog pour militer en ligne, les partis s’efforcent par ailleurs de maintenir une circulation entre les deux univers et consacrent beaucoup d’énergie à impliquer leurs cyber-militants dans des rencontres et des actions «pour de vrai».

      2. Vers une mesure en ligne des courants d’opinion?
      La blogosphère politique, on l’a vu, est en cours de recomposition et de structuration pour sa partie militante, fortement mobilisée à l’approche de l’échéance présidentielle. Quelques spécialistes de l’observation des blogs, également commentateurs de la chose politique en ligne pour certains, se sont intéressés à passer au crible de leurs outils statistiques cette nébuleuse pour tenter d’en déterminer les contours, le volume et les principes d’organisation. Des sites comme bonVote.com ou Place de la démocratie ont ainsi entrepris un effort de recensement des blogs politiques au sens large (blogs d’hommes politiques, de militants, blogs de commentaire et d’analyse de l’actualité politique); les chiffres varient de quelques centaines au millier, et dessinent au final une blogosphère politique de taille plus que modeste relativement à la grande masse indifférenciée des blogs en général; en analysant les liens entre blogs et ceux que créent les commentaires en réaction aux messages postés (système de trackback qui piste les citations d’un blog sur les autres blogs), les analystes se sont d’ailleurs aperçus que ladite blogosphère politique fonctionnait essentiellement en circuit fermé et qu’elle est peu perméable au reste de la blogosphère.

      Vraiment du neuf?
      Sur son blog versac.net, Nicolas Vanbremeersch, qui s’est rapidement imposé comme une figure incontournable parmi les blogueurs qui parlent politique, livre une analyse sociologique de la blogosphère assez éclairante, où il note que les blogs des grands leaders politiques concentrent l’essentiel des liens vers leur page d’accueil, avec donc valeur de citation de la personne, tandis que les blogs d’élus locaux ou de personnalités politiques de second plan accueillent plutôt des liens vers tel ou tel des billets hébergés, généralement en réaction ou en commentaire à l’opinion exprimée. D’autres études font apparaître que ce sont d’ailleurs ces derniers blogs d’élus locaux qui suscitent le plus de commentaires en réaction aux billets publiés, malgré un trafic incomparablement moindre que celui des blogs des ténors. Le site Observatoire Présidentielle 2007 mis en ligne par un collectif de chercheurs de l’Université de Compiègne propose par ailleurs une cartographie de la blogosphère politique qui montre que les blogs des politiques sont liés entre eux au sein d’une même famille, mais très peu entre tenants de partis différents – au sein de cet univers finalement assez cloisonné dès l’origine et qui tend à le devenir de plus en plus depuis que les partis ont mis en œuvre une stratégie de restructuration de l’expression politique sur les blogs, les commentateurs occupent également une place à part et, si de nombreux liens croisés montrent qu’ils sont attentifs aux propos de leurs «confrères», ils se mêlent peu au reste de la blogosphère politique, où s’expriment politiques et militants.

      Popularité des indices de popularité
      De plus en plus nombreux sont ceux qui exploitent les outils statistiques d’étude des blogs pour en tirer des enseignements de nature politique quant à ce qui se passe dans la blogosphère – comme pour ce qui concerne les sondages, le débat est parfois vif quant aux méthodologies employées; d’autant plus vif que l’enjeu perceptible est de devenir l’observatoire de référence de ce qui pourrait devenir selon certains le prochain terrain par excellence du combat politique. Le premier axe consiste à mesurer le buzz (le bruit, en bien comme en mal) généré à l’instant t au sein de la blogosphère par tel ou tel homme politique; Observatoire Présidentielle 2007, déjà cité, propose son Tendançologue, Scanblog, société spécialisée dans les études d’image et d’impact sur les blogs, a lancé son PolitiBuzz; Buzz-Blog, positionnée sur un créneau semblable, met en ligne un Indice Buzz-Blog Politique, etc. mais on peut également citer le Présidographe développé par Jean Véronis. Ces outils constituent, à la fois pour les hommes politiques et pour les commentateurs, une première mesure de la perception en ligne de leurs actions et de leurs prises de position, mais on ne saurait aujourd’hui prétendre qu’ils pourraient en l’état prendre la place des sondages d’opinion déjà utilisés; néanmoins, il s’agit d’ores et déjà d’un bon complément, d’une très grande réactivité et d’une très grande sensibilité : l’échantillonnage en temps réel permet des analyses a posteriori de la même manière qu’un sismographe.

      Politoblogologues
      L’étude des liens entre blogs (liens directs, blogroll ou liste de blogs, liens par trackback, liens par commentaire signé d’une URL) permet par ailleurs d’identifier des points nodaux au sein de cet univers, certains concentrant tout le trafic, d’autres le canalisant, d’autres encore ne jouant finalement qu’un rôle médiocre dans la circulation de l’information malgré une bonne audience; un certain nombre d’indices permettent également d’évaluer la structuration de regroupement de blogs présentant des affinités. De là à en tirer une analyse politique, il n’y a qu’un pas, vite franchi par les chercheurs de l’Université de Compiègne regroupés au sein du RTGI, qui se sont attachés à l’étude statistique de la centaine de blogs regroupés autour du soutien à la candidature de Ségolène Royal; il s’agissait, via une étude statistique, de répondre à la question «de savoir s'il existe, sur le web, au delà du phénomène médiatique, un véritable mouvement de soutien pour l'investiture suprême de Ségolène Royal». Pour ce qui est de la réponse, l’étude constate l’existence d’une «Ségosphère» assez fortement hiérarchisée autour du site Désirs d’avenir, avec «une organisation pyramidale permettant de faire émerger quelques sites de par l'action de dizaines de sites de section locale et une tendance forte à la réplication [des propos], construisant ainsi une caisse de résonance qui amplifie un bruit déjà existant mais qui ne l'enrichit pas et qui surtout ne prend pas le risque que ce bruit diverge de trop obligeant ainsi la tête à s'en désolidariser.» Sans rentrer ni dans le détail technique de l’étude ni dans l’analyse politique de ses conclusions, qui n’est pas notre objet, on peut au moins noter que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, malgré des différences d’approches qui reflètent également la situation respective des deux candidats (ne seraient-ils que candidats à la candidature) vis-à-vis de leur parti, se sont d’ores et déjà tous deux dotés d’une force de frappe en ligne dont l’antériorité pourrait être décisive au plus fort de la bataille – d’autres candidats, comme Laurent Fabius, semblent en avoir pris conscience et les rejoignent sur ce terrain, avec un retard qui semble pour l’instant difficile à rattraper.

      3. Média d’influence, média citoyen?
      A trop se concentrer sur les phénomènes médiatisés au sein de la blogosphère, on court le risque de perdre de vue la question de leur réelle influence sur l’issue des élections et celle, au moins aussi importante, de leur capacité à enclencher un véritable débat citoyen. La question de l’influence des blogs est de celles qui n’a pas encore de réponse définitive. En première analyse, ils bénéficient encore d’une audience marginale, encore qu’en croissance rapide : selon Médiamétrie, au cours du premier trimestre 2006, 7,3 millions d’internautes français auraient fréquenté un blog, 4 millions d’entre eux ayant laissé au moins un commentaire. Les chiffres d’audience revendiqués par les principaux blogs politiques (blogs de politiques, d’experts et de commentateurs confondus) indiquent clairement que la proportion de lecteurs de blogs consommant de l’information politique de cette façon demeure assez faible (et tout à fait marginale comparée aux audiences des grands médias classiques, télé en tête). Néanmoins, deux éléments plaident en faveur d’une réponse prudente : les jeunes, cible privilégiée des partis, sont également parmi les plus forts consommateurs de blogs et leur utilisation de l’outil au moment de la bataille du CPE montre qu’ils en font volontiers un lieu du combat politique; par ailleurs, la vogue des blogs ne se dément pas dans les médias, ce qui a pour conséquence que bon nombre de phénomènes nés dans la blogosphère sont ensuite repris et amplifiés offline (et vice-versa, convient-il de préciser).

      Blog caisse à savon
      On peut dire de ce point de vue que la blogosphère est devenue le dernier salon où l’on cause, et comme le ticket d’entrée y est particulièrement modeste, beaucoup y voient une possibilité de contrebalancer la tendance à la bipolarisation (voire au bipartisme) du débat politique en France. C’est ainsi que des blogueurs de la chose politique, forts du succès de leur blog devenu un presque-média en ligne, ont entrepris de recueillir systématiquement la parole (et l’image) de tous les candidats aux élections présidentielles de 2007, jusqu’aux plus improbables, dans le but revendiqué d’enrichir le débat. Nicolas Voisin, blogueur bordelais auteur de Nues Blog, s’inscrit dans cette démarche avec son PoliTIC’Show, un blog où il met en ligne les interviews podcastés des candidats, mais on peut également citer BuzzBazar, dont la devise est «Tout doit apparaître». Et c’est là un élément différenciateur du débat politique au sein de la blogosphère : la question de savoir s’il convient de donner la parole aux extrêmes, qui revient régulièrement à propos du rôle de la presse dans l’univers démocratique, semble clairement tranchée : c’est au lecteur de se forger lui-même une opinion, et une opinion informée, la responsabilité du blogueur est précisément de lui fournir l’intégralité des éléments pour juger en toute connaissance de cause. Autre élément différenciateur, en ligne les opinions minoritaires ou émergentes ont plus de facilité à se faire entendre, leur capacité à mobiliser des réseaux de relais se donne à plein : ainsi le courant alter-mondialiste et de remise en cause de la croissance bénéficient-ils au sein de la blogosphère politique d’une sur-représentativité dont ils sont eux-mêmes conscients : s’étant très tôt organisés en un réseau (les «Freemen ») de blogs sympathisants, sans affiliation à un parti, ils disposent d’une surface de couverture qui leur permet de promouvoir leurs idées de proche en proche, de surveiller les lieux où s’enclenchent des débats qui les concernent et d’y publier leur vision du monde.

      Diffusion, influence et infiltration
      Il est malaisé d’évaluer dans quelle mesure cette sorte de phénomène peut avoir des répercussions sur un scrutin, mais de nombreux indices prouvent que les politiques, blogueurs ou non, sont à l’affût des idées émergentes, des courants d’opinion qui traversent la blogosphère – certains blogueurs influents se targuent que leurs propositions infusent peu à peu dans les programmes, notent des copier-coller sur les sites des candidats, etc. – c’est déjà là une manière d’influencer le débat politique. Reste que dans ce registre de l’influence en ligne tout n’est pas si clair : les commentaires, espace généralement présenté comme le lieu du débat et le point fort du blog de ce point de vue, font manifestement l’objet d’une veille plus ou moins automatisée et d’un entrisme plus ou moins systématique qui viennent poser la question de l’anonymat en ligne : il n’est pas rare, sur tel ou tel sujet chaud ou controversé, qu’un même internaute, sous des identités différentes (il se fait généralement repérer à cause de son adresse IP) squatte littéralement les commentaires pour donner une apparence de légitimité à son propos, ou qu’il écume les blogs en postant systématiquement plus ou moins le même message – toutes ces techniques, mises en œuvres de façon plus ou moins raffinée, sont abondamment utilisées par les marques dans le cadre de leur veille concurrentielle, il n’est pas sûr qu’elles participent d’un véritable débat citoyen.

      Proximité virtuelle
      Quelques études (comme par exemple le travail de recherche de Laurene Madru, disponible via son blog «Blog et politique ») montrent par ailleurs que les commentaires sont plus souvent le lieu de l’échange entre internautes visiteurs d’un blog que d’un véritable dialogue avec l’homme politique auteur du blog, ce qui tend à relativiser les arguments qui font du blog le lieu d’une nouvelle proximité, même virtuelle, du politique et du citoyen. On peut véritablement en douter en ce qui concerne l’échelon national; la conclusion de l’étude de la Ségosphère par les chercheurs de l’Université de Compiègne est particulièrement parlante : «L'effet d'emballement des politiques pour le web avec d'abord la mode du blog personnel et maintenant l'émergence de plateformes de blogs marquées politiquement marque l'annexion par les politiques d'un nouvel outil de communication politique. Les enjeux restent les mêmes que dans les médias traditionnels : être vu, entendu, lu […] A l'échelle de la multitude des blogs militants, deux fonctions risquent de se stabiliser : manifester à la vue de tous l'ampleur des forces en présence indépendamment du contenu proposé, et offrir des outils de coordination et de mutualisation des ressources en interne. Les lieux de débat, d'échange, de confrontation resteront réservés à des zones franches telles que les fora des sites des grands médias, les zones de commentaires de certains blogs qui génèrent une importante activité et qui rassemblent des lecteurs et contributeurs de différentes couleurs politiques, certains newsgroups consacrés à la politique et non à un parti. […] A partir du moment où un parti politique s'affiche en devanture d'un site, nombreux seront les internautes qui n'en franchiront pas la porte.»

      Un univers très (trop?) riche
      Reste que pour le citoyen connecté désireux de s’informer en ligne et d’y suivre la vie politique, un site comme Poly-poli-pile, qui reprend (on parle de «syndication») bon nombre des principaux blogs tournant autour de la chose politique, constitue un outil intéressant. On peut néanmoins se demander, face à l’explosion des sources disponibles, si l’internaute ne sera pas finalement plus dérouté qu’attiré par une telle profusion et si la part de la population française dont on dit qu’elle se désintéresse du débat politique y trouvera une motivation à s’informer plutôt qu’une raison supplémentaire de baisser les bras. Au point que l’Institut Néerlandais pour la participation politique a développé «Stemwijzer», une application en ligne déjà utilisée par des millions d’électeurs Hollandais, Suisses, Bulgares et Allemands pour tester leur préférence politique sur la base d'un questionnaire autour des grands thèmes du moment, croisé avec les programmes des différents candidats (5 à 10% des utilisateurs auraient reconsidéré leur intention de vote, et près de 15% des utilisateurs qui n’avaient pas l’intention de voter auraient changé d’avis après avoir passé le test).

      Dialogue local
      A l’échelon local, néanmoins, la réponse est plus nuancée. Quelques exemples volontiers médiatisés, comme celui de Christophe Grébert et de son blog MonPuteaux.com, indiquent que le blog est entré dans la panoplie des outils du combat politique local (où il prend volontiers des allures de média personnel), non d’ailleurs sans que la justice ait à se prononcer sur les formes et les limites que ce combat peut prendre sur ce nouveau support. Sans surprise, ces limites sont les mêmes que pour les autres moyens d’expression, à commencer par la diffamation, que les tribunaux seront amenés à apprécier au cas par cas en cas de plainte; dans le cas de MonPuteaux.com, la justice a tranché, d’autres sont en suspens, comme à Istres (au passage, le flou le plus complet entoure encore l’encadrement de l’expression politique sur les blogs en période électorale quant à l’équilibre des temps de parole et à la surveillance des budgets de campagne – voir en fin de dossier notre Point juridique). Si l’on ajoute à ces blogs militants impliqués dans la vie locale ceux des élus et les quelques blogs de quartier qui émergent ici et là, une image se dessine d’un espace diffus, aux contours mal définis, où se déploie effectivement l’expression citoyenne – on est encore loin du fantasme de démocratie participative mis en avant par les promoteurs les plus fervents du blog citoyen, mais un site comme WebCitoyen.com donne un aperçu intéressant de cet univers dont les règles de bonne conduite s’élaborent au fil des pratiques. On ne saurait conclure sans évoquer le cas de Seignosse, commune landaise où le maire Ladislas De Hoyos a mené une expérience de plateforme municipale de blogs mise à disposition des habitants avec pour objectif de faire naître en ligne, grâce à cet outil, une communauté citoyenne à l’échelle d’un micro-territoire. Lancé le 18 juin 2004, le site est aujourd’hui en déshérence. C’est peut-être le signe que bloguer est avant tout un engagement personnel et que le désir de participer à la vie politique, fût-elle locale, ne dépend pas de l’accès à un outil, serait-il aussi maniable et prédisposé à susciter du lien que l’est en effet le blog. Reste que sur les blogs des citoyens s’expriment, et que les politiques, les élus, ne sauraient faire longtemps l’économie de se mettre à l’écoute.

      Le Point juridique
      La création d’un nouvel espace public d’expression en ligne par les blogs offre la possibilité aux acteurs de la campagne de 2007 de contourner la rigueur des règles de communication propres aux périodes électorales, à commencer par les temps de parole. Cette liberté provient de l’interprétation, pourtant sujette à controverse, de la Loi pour la Confiance dans l’Economie Numérique (LCEN) du 21 juin 2004 qui distingue la communication audiovisuelle (les services de radio et de télévision, régis par la loi de 1986) et la communication en ligne qui correspond à tous les usages de l’Internet et qui inclurait de facto les blogs. Les podcasts des candidats échapperont ainsi à la comptabilisation du temps de parole par le CSA car ils sont considérés comme de la communication en ligne et non pas audiovisuelle.

      Les règles du CSA ne s’appliquant qu’aux services de communication audiovisuelle, les acteurs devront eux-mêmes contrôler les contenus. Reste que les règles du droit des médias devront s’appliquer aux créateurs de blogs : candidats, militants, sympathisants ou simplement passionnés de politique. Comme tout éditeur ou hébergeur de site Web, le responsable de publication est soumis aux règles qui s’appliquent aux médias traditionnels sur la gestion des contenus (notamment diffamation ou injure avec la loi sur la presse de 1881, mais aussi le droit d’auteur, le droit à l’image, le respect de la vie privée et le droit des données personnelles); ces règles exigent du blogueur un contrôle actif des contenus. Sa responsabilité sera à double détente, en tant qu’éditeur des contenus et en tant qu’hébergeur des liens. Il pourra retirer les contenus illicites avec promptitude lorsqu’une plainte lui sera adressée et ainsi ne pas voir sa responsabilité mise en jeu.
      Mais est-ce si simple? Ce mécanisme de responsabilité va contre l’essence même du blog qui veut qu’un contenu mis en ligne se retrouve porté, déplacé, reproduit, commenté sur une toile de sites. Retirer le contenu incriminé à sa seule source est inefficace car les traces résiduelles – citations, commentaires – peuvent conserver une capacité de nuisance.Un groupe de travail mis en place par le Forum des Droits sur l’Internet traite la question des blogs en politique. Il a pour objet de réactualiser la recommandation déjà émise par le FDI en 2002 à l’aune des nouveaux usages émergeants sur le net. Elle sera disponible courant octobre 2006.

*** Naissance de "L'Aquitaine Numérique" ***

Après cinq ans de parution et 57 numéros, la lettre d’information AEC Infos fusionne avec les Dossiers de Veille pour donner naissance à «L’Aquitaine Numérique».
Vous retrouverez tous les deux mois votre Dossier en cahier central de cette nouvelle publication - côté syndication et abonnement, rien de changé: le fil des Dossiers devient simplement celui de L'Aquitaine Numérique.

[N°24] Intelligence territoriale: au-delà des outils TIC, une démarche et des réseaux

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Dans un contexte de globalisation et de mondialisation, les territoires, comme les entreprises, sont désormais engagés dans une compétition où les outils et méthodes d’acquisition et de diffusion de l’information jouent un rôle clé. Transposer les méthodes et les enjeux de l'intelligence économique à l'échelle d'un territoire constitue un début de réponse, qui passe au moins autant par la mobilisation et la mise en réseau des énergies individuelles que par la mise en place d'outils techniques. Les initiatives régionales mises en avant sur le site récemment ouvert de la mission du Haut responsable en charge de l'Intelligence économique sont de bons exemple de ce qui est en train de se mettre en place en France en matière d'intelligence territoriale, domaine dont relèvent également les Pôles de compétitivité ou la création d'agences comme Innovalis en Aquitaine.

Le présent Dossier de veille s’inscrit dans le prolongement de la visite d’AEC au salon iExpo 2006 consacré à l’information numérique, à la veille et à l’intelligence
économique ; il complète le n°57 de la Lettre AECinfo (datée juillet-août 2006).

[N°23] Tourisme et TIC: remue-ménage dans les circuits de distribution

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Le secteur du tourisme est l’un de ceux que la révolution TIC a le plus profondément ébranlés : la généralisation de l’internet et l’essor du e-commerce ont induit une modification des comportements de consommation et des processus de distribution qui remet en cause le rôle des intermédiaires installés. Les grands réseaux de distribution mondiaux, également chahutés par une tendance à la déréglementation de leur activité, doivent faire face à la concurrence de nouveaux entrants positionnés sur les services en ligne, tandis que leurs clients sont amenés à réenvisager l’organisation d’un marché plus ou moins figée depuis trente ans : les agences de voyage utilisent comparateurs de prix et moteurs de recherche aux dépens des outils des réseaux de distribution, mais en subissent également la concurrence et doivent par ailleurs s’adapter à la fin du modèle de la commission ; quant aux prestataires d’hébergement et de transport, ils mettent à profit cette crise de l’intermédiation pour essayer de nouer une relation directe au consommateur que la montée en puissance des géants de l’internet pourrait bien à terme remettre en question. Dans ce contexte, quel rôle pour les sites publics ?
_________________
Reste que pendant les travaux les affaires continuent, et que l’innovation TIC, en matière de produits et de services également, présente de réelles opportunités pour un secteur où le marketing au sens large joue un rôle déterminant, comme le montre la journée d’étude organisée le 9 juin par le Conseil Général de la Dordogne. Un support de présentation rédigé à cette occasion et consacré au profil du touriste internaute et à l’exploitation marketing des nouveaux outils TIC complète d’ailleurs le présent Dossier de veille :

http://www.aecom.org/blog/veille/pdf/etourisme.ppt

[N°22] Le modèle finlandais : figé dans son avance sur les TIC ?

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Aquitaine Europe Communication peut, au terme de quatre missions consécutives à la rencontre des acteurs de la SDI finlandaise (2002-2004-2005-2006), analyser l’évolution du modèle finlandais dans son appréhension avec les TIC.
La dernière mission conduite en collaboration avec l’IDATE au cours du mois d’avril 2006 est l’occasion de faire le point et de synthétiser les dernières connaissances sur le sujet.
Le virage réussi à la fin des années 80 de l’économie finlandaise et la mise en valeur de son fleuron emblématique Nokia amènent les Finlandais à réorienter aujourd’hui leur stratégie en empruntant de nouvelles trajectoires et en se tournant vers les marchés émergents, comme l’Asie.
La position de précurseur et d’agilité finlandaise est pourtant remise en question et réclame un nouveau souffle. Les TIC seront-elles de nouveau au coeur de la révolution économique que cherche la Finlande ?
La position forcée vers le mobile et le développement du haut débit sont-ils conciliables ? La confiance dans les TIC va-t-elle perdurer ?

Voir aussi : Finlande : trois missions conduites par l'Aquitaine (Sep 05)

[N°21] Le Correspondant Informatique et Libertés

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L’informatique permet de collecter de plus en plus de données personnelles et de les enregistrer dans des bases de données pléthoriques ; les possibilités de détournement et de croisement des fichiers grandissent avec l’émergence de nouvelles technologies et font craindre un traçage électronique des individus.
Le cadre juridique évolue en conséquence et propose de nouveaux outils pour cadrer le phénomène. La refonte de la loi fondatrice sur la protection des données personnelles de 1978 (août 2004) et son décret d’application (octobre 2005) viennent renforcer les pouvoirs existants de la CNIL pour sanctionner les abus et créent un nouveau personnage censé réguler les utilisations : le correspondant Informatique et libertés.
Le présent Dossier de veille dresse le portrait de ce nouveau personnage : qui est-il ? Quelles sont ses attributions ? Quel est son statut ? Quels sont les moyens mis à sa disposition pour exercer ses fonctions ? Un Dossier qui se veut également un guide pratique pour les collectivités désormais invitées à se poser la question de la désignation d’un correspondant.

[N°20bis] Identification par radio-fréquence (2/2)

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Analystes, experts et journalistes le disent depuis plusieurs années : la RFID c’est l’avenir, le marché va exploser, les applications sont innombrables. Même si les faits ont quelque peu tardé à leur donner raison, il semble bien qu’en effet, au-delà des effets d’annonce habituels dans un secteur technologique émergent en recherche d’assise capitalistique, l’amorçage soit en cours, avec des prévisions économiques à moyen terme variables mais unaniment optimistes. Autre signe, on assiste à un déploiement d’inventivité en matière d’applications RFID qui ne peut que réjouir les adeptes de la technologie – même les artistes et les bricolos underground s’en emparent, ce qui ne peut que favoriser son acceptation malgré les craintes qu’elle suscite légitimement dans diverses couches de la société pour la sauvegarde du droit à la vie privée. Un enjeu réel qui en masque trop souvent d’autres, moins sociétaux et plus politiques : le modèle actuel de développement du petit monde RFID revient poser d’une façon particulièrement aiguë les questions de souveraineté que l’hégémonie de quelques grand acteurs en matière de logiciels et de gestion des réseaux suscite de temps à autre, lorsque d’aventure il est question d’intelligence économique.

[N°20] Identification par radio-fréquence (1/2)

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C’est l’exercice journalistique de prospective orwellienne à la mode : des « étiquettes intelligentes » équipées de « puces espionnes » envahissent peu à peu les linéaires de nos supermarchés, collées ou imprimées sur l’emballage des produits que nous glissons dans notre caddy, voire intégrées dans ces produits. Inconscients du danger, nous laissons notre environnement domestique, ou même notre corps, être envahi par ces puces indiscrètes ; insidieusement, la grande distribution les utilise pour nous profiler et nous pister de manière à nous vendre toujours plus. Pire, les Etats font de même, à notre insu, dans le but de contrôler nos déplacements, nos fréquentations, nos pensées. Mais tout ça ne serait rien si en plus toutes ces ondes en circulation ne risquaient pas de nous griller les neurones... A y regarder de plus près, cependant, si la technologie n’est pas sans risques pour la sauvergarde de la vie privée, elle promet également des bénéfices utilisateur qui dépassent le cadre de l’optimisation des chaînes logistiques de la grande distribution, actuellement fer de lance en matière de test et de déploiement. En ces temps de vache folle et de grippe aviaire, les promesses de meilleure traçabilité des aliments, par exemple, pourraient susciter un écho favorable dans le public. Les applications sont en effet multiples, que ce soit dans la lutte contre la contrefaçon et le vol, le développement d’interfaces évoluées d’information du consommateur sur le point de vente ou de paiement sans contact, y compris via téléphone mobile. Reste qu’on en est au tout début, que la technologie doit encore mûrir, tout comme le marché, pour tenir toutes ses promesses. Ce qui ne dispense pas d’anticiper dès aujourd’hui les menaces pour encadrer les usages d’une technologie dont le potentiel s’augmente des développements parallèles en matière d’explosion des réseaux et des débits, de capacité de calcul et de stockage de l’information – déjà se profile l’internet des objets...

NB: En raison de la richesse et de la complexité du champ envisagé, le présent Dossier de veille s’échelonne sur deux numéros (20 et 20 bis), le premier se centrant sur la technologie, et le second sur les perspectives macro-économiques, les applications et leurs répercussions sociétales.

[N°19] Vidéo sur les réseaux

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Après la musique et les petites annonces, le cinéma et la télévision se diluent à leur tour dans les réseaux. Selon Mike Ramsay, co-créateur du service de vidéo en différé TiVo (www.tivo.com), il s’échangerait déjà autant de vidéo que de musique sur internet. Cette réalité grisante attise aujourd’hui beaucoup de plumes noires qui prédisent, non sans arguments, la fin des « grandes » télévisions nationales. Un Dossier de veille qui commence par évaluer la réalité technique des changements en cours puis ce que l’on sait de la demande en VoD (vidéo à la demande), avant de s'intéresser aux enjeux plus sociaux et juridiques de ce qui, il faut le reconnaître, ressemble beaucoup à une révolution dans nos comportements de téléspectateurs.

[N°18] A vos chartes! Prêts? Partez!

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Entraînées dans la vague de l'administration électronique, les collectivités se dotent - et dotent leurs personnels - d'outils TIC sans cesse plus nombreux: messagerie, Intranet, accès internet, téléphones mobiles, PDA... Des dérives étant toujours possibles, il convient donc d'encadrer l'usage du système d'administration: la mise en place d'une charte permet de fixer quelques règles de bonnes conduites garantes du respect des droits et devoirs de chacun, en fixant notamment la limite entre utilisation professionnelle et utilisation privée. L'objectif d'un tel document, en effet, est de préserver le système d’information, d'assurer la qualité, le bon fonctionnement et la continuité du service public, dans le respect des droits et libertés de chacun. Le dossier de ce mois-ci se veut une sorte de guide pour la rédaction d'une telle charte.

[N°17] Robots: les grandes manoeuvres

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La robotique industrielle, d'abord concentrée sur les chaînes manufacturières, diffuse vers des secteurs toujours plus diversifiés, à la faveur d'une baisse des coûts et d'une hausse des performances qui rendent l'automatisation de plus en plus compétitive face à la main d'oeuvre humaine. Dans le même temps, les progrès technologiques et les politiques industrielles à grande échelle laissent augurer de l'arrivée à maturité d'une nouvelle génération de robots, plus "intelligents", aux applications certes militaires mais également civiles, et même domestiques. L'exposition universelle 2005 qui s'est tenue au Japon cet été a en effet permis de découvrir toutes sortes de robots de dernière génération, depuis la bonne d'enfants jusqu'à l'agent de sécurité. Ces réalisations spectaculaires, encore que pour l'instant au stade du prototype pour la plupart d'entre elles, amènent à se demander si la robotique n'en est pas à un tournant. L'occasion de faire un état des stratégies et des forces en présence

[N°16] Les partenariats public-privé (PPP) à l'épreuve d'un projet haut débit

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Ni délégation de service public ni tout à fait un marché public comme les autres: le partenariat public-privé ouvre une possibilité de contourner l'interdiction de marché de services sur un projet haut débit. Ce biais n'est pas sans risque au plan juridique et politique, mais il demeure que le PPP offre la souplesse de financement du privé aux objectifs de la collectivité, à charge pour elle d'insérer au contrat les garde-fous que le texte ignore.

[N°15] En direct du globe: les blogs

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Nouveaux relais d'opinion ou poil à gratter dans le panorama des médias, les blogs sont le nouveau phénomène émergent de l'Internet. Au-delà de leurs manifestations sensationnelles lors de la couverture du tsunami ou de la campagne référendaire qui vient de s'achever en France, ils représentent un poids de plus en plus lourd dans les réseaux de communication et d'information, avec des conséquences qui dépassent la seule pratique du journalisme et gagnent tous les champs de la société, politiques mais aussi économiques.

[N°14] Vade mecum: cadre juridique d'un projet haut débit

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En ces temps où les projets haut débit des collectivités font l'objet de diverses attaques en justice, un dossier juridique qui fait le point après les circulaires d'applications du fameux article L1425-1, qui permet aux collectivités d'agir dans le domaine des télécommunications et du haut débit. Y sont notamment comparées les différentes formes d'intervention qui s'offrent désormais aux collectivités; le tout s'inscrivant dans le cadre communautaire défini par la notion de service d'intérêt économique général.

[N°13] Moteurs de recherche: mots-clés et clés du savoir

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2004, les analystes sont unanimes, fut l’année de la recherche sur Internet. En ligne de mire : Google, dont l’introduction en bourse mouvementée s’est accompagnée d’annonces répétées en matière de nouveaux services et de performances financières à la hausse. Le succès de l’opération, qui a vu le cours de l’action doubler en quelques semaines et se maintenir ensuite à ce niveau élevé, a d’ailleurs eu valeur de signe du retour en grâce de l’ex-nouvelle économie. Une actualité enrichie par les mouvements de deux acteurs aussi importants que Yahoo! et Microsoft pour positionner leurs propres technologies sur un secteur juteux. En France, la réaction de Jean-Noël Jeanneney, Président de la Bibliothèque Nationale de France, au projet Google Print de numérisation et d’indexation du fonds bibliographique de prestigieuses universités américaines a achevé de propulser le thème à la une des quotidiens. Face à l’inquiétude exprimée de voir une vision américaine de l’histoire et de la culture s’imposer en ligne par ce biais, le Président Jacques Chirac a le 16 mars dernier annoncé la mise à l’étude des meilleurs moyens d’assurer au patrimoine européen une visibilité sur Internet – parmi lesquels, le développement d’un moteur de recherche européen, qui devrait être évoqué lors des Rencontres européennes de la culture les 2 et 3 mai prochains à Paris. L’occasion de revenir sur le fonctionnement des moteurs de recherche, les services qu’on peut réellement en attendre, les prochaines avancées technologiques et commerciales, etc. Au-delà de la domination enviée de Google sur le secteur, la question se pose de savoir dans quelle mesure notre recours de plus en plus systématique aux moteurs de recherche influence notre consommation de l’information, voire la nature de celle-ci. Dans un univers pléthorique, il est parfois malaisé de pointer où se produit la véritable création de valeur.

[N°12] Biométrie: l'identité au doigt et à l'oeil

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Le contexte de tension internationale (après 11 septembre) a fortement mis en avant les questions de sécurité. A ces questions, les nouvelles technologies, les TIC en particulier, se targuent d’apporter toute une série de réponses techniques : recours croissant aux systèmes d’information et aux outils informatiques en général pour le traitement des données, renforcement du suivi des individus, etc. La biométrie fait figure de clé de sécurité ultime, qu’il s’agisse de protéger les frontières, de sécuriser le transport aérien, de lutter contre l’anonymat en ligne pour y combattre la cybercriminalité et y favoriser l’essor du commerce, ou encore de contrôler l’accès à un périmètre ou à un système d’information, voire de se libérer de la contrainte de mémoriser un mot de passe pour déverrouiller son ordinateur. La technologie, outre que sa maturité demande à être vérifiée, réveille logiquement les craintes de « flicage » à la Big Brother, et y ajoute celle du vol d’identité – ses défenseurs rétorquant que la biométrie n’est pas le problème, mais la solution. Les projets se multiplient à l’échelle mondiale pour tester ou déployer passeports et titres biométriques, l’explosion des transactions en ligne repose régulièrement la question de l’identité numérique – dans le domaine commercial, mais également dans l’e-administration, et plus généralement dans toutes les sphères d’activité où la dématérialisation est envisagée à plus ou moins long terme. Un dossier dont les implications politiques ne tiennent pas seulement à l’ampleur de l’enjeu économique : au-delà de la mise en évidence des rapports de force internationaux, avec la promesse de l’informatique et des réseaux pervasifs ce sont les contours du monde de demain qui se dessinent.

[N°11] Photographie numérique: marché, technologie, usages

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Le présent dossier a été réalisé pour l’essentiel sur la base d’un travail effectué par quatre étudiants de l’Ecole Supérieure de Commerce du Havre, dans le cadre de leur mission « Gestion stratégique de l’information » ; sur le thème « Photographie numérique » proposé par Aquitaine Europe Communication, ceux-ci ont analysé le marché de la photographie pour mettre en évidence la percée foudroyante du numérique aux dépens de l’argentique, les conséquences pour les marchés connexes comme
celui des consommables, etc. Ils se sont également intéressés aux évolutions technologiques en préparation, ainsi qu’aux nouveaux ser vices et usages que la révolution numérique fait naître et dont certains dépassent les limites de la sphère personnelle pour entrer dans le champ politique au sens large. C’est sur ce dernier thème que nous complèterons le travail initial de MM. A. Boissière, C. Giraud, G. Raimbaud et L. Vignon, en insistant sur les implications de l’explosion simultanée de l’image numérique, des terminaux mobiles et des réseaux – implications en partie transposables à l’information numérique sous toutes ses formes. Nous tenons à souligner ici le sérieux du travail effectué par les étudiants de l’ESC, confirmé par leur présentation orale lors de la soutenance devant le jury présidé par Aquitaine Europe Communication. Nous proposons également au téléchargement le rapport de mission complet dont le présent dossier se veut la synthèse augmentée – agrémenté de chiffres et de nombreux graphiques, il permet de se faire une bonne idée de l’état actuel du marché de la photographie et de ses évolutions sur les dernières années.

[N°10] Haut débit en Aquitaine: le combat pour le 1er KM

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Sous le titre « Le combat pour le premier kilomètre », le Conseil régional d'Aquitaine, la Caisse des dépôts et consignations, Aquitaine Europe Communication et la Fondation Internet Nouvelle Génération organisaient le 16 novembre 2004 une journée consacrée au haut débit en Aquitaine et animée par Jacques-François Marchandise (FING), pionnier en France des travaux autour de la notion de premier kilomètre.
Cette manifestation, qui s'est tenue dans la salle plénière de l'Hôtel de Région, a été l'occasion de faire un bilan complet sur le contexte national, l'état d'avancement des projets régionaux, les aspects juridiques et les technologies – le tout en renversant la perspective qui a longtemps présidé aux destinées des projets de déploiement des réseaux, les réseaux de desserte de l'usager final étant qualifiés dans ce contexte de « dernier kilomètre ». Les temps héroïques des autoroutes de l'information sont révolus, il s'agit désormais de placer l'usager au centre de la réflexion et de lui proposer un accès équitable au haut débit en tout lieu du territoire. Problématique certes difficile, à laquelle les 140 inscrits (élus et personnels de 45 collectivités territoriales, représentants de l'Etat, acteurs privés et publics de l'aménagement numérique du territoire) étaient venus chercher une réponse de clarification des enjeux, des options et des perspectives et que sont venus éclairer les retours d'expérience de quelques projets et réalisations aquitains.
De manière à vous restituer une version condensée des réponses apportées ce jour-là, AEC y consacre un dossier de veille complété par la mise en ligne des supports des différents intervenants : http://www.aecom.org/ged/premierkm/
=> On se reportera également avec profit à l'article de la FING rendant compte de la journée que la Fondation consacrait le 25 juin 2004 aux projets alternatifs des territoires.
1. Aménagement numérique
2. Réseaux & technologies
3. Stratégie des acteurs
4. Cadre juridique
5. Cartographie des réseaux
6. Retours d'expérience
7. Perspectives

[N°9] Communautés virtuelles

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Le présent dossier a été réalisé en liaison avec la conférence « Dans l'esprit e-réel des communautés virtuelles » co-organisée par Aquitaine Europe Communication et l'Institut des Sciences de l'Information et de la Communication de l'Université Michel de Montaigne Bordeaux III (ISIC). Cette conférence centrera son attention sur les communautés de type professionnel, avant d'aborder leurs potentialités marketing et leur impact sur les modes d'organisation des entreprises et des collectivités . De la même façon, plutôt que de tenter une synthèse globalisante sur un sujet à la fois très vaste et en mutation rapide, le présent dossier s'efforcera de proposer différents éclairages, ou autant d'ouvertures sur des univers souvent très riches et divers, et aux frontières sans cesse remises en cause à mesure que l'accès à l'Internet et aux réseaux en général se démocratise et que naissent de nouveaux usages. Une approche au demeurant que la logique interne du sujet semble appeler, puisque celui-ci relève autant des sciences sociales que de l'évolution des TIC, et regroupe des problématiques aussi éloignées que le soutien aux malades, les petites annonces des sites de rencontres et la conduite de projet.
1. Petit muséum d'histoire virtuelle
2. Dynamique de groupe
3. Identité virtuelle et apports réels
4. Les amis de mes amis sont mes amis
5. De plus en plus e-réel
6. Business is business

[N°8] Le logiciel libre dans l'administration

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Fin 2003, Microsoft amorçait à grand renfort de publicité une stratégie de consolidation sur le marché de l'administration électronique en Europe : partenariat avec Accenture, livres blancs, promotion de solutions packagées de type eGovernment Accelerator, mais aussi création d'une huitième division spécialisée dans les clients du secteur public : les gouvernements, les municipalités et les milieux scolaires. Aujourd'hui, un rapport de l'éditeur constate : « Nous continuons à observer l'évolution des logiciels libres (…) Ces produits gagnent en popularité auprès du public et les ventes de nos propres offres sont susceptibles de décliner » - en particulier sur le marché des administrations, dont les projets orientés logiciel libre se multiplient (et sont de plus en plus médiatisés). Si le débat autour du logiciel libre dépasse le cadre de l'opposition au géant américain, sa popularité croissante est elle incontestable ; l'édition 2004 de l'Université d'été de la communication l'a prouvé, et celle à venir du Forum européen de l'administration électronique, en décembre, ne manquera pas de le confirmer. Il faut dire qu'une volonté politique se dessine de plus en plus clairement en faveur de la prise en compte, voire de l'adoption, du logiciel libre, à l'échelle française comme européenne et, serait-on tenté de dire, mondiale. Conséquence : le débat mûrit et les discours militants tendent à laisser s'exprimer des approches plus pragmatiques qui, sans nier les enjeux stratégiques ou sociétaux, intègrent désormais de façon moins idéologique la dimension économique et les contraintes opérationnelles – et mettent en avant une offre logicielle de plus en plus riche. Administrations et collectivités sont donc amenées à examiner l'option du libre avec un intérêt renouvelé et à peser longuement ses avantages et ses éventuels inconvénients - y compris en termes de coûts - avant un choix qui n'est pas anodin.
1. De quoi parle-t-on ?
2. Enjeux à l'échelle d'une administration
3. Politiques et projet à l'échelle mondiale
4. Ressources pratiques

[N°7] Banque en ligne et logique de guichet

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Comme le commerce des biens culturels et celui des voyages, le secteur bancaire – celui de la banque de détail en particulier – a été notablement transformé par l'essor des technologies de l'information et de la communication. On nous l'annonçait il y a six ou sept ans, avant la bulle Internet et son éclatement, à grand renfort de banques virtuelles et de disparition annoncée des agences. On le constate aujourd'hui sur un mode plus pragmatique, avec le succès incontestable de la banque en ligne, qui vient interroger le modèle de l'agence classique pour le réinscrire avec force dans une logique recentrée sur le client, en l'intégrant dans une approche multi-canal au même titre que les différentes voies d'accès à distance : téléphone, télématique, Internet. Or, à l'heure où le grand chantier de l'administration électronique à la française est décidément lancé (cf. précédent dossier n°4 – ADELE ), il paraît intéressant de se demander de quelle façon la dématérialisation au moins partielle de la relation de l'usager à son administration peut s'inscrire dans la logique de guichet qui a longtemps déterminé le choix des modèles organisationnels en la matière. Mutatis mutandis, peut-être l'expérience de la banque en ligne peut-elle se révéler éclairante.
1. Succès de la banque en ligne
2. Attentes des clients
3. Multi-canal et agence de demain
4. Perspectives

[N°6] La LEN (loi pour la confiance dans l'économie numérique)

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Voici un texte de loi qui aura fait couler beaucoup d'encre, suscité l'engagement parfois virulent des lobbies et des associations concernés, et connu de nombreux rebondissements législatifs. Au point que l'acronyme LEN a désormais valeur de sobriquet lorsqu'on veut parler de la Loi pour la confiance dans l'économie numérique. Quatre ans après l'adoption de la directive européenne que le texte est censé transposer en droit français, trois ans après un premier projet de loi gouvernemental avorté et quatorze mois après son dépôt devant le Parlement, la LEN vient d'être adoptée – il appartient désormais au Conseil constitutionnel de se prononcer sur un certain nombre de points qui continuent de faire débat dans un texte qui se veut fondateur du droit de l'Internet en tant que tel – en même temps qu'il doit fournir un cadre réglementaire plus sécurisé à l'essor actuel du commerce en ligne et permettre l'accès de tous à ces nouveaux modes d'information et de communication.
1. Le contexte
2. Réglementer la communication en ligne
3. Encadrer le « commerce électronique »
4. Favoriser l'accès au haut débit

[N°5] VoIP (voice over IP, la voix par Internet, ou téléphonie Internet)

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Ceux d'entre nous qui, il y a (déjà) une dizaine d'années, ont acheté une des premières cartes audio full duplex (permettant le traitement simultané de deux signaux audio, en entrée et en sortie) s'en souviennent peut-être : le fabricant (Creative, avec sa gamme SoundBlaster) proposait en bundle un logiciel permettant de « téléphoner via Internet »… et via un micro connecté à l'ordinateur. En ces temps héroïques de l'Internet via modem RTC (réseau téléphonique commuté – le réseau historique de téléphonie sur paire de cuivre), la promesse était techniquement difficile à tenir et il est douteux que les (rares) utilisateurs ayant réussi à configurer le logiciel et à se connecter à la passerelle téléphonique y aient vu alors une alternative crédible à la téléphonie classique. Quoique anecdotique, ceci est exemplaire des débuts chaotiques et prématurés qui ont longtemps nui à la réputation de la voix sur IP (VoIP, on y reviendra). Mais celle-ci paraît aujourd'hui sur le point de prendre enfin son véritable essor, grâce à la pénétration du haut débit et à la multiplication des offres des nouveaux acteurs (opérateurs alternatifs, fournisseurs d'accès, câblo-opérateurs, équipementiers, éditeurs de logiciels) désireux d'attaquer par la bande le marché des télécoms au sens large. Et tous les commentateurs de noter que la killer-application (l'utilisation révolutionnaire) du réseau Internet, longtemps vu par l'utilisateur comme un flux de données transitant par le fil du téléphone concurremment de la voix (et aujourd'hui, grâce à l'ADSL, parallèlement à celle-ci), pourrait bien être… le téléphone.
1. Comment ça marche
2. Panorama mondial
3. Perspectives et enjeux

[N°4] ADELE (plan gouvernemental pour l'administration électronique)

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C'est le 9 février 2004 que le Premier ministre a présenté les grandes lignes du projet ADELE (« ADministration ELEctronique 2004/2007 »), dont l'ambition est de donner un cadre pluriannuel, cohérent et coordonné au développement de l'administration électronique. Ce projet s'inscrit dans la ligne des projets de réforme de l'Etat menés par le ministère de la Fonction publique, discutés notamment lors des Comités Interministériels à la Réforme de l'État (CIRE). Il regroupe 140 mesures destinées à rapprocher l'usager des services publics en simplifiant ses démarches grâce au développement de l'administration électronique, laquelle doit également participer de la modernisation des services publics. Au-delà de la réception de ce projet par les différents acteurs concernés, l'étude des documents fait apparaître quelques grandes mesures phares au sein d'un catalogue hétérogène.
1. Contexte
2. Lancement du projet ADELE
3. Un accueil mitigé
4. ADELE de 001 à 140

[N°3] UMTS (téléphonie mobile 3e génération)

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L'acronyme UMTS a connu une diffusion grand public en France à l'occasion de la procédure initiale d'attribution des licences en janvier 2001. La visibilité médiatique du dossier se fondait sur deux éléments : le coût exorbitant du ticket d'entrée annoncé par le gouvernement (20 milliards d'euros pour quatre licences d'une durée de 15 ans) et le manque de candidats (2 dossiers déposés auprès de l'Autorité de Régulation des Télécoms à la date de clôture de l'appel).
Depuis, l'UMTS a resurgi de façon erratique dans l'actualité, sans qu'une offre commerciale ait à ce jour été proposée au consommateur hexagonal ni que le déploiement des réseaux soit acquis. Ce début d'année 2004 a néanmoins vu fleurir les communiqués laissant entendre que l'UMTS pourrait bien devenir une réalité d'ici la fin de l'année. L'occasion de revenir sur cette technologie de téléphonie de 3 e génération censée apporter sur nos mobiles l'Internet à haut débit et les services multimédia, de faire le point sur son déploiement effectif en Asie et en Europe, et d'essayer de faire le tour des défis qui attendent les acteurs de cette technologie que certains annoncent mort-née et à qui d'autres prédisent un avenir radieux.
1. Aperçu technique
2. 2000 : un lancement précipité
3. 2004 : le grand retour ?
4. Quelles perspectives ?
5. Des hypothèques demeurent

[N°2] La TV sur ADSL

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Le lancement de l'offre TV ADSL de Free a précipité un mouvement général en ce début d'année 2004. Il ne s'agit cependant pas d'un effet de mode, mais d'un mouvement de fond, et qui vient de loin, comme en atteste par exemple la conférence TVoDSL qui s'est tenue à Paris en janvier de cette année. Un dossier exemplaire du brouillage des cartes actuel en matière de télécoms – ou bien doit-on parler de redistribution ?
1. La technologie
2. Panorama/historique des offres
3. Le cadre juridique
4. Les enjeux