[L'Aquitaine numérique 14] - Dossier e-tourisme : "le printemps des audioguides"

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En prélude à la saison estivale, votre lettre d'information du numérique en Aquitaine revient, dans le cadre de son dossier thématique bimensuel, sur un sujet fort de l'actualité : la déferlante d'audioguides numériques dans le secteur du tourisme.
Vous découvrirez également dans ce 14e numéro un compte-rendu du colloque organisé avec Aquitaine Image Cinéma sur la création audiovisuelle à l'ère numérique ; un point sur les projets européens en matière d'insertion numérique des seniors* ; une présentation des évolutions du Diagnostic de l'Aquitaine Numérique. Sans oublier les actualités d'AEC et l'agenda des manifestations à venir dans la région.
* Les @ placés dans l'article renvoient à ces compléments d'information :
(1) Plan d'action de la Commission européenne « Bien vieillir dans la société de l’information » :
http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/site/fr/com/2007/com2007_0332fr01.pdf
(2) Appel à propositions du programme d’appui stratégique en matière de TIC (ICT PSP - ICT Policy Support Fund) :
http://www.telecom.gouv.fr/actualites/5-mai-2008-appels-propositions-tic-recemment-publies-1666.html
(3) : Les TIC dans le Programme Cadre Innovation et Compétitivité (2007/2013) :
http://www.drrt-centre.fr/slideurope200611/launey_15-11-2006.pdf
(4) : Premier appel à propositions dans le cadre du Ambient Assisted Living Joint Programme : " améliorer la qualité de la vie des personnes âgées et renforcer la base industrielle européenne grâce aux TIC" :
http://www.aal-europe.eu/
Le Dossier :
Tourisme et technologies numériques : "Le printemps des audioguides".
Introduction :
Les audioguides numériques connaissent un succès massif auprès du public et des professionnels du tourisme. Les projets et appels d'offres pour déployer de tels outils fleurissent en ce printemps 2008.
Autrefois réservés à des structures pouvant se permettre de les financer, grands musées ou monuments célèbres, ces outils de médiation touristique, sonores ou multimédia, se multiplient auprès d'un panel plus large de sites : espaces naturels, villes et villages, etc.
Portés par la baisse des coûts des terminaux et face à un touriste de plus en plus « numérique », dont les attentes évoluent et se diversifient, les professionnels du tourisme dégainent leurs baladeurs numériques, assistants personnels, téléphone portable et autres GPS aux contenus embarqués. Des maisons d’édition et des sites internet s’installent sur le marché et des solutions innovantes apparaissent, encourageant toujours plus de mobilité, d’autonomie et une scénarisation des savoirs.
Etats des lieux, solutions techniques et modèles économiques, conseils pour la conception des contenus d'un audioguidage touristique, prospective : l'Aquitaine Numérique accompagne et informe les acteurs du tourisme à travers des analyses, interviews, exemples de réalisations et rappels juridiques.
Sommaire :
Au bout du voyage, l’audioguide numérique p6
En Aquitaine : étapes sonores et promenades imagées p8
Interview : « Apporter du savoir et de l’humain » p9
Quelques pistes pour la conception d’un audioguide p10
Juridique : l’enjeu de la maîtrise des contenus p11
Prospective : Demain, un recentrage sur l’utilisateur p12
- Cliquer ici pour lire le dossier dans son intégralité
Etat des lieux. L’explosion des usages internet et l’arrivée sur le marché de terminaux numériques grands publics comme les baladeurs Mp3 ou les PDA facilitent la production d’audioguides touristiques. Le point sur une révolution
Au bout du voyage, l'audioguide numérique
Au début des années 2000, l’arrivée sur le marché de terminaux grand public de type PDA, dotés à la fois d’un système de restitution audio, d’un écran et d’un processeur performant offrait la possibilité de déployer un audioguide sans recourir à des terminaux dédiés, beaucoup plus coûteux. Dans le même temps, les matériels numériques de captation audio et vidéo se démocratisaient tandis que la puissance des ordinateurs individuels et l’évolution des solutions logicielles de postproduction rendaient ces dernières plus accessibles.
Nouveaux acteurs innovants
Il y a moins de cinq ans, seul un grand musée pouvait consentir l’investissement nécessaire pour déployer une solution d’audioguidage sur site (250 000 euros HT environ pour un produit clé en main). Aujourd’hui, les grands acteurs commerciaux du secteur que sont Ophrys Systèmes, Antenna Audio ou Sycomore voient arriver des petites sociétés innovantes ayant su anticiper le potentiel des terminaux grand public, comme le bordelais GMT Editions ou le toulousain Camineo.
Les ordres de grandeur ont aussi radicalement changé : livré avec une trentaine de terminaux, un audioguide bilingue français-anglais sur baladeur MP3 coûte environ 10 000 euros HT (compter 30 000 euros HT pour un support iPod Touch à écran tactile, 60 000 euros HT environ pour des PDA – ces chiffres indicatifs dépendent bien sûr fortement de la richesse et de la complexité des contenus développés). Résultat, un nombre croissant d’acteurs touristiques s’essayent à l’audioguidage sur site : en France, le suivi des appels d’offres en la matière fait apparaître un premier frémissement du marché au printemps 2007, avec une accélération notable à l’automne, les trois quarts des projets étant portés par des acteurs publics.
Les touristes sont connectés
D’autres évolutions ont aussi créé un contexte favorable : démocratisation d’internet et du haut débit, explosion des usages. Sur les 40% de Français ayant préparé leur séjour en ligne, 55% n’ont utilisé aucun autre média en ligne (cabinet Guy Raffour, repris dans « Comportements et attentes des internautes vis-àvis des sites Internet touristiques », nov. 2007) . Cette tendance, mondiale, illustre à elle seule l’importance prise par internet dans la consommation touristique. L’accroissement des débits permet par ailleurs de diffuser en ligne les fichiers numériques audio, voire vidéo, constituant un audioguide ; une technologie comme le podcasting, qui permet d’automatiser le téléchargement des contenus au fur et à mesure de leur mise en ligne, simplifie leur diffusion. Les baladeurs numériques sont devenus d’un usage courant (65% des Aquitains de 15-29 ans en possèdent un, selon les chiffres 2008 du Diagnostic de l’Aquitaine numérique à paraître, et 52% des 30-44 ans), et le parc de téléphones mobiles multimédias ne cesse de croître.
De nouveaux acteurs se sont donc logiquement positionnés sur la mise à disposition d’audioguides en ligne, que celle-ci soit gratuite ou payante : les contenus, une fois téléchargés dans un format adapté, sont lus sur le terminal personnel du touriste (téléphone mobile, baladeur numérique, PDA accompagnent généralement le touriste sur son lieu de villégiature).
Différentes stratégies économiques
Avec la démultiplication des canaux de diffusion des contenus numériques, l’audioguide amène à tester de nouvelles stratégies : de nombreux musées américains proposent des audioguides gratuits en ligne pour attirer les visiteurs (on en retrouve une part dans la catégorie Museum tours d’iTunes store) et on commence à en voir des exemples dans l’univers francophone : lancé à l’été 2006, le site du podcast du château de Versailles avait généré fin mars 2007 près de 30 000 visites et 100 000 téléchargements par mois sur la base d’une offre gratuite d’une cinquantaine de séquences, qui s’est depuis enrichie de séquences payantes proposées à 2 euros par version. Le modèle payant a été retenu à Agassac, en Gironde, où l’attractivité de l’audioguide joue sur le caractère branché du iPod vidéo proposé et sur une scénarisation pointue des contenus, relayés par une communication efficace (lire plus bas).
L’audioguide nouvelle génération, permet de proposer sur un même support et au sein d’interfaces de plus en plus conviviales (notamment avec l’arrivée des écrans tactiles) une visite guidée adaptée à divers publics (âge, langue, etc.), mais également une plus grande liberté de navigation au sein des contenus et du site touristique, même si 80% des utilisateurs utilisent encore peu les fonctions d’interactivité et optent pour le mode automatique par défaut. Une tendance qu’il sera intéressant de croiser avec le développement d’offres d’audioguidage avec géolocalisation, notamment via GPS, destinées à la découverte itinérante de territoires, comme Navidoo dans le département du Doubs ou le futur circuit des Sentiers du littoral le long de la côte Basque.
Châteaux et musées ont été parmi les premiers à tester les nouvelles possibilités de visites audioguidées, généralement sur le modèle de la mise à disposition sur site, avec prêt d’un terminal type baladeur ou PDA ayant des contenus embarqués. C’est l’option retenue en Aquitaine par les châteaux de Duras (lire plus bas) et de Madaillan, par exemple, ou encore par le Musée de la céramique Bernard-Palissy. Lorsqu’il y a proposition concurrente de visites guidées, comme à Agassac, le modèle économique s’adapte à une clientèle plus segmentée avec des consommations différenciées : l’audioguide est proposé à 5 euros pour les adultes et 2 euros pour les enfants. La recherche de rentabilité mise sur un taux de rotation supérieur et la satisfaction d’attentes nouvelles chez le touriste : autonomie et contenus plus ciblés.
Attractivité en ligne
La mise en place d’un audioguide s’accompagne souvent d’une stratégie d’attractivité en ligne. Le téléchargement gratuit d’extraits (voire d’audioguides complets) est alors le cas général, souvent accompagné d’une proposition de téléchargement payant pour des contenus spécifiques (le prix moyen est de l’ordre de 2 ou 3 euros). Dans certains cas, l’audioguide lui-même est conçu comme un plus produit : la compagnie Britanny Ferries prête gracieusement des baladeurs à ses clients désireux de découvrir le navire sur lequel ils effectuent une traversée (les fichiers MP3 sont disponibles en ligne).
Les propositions d’audioguides pour la découverte itinérante d’une ville ou d’un territoire se multiplient également, le plus souvent grâce à des fonctions de géolocalisation via GPS qui non seulement permettent au touriste de se repérer mais commandent le déclenchement automatique du commentaire à proximité des lieux remarquables. En France, le CDT de l’Aube, la ville de Troyes (Hoppy) et le département du Doubs (Navidoo) ont été parmi les premiers à déployer ces systèmes. Les Parcs naturels régionaux en raffolent : après ceux de la Montagne de Reims, du Mercantour et du Haut-Jura, le PNR Périgord-Limousin s’engage dans cette voie. Assez naturellement, c’est d’abord pour l’audioguidage en milieu ouvert urbain qu’est apparue il y a trois ou quatre ans une offre complémentaire en ligne, devenue depuis pléthorique : le modèle est la mise à disposition de fichiers dans divers formats compatibles avec les principaux terminaux grand public (baladeurs numériques, consoles de jeu portables, mobile, etc.).
Diverses logiques sont à l’oeuvre dans ce secteur, à commencer par celle d’éditeurs de contenus destinés à la vente en ligne : par exemple, Cityspeaker, qui propose ses guides entre 10 et 50 euros pour la découverte complète d’une destination et qui, outre son propre site, s’appuie pour la diffusion sur des plateformes comme Numilog, spécialisé dans les livres électroniques et audio. On peut également citer Soundwalk, pour le soin extrême porté aux ambiances sonores et à la scénarisation des visites.
Logiques de partenariat
Audiovisit se positionne quant à lui plutôt comme prestataire de contenus pour les destinations, auxquelles il propose également le relais de sa plateforme de diffusion grand public : la politique tarifaire est fixée par chaque destination. Voxinzebox, qui propose ses contenus gratuitement via sa plateforme ZeVisit, s’appuie sur une démarche de partenariats à plusieurs étages : partenariats avec les destinations (le Pays touristique du Périgord noir est par exemple devenu partenaire en février dernier) mais également partenariat avec divers réseaux de diffusion en demande de contenus.
La presse quotidienne régionale est d’ailleurs entrée au capital de Voxinzebox en 2005, et diffuse gratuitement un certain nombre d’audioguides, comme ceux qu’on peut retrouver en page d’accueil du site sudouest.com. Le modèle économique de Cityzeum est encore différent : les contenus sont gratuits, le site se rémunère sur la publicité. Là aussi, des logiques de partenariats se dessinent : depuis février, Cityzeum expérimente avec SFR un guide interactif à télécharger sur son mobile : vendu 20 euros par l’éditeur dans sa version complète avec interface cartographique, il est proposé gratuitement par SFR à ses abonnés, qui de plus disposeront d’une fonction de géolocalisation assurée par l’opérateur, que leur mobile soit GPS ou non. Citons également le partenariat entre Sony et l’éditeur de guides touristiques Lonely Planet pour la diffusion de guides multimédias sur PSP. Car bien sûr les éditeurs « classiques » n’entendent pas rester à l’écart : on l’a vu par exemple avec les éditions Hachette et le Guide du routard, qui après quelques grandes destinations et capitales, commencent à s’intéresser aux villes – à commencer par Périgueux.
En Aquitaine. Audioguides au format Mp3, contenus multimédias, téléchargeables en ligne ou disponibles sur site…Voici quelques exemples, en guise de bref panorama, des différentes offres repérées dans la région.
Etapes sonores et promenades imagées
Audioguides Mp3 disponibles sur site
- Arcachon, visite de la Ville d’Hiver :
Quartier historique du XIXe siècle, la Ville d’Hiver est un ensemble de vastes villas bourgeoises perchées sur les hauteurs de la commune. L’Office de tourisme d’Arcachon propose pour 7 euros, toute l’année, un audioguide d’1h30, en onze étapes, pour découvrir les éléments architecturaux de la Ville d’Hiver.
Audioguides Mp3 téléchargeables
- Dordogne : berceau de la Préhistoire :
Cityvox, qui commercialise ce service sous le nom Zevisit, propose sept étapes pour découvrir l’Histoire de Lascaux aux Eyzies : des commentaires dits par des comédiens, des reconstitutions, des interviews, des musiques. Cet audio guide est téléchargeable gratuitement sur tous supports mobiles acceptant le format Mp3, en version complète (25 minutes) ou par séquences (3 minutes). Il nécessite une inscription préalable au service et est disponible à partir de plusieurs plateformes : site du journal Sud Ouest ou encore site du Pôle International de la Préhistoire. A cet audioguide s’ajoute, si on le souhaite, un fichier téléchargeable pour l’application de cartographie en 3D Google Earth.
- Périgueux :
Premier audioguide de ville édité par le Guide du routard (éditions Hachette), celui de Périgueux est téléchargeable, pour 4,99 euros, à partir du site de l’office de tourisme de Périgueux ou directement dans la boutique en ligne Virginmega.fr. Il est découpé en séquences, dure environ 60 minutes, et est accompagné d’un document au format PDF, toujours à télécharger. Celui-ci est le plan de la ville avec l’indication des lieux commentés dans le guide.
Audioguides multimédias sur site
- Agassac, château du Haut-Médoc (Gironde) :
Il met gratuitement à la disposition de ses visiteurs des iPod audio et video proposant un jeu de piste interactif. Il permet aux enfants de découvrir la propriété en répondant à des questions dont le score final libérera la Princesse d’Agassac, retenue dans la tour depuis des siècles par un petit dragon amoureux. Jeu de piste à double entrée, la visite virtuelle d’Agassac est également proposée aux adultes, sur le même principe ludique.
- Cityzeum en Aquitaine
Ce service de téléchargement de guides gratuits sur mobile, iPod, PDA, GPS alliant textes, images et vidéos. De nombreuses destinations sont proposées gratuitement, le service se finançant grâce à la publicité présente sur son site. Pour l’Aquitaine, on trouvera notamment des visites de la Dune du Pylat, de Bordeaux ou encore de Hossegor. A noter que certains audioguides sont l’oeuvre d’internautes.
Encadré :
L’enquête audioguides
Dans le cadre du Pôle Aquitain pour la Société de l’Information (PASI) animé par l’Etat et la Région Aquitaine, les acteurs institutionnels du tourisme (dont la Direction régionale du tourisme, les Comités départementaux et régional de tourisme, la Mission offices de tourisme et pays touristiques d’Aquitaine mais également la Région et les Départements) mènent une enquête destinée à recenser l’offre aquitaine en matière d’audioguides, de manière à promouvoir l’existant et à envisager d’éventuelles actions d’accompagnement. Une quarantaine d’audioguides sur site ont ainsi été repérés, ainsi qu’une bonne dizaine de projets en cours de réalisation ou de réflexion.
Les premiers résultats de cette enquête seront rendus publics à l’occasion de la journée technique « Audioguides et baladeurs numériques » organisée par la MOPA en collaboration avec AEC, le 15 mai prochain, à la CCI de Périgueux.
Usages. Pour Philippe Fabry, les audioguides numériques illustrent une évolution des besoins et comportements des Français face aux produits touristiques. Internet influence fortement ces bouleversements.
Philippe Fabry est Responsable nouvelles technologies à la Direction Ingénierie et Projets de ODIT France, groupement d’intérêt public d’observation, de développement et d’ingénierie touristiques basé à Paris. ODIT France est placé sous la tutelle du ministre du Tourisme. Philippe Fabry interviendra aux Rencontres techniques du e-tourisme organisées le 15 mai, à Pau, par AEC et la Mission des offices de tourisme et pays touristiques d’Aquitaine (MOPA), sur le thème « Quelle demande et quelle offre en matière d’audio-guides ? ». www.odit-france.fr/
AEC : Comment expliquer l’explosion des audioguides numériques dans le secteur du tourisme ?
Philippe Fabry : Ils illustrent des besoins et comportements nouveaux de la part des touristes : recherche d’autonomie et d’un voyage « à la carte ». Les touristes sont également plus mobiles et la possibilité de choisir un produit adapté au temps dont ils disposent est essentielle. Veulent-ils visiter une ville ou seulement un quartier ? Le produit touristique proposé se personnalise, il devient plus souple, plus en adéquation avec la demande.
AEC : Quelle place occupe l’audioguide dans une offre touristique ?
PF : En termes de service, il peut permettre d’attirer des gens sur un site où ils ne seraient pas venus. Pour les acteurs du tourisme, l’audioguide est un moyen de diversifier une offre, ce qui est très important. Par ailleurs, il permet de donner des informations supplémentaires qui ne concernent pas le site proprement dit mais l’environnement du site : les restaurants, les magasins, etc. Il est très important qu’un site touristique s’intègre dans un réseau. L’intérêt de l’audioguide numérique est d’enrichir le réel, de décrypter ce que le public voit. Aujourd’hui, le touriste ne se contente plus de connaissances, il veut du savoir : les hommes, les événements, du vécu, de l’anecdotique. Nous devons lui apporter de l’humain, un lien entre le réel et le virtuel. C’est tout l’enjeu de la médiation appliquée au tourisme. C’est une évolution des métiers et de secteur importante et, selon moi, l’audioguide doit constituer l’offre de base du produit touristique, y être intégré dès sa conception mais également dans la démarche de communication et de marketing.
AEC : L’approche du produit touristique par les touristes devient plus ludique, moins experte...
PF : Le contenu ne perd pas forcément en qualité avec l’audioguide numérique car il offre une lecture de la réalité à plusieurs niveaux. Il répond à tous les publics, jeunes, plus âgés, aguerris ou novices. Internet, avec son mécanisme du lien hypertexte, a beaucoup influencé notre manière de recevoir l’information : nous allons de l’essentiel à l’anecdotique, du spécialisé au ludique en fonction du niveau de détail recherché. Si l’on considère, en plus, le fait que l’audioguide numérique offre une variété de langages et permet une évolution des contenus, on comprend qu’il peut impacter fortement l’offre touristique de départ. C’est une évolution à saisir par les professionnels du tourisme comme une véritable valeur ajoutée.
Encadré :
Expérience au château de Duras, dans le Lot-et-Garonne
« L’audioguide incite à repenser son offre touristique »
« Notre projet d’audioguide sur baladeur numérique s’inscrit dans une refonte globale de l’offre touristique du château. Nos supports de visites, photocopiés, étaient obsolètes. Il n’y avait ni signalétique sur le site, ni communication visuelle vers l’extérieur. En parallèle du projet d’audioguide, nous avons donc restructuré entièrement le circuit de visite, créé une signalétique et une nouvelle charte graphique pour nos supports de communication, mis en ligne un nouveau site internet et conçu l’espace boutique du château. Aujourd’hui, notre offre est beaucoup plus professionnelle avec une vraie image de marque et un positionnement marketing. Dans ce contexte, l’audioguide joue le rôle de produit d’appel. Proposé au prix de 2,50 euros à l’entrée du château, il est en téléchargement libre sur le site internet. Dès le début du projet, un comité scientifique a été mis en place pour réfléchir aux contenus de l’audioguide et des panneaux culturels installés tout au long du circuit de visite. Ces panneaux contiennent les informations essentielles à la compréhension du lieu, de son histoire et de son architecture. L’audioguide, scénarisé et enregistré par des comédiens, amène de l’émotion, de l’anecdote, du vécu à la pierre de Duras. Avec vingt séquences audioguidées et quinze panneaux d’informations, le circuit de visite est plus court mais aussi plus vivant et plus riche en contenu. Un quizz est proposé aux enfants à la fin de chaque séquence. Ce service apporte aux visiteurs et au lieu une vraie valeur ajoutée. » Virginie Pelegry, chef de projet au Château de Duras
En amont du projet. Sophie Deshayes analyse depuis plusieurs années les stratégies de création de contenus des audioguides. Extraits de ses travaux en guise de conseils aux futurs porteurs de projets.
Sophie Deshayes est chargée d’étude en muséologie et membre du laboratoire de recherche Communication, culture et société (C2So) de l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines de Lyon. Elle interviendra le 15 mai prochain, à Pau, dans le cadre des Rencontres techniques e-Tourisme organisées par la MOPA et AEC sur le thème "audioguides et baladeurs numériques". http://c2so.ens-lsh.fr
Quelques pistes pour la conception d'un audioguide
Des commentaires par genre ou registre d’énonciation
Il est très important de ménager des statuts facilement identifiables aux commentaires en les hiérarchisant : commentaire général ou introductif d’une part et commentaire particulier sur un objet ou groupe d’objets d’autre part. Certains utilisateurs privilégient le commentaire général, d’autres recherchent des commentaires centrés sur les objets et, pour un même utilisateur, ces préférences peuvent varier dans le temps de la visite. Pour adopter des stratégies sélectives adaptées au mode de visite qu’ils recherchent, les visiteurs utilisateurs doivent pouvoir différencier les commentaires entre eux. De plus, à l’intérieur de chaque commentaire ou séquence audio, les utilisateurs repèrent généralement très vite une structure construite avec des contenus variés mais qui correspondent à des types repérables, des genres : descriptions, usages, contextes historiques, interprétation symbolique ou intentions de l’artiste, évocations plus littéraires, témoignages etc. Ils apprécient généralement ces variations de point de vue et dans l’idéal, aimeraient pouvoir choisir.
Des parcours « sur mesure »
Les nouveaux supports mobiles ont des capacités de stockage beaucoup plus importantes, voire quasi illimitées avec les nouvelles générations de supports mobiles, véritables terminaux connectés sans fil à une base de données centralisées sur un ou plusieurs serveurs à distance. Embarquée sur le support ou accessible à distance, une base de donnée enrichie offre un potentiel de tris qui peuvent devenir à terme des critères de choix donnés au visiteur : un parcours centré sur la sculpture ou la peinture ; une période donnée ou un thème de visite transversale ; un point de vue particulier, etc. D’autres critères de sélection, liés aux conditions et aux circonstances de la venue au musée devraient pouvoir être pris en compte : on ne visite pas de la même manière si l’on est seul ou à plusieurs, si l’on a une heure ou trois heures devant soi, si l’on vient pour la première fois ou si c’est une cinquième visite… L’accès, via le support mobile, à une offre de contenus personnalisée pour une visite familiale par exemple, configuration fréquente au musée, serait tout à fait pertinente et là encore, différentes variations peuvent être recherchées selon que l’on visite avec des enfants ou pour les enfants : dans le premier cas, l’offre sélectionnée devra ménager différents niveaux adulte/enfant et privilégier des moments de partage possibles, dans le second cas, un programme spécifique destiné aux enfants visera leur autonomie au musée, les adultes ayant alors le loisir d’effectuer de leur coté un parcours alternatif. (« La médiation individuelle au musée : l’enjeu des audioguides », publié en novembre 2004)
« Quelles formes de collaboration pour la création de dispositifs techniques de médiation ? »
Innovations et créations en matière de médiation culturelle induisent de nouveaux modes de collaboration entre chercheurs, institutions muséales et entreprises privées. Les musées poursuivent depuis les années 1980 des expérimentations qui mobilisent les médias, l’informatique et les réseaux. Ils développent des dispositifs de médiation non nécessairement intégrés à la muséographie proprement dite, notamment par les produits éditoriaux, les audioguides et dispositifs d’accompagnement du visiteur, et l’usage des réseaux. Mais curieusement, s’il y a bien eu une certaine capitalisation des expériences grâce à l’intensité du dialogue dans le milieu muséal, aux collaborations et aux colloques et manifestations, cette capitalisation n’a pratiquement pas orienté les formes juridiques et administratives de la création et du développement.
Constat : Il apparaît nécessaire que les instances d’administration de la recherche-développement, associant musées, entreprises et équipes de recherche, fassent à leur tour un effort d’innovation et de création administrative et juridique pour imaginer des protocoles intégrant la connaissance des pratiques de recherche-développement et de création, trop rarement formalisées.
Conclusion : Les formalismes administratifs et juridiques des appels d’offres sont très peu adaptés à ce type de collaboration. Ce qui apparaît ici, c’est la nécessité d’une nouvelle étape impliquant nécessairement des juristes et des administrateurs, pour que ceux-ci puissent s’inscrire dans l’ensemble des déplacements des logiques de chacun, et contribuer à la dynamique de création et d’innovation. (publié à l’été 2007)
Juridique. La mise en place d’un audioguidage doit s’accompagner d’un modèle de gestion approprié des contenus exploités et de vérifications préalables concernant leur provenance.
L’enjeu de la maîtrise des contenu
Les acteurs publics s’investissent de plus en plus dans le déploiement des audioguides sur les territoires ou sur des sites spécifiques. Quels que soient les moyens techniques sélectionnés pour l’audioguidage, les contenus exploités constituent un patrimoine qu’il importe aux acteurs publics de protéger et maîtriser. L’organisme qui décide de mettre en place des parcours audioguidés choisit le mode de gestion de contenus qui correspond le mieux à ses intentions immédiates et futures. Explications.
Les modèles de gestion de contenus
Les acteurs qui souhaitent s’engager dans le développement d’audioguides ont deux possibilités pour gérer les contenus qui seront élaborés dans le cadre de ce projet.
1. La gestion des contenus est confiée au prestataire chargé de les créer :
L’acteur public ou privé qui veut développer un parcours en audioguidage se positionne comme un maître d’ouvrage qui fait appel à un maître d’oeuvre pour la réalisation des prestations, telles que la conception d’audioguides ou de logiciels, la création et la gestion des contenus. Dans ce cas, le maître d’oeuvre se charge de gérer les contenus à partir de leur création et/ou leur acquisition. Si le maître d’oeuvre conserve les droits de propriété intellectuelle sur le contenu, il a la charge de veiller au respect du droit d’auteur dans l’utilisation et la modification des contenus. Pour l’acteur public ou privé, le risque est principalement de perdre tout contrôle sur l’évolution des contenus et de ne pas pouvoir se les approprier pour d’autres utilisations éventuelles.
2. Le commanditaire garde la maîtrise des contenus :
L’acquisition des droits de propriété intellectuelle sur les contenus permet à celui qui est à l’initiative du projet d’audioguidage de garder la propriété sur ces contenus : le commanditaire se réserve ainsi la faculté de décider de l’évolution des contenus notamment la modification, l’adaptation ou le transfert vers d’autres supports. Il est important de s’accorder sur toutes les utilisations envisagées des contenus au moment de la cession des droits de propriété intellectuelle. Par exemple, on prévoit la diffusion au public sur différents supports (papier, numérique), la modification de contenus et la cession des droits à un ou plusieurs tiers. Dans le domaine de l’audioguidage, les licences « creative Commons » permettent au commanditaire de bénéficier d’une grande souplesse dans l’utilisation des oeuvres commandées tout en respectant le droit moral de l’auteur.
Garder la maîtrise
Chaque contenu utilisé pour les besoins de l’audioguide devra faire l’objet d’une convention spécifique selon le type et la source du contenu. Les textes élaborés par des écrivains feront l’objet d’une cession de droits patrimoniaux au bénéfice de leur commanditaire. Il en va de même pour les traductions, les photographies ou vidéos réalisées pour les besoins propres du parcours audioguide. La reprise de contenus existants devra s’accompagner de démarches particulières : lorsque les contenus proviennent de sources multiples et sont repris à partir d’un autre contexte d’utilisation, l’acquisition des droits se fait auprès du détenteur des droits patrimoniaux. Les droits sur les morceaux de musique choisis pour accompagner les commentaires sont réglés auprès de sociétés de gestion collective des droits d’auteur pour la musique. L’acquisition des archives audio/vidéo pour mettre en lumière des évènements ayant marqué l’histoire d’un lieu doit faire l’objet d’une cession de l’Institut National de l’audiovisuel (INA).
oumeira.tegally@aecom.org
Encadré
Les dispositifs de « tracking »
Certains audioguides permettent l’enregistrement des déplacements effectués par les touristes. Les données de parcours pourront être exploitées afin de dessiner des cartes de flux qui permettront par la suite d’identifier les centres d’intérêt des individus et de leur proposer des services plus adéquats. Si le système d’audioguide prévoit la possibilité de tracer les parcours effectués par les touristes pour observer leur comportement, toute exploitation des indicateurs des statistiques d’usage doit s’accompagner d’une procédure d’anonymisation.
Prospective. Demain, l’audioguide sera multimédia, géolocalisé, immersif, personnalisé et connecté en réseau.
Recentrage sur l’utilisateur
Les voies d’exploration en matière d’audioguidage sont nombreuses. La première réside dans l’évolution vers le multimédia qui permet de mixer au sein d’un même contenu son, texte, images et vidéo. L’évolution des terminaux grand public incarnée par le très médiatique iPhone va dans ce sens : écran de grande taille, capacités multimédia, interface tactile intuitive facilitant la prise en main, plusieurs giga octets de stockage. Le véritable enjeu n’est plus technologique, mais de concevoir le guide multimédia de telle façon qu’il ne se substitue pas à la découverte du lieu réel. Un autre enjeu réside aussi dans la personnalisation et dans la continuité entre une expérience utilisateur de plus en plus immersive pendant la visite et la possibilité d’approfondir la découverte en amont et en aval de celle-ci. Avec le système Visite+ développé par la Cité des sciences, le visiteur est identifié par son billet muni d’un tag RFID, ou via un PDA relié au réseau local par Wifi, et accède tout au long de sa visite à des contenus adaptés à son profil (âge, langue, centres d’intérêt, etc.). Les contenus s’adaptent également à une totale liberté de parcours et prennent en compte les points de passage déjà effectués. Tout le parcours du visiteur est enregistré dans un mini-site web privatif associé à son identifiant, avec des ressources documentaires numérisées et la possibilité de laisser des commentaires et de les partager avec les autres visiteurs – Cap Sciences, à Bordeaux, a engagé une réflexion dans ce sens.
GPS et mobilité
Le projet Ludigo, à Enghien-les-Bains, étend au guide urbain la logique de personnalisation des contenus en fonction de l’utilisateur mais aussi selon l’endroit où il se trouve et ses modalités de déplacement. En milieu ouvert, c’est la convergence entre solutions de navigation et information touristique rich media géolocalisée qui fonde bon nombre de développements. L’explosion du marché des GPS, amorcée il y a deux ans, se confirme : 17% des Aquitains en possèdent un, selon les chiffres 2008 du Diagnostic de l’Aquitaine numérique, avec un pic à 23% chez 45-59 ans. Les puces GPS se multiplient, notamment sur mobile : 8% du parc français est équipé. Cet usage devrait néanmoins se répandre rapidement à mesure qu’un nombre croissant d’appareils seront équipés : ABI research table sur un marché mondial d’un milliard de puces GPS en 2013. Combinée avec le décollage probable de l’internet mobile dans les prochaines années, la généralisation des solutions de géolocalisation ouvre la voie à des audioguides en ligne, alternative sans doute plus crédible aux solutions de type serveur vocal sur le modèle Allovisit, qui peinent à trouver un public à cause de la lourdeur de consultation et du manque de visibilité de l’offre en situation (les solutions TIC devant permettre des économies de signalétique et non le contraire). L’audioguide a d’abord été conçu comme associé à un parcours de visite prédéterminé mais il s’adapte de plus en plus aux habitudes de consommation d’information en situation de mobilité, centrées sur l’ici et maintenant de l’utilisateur, comme à San Francisco où le guide en ligne CitySearch et Antenna Audio vont équiper de codes-barres 2D 500 façades pour un accès direct, via photophone notamment, à des commentaires audio concernant l’histoire de la ville.
Encadré
Innovation : le Bamgi
Un audioguide multimédia sur les rails
En juillet 2007, la SNCF lançait sur une de ses lignes touristiques le Bamgi, un baladeur multimédia présenté comme « une innovation technologique » majeure par l’entreprise. Le Bamgi préfigure en effet l’évolution des audioguides numériques vers des supports permettant de mêler sons et images dans une logique d’immersion et un contexte de géolocalisation des données : écran couleur de bonne taille, GPS intégré, connexion Wifi ou Bluetooth, interactivité, etc. Le Bamgi est le premier audio vidéo guide appliqué à une exploitation sur une ligne ferroviaire. Il est destiné aux voyageurs de la ligne du Mont-Blanc Express reliant St-Gervais les Bains Le-Fayet à Chamonix et Martigny en Suisse. Développé par la société bordelaise GMT Editions, éditeur de guides touristiques numériques, le Bamgi est discrètement proposé sur le site internet des trains touristiques de la SNCF, au prix de 6 euros. Il se présente comme un support supplémentaire de visite mais n’est en aucun cas essentiel au voyage. En pratique, l’audioguide Bamgi est un assistant personnel numérique (PDA) intégrant trois heures d’informations culturelles, historiques et touristiques correspondant aux lieux traversés par le train touristique. S’y ajoutent des archives sur la création de la ligne, prouesses technologiques qui ont aidé à son aménagement ainsi que de nombreux témoignages. Le tout en français et en anglais. Grâce à la technique GPS, les commentaires sont diffusés en temps réel, sans intervention particulière du voyageur, au fur et à mesure du cheminement du train dans la vallée.
Libellés : audioguide, etourisme, L'Aquitaine Numérique






