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Eric Scherer, directeur stratégie et relations extérieures de l’AFP, fondateur et blogueur d’ AFP MediaWatch, est l’invité de la prochaine Chaire des Civilisations Numériques , organisée par AEC le 9 mars prochain à Bordeaux sur le thème Presse et Numérique : le devoir d'innover. Il déplore le déni de l’ampleur de la révolution de l’information de la part des entreprises de presse et souligne leur difficulté à innover, notamment en collaborant avec l’audience.
Propos recueillis par Suzanne Galy, AEC
Dans votre rapport « Context is king », état des lieux de la situation des médias dans le monde, vous écrivez « demain arrive plus vite que prévu », une sorte de défi lancé aux professionnels de la presse écrite pour se renouveler face à l’impact des mutations numériques sur leur secteur. Pourquoi cette pression du temps ?Eric Scherer : La crise économique qui s’est installée depuis 2008 a fait s’effondrer les revenus tirés de la publicité par des journaux qui, pourtant, étaient en train de s’adapter à Internet. Les lecteurs, suivant en cela les petites annonces, migrent également vers la Toile. Ces mouvements parallèles et le dé-couplement inédit entre publicité et journalisme, accélèrent la nécessité d’un renouvellement profond et rapide du secteur.
E.S : Il ne s’agit pas de morcellement mais d’une formidable convergence de tous les acteurs vers un même média qu’est l’Internet. Résultat, tout le monde fait le même travail que les autres : les télés font de la radio, la radio fait de l’écrit, les journaux papier font de la vidéo. Je ne sais pas si c’est une stratégie gagnante, mais les journalistes doivent l’expérimenter et savoir être pertinents.
Le morcellement des contenus reflète plutôt cette idée d’une information achetée « à la carte ». Les gens picorent l’information sur internet et ne sont plus enfermés dans un ensemble. Les usages se fragmentent : on n’entre plus par les pages d’accueil des sites web mais souvent par des liens hypertextes, fournis par des recommandations. C’est un nouveau type de business model pour les producteurs d’information. Faut-il le déplorer ? Je ne pense pas. Les médias traditionnels ont souvent tendance à penser que l’audience a tort mais cette position de surplomb est aujourd’hui dépassée et heureusement !
E. S : Les réseaux sociaux de type Facebook, You Tube, FlickR, sont devenus des médias de masse prescripteurs de l’information. Ils sont le quatrième pourvoyeur de trafic pour les sites des médias traditionnels mais, surtout, ils ont pris une grande place dans le temps disponible de l’individu. Il y a donc une course à l’attention du lecteur et les médias traditionnels ne peuvent plus composer sans eux. Ils doivent être présents dans les réseaux sociaux voire travailler avec eux. Des partenariats doivent se nouer avec Orange, Microsoft, Yahoo, Google… car la presse ne pourra pas survivre seule.
E.S : En effet, les journaux régionaux ou locaux tentent de préempter sur la Toile des positionnements forts et indispensables. C’est pertinent. Il faudrait, dans l’idéal, que chaque village ou chaque bourg possède son blog autour duquel le journal agrègerait des compétences locales. Cela passe par des collaborations avec des correspondants de presse non journalistes, des journalistes localiers, des communautés actives. La présence au lectorat doit être continue et non limitée à une apparition quotidienne. Si le journal sait être pertinent et délivrer de bonnes infos, il gagnera la bataille du lectorat sur internet.
E.S : Aujourd’hui, on peu filmer une scène avec un terminal mobile qui tient dans la poche et l’envoyer gratuitement sur le réseau. Il n’y a plus de monopole capitalistique pour la production et la distribution de l’information. De nouveaux acteurs peuvent entrer sur ce marché : des entreprises mais aussi tout un chacun, des individus ou groupes d’individus intéressés par un domaine spécifique. C’est ça la grande révolution numérique. Ces petites unités éditoriales, souples, réactives et positionnées sur des contenus très ciblés que d’autres ne produisent pas, seront difficiles à suivre par les grands médias traditionnels freinés par leur histoire, leurs pratiques. Pour le moment, en tout cas, ils ont de très grandes difficultés à s’adapter.
Rappel
Débat de la Chaire des Civilisations Numériques
" Presse et numérique : le devoir d'innover"
mardi 9 mars, de 18h à 20h à l'institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine
( Plan )
Suivez le débat en direct sur http://www.live.artnco.fr/ et sur Twitter : #ChaireNum et #presse.
En savoir plus et s'inscrire à la Chaire des Civilisations Numériques du 9 mars 2010
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